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Georges CAMBON de Carmaux publie ce petit texte:
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Envoi du texte "De la terre jusqu'au ciel" au format PDF (gratuit) ou au format papier (prix +envoi : 16 €) sur simple demande de votre part (formulaire colonne de gauche du blog).
Nos sociétés, notre monde, sont composés d’individus, d’entreprises, de collectifs, d’états, de groupements d’états, de plus en plus interdépendants, et pourtant de plus en plus divisés.
Une certaine conception du développement, au service d’une croissance économique sans finalité humaine, obéit à la seule loi du profit des propriétaires et des actionnaires. Une certaine idée de la liberté, sous les noms de « libre échange », de « liberté du marché », ou de « concurrence libre et non faussée », permet aux forts de dévorer les faibles. Une certaine démocratie ne peut empêcher la plus grande rupture de tous les temps entre ceux qui ont et ceux qui n’ont pas. Un universalisme libéral, sous le nom de « mondialisation » ou de « globalisation » accroît en réalité l’isolement des individus et la coupure entre les cultures, en cherchant à museler la diversité au bénéfice d’une culture et d’une idéologie capitaliste à visée impériale. Autrement dit, en cherchant à unifier de manière contrainte on aboutit à moins d’unité, à plus de divisions. Une certaine conception de la marche en avant de l’humanité, du progrès, entraîne l’exaspération des divisions : division entre les classes, séparation de l’homme d’avec la nature, rupture du lien social (individualismes, exclusions et violences), division des races, des sexes, des âges, intégrismes et communautarismes religieux (littéralismes, fondamentalismes) et politiques (impérialismes, nationalismes).
Cette contradiction entre interdépendances et divisions est un danger mortel pour le monde, c’est-à-dire la planète et les humains qui l’habitent. Elle entraîne des guerres et des désastres écologiques, la faim et le chômage de masse, et, en découlant, des mouvements de population considérables. Immigration, faim, misère, chômage, vont évidemment ensemble, les plus démunis tentant en émigrant de passer du monde de la faim à un monde où ils espèrent « se vendre » plus facilement car moins chers que les travailleurs locaux, mais qui est en réalité le monde soit du chômage soit du travail contraint. Sans oublier les violences, les conflits, la montée des racismes et de la xénophobie, qu’entraine la conjonction de ces problèmes.
Ces dérives viennent de loin. Certains les font remonter au néolithique, à l’apparition de l’agriculture et de la production marchande, et à la fondation des premières villes. Le néolithique est parfois présenté comme la première étape de l’anthropocène , ère de l’influence prépondérante de l’homme sur ses écosystèmes, parfois comme le capitalocène, ère de la domination du capital - le travail cristallisé en objets, en marchandises, le travail mort - sur le travail vivant.
D’autres penseurs partent du « miracle grec » (Ve siècle av. JC), qui, contre les philosophies fondées sur des cosmogonies (récits mythiques des origines) de la nature, posa les premières philosophies mettant au centre l’homme (les « philosophies de l’Être » : Socrate, Platon , Aristote) . D ’autres encore partent de la rupture judéo -chrétienne qui institua la notion de « peuple élu » autorisant, au nom d’un dieu, la domination d’un peuple sur un autre.
Plus près de nous, la Renaissance, par-delà ses habits flatteurs - l’invention de la boussole ou de l’imprimerie, les découvertes de nouvelles terres, les réformes religieuses de LUTHER et CALVIN et la restauration de la philosophie grecque (au demeurant parfaitement dualiste, coupant l’homme en deux, corps et esprit séparés) - fut d’abord une naissance, celle du capitalisme en Europe et du colonialisme des européens sur le reste du monde.
A toutes les époques, spécialement dans des temps de « kairos » (moment d’un choix décisif impératif), des modes de pensée cherchent à ramener cette complexité du monde à d’abusives simplifications - blanc contre noir, pur contre impur, liberté contre égalité, individu contre société. Ces modes de pensée réductionnistes empêchent de poser la question de la recherche de buts collectifs respectueux de l’humanisation continue de l’homme et d’une organisation sociale propre à atteindre ces buts. La pandémie de la Covid 19 entre 2021 et 2023, en renforçant l’isolement des individus, a renforcé ces idées. Bien que de plus en plus difficile, les dépasser, chercher à voir plus loin, à viser plus haut, s’il le faut à contre-courant, est ainsi de plus en plus nécessaire et en même temps de plus en plus difficile. La foi, dans ses diverses formes, et la religion, au sens positif de « ce qui relie », ne peuvent être ignorées, pas plus aujourd’hui qu’hier.
Dans la guerre
désormais historique que l’état d’Israël mène contre la
population palestinienne, bien des éléments peuvent et doivent
retenir l’attention de toutes celles et ceux qui croient en la
valeur et en l’efficience d’une spiritualité, qu’elle soit
religieuse ou laÏque.
Parmi ces éléments, deux sont
particulièrement sources de pièges voire (et on le voit!) de
perversions : l’argument de l’Holocauste et l’argument
historico-biblique.
L’argument de l’Holocauste permet
d’exploiter sans vergogne la mauvaise conscience des européens à
qui l’on fait croire, dans la plus pure tradition colonialiste, que
l’on doit éternellement expier les crimes nazis aux dépens des
arabes en général et des Palestiniens en particulier. Pourtant, dés
1982, Nahum Goldman, ancien dirigeant du mouvement sioniste et
Président-fondateur du Congrès Juif Mondial, mettait Israël en
garde : « Invoquer l’Holocauste pour excuser les
bombardements sur le Liban, comme le fait Mr Begin, est une
profanation du mot et une banalisation de la réalité de cet
holocauste, qui ne saurait en aucun cas justifier des actions
politiquement et moralement indéfendables ». Que dirait
aujourd’hui Nahum Goldman devant les massacres de masse à Gaza,
les agressions organisées en Cisjordanie, les attaques contre le
Liban ou l’Iran ?
Deuxième argument, l’histoire
biblique. Cet argument consiste à revendiquer un « droit
divin » de propriété sur la Palestine, l’antique
Judée-Samarie, au nom des thèmes bibliques de l’Alliance, de la
Terre Promise à Abraham, et du Peuple élu. Moshe Dayan disait
clairement en août 1967 : »Si l‘on possède le livre de
la Bible et si l’on se considère comme étant le peuple de la
Bible, on devrait également posséder les terres bibliques ».
Dans cette perspective s’inscrivirent toutes les agressions et
annexions qui se sont succédées depuis et qui trouvent aujourd’hui
leur acmé.
Cette mythologie, ignorante des droits de l’homme,
réduit ainsi la vision biblique du judaïsme à une religion
tribale, nationaliste, chauvine, dont l’état d’Israël est le
bras armé.
Cette mythologie ignore délibérément le grandiose
prophétisme pacifique d’Amos, d’Ezechiel ou d’Isaïe, pour ne
retenir que les seuls textes prônant la conquête de Canaan et
l’extermination sacrée des populations qui l’habitent. Sont
ainsi « justifiés » la spoliation et le massacre. Cette
logique est implacable, elle justifie également le racisme car la
« postérité d’Abraham » n’est plus alors celle de
la communauté abrahamique de la foi mais celle du sacrifice par le
sang de la conquête.
L’argumentation « biblique »
est d’autant plus inacceptable que la plupart des israéliens qui
en abusent ne sont pas des croyants. La « Terre de la
promesse » n’est pas pour eux un acte de foi mais un slogan
de propagande et d’endoctrinement.
Aux « croyants » et « non-croyants » de notre pays trompés par ces manipulations de l’histoire ancienne (le récit biblique) et de l’histoire récente (le génocide nazi), il faut dire, redire et souligner toujours : le problème de la Palestine n’est pas un problème théologique ou religieux, mais un problème politique. Il faut aussi dire, redire et souligner que la politique colonialiste et raciste menée par Israël se drape d’un travestissement culturel et religieux opposé en tout au message universaliste des grands prophètes juifs, chrétiens et musulmans. Nous savions depuis Hitler ce que coûtent les prétentions d’un « peuple élu », comment pouvons-nous aujourd’hui laisser faire ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie ?
A.R.
TOUS DROITS RÉSERVÉS. REPRODUCTION AUTORISÉE AVEC MENTION DE L'AUTEUR ET
LIEN VERS LE BLOG. LES NOTES ONT ÉTÉS SUPPRIMÉES DE CETTE VERSION EN
LIGNE.
Pour acheter le livre : https://www.thebookedition.com/fr/le-principe-transcendance-p-380931.html
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Mais c’est de l’homme qu’il s’agit ! Et de l’homme lui-même quand donc sera-t-il question ? – Quelqu’un au monde élèvera-t-il la voix ?
Car
c’est de l’homme qu’il s’agit, dans sa présence humaine; et
d’un agrandissement de l’œil aux plus hautes mers intérieures.
Saint-John
Perse
Changer le monde ou changer de monde, demandions-nous. Nous n’avons pas pu répondre à la question, car cette alternative n’existe pas. Changer le monde débouche sur un changement de monde, et tout changement de monde commence par un changement du monde. Ce sont les deux faces du principe Transcendance. Si l’on ne cède ni au nihilisme – il n’y a plus rien à dire, à faire, à inventer, et au fond à espérer, ni au positivisme qui étouffe les «pourquoi» de la philosophie sous les «comment» de la science, la réponse est : les deux, car le monde à changer, si on le change, débouchera sur un monde autre. Changer le monde, c’est à la fin (si tant est qu’il y en ait une) changer de monde. Pour changer le monde il faut avoir en vue un autre monde et le vouloir effectivement. En même temps, et c’est la part immanente du principe Transcendance, pour vouloir un autre monde il faut être capable d’agir dans le monde où nous vivons, l’avoir compris dans son principe et ses rouages.
Pour Marx, à partir de l’analyse des contradictions d’une société donnée, il s’agit de découvrir les forces sociales porteuses du projet révolutionnaire nécessaire au dépassement de ces contradictions, et les conditions permettant à ces forces de mettre en œuvre ce projet. Et au centre de ce projet, il y a l’homme. L’homme collectif, mais aussi l’homme individuel, le sujet.
«Il faut relire Marx, après le déluge. Dans ces Manuscrits économico-philosophiques, rédigés en 1844 à Paris, publiés pour la première fois à Leipzig, en 1932, sont dénoncés l’inhumanité du capitalisme et l’infamie de ses thuriféraires ». Ainsi s’exprime Jean Salem dans son édition des «Manuscrits» (GF, 1996). Est esquissée dans ces fragments - ignorés pendant longtemps des «marxistes» puis sous-estimés par des esprits aussi aiguisés qu’Althusser - une sorte de théologie négative, une ébauche de théorie générale du communisme, non pas aboutissement mais début d’une histoire proprement humaine. Il est assez facile de trouver dans ces textes place pour une conception enracinée dans l’immanence de la transcendance: là où l’homme lui-même est à construire, tous les dépassements sont possibles.
«La propriété privée nous a rendus tellement sots et bornés, écrit Marx, qu'un objet est nôtre uniquement quand nous l'avons, quand il existe donc pour nous comme capital ou quand il est immédiatement possédé, mangé, bu, porté sur notre corps, habité par nous, etc., bref quand il est utilisé par nous, bien que la propriété privée ne saisisse à son tour toutes ces réalisations directes de la possession elle-même que comme des moyens de subsistance…
À la place de tous les sens physiques et intellectuels est donc apparue la simple aliénation de tous ces sens, le sens de l'avoir. L'être humain devait être réduit à cette pauvreté absolue pour pouvoir engendrer sa richesse intérieure en partant de lui-même …
…Non seulement la richesse, mais aussi la pauvreté de l'homme reçoivent également — sous le socialisme — une signification humaine et par conséquent sociale. La pauvreté est le lien passif qui fait ressentir aux hommes le besoin de la richesse la plus grande : l'autre homme…
Le communisme [la suppression de la propriété privée] est la forme nécessaire et le principe dynamique de l'avenir immédiat, mais le communisme n'est en tant que tel ni le but du développement humain ni la forme de la société humaine».
En tant qu’inventeur d’une méthode philosophique et sociologique tombée, dans des circonstances historiques données (réformisme, stalinisme) dans une forme d’économisme et de déterminisme, Marx ne se suffit pas à lui-même. Laissons Bloch, Teilhard, Garaudy, introduire dans le marxisme la flamme de la foi, la foi qui ne se réduit pas à la religion.
"Qui était réellement Roger Garaudy, cet intellectuel
dont le parcours fut aussi brillant que tumultueux ? Pourquoi un homme,
d’abord fervent communiste, a-t-il plongé dans l’obscurité des intérêts
controversés qui ont marqué sa vie ? À une époque où les idées
prolifèrent et s’affrontent, Garaudy s’illustre par ses positions
audacieuses, de l’anticolonialisme aux critiques acerbes du sionisme.
Entre fascination et répulsion, sa trajectoire soulève des
interrogations essentielles : comment un penseur peut-il devenir un
paria sur la scène intellectuelle française, condamné pour contestation des crimes contre l’humanité
? Plongeons dans l’univers complexe de cet homme qui, tout en cherchant
à éveiller les consciences, a parfois laissé échapper les siens dans
les méandres de la controverse.
Roger Garaudy, né le 17 juillet 1913 à Marseille et décédé le 13 juin 2012 à Chennevières-sur-Marne,
est un personnage central de l’intellectuel français du XXe siècle.
Philosophe, homme politique, écrivain et finalement, figure
controversée, il a traversé des décennies de débats intellectuels et
sociaux, accumulant un lourd héritage. Sa trajectoire, marquée par des
engagements opposés et des réflexions profondes, interpelle tant les
spécialistes que le grand public.
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13 – Le principe Transcendance
«… et au-dessus de l’eau
L’homme en d’autres lieux se rend par
des passerelles hardies ».
Friedrich Hölderlin
Le mot «principe» est polysémique. A la fois prémices, causes et fondements d’un évènement. Dans le vocabulaire philosophique, «principe» est synonyme de cause première ou d’inconditionné. Dieu par exemple, être ou acte, est principe de transcendance pour les chrétiens ou les musulmans en cours de divinisation. Pour les marxistes, le communisme, abolition positive de la propriété privée, «négation de la négation», est «principe dynamique de l’avenir immédiat» de l’homme au cours de son processus d’humanisation.
Dans
une lettre (du 13 novembre 1916 à sa cousine Marguerite Teillard-Chambon),
Pierre Teilhard de Chardin décrit l’état d’esprit précédant ou accompagnant l’irruption
de la transcendance : «Ce qui, me passionne dans la
vie c'est de pouvoir collaborer à une œuvre, à une Réalité plus durable que moi
: c'est dans cet esprit et cette vue que je cherche à me perfectionner et à
dominer un peu plus les choses. La mort venant me toucher laisse intactes ces
choses, ces idées, ces réalités plus solides et plus précieuses que moi-même;
la foi en la Providence, par ailleurs, me fait croire que cette mort vient à
son heure, avec sa fécondité mystérieuse et particulière (non seulement pour la
destinée surnaturelle de l'âme mais aussi pour les progrès ultérieurs de la
Terre). Alors pourquoi craindre et me désoler si l'essentiel de ma vie n'est
pas touché — si le même dessin se prolonge, sans rupture ni discontinuité
ruineuse ?...».
La transcendance est d’abord – d’abord non par ordre d’importance mais dans le déroulement du temps – une «expérience intérieure». Bien que Georges Bataille, dans son ouvrage éponyme, oppose l’expérience intérieure et l’action, au motif que la première ne peut selon lui «exister comme projet», quand la seconde au contraire serait «toute entière dans la dépendance du projet», nous affirmons l’évènement transcendant comme le fruit d’abord d’un mouvement intérieur, suivi d’un projet puis d’une rupture induite par ce projet. Georges Bataille lui-même accumule les formules qui viennent en quelque sorte contredire son affirmation, comme: «L’extrême du possible, est le point où… un homme… s’avance si loin qu’il ne puisse concevoir une possibilité d’aller plus loin».
Dans la vie telle que la voit Bataille, pour l’homme tel que le voit Bataille, «une particule insérée dans des ensembles instables et enchevêtrés», la pensée discursive, la philosophie, le projet ne sont que «façon d’être dans le temps» qui ne répondent pas au tragique et à l’angoisse liés à la question de la vie et de la mort, car ils ne sont que «remise de l’existence à plus tard». Ce qui compte pour Bataille l’impatient, ce n’est pas «l’énoncé du vent, c’est le vent». Pour lui, la quête même du sens n’a pas de sens car «la vie va se perdre dans la mort,… le connu dans l’inconnu… [et] le non-sens est l’aboutissement de chaque sens possible».
LE GOÛT DE L'ABSOLU
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Reproduction interdite sauf accord écrit de l'auteur
«Une révolution véritable a plus besoin de transcendance que de
déterminisme». Roger Garaudy
Au sens premier, la politique est l’art de gouverner la cité, et par extension à l’époque moderne la nation. A l’époque contemporaine cet art concerne également le groupement de nations, voire la totalité des nations de la planète. Si cet art est le fait d’une personne unique, la cité n’est pas à proprement parler un Etat, encore moins une Nation, mais la propriété personnelle du chef. Lorsque des institutions se constituent, définissant un espace commun à tous les membres de la cité et le mode de fonctionnement de cet espace, la chose politique devient publique, c’est la res publica de l’Etat-Nation. Le terme «République», né plus tard que «res publica», a un sens plus restreint : il signifie «démocratie», pouvoir exercé par le peuple de la cité. A l’ère des ensembles continentaux et de la «mondialisation», la démocratie occidentale, essentiellement électorale, présidentielle ou parlementaire, est souvent, de fait, l’habit de la domination du capital.
Entretien avec Roger Garaudy. A écouter dans l'ordre de présentation. La lecture ne peut se faire que sur You Tube
Un courrier reçu de l'ami du blog A.D.
Cri du cœur pour Garaudy
« Nous ne voulons blesser aucune conscience, mais nous voulons allumer tous les flambeaux ; tant pis pour qui se plaît à la nuit et au sommeil ! Le temps des dogmes et des infaillibilités est passé ; il n’y a plus aujourd’hui que des faits scientifiques et des opinions. (…) L’unité des esprits doit naître désormais d’un libre, universel et incessant examen, et (…) toutes les ténèbres hypocritement accumulées tomberont. » (Pierre Larousse, Préface au Grand dictionnaire universel du XIX e siècle, 1865 ; ce texte est disponible gratuitement sur Internet).
Une même recherche de l'unité de l'homme ?
Intervenant: Alain Raynaud
Mardi 17 Janvier 2023
Les sociétés dérivent, les individus et les communautés se replient. Ces dérives et ce repli sont notamment le fruit d’idées réductionnistes. Contre ces idées, et leur mise en pratique, l’unité de l’Homme - rendue nécessaire par l’universalisation des problèmes et des enjeux - et la poursuite de son humanisation - devenir "toujours plus humain" - peuvent être sauvées par la mise en mouvement d'un "principe de transcendance" dont Marx et Teilhard de Chardin, l'athée et le jésuite, sont aujourd’hui encore, avec d'autres (comme Ernst Bloch ou Jean Jaurès par exemple) au nombre des « prophètes ».
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«Dieu est circonférence et centre, lui qui est partout
et nulle part».
Nicolas de Cues
On ne peut pas prouver que Dieu existe. Pascal a tenté, par un «pari», de trouver
remède à cette impossibilité. «Qui m’aime me crée», dit Aragon, résolvant ainsi en partie le problème de
Pascal : Dieu est créé par l’amour. L’amour
donne sens à la vie humaine et existence à Dieu. L’hypothèse Dieu est une façon de poser la question du principe
Transcendance, mais affirmer «par l’amour,
Dieu existe» ne démontre rien quant à l’hypothèse Dieu. De même affirmer que «Dieu n’existe pas» ne
démontre rien quant à l’hypothèse «non- Dieu».
Dire «Dieu est mort» ne nie pas son existence, mais l’affirme, car ne peut
mourir que ce qui vit. Au-delà de la question toujours irrésolue de son existence, question que Les Lumières, fondées sur le
rationalisme et l’anti- métaphysique,
avaient tenté de trancher au 18e siècle, poser l’hypothèse Dieu est donc exercer une certaine façon de
penser, qui ne refuse ni la grandeur ni les postulats
et qui interpelle aussi bien les athées
que les «croyants».
L’existence ou la non-existence de Dieu n’est pas un problème dès lors que n’est pas défini le contenu du mot «Dieu»,
et il ne peut pas l’être, sauf éventuellement
en négatif (théologie négative : ce que Dieu n’est pas). C’est dans cette zone de doute que se cache
Dieu, puisqu’en définitive, quel que soit le
préjugé de chacun, l’hypothèse de son existence n’est jamais qu’une façon de nommer
une transcendance.
L’amour de Dieu, fait de fusion entre le monde et l’au-delà du monde,
entre immanence et transcendance n’est pas radicalement différent de l’amour
humain.
L’amour divin n’est abandon total dans le transcendant qu’à travers l’expérience mystique qui, par une profonde méditation - l’oraison -, permet à l’amant d’accéder sans intermédiaire à la connaissance de Dieu. Rousseau lui-même aspire à cette expérience : «Que d’hommes entre Dieu et moi !» regrette le Vicaire savoyard dans «L’Emile». Thérèse d’Avila et Jean de la Croix l’ont pratiquée, jusqu’à la mort pour ce dernier, sans pouvoir en établir un manuel de savoir-faire car les «choses de l’oraison» sont «bien obscures pour celui qui n’en a pas l’expérience».
Jean de la Croix ne peut que décrire l’oraison. Retrait total du monde et de soi- même et abandon dans les mains de Dieu. Sensibilité d’abord, puis raison, s’effacent dans une «nuit obscure» s’achevant en radieuse aurore. Même «prier vocalement» ou pratiquer quelques dévotions devient impossible pendant l’oraison.
L’expérience mystique est par définition incommunicable. Pour paraphraser Wittgenstein, la transcendance absolue ne peut être dite, elle se montre. L’Eglise catholique proposant une méthode pour «savoir faire oraison», assimilant celle-ci à une simple variété de la prière, en en déterminant les conditions matérielles et le déroulement, met de la lumière où il faut l’obscurité, du rite où il faut de l’informulé. En vérité, bien qu’ignorant tout de l’oraison, Aragon en parle infiniment mieux lorsque, dans «Le Fou d’Elsa», il glorifie ainsi Jean de la Croix :
«Jean de la Croix je te
reconnais tu ressembles
A tous ceux pour qui le rite et le dogme étaient prisons
Et qui cherchèrent chemin droit vers Dieu laissant les
lacets interminables de la raison
Jean de la Croix tu n’es que le nom chrétien de tous
ceux qui se damnent d’amour».
Le mystique n’est pas du domaine de la compréhension mais de l’adoration, pas de la communion mais de l’extase ; oraison n’est pas raison, ni déraison, mais au-delà de la raison. Difficile d’être en oraison vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Le reste du temps, le mystique utilise les ressources «normales» d’un être humain pour mettre en actes son amour de Dieu, sa foi en lui. L’indicible laisse place au logos, la transcendance absolue à une transcendance relative, celle qui passe un compromis avec l’immanence, avec le réel.
Alors que Salman Rushdie a été l'objet d'une tentative d'assassinat 32 ans après la publication des Versets et la Lettre de Khomeiny, il n'est pas sans intérêt de publier ce que fut alors la réaction de Roger Garaudy. Ici une tribune dans le magazine "L'Evènement du jeudi".
POUR RECEVOIR AU FORMAT PDF LE LIVRE DE ROGER GARAUDY "APPEL AUX VIVANTS" PAR BIEN DES ASPECTS TOUJOURS D'ACTUA LITÉ (conception de la croissance, nucléaire en question, nouvelle démocratie,...),
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