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13 février 2018

Le petit verset mystique du Che: entre communisme et transcendance…

"[Dans la vie], ce qui est important, ce n'est pas ce que vous faites  mais ce que vous cessez de faire"
(Nisargadatta, sage d'Orient)
Voici des vers peu connus, lus par Ernesto Che Guevara en personne, de mémoire (et donc légèrement différents de l'original ici) lors d'un discours qu'il prononça lors de la remise de "certificats de travail communiste" émis par le Ministère de l'Industrie à Cuba (dont il fut à la tête de 1961 à 1965):
[Le poème original comportait en introduction: "Si seulement nous savions cheminer sous les applaudissements des astres; et faire de chaque journée un symbole poétique"…]
Che: "C'est l'histoire d'un homme désespéré qui se comporte comme un enfant bûcheur et stupide et qui a fait du jeu une corvée journalière. Il a ainsi fait de son bâton de tambour une pioche, et au lieu de jouer sur Terre une chanson de joie, il a entrepris de la creuser"…
"Or, personne n'a jamais su creuser le sol en harmonie avec les cycles du soleil; de même que personne n'a encore coupé un épi avec amour et la grâce qui s'imposent..." [Quiero decir que nadie sabe cavar al ritmo del sol y que nadie ha cortado todavía una espiga con amor y con gracia].
[Le poème original concluait: "Ce boulanger, par exemple… Pourquoi ce boulanger ne placerait-il pas une rose de pain blanc dans le rabat de ce mendiant affamé ?"]
La cérémonie avait été précédée de l'exemple personnel que le ministre-révolutionnaire donna en participant lui-même au travail manuel des ouvriers. On peut le voir et écouter ces versets mystiques (2 minutes) historiques à cet endroit de la Toile.
Le travail comme action juste
De manière inédite, le Che posait la question métaphysique de l'action (juste) en harmonie avec le Tout; ainsi que l'avaient abordée avant lui les auteurs classiques du taoïsme, de l'hindouisme, du bouddhisme, de l'islam, du christianisme, de la philosophie grecque. Selon ces visions, l'homme est  pour ainsi dire "condamné" à n'être que l'automate d''une "volonté" qui le dépasse: celle de Dieu.
Les bouddhistes enseignent ainsi une discipline du "travail quotidien" (souvent du ménage) sous le nom de "samu" (école japonaise). L'action juste est le message central de l'hindouisme (à travers la notion de "karma") que Krishna expose à la perfection à Arjuna dans la Baghavad Gita. Ce dernier doit, contre sa propre volonté, prendre les armes pour combattre et tuer des membres de sa propre famille.
On retrouve exactement la même idée dans le Coran (8:17): "Ce n’était pas toi qui décochait [des flèches] quand tu décochais ; Dieu est Celui qui les décochait…" ["wa ma ramayta id ramayta walakinna-Llaha rama…"]. Au passage, notons la coïncidence linguistique heureuse de la fin du verset ("Allah Rama") qui est d'autant plus remarquable que Rama, en tant qu'incarnation de Vishnu, est un autre nom de Dieu dans l'hindouisme…. A tel point que Kabir, le célèbre poète mystique indien, auquel Roger Garaudy a rendu hommage dans l'un de ses textes, se voulait ni hindouiste ni musulman mais hindouiste et musulman à la fois, et les confondait volontiers tous "Deux"… 
Travail et jeu
Ainsi, par ce "petit verset", Che Guevara a en fait grand ouvert les portes de la Conscience Universelle car il aborde ici la question de la culture (celle du travail) en tant que jeu. Il évoque bien, dans son introduction, l'enfant borné qui, au lieu de chanter un hymne à la joie de vivre sur terre, se met à creuser cette dernière... L'attitude de cet enfant, ajoute-t-il à la fin, est en fait celle en œuvre dans l'"autre monde" qui nous fait face, celui du Capital, et ne devrait donc pas être celle du nôtre qui prétend le dépasser spirituellement et moralement.
-Cette comparaison de nature anthropologique est tout d'abord conforme à celle de l'ouvrage de sociologique classique de Johan Huizinga (1872-1945) "Homo Ludens": la culture humaine comme champ permanent d'action du jeu, y compris dans sa dimension transcendantale.
-Elle correspond aussi à la vision orientale d'un monde produit par le Jeu Divin (la "Lila" hindouiste en particulier) durant lequel des acteurs humains font face à des situations en tout genre. Les dieux, ou plus exactement le Dieu Unique sous ses formes diverses, participe(nt) aussi activement au Spectacle. L'homme est condamné à accepter ce Jeu et surtout, à ne pas s'identifier aux acteurs sous peine de voir son bonheur partir en fumée… Cette erreur classique, il la commet fréquemment et elle constitue la source même de la tragédie humaine. Or, la sagesse locale avertit: "Savoir que le film n'est qu'un jeu de lumière sur l'écran vous libère de l'illusion que le film est réel" (Nisargadatta)      
A noter que dans le "Lahw" (la Grande Distraction) musulman, c'est-à-dire la vie avec ses objets infinis (Araignée 29), une prise de conscience, quant au caractère illusoire du Spectacle, est attendue de la part de l'homme ["Alha-kum attakaturu hatta zurtum al-maqabir"](Accumulation 1-2). Par ailleurs, les Jinns (génies), comme acteurs à part entière, interviennent également sur la scène…
Egoïsme et communisme
Le marxisme n'est pas l'"opposé", le "symétrique" (en mots et en maux pour commencer) du capitalisme et n'a aucunement vocation à lui faire concurrence à l'image du spectacle des partis politiques qui se succèdent périodiquement sur le théâtre de la cité dite démocratique. Son adversaire réel est l'égoïsme, source première du capitalisme. Le communisme représente un dépassement de ce dernier.
Tous les sages (voir par exemple cet article) issus de toutes les religions (car il faut bien s'en détacher un jour pour ne conserver que le souffle spirituel qu'elles canalisent) sont de fait des communistes qui ont toutefois décidé, à l'instar du poète Maïakovski (qui dans un poème, parvenait à s'élever si haut qu'il voyait la Tour Eiffel depuis Moscou…), de faire d'abord, et comme Che Guevara, la Révolution dans leur tête.
Le sage oriental Nisargadatta, encore lui, donna d'ailleurs, lors d'un entretien, une magistrale définition (sans la nommer ainsi toutefois) de la société communiste à venir, critiquant la souffrance inhérente aux sociétés capitalistes et comment elles tentent d'y remédier artificiellement:
"-Produisez pour distribuer;
-Nourrissez avant de manger;
-Donnez avant de prendre;
-Pensez aux autres avant de penser à vous-même;
Seule une société non-égoïste fondée sur le partage peut être stable et heureuse. Si vous n'en voulez pas, continuez à vous battre…"
Comme Marx, Che Guevara ignorait peut-être ces autres références orientales mais, comme tous les vrais communistes, par définitions humanistes, ils avaient tous deux "vu juste".  Rétrospectivement, Che, assassiné par la CIA, main de fer et expression ultime du Capital, est, à la différence de tant d'autres mystiques à travers le monde, mort les armes à la main. Cependant, comme eux, ils nous a quittés en Pleine Conscience.  
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Sources:
-Che Guevara: un versito
-Sur la question du jeu:
Johan Huizinga: "Homo ludens", 1938.
-Sur la question du Travail:
"Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Dieu"
-Sur la question du communisme et de la spiritualité:
"Une idée révolutionnaire pour 2017…"



05 septembre 2017

Sur la violence dans la Bible et le Coran

 Le miracle confié par Jésus à Muhammad…par Charybde
© Droits réservés

[Image d'une tragédie biblique: le prophète Elysée (Alyasa' dans le Coran) fit déchiqueter 42 petits enfants juifs par un ours parce que ces derniers s'étaient moqués de sa calvitie…]
Le miracle consistait à "réécrire" l'essentiel de l'Ancien Testament, toutefois délesté de toute la violence et l'immoralité inouïe que l'on y trouve, si l'on se réfère à l'article de Marc publié récemment dans ce journal et offrant un point de vue chrétien, courageux, sur la question (1).
Le point de vue musulman et coraniste proposé ici (il est question du Coran  et non pas des 700 000 racontars ("hadith")(2) à son sujet) permet d'éclairer la question puisque, justement, un tel déchaînement de violence  est, ces temps-ci, systématiquement et savamment occulté au moment même où des érudits, voire des "philosophes" aux cheveux dans le vent et pseudo-athées, prétendant "penser l'islam" (sic), dénoncent à tout va "la violence du Coran".

16 juin 2017

Paz y Amor: hommage au camarade Padre Miguel

Le Père Miguel d'Escoto Brockman, camarade nicaraguayen de la paix et des libérations nationales, nous a quittés le 8 juin dernier. Ingénieur civil et prêtre catholique, Miguel d'Escoto Brockman devint en 1979 ministre des Affaires Etrangères du Nicaragua débarrassé alors de la dictature de Somoza, poste qu'il tiendra jusqu'en 1990.
Il deviendra par la suite le 63ème président de l'Assemblée Générale des Nations Unies. Le texte d' d'hommage en espagnol souligne notamment que c'est en cette qualité qu'il défendit alors l'indépendance politique "d'une petite nation  d'agriculteurs faisant face à l'Empire le plus puissant du monde". On notera qu'à la même époque (nous sommes alors dans les années 80), le président Daniel Ortega répondait alors ironiquement aux médias anticommunistes que oui, effectivement, l'Union Soviétique avait envahi le Nicaragua: "avec des tracteurs…" 
Le Vatican d'alors, également anticommuniste, exerça sur Padre Miguel des pressions vidant à le pousser à quitter de telles fonctions. Puis, devant la volonté inébranlable de l'intéressé à continuer à défendre les luttes révolutionnaires en Amérique Latine et ailleurs, et surtout les principes du sandinisme, il fut carrément sommé par les mêmes autorités papales de ne plus donner la messe... Ce ne sera que seulement, en 2014, qu'une telle mise au ban sera finalement levée…
Les textes d'hommage en espagnol et en anglais soulignent combien le camarade Miguel fut un militant anti-impérialiste intransigeant, partisan du non-alignement et avocat remarqué de la révolution cubaine, de la révolution iranienne et de la Jamahiriya Libyenne.
Dans le cas particulier de la Grande Jamahiriya Libyenne, Arabe, Populaire et Socialiste, nous, Tunisiens, n'oublierons jamais sa voix unique au monde  qui, en 2011, s'était particulièrement distinguée par sa dénonciation sans fard et en haut lieu, de l'agression inouïe de l'OTAN contre le petit Etat pacifique et prospère africain voisin du nôtre.
Nous nous joignons avec le personnel de Tortilla con Sal à la méditation de l'une des prières de Père Miguel (datée de 1984):
Aimer la vie, c'est s'y risquer.
La vivre pleinement, c'est accepter d'être prêt à la perdre;
En l'offrant intégralement à la solidarité…

[Mail reçu des Pacifistes de Tunis (canal historique)]

12 février 2017

Andalousie pensée, Andalousie rêvée…

A propos de l'Andalousie, certains, comme Roger Garaudy, l'ont pensée de manière intelligente:
"[…] l'Espagne, où les Arabes avaient été accueillis en libérateurs au VIIIe siècle, et où ils avaient fait de Cordoue le centre de culture le plus rayonnant de l'Europe."
D'autres, l'ont rêvée et en rêvent encore. Voyez ce chanteur panarabe Kazim As-Sahir (Irak) qui veut qu'elle lui susurre à l'oreille "Quly Uhibbu-ka" ("Dis-moi "Je t'aime"")…

Dans la séquence, observez bien le regard, presque stupéfait, des spectateurs assis aux terrasses des cafés de la Place. Ne doivent-ils pas se demander, après un demi-millénaire de "déni", évoqué par Roger Garaudy, si cet Arabe habillé comme un adolescent pour sa communion, n'exagère pas un peu avec une mise en scène aussi magnifique de la paix, l'harmonie, bref de l'Amour ?  
Charybde

11 janvier 2017

"Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Dieu"




A propos de la citation du sage indien de l'autre jour et de cette grande année qui s'annonce, je voudrais en profiter pour partager avec vous – et la présence vivante de Roger Garaudy - une chanson que je considère comme l'une des plus belles au monde. Son refrain est le suivant (trad.) :
"Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Dieu". Elle a été rendue en anglais d'une manière particulièrement réussie [ voir la video].
En l'écoutant et en lisant ce qui suit, vous pourrez apprécier, je l'espère, sa portée, spirituelle bien sur mais aussi philosophique, psychologique, sociologique et esthétique.
Dans les campagnes de cette partie du monde où je vis, et où les Indiens ne semblent pas s'être installés de manière durable, j'ai remarqué qu'il existe une chanson autour du même instrument qu'est la baratte et qui comporte un couplet semblable. Est-ce un hasard ?
A propos de la "Loi Travaille !"
Quant à la notion de travail, au cœur de toute Révolution dont nous parlions l'autre jour, son sens véritable semble dévoyé par la récente législation en France. A ce sujet, un autre sage indien invitait à surtout ne jamais faire aucun effort pour travailler:
"L'impression "je travaille" est un obstacle. Recherchez donc: Qui travaille? Rappelez-vous "Qui suis-je ?"; votre travail ne vous pèsera plus; il se déroulera automatiquement. Ne faites donc aucun effort soit pour travailler, soit pour renoncer à votre travail. C'est cet effort qui vous enchaîne. Ce qui doit advenir, adviendra. Si votre destin est de ne plus travailler, vous ne pourrez plus jamais trouver de travail. Si votre destin est de travailler, vous serez forcé de le faire. Par conséquent, abandonnez ce souci au Pouvoir d'en-haut. Vous ne pouvez ni renoncer ni retenir à votre guise."  (Maharshi, Albin Michel, 1972, p. 211).
Il enjoignait en un autre endroit de demeurer en permanence un ouvrier docile:
"Tu es manipulé par un Pouvoir supérieur. Tu le prouves d'ailleurs en refusant de d'y soumettre. Au lieu de cela, reconnais ce Pouvoir et soumets-toi à lui comme son instrument. Autrement dit, même si tu refuses tu y seras obligé. Au lieu d'être l'ouvrier récalcitrant, sois l'ouvrier docile. Reste donc fermement établi dans le Soi et agis conformément à la nature sans penser que tu es l'auteur de tes actes."
L'intérêt de la Pensée Unique
Pour revenir à la chanson des Gopis ("Nous baratterons le lait sans cesser de penser à Krishna"), elle illustre également le plus grand enseignement de l'hindouisme et du bouddhisme et particulièrement de la version chinoise de ce dernier. En effet, elle illustre la possibilité de méditer sur Dieu en permanence, même en travaillant… Ce faisant, elle sous-entend la nécessité, par ailleurs explicitée en de nombreux autres endroits des textes de l'hindouisme, d'une soumission totale à Dieu, exactement comme celle sur laquelle s'est fondé l'islam.
Ce qu'il y a de commun à l'hindouisme et aux autres religions et spiritualités orientales, c'est que l'illusion suprême est la liberté de penséE. En effet, cette dernière est toujours ancienne car liée aux expériences diverses de la vie et productrice, par l'effet de continuité, d'une autre illusion de taille: le Temps… La félicité suprême dans ces religions se fonde sur un mode où règne la Pensée Unique, à l'opposé de l'objet recherché dans les "sociétés démocratiques" et "avancées". La Pensée Unique est en effet celle tournée exclusivement vers Dieu. Toute autre pensée est écartée une fois que la nature du Mental ("manas" en sanskrit) a été saisie et que ne demeure que la pensée "Je Suis".
Le Diable, c'est le Mental
Dans la religion musulmane (laquelle a plus de points communs avec l'hindouisme que toutes les autres religions du Moyen Orient; quoi qu'en pensent les ignorants), le Mental de l'être humain, dénommé prosaïquement "Ma Tuwaswisu bi-hi Nafsu-hu" (mot à mot: "ce que sa conscience individualisée "Nafs" lui susurre"), c'est le Diable en personne. Ce Shaytan n'est pas du tout le rival, avec ou sans cornes, de Dieu puisque c'est Ce Dernier Lui-même qui l'a créé; chose paradoxale que reprochent naïvement certains critiques chrétiens aux musulmans… Il est en fait l'adversaire de l'être humain. C'est lui qui maintient ce dernier dans l'illusion, à la différence des animaux dont l'attention est toujours totale, totalisante, jamais brouillée par des pensées. La tâche de l'être humain sur Terre est donc de se délivrer de cette emprise du Mental. Le verset le plus important du Coran résume à lui seul une telle Vision:
" Dieu a créé l’humain, et sait ce que son Mental lui murmure. Il est plus proche de lui que de sa veine jugulaire même" [Wa laqad halaqna l-insana wa na'alamu ma tuwaswisu bi-hi nafsu-hu wa nahnu aqrabu ilay-hi min ahbli l-warid] (50 Qaf 16).
Dieu est installé sur le toit de la maison
Dans la chanson des Gopis, Krishna est évidemment le même Dieu que celui des musulmans, chrétiens et juifs sans œillères. Un autre sage et philosophe indien, l'illustra un jour à partir de sa propre expérience quand il proclama:
"J'ai pratiqué toutes les religions, du christianisme à l'islam et j'ai suivi chacune des voies propres aux diverses sectes de l'hindouisme. Et il m'est apparu que par des voies différentes toutes cheminent à la rencontre du même Dieu. [...] Personne ne réalise que celui qu'on appelle Krishna est aussi appelé Shiva ou bien l'Energie divine (Shakti), Jésus ou Allah, ou encore Rama avec ses mille noms."
"Dieu est installé sur le toit de la maison. Il s'agit de le rejoindre. Pour cela, les uns prennent une échelle, d'autres une corde ou une perche en bambou, d'autre encore empruntent l'escalier ou escaladent les murs. Que vous choisissiez telle ou telle voie est chose indifférente, à condition de ne pas les essayer en même temps mais successivement. Si vous arrivez sur le toit, vous avez trouvé Dieu et vous comprenez alors qu'il y avait plusieurs voies possibles pour le rejoindre. En aucun cas vous ne devrez penser que les autres chemins ne mènent pas à Dieu. Ce sont simplement d'autres moyens permettant de se hisser sur le toit. Permettez à chacun de suivre sa propre voie [...]
Chacun s'imagine que seule sa propre montre indique l'heure exacte. En réalité, il suffit d'aimer Dieu avec ardeur et de se sentir attiré vers Lui..."
(Ramakrishna, in J. Herbert, Albin Michel 1947, p.512)

Charybde

02 janvier 2017

"Une idée révolutionnaire pour 2017". Par Charybde


"Si on fait de Dieu le centre de la société, les gens seront en parfaite sécurité et prospérité. Le communisme est le bienvenu, à condition de remplacer le soi-disant Etat par Dieu. Voilà ce qu’on entend par « religion »  (Sa Divine Grâce A. C. Bhaktivedanta Swami Prabhupada)

Le monde va célébrer l'année prochaine le 100ème anniversaire de la Révolution Soviétique laquelle ébranla, pendant 10 jours, les bases d'un vieux monde en décadence. En 1916, soit un an avant de pouvoir s'enivrer du parfum de ce printemps immémorial, Jack London descendait pour la dernière fois à la cave qu'il nettoyait depuis un certain temps. Ecologiste avant l'heure, il voulait de l'air pur pour tous les hommes et non pas exclusivement pour une élite:

"Je n'ai plus envie de monter. L'imposant édifice de la société qui se dresse au-dessus de ma tête ne recèle plus aucun délice à mes yeux. Ce sont les fondations de l'édifice qui m'intéressent. Là, je suis content de travailler, la barre à mine à la main, épaule contre épaule avec les intellectuels, les idéalistes et les ouvriers qui ont une conscience de classe - et nous donnons de temps en temps un bon coup de cette barre à mine pour ébranler tout l'édifice. Un jour, lorsque nous aurons un peu plus de bras et de barres à mine, nous le renverserons, lui et toute sa pourriture et ses morts non enterrés, son monstrueux égoïsme et son matérialisme abruti. Puis nous nettoierons la cave et construirons une nouvelle habitation pour l'humanité. Là, il n'y aura pas de salon, toutes les pièces seront lumineuses et aérées, et l'air qu'on y respirera sera propre, noble et vivant." (1)

L'idée est donc de participer en masse à ce grand anniversaire et même à envisager sérieusement la réactualisation de son contenu. Certes, nous avons pris les leçons des errements passés. Cette fois-ci, nous ne pouvons pas nous tromper. Par ailleurs, il y a urgence car depuis que l'Union Soviétique a été torpillée de son Fort intérieur même, l'humanité, partout, ne connaît que le feu, le sang, les souffrances, les pleurs et les peurs.

La classe sociale qui dirigera cette Révolution sera identique à celle de 1917, même si l'on peut dorénavant distinguer en elle deux personnes non antagonistes: le prolétariat classique, constitué des porteurs de barres à mine comme dans le texte de Jack London, d'une part, et, d'autre part, le ProNétariat moderne formé par la masse des porteurs (et autres vendeurs…) de téléphones portables …

Cette révolution sera non-violente dans la mesure du possible. Cependant, elle est une nécessité historique, comme dans la célèbre Epopée sacrée de l'Inde, et  dont le but est d'offrir à l'humanité souffrante le communisme: soit les ٍٍSoviets – autrement dit la démocratie directe (2) plus l'Electricité d'Internet avec, en bonus, la liberté, l'égalité, la fraternité et la convivialité …

Le monde chantera à nouveau l'Internationale et l'Ode à la Joie aussi car ce sera une Révolution qui n'aura que l'Amour pour unique raison...

Selon la conception marxiste de l'Histoire, une fois le communisme réalisé dans toute sa splendeur sous la direction lumineuse du prolétariat, ce dernier, en tant que classe sociale, devient théoriquement superflu, tout comme l'Etat, et ce dernier doit disparaître de lui-même.

Alors, tant qu'à faire, pourquoi ne pas remplacer l'Etat par Dieu comme le proposa Swami Prabhupada de manière précoce ? En effet, le sage indien a parlé de ces choses en détail à Moscou dès le début des années 70. Ses échanges avec le Pr Kotovsky de l'Académie des Sciences furent d'ailleurs publiés dans un journal soviétique renommé.

Quelques années plus tard, un livre sur le sujet fut même exposé au Salon du Livre de Moscou (3).

Et c'est ainsi que le monde va comme il va…

Charybde

Sources bibliographiques (subversives):

(1) Jack London:
http://rogergaraudy.blogspot.com/lescalier-du-temps.html

(2) sur la démocratie directe:
http://rogergaraudy.blogspot.fr/2016/11/sur-la-democratie-directe.html

(3) Otkrytyi Forum 1 (1997) pour l'article et "Conscience et révolution" (1973) pour le livre.

08 novembre 2016

Les religions face aux crimes quotidiens du Capital



Commentaire à propos du mort du 12ème arrondissement (1)

Nous sommes tellement conditionnés que nous ne ressentons plus rien. Surtout, nous ne voyons pas que le capitalisme -et avant lui, les autres formes d'exploitation- a toujours constitué une abomination, l'abomination suprême. Un tel système de domination a même réussi à faire ancrer dans les esprits l'illusion que le communisme pourrait éventuellement lui succéder au moyen de l'alternance cyclique au pouvoir d'un "parti de gauche" et d'un "parti de droite" selon une norme politique imposée, quand il le faut au sein de certaines populations récalcitrantes, à coup de missiles...

Or, le marxisme, pour le nommer, s'il a dû passer par la phase nécessaire d'opposition frontale au capitalisme, ne constitue pas, dans ses fins, un modèle qui serait le symétrique du capitalisme mais bien son dépassement à l'image, et c'est en apparence paradoxal, de l'expérience vécue de Dieu; non pas comme simple "évasion" ou "rêve" (d'un autre monde) mais dépassement de ce bas-monde.

A ce sujet (celui de la révolution), la réponse des religions officielles est malheureusement trop connue: de celle des monothéismes du Moyen-Orient figés à jamais dans leur littéralisme stérile et assassin aussi, à celle d'une partie du monde indien justifiant la division de la société en castes.

Cependant, les formes spirituelles les plus évoluées de ces religions ne nous disent pas seulement que toute révolte ici-bas est vaine parce le monde, tel qu'il va, serait en harmonie avec le Qadar ou le Karma…

Pour contribuer efficacement au changement du monde d'ici-bas, ces formes spirituelles nous rappellent qu'une condition de toute révolution est que nous nous réformions d'abord nous-mêmes afin de prendre de la hauteur, comme dans le poème de Maïakovski où ce dernier, depuis Moscou, voyait alors Paris en distinguant, peut-être et déjà, les mêmes victimes du Capital que le clochard du 12ème Arrondissement.

Une telle dimension spirituelle n'a pourtant pas échappé à Marx, Engels et nombre de marxistes. Pour le constater, il faut plutôt consulter leur correspondance privée que leurs ouvrages théoriques.

La "solution" à un tel cas de conscience pourrait donc être de lutter simultanément sur le terrain de la lutte des classes et celui de la recherche intérieure (de Dieu, de l'Absolu, de l'Un, du Soi). Les communistes apparaîtraient alors, au sein de l'espèce humaine, comme les individus les plus "religieux" et servant le mieux Dieu parce que, en donnant un coup de pouce infléchissant au destin du plan divin, ils Lui faciliteraient la tâche de dissipation de la confusion universelle.

Ils découvriraient par la même occasion le sens même de leur existence dans ce monde de misère, haine et violence car, si le Mal n'y avait pas été planté, auraient-ils jamais été poussés à vouloir le changer ? C'est le sens même du message de poètes de tous pays: de Maïakovski à Neruda et de Hikmet à Aragon sans oublier tous les inconnus qui n'ont pu s'exprimer ou ont préféré garder le silence.

Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde….  A la veille du centenaire de la célébration des Dix Jours qui ébranlèrent ce (vieux) monde qui s'est à nouveau imposé à tous, la mort banalisée de cet être humain à Paris, comme celle de millions d'autres victimes du Capital, nous rappelle combien l'espérance, à travers une expérience jamais tentée dans l’histoire de l'humanité, fut grande… Malheureusement, on trouve aussi une certaine littérature qui voudrait nous "révéler" que la Révolution en question n'aurait été qu'un complot de plus financé par des banquiers nord-américains…. Marx et Lénine n'auraient été que leurs agents au service d'un projet messianiste macabre…

L'annonce de la mort de l'homme dans le 12ème arrondissement a été relayée prosaïquement par Le Figaro (2). Pourrait-il en être autrement quand on sait que ce journal, bourgeois par nature, vante encore, deux siècles et demi plus tard, les vertus de la société des "petits boulots", à l'image de celle du personnage ("Figaro-ci, Figaro-là"….) des pièces de Beaumarchais… A l'époque de la soviétophobie, ce journal tirait à boulets rouges sur Jean-Baptiste Doumeng, surnommé "Le Milliardaire Rouge", parce qu'il avait osé mettre sa fortune au service du même parti auquel Roger Garaudy était affilié…

Charybde

PS: entre autres innombrables aspects de l'abomination congénitale du capitalisme, une étude publiée en 2015 dans un journal médical montre qu'il est la cause directe de 45 000 suicides chaque année à travers le monde (3).

Enfin, voici un autre exemple concernant le pays même dont Roger Garaudy a loué la convivialité d'un temps où les rapports humains n'étaient pas basés exclusivement sur la confrontation et la recherche du profit (4).

Notes:
(1) http://rogergaraudy.blogspot.fr/2016/11/assassinat.html
(2) http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/12/30/97001-20141230FILWWW00046-paris-mort-d-u
(3) http://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366%2814%2900118-7/abstract
(4) http://www.masvoces.org/Crimen-financiero-se-suicida-un


NDLR: CHARYBDE, que je remercie pour cette nouvelle contribution, a notamment collaboré au livre de Maria POUMIER,  "Marchandiser la vie humaine", livre que vous pouvez acheter en ligne: http://plumenclume.org/livres/40-marchandiser-la-vie-humaine-9782355120701.html

12 octobre 2016

L'islam n'est pas une religion nouvelle...


Commentaire reçu le 14 octobre:
  Un célèbre coraniste disait: "Islam n’est Pas un nom ; c’est une description de l’état de soumission totale et de dévotion à Dieu Seul, sans idolâtrer Jésus, Marie, Mohammed, ou les saints. Quiconque satisfait à ce critère est un "Musulman" (Soumis). En conséquence, on peut être un Juif Musulman, un Chrétien Musulman, un Hindou Musulman, un Bouddhiste Musulman, ou un Musulman Musulman."
Charybde

30 septembre 2016

Coranisme, impérialisme et Hadith

Un courrier de CHARYBDE:

Je me permets de réagir à votre article sur quelques Hadith à propos de la Femme.  Tout cela est en effet très beau et si les Hadith reflétaient effectivement l'esprit du Coran, il n'y aurait aucun problème.
Or, les Hadith sont la source même du Problème. Voyez quelques explications plus bas que j'ai déjà données à des correspondants et que je vous laisse méditer. Si certains Hadith sont acceptables (parce qu'en harmonie avec la lettre du Coran, comme ceux que vous citez), la grande majorité d'entre eux sont des "On-dit", des racontars et constituent en fait la plus grande conspiration contre le Coran lui-même depuis mille ans.
En effet, pendant les trois premiers siècles, le monde musulman a vécu heureux, sans schizophrénie, parce que les compilations et la diffusion des Hadith étaient interdites conformément aux recommandations du Coran lui-même, de Muhammad en personne et de certains califes qui ont été choqués de constater la pratique.

12 août 2016

Compléments et compliments

 [Reçu ce courriel de CHARYBDE]

  -  A propos de http://rogergaraudy.blogspot.fr/2016/08/djihad-guerre-sainte.html

La publication des pages de "Promesses de l'Islam" tombent bien.
Il y a aussi un autre mot qui a été mal traduit: "Ar-Rahman", attribut de Dieu qui apparaît dans l'entame de chacune des 114 (-1) sourates. Il signifie, non pas (de  manière réductrice) "Le Miséricordieux" ou "Le Tout Miséricordieux" mais "Le Tout Amour Miséricordieux" (voir mes explications dans le livre de Maria Poumier "Marchandiser la vie humaine", p.331).

Le "Jihad fi-sabil-i-llah" ne se traduit donc pas par "La guerre sainte au nom de Dieu mais "L'effort en vue du déploiement de ce Amour Universel qui est celui du Tout Amour Miséricordieux, cosmique.
Le spectacle des CiAslamistes est devenu un alibi pratique pour les prophéties auto-réalisatrices diffusées par les théoriciens des chocs de civilisations - y compris celle d'un Michel Onfray qui dénonce la "violence intrinsèque du Coran" mais ferme les yeux sur celle, omniprésente et 1 million de fois plus importante que celle du Coran ou du Nouveau Testament (l'un de vos derniers articles sur le livre d'Esther en est un petit exemple).
Le problème est que les 99,9% des Musulmans du monde n'ont pas lu l'Ancien Testament. Ils croient donc à ce tour de passe passe qu'on leur joue et qui consiste à glisser sous le tapis les boucheries innombrables de l'Ancien Testament dont le modèle est celui décrit de manière si pittoresque par le Grand Prophète Jérémie (48:10):

«Maudit soit celui qui fait avec négligence l’œuvre de l’Eternel, maudit soit celui qui éloigne son épée du carnage ».

   -  Merci pour tout le travail titanesque que vous faites depuis le début.

L'œuvre de Roger Garaudy  est unique au monde (pour être passé du marxisme et de la critique (intelligente) de ses dérives au christianisme. Il n'était pas le seul mais je crois qu'il l'était en passant ensuite à l'islam, toujours en découvreur et sans jamais renier ses étapes précédentes.

Votre site est donc unique au monde aussi parce que vous avez eu le courage de le lancer et de le gérez très professionnellement.
Il y a longtemps que je voulais vous féliciter.

Charybde (nom de guerre d'un pacifiste de Tunis depuis le 11 janvier 2015)

PS: "Il y a là, aujourd'hui encore, une grande leçon pour beaucoup de « révolutionnaires» qui prétendent tout changer sauf eux-mêmes". Ces mots m'ont fait repenser au poète soviétique Maïakovski.

25 janvier 2016

Le wahhabisme contre Roger Garaudy



 Le site "La Voix de la Lybie" réagit à une publication récente du blog. Cette réaction est relayée par "Entre la Plume et l'Enclume".

Les mythes fondateurs de la Fatwa saoudienne contre Roger Garaudy 

 
En lisant sur le site de Roger Garaudy
[le présent blog, ndlr] le compte-rendu de Maria [Maria Poumier, ndlr] sur le livre de Jean-Michel Vernochet sur le wahhabisme, nous avions envie de lui dire immédiatement que:
1-le sous-titre (« Le wahhabisme est-il un contre-islam ? ») est une évidence… Mieux, c’est son cancer.
2- le mot « wahabbisme » dérive de l’un des noms majestueux de Dieu (il y en 99): « Al-Wahhab ». Ce dernier signifie « Le Donateur » ou, plus précisément, « Le Donateur Continuel », le « Dieu-Donneur » si l’on veut. On serait donc en droit, linguistique, de traduire « wahhabisme » par « Dieudonnisme » mais ce serait peut-être une insulte à un esprit libre que nous connaissons.
Ce n’est pas tout car sur le même site, on trouve un article récent qui lui est lié et qui n’est rien moins que le résumé d’une Fatwa saoudienne contre Roger Garaudy (original fourni en arabe). Et là, nous avons probablement ressenti quelque chose de l’immense déchirement existentiel  du philosophe et pacifiste qui avait tenté de réconcilier les êtres humains de tous pays: entre eux, avec leur propre environnement, leur histoire, culture, religion, etc.; en dépit de leurs différences.