03 avril 2019

Deux recensions du livre de R. Garaudy "Promesses de l'islam"

Roger Garaudy, Promesses de l'islam, Paris, Seuil, 1981, 180 p


 — Si les bonnes intentions faisaient de bons livres, nul doute que nous nous trouverions, ici, en face d'un « très bon livre ». Mais, disons-le d'emblée, M. G. procède d'une manière qui ne risque guère de convaincre ses lecteurs ; ou plutôt disons que les thèses soutenues par l'A. auront toutes les chances d'emporter l'adhésion des convaincus d'avance. Par contre, si l'on recherche la cohérence de l'analyse, l'objectivité, la clarté et la lucidité ; encore plus le respect de la dimension historique dans l'analyse des problèmes, on a toutes les chances de « rester sur sa faim », et de refermer cet ouvrage, certes pétri de bonnes intentions, avec le sentiment que les « promesses » de M. G. n'ont pas été remplies. L'A. part de postulats sur lesquels on ne le chicanera pas : le « modèle occidental » de croissance et de civilisation a abouti à une série d'interrogations et d'impasses : économiques, sociales, politiques, culturelles, morales (encore que l'A. ait eu trop tendance à « noircir le tableau »). Devant ce « mal développement planétaire », il faut chercher des remèdes qui ne assortissent pas uniquement au domaine du matériel : nos sociétés doivent « sauver leur âme » ; et les solutions du développement et de l'industrialisation ont fait faillite à beaucoup d'égards. « Un nouvel ordre culturel mondial, c'est le passage de l'hégémonie occidentale à la concertation planétaire pour redéfinir un projet humain » (p. 21). La solution, R. G. l'a découverte dans un retour à ce qu'il considère comme les deux pôles indivisibles de l'Islam : « la transcendance (c'est-à-dire au moins la possibilité permanente de rupture avec les dérivés du passé et du présent, et de la création d'un avenir inédit) et la communauté (c'est-à-dire la conscience que chacun de nous est personnellement responsable de l'avenir de tous les autres... » (même page). C'est là que nous adresserons notre reproche essentiel à l'A. : pour mieux plaider sa cause, il a recours à un véritable « amalgame », faisant fi de l'histoire, de l'esprit d'analyse, du sens critique. Au gré de ses besoins, il « navigue » des principes à la réalité, et contraint ses lecteurs à un véritable parcours sinueux, où tout est placé pêle-mêle, où tout l'héritage de l'Orient est subtilement baptisé « Islam ». M. G. reproche aux « orientalistes » (tous frappés du sceau d'infamie d'avoir été les serviteurs zélés du colonialisme) d'avoir forgé une image faussée de l'Islam ; et il n'a pas tout à fait tort. Encore fallait-il ne pas pécher par l'excès inverse, en se « choisissant » un Islam sur Revue de l'Histoire des Religions, cc-3/1983 Notes bibliographiques 343 mesure, qu'il se garde bien de définir, au demeurant, car sinon tout son bel édifice risquait de s'écrouler. Il y aurait de longues pages à écrire pour énumérer les contradictions de l'A. et ses affirmations contestables. On se limitera à quelques brèves remarques : il n'est pas sain de désigner sous le même vocable d' « Islam » un ensemble d'idées-forces relevant d'une révélation et d'une tradition sacralisée ; et les formes qu'ont prises, au gré des circonstances, les sociétés dites musulmanes, formes qui, bien souvent n'eurent que de très lâches rapports avec le donné traditionnel (et ceci n'est évidemment pas propre au seul Islam) ; et la réflexion de savants et de philosophes ; et la problématique du monde arabe contemporain. Cet « amalgame » conduit notre auteur à des aberrations : une image « idéalisée » du proto-Islâm où les schismes et les « trop humains » intérêts sont recouverts du manteau de Noé ; les poncifs classiques sur la dynastie umayyade responsable des déboires de la Communauté ; les conquérants arabes présentés comme des libérateurs de populations opprimées, et les protagonistes d' « un renversement d'un système social périmé » (p. 39) ; une contre-vérité criante : « Si la guerre n'est pas exclue, elle n'est acceptée que pour la défense de la foi lorsque celle-ci est menacée, et non pas pour la propagation de la foi par les armes » (p. 40) ; l'Islam ramené, quand les besoins de la cause l'exigent, à un idéal né des aspirations irréalisées de mystiques et de moralistes, à tel point qu'on se demande si Islam et Soufisme ne sont pas synonymes ; les sciences profanes, souvent développées au grand dam des théologiens, présentées comme les sciences islamiques, alors que celles-ci sont opportunément « oubliées » par l'A. ; l'affirmation que la poésie arabe contemporaine (y compris celle de poètes chrétiens) est « islamique » ; l'amalgame pays arabes/oPEP/Islâm ; la fréquente comparaison des réalisations historiques de l'Occident avec les principes (fort idéalisés au demeurant) de l' Islam. Est-ce loyal ? Et l'on pourrait multiplier les exemples. En fait, l'A. n'aura guère innové par rapport aux thèses apologétiques qui ont cours dans certains milieux musulmans, et qui font bon marché de la vérité historique ou, plus exactement, choisissent dans l'histoire ce qui est à leur convenance. Il aurait fallu distinguer « Islam idéal » et « Islam vécu », comme on le dirait d'ailleurs pour n'importe quelle religion ou doctrine. Et pourtant comme on est d'accord avec M. G. lorsqu'il aspire à dénoncer les impostures qui ont longtemps eu cours sur la religion musulmane, comme on souscrit à son appel, sincère, au dialogue des civilisations et à s' « enrichir de nos mutuelles différences ». Pour ce faire, il aurait peut-être fallu ne pas offrir un tableau manichéen, un paysage en noir (Occident) et blanc (Islam) ! On attendait mieux de M. G. qui est, à l'accoutumée, mieux inspiré et plus critique. 
[compte-rendu]
Revue de l'histoire des religions  Année 1983  200-3  pp. 342-343

02 avril 2019

Le nouveau communisme d'Alain Badiou

Le dernier ouvrage d'Alain Badiou sur "les migrants", court mais une belle gifle à bien des idées reçues et l'ouverture d'une espérance contemporaine.



25 mars 2019

Garaudy, ou l'impossible synthèse, par Maurice Caveing (1973)

Garaudy ou l'impossible synthèse
par Maurice CAVEING
On aura lu sans doute la page entière d'interview qu'un quotidien vespéral de Paris qui ne dissimule guère ses attaches religieuses a consacrée à l'auteur de L'alternative. La date n'est pas si ancienne (1) qu'on ne puisse revenir sur ce raccourci assez saisissant des thèses qu'y soutient R. Garaudy. Du titre déjà, nous apprenons que «la dimension prophétique est fondamentale pour l'art, la foi, la politique », des sous-titres, que Dieu est «principe de liberté », que «le positivisme mutile l'homme », que Zorba le Grec est «un saint de notre temps, car il exprime l'essentiel par la danse ». Le journaliste qui assure l'interview — le même qui pendant les longs mois du Concile mit son zèle à persuader le lecteur que l'Eglise romaine avait été enfin touchée par la grâce — nous avertit que désormais Garaudy «s'aven ture sur le terrain de la Résurrection » et que sa proposition fondamentale est la suivante : «L'éclatement du christianisme traditionnel et du marxisme traditionnel rend possible une nouvelle rencontre de la révolution et de la foi. » Il s'agit de rien de moins, nous dit-on, que «d'articuler ce qui est censé être incompatible ». Naturellement, cette «articulation » ne peut se faire que sous l'égide de l'un des deux termes incompatibles : ingénument, H. Fesquet indique qu'il désirait obtenir du «philosophe marxiste » qu'il «aille au-delà de ce qu'il dit ou suggère dans son ouvrage ». Jusqu'où ? Usque ad aras, sans doute (2) ? On voulait
(1) Le Monde, 8 novembre 1972, p. 13.
(2) «Jusqu'aux autels. »
«parvenir à lui faire lever certaines ambiguïtés ». Lesquelles ? La référence à K. Marx ou la référence à K. Barth ? ou aux autres théologiens réformés que Garaudy cite en abondance pêle-mêle, œcuménisme oblige, avec des catholiques ?

23 mars 2019

"L'insurrection chrétienne" (Jean Cardonnel, 1975)

Au cours d’un débat sur son livre, quelqu’un – une femme, je crois bien – demanda abruptement à l’auteur (dont il faut rappeler qu’il est religieux) : « Oui ou non, croyez-vous en Dieu ? » La réponse jaillit : « Non. » A la fois spontanée, profonde et provocante. Après quoi il expliqua que c’était l’expression « croire en Dieu » et ce qu’on met dessous qu’il rejetait. On peut néanmoins douter qu’il « croie » à « Dieu ». C’est au Christ qu’il croit, par un don total, avec une violence passionnée. Au Christ, c’est-à-dire, à l’homme. Ecoutons-le : « L’idée de Dieu est profondément réactionnaire et régressive. (...) Dieu qui reste Dieu ne peut rien devenir. (...) Dieu est bien mort en Jésus-Christ. »
Donc : en l’homme, divin et tout un. Il n’y a pas la foi d’un côté, l’analyse politique de l’autre. « Dépolitiser l’incarnation, c’est désincarner. » Or tout s’incarne à tout moment. Il n’y a pas non plus un Créateur qui « fabrique des créatures » : il « suscite des créateurs ». La Création n’a pas été faite : elle se fait continûment, indéfiniment, et par l’homme. On retrouve ici les idées centrales de Roger Garaudy, intérieures à cette ré-union vécue. Ce qui conduit infailliblement, d’ailleurs, à rejeter le dogmatisme d’Eglise ou à être rejeté par le dogmatisme de parti.
LIRE LA SUITE SUR LE SITE DU MONDE DIPLOMATIQUE  https://www.monde-diplomatique.fr/1975/06/FLORENNE/33217 

20 mars 2019

Fiche "Garaudy"sur le Wiki de "Dissidence.fandom.com"

[REPRODUCTION POUR INFO SANS MODIFICATION MAIS A PRENDRE AVEC DES PINCETTES, ROGER GARAUDY NE S'ETANT JAMAIS RAPPROCHE NI  DE L'EXTREME-DROITE NI DE DIEUDONNE ! Les éléments faux sont cadrés en marron]

Roger Garaudy est un homme politique, philosophe et écrivain français né le 17 juillet 1913 à Marseille et mort le 13 juin 2012 à Chennevières-sur-Marne.
Membre important du Parti communiste français de 1933 à 1970, il en est finalement exclu pour des prises de positions inadéquates avec la ligne du parti. Il se rapproche ensuite des milieux écologistes puis de l'extrême-droite.
Garaudy, issu d'une famille partagée entre athéisme et catholicisme, se convertit au protestantisme dans sa jeunesse. Il se convertit ensuite au catholicisme et finit par se convertir à l'islam en 1982.
C'est une personnalité éminemment polémique, qui est connue pour avoir contesté l'existence du Goulag durant sa période au PCF, puis ensuite l'existence de la Shoah et des chambres à gaz. Roger Garaudy a été condamné en justice pour ses propos négationnistes.