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28 septembre 2025

Divins massacres ?

 Dans la guerre désormais historique que l’état d’Israël mène contre la population palestinienne, bien des éléments peuvent et doivent retenir l’attention de toutes celles et ceux qui croient en la valeur et en l’efficience d’une spiritualité, qu’elle soit religieuse ou laÏque.
Parmi ces éléments, deux sont particulièrement sources de pièges voire (et on le voit!) de perversions : l’argument de l’Holocauste et l’argument historico-biblique.

L’argument de l’Holocauste permet d’exploiter sans vergogne la mauvaise conscience des européens à qui l’on fait croire, dans la plus pure tradition colonialiste, que l’on doit éternellement expier les crimes nazis aux dépens des arabes en général et des Palestiniens en particulier. Pourtant, dés 1982, Nahum Goldman, ancien dirigeant du mouvement sioniste et Président-fondateur du Congrès Juif Mondial, mettait Israël en garde : « Invoquer l’Holocauste pour excuser les bombardements sur le Liban, comme le fait Mr Begin, est une profanation du mot et une banalisation de la réalité de cet holocauste, qui ne saurait en aucun cas justifier des actions politiquement et moralement indéfendables ». Que dirait aujourd’hui Nahum Goldman devant les massacres de masse à Gaza, les agressions organisées en Cisjordanie, les attaques contre le Liban ou l’Iran ?

Deuxième argument, l’histoire biblique. Cet argument consiste à revendiquer un « droit divin » de propriété sur la Palestine, l’antique Judée-Samarie, au nom des thèmes bibliques de l’Alliance, de la Terre Promise à Abraham, et du Peuple élu. Moshe Dayan disait clairement en août 1967 : »Si l‘on possède le livre de la Bible et si l’on se considère comme étant le peuple de la Bible, on devrait également posséder les terres bibliques ». Dans cette perspective s’inscrivirent toutes les agressions et annexions qui se sont succédées depuis et qui trouvent aujourd’hui leur acmé.
Cette mythologie, ignorante des droits de l’homme, réduit ainsi la vision biblique du judaïsme à une religion tribale, nationaliste, chauvine, dont l’état d’Israël est le bras armé.
Cette mythologie ignore délibérément le grandiose prophétisme pacifique d’Amos, d’Ezechiel ou d’Isaïe, pour ne retenir que les seuls textes prônant la conquête de Canaan et l’extermination sacrée des populations qui l’habitent. Sont ainsi « justifiés » la spoliation et le massacre. Cette logique est implacable, elle justifie également le racisme car la « postérité d’Abraham » n’est plus alors celle de la communauté abrahamique de la foi mais celle du sacrifice par le sang de la conquête.
L’argumentation « biblique » est d’autant plus inacceptable que la plupart des israéliens qui en abusent ne sont pas des croyants. La « Terre de la promesse » n’est pas pour eux un acte de foi mais un slogan de propagande et d’endoctrinement.

Aux « croyants » et « non-croyants » de notre pays trompés par ces manipulations de l’histoire ancienne (le récit biblique) et de l’histoire récente (le génocide nazi), il faut dire, redire et souligner toujours : le problème de la Palestine n’est pas un problème théologique ou religieux, mais un problème politique. Il faut aussi dire, redire et souligner que la politique colonialiste et raciste menée par Israël se drape d’un travestissement culturel et religieux opposé en tout au message universaliste des grands prophètes juifs, chrétiens et musulmans. Nous savions depuis Hitler ce que coûtent les prétentions d’un « peuple élu », comment pouvons-nous aujourd’hui laisser faire ce qui se passe à Gaza et en Cisjordanie ?


A.R.

07 janvier 2024

CE QUE "CESSEZ-LE-FEU" VEUT DIRE A GAZA, EN CISJORDANIE ET AU LIBAN...


Après l'attaque terroriste du 7 octobre du Hamas et de ses alliés, (1300 morts majoritairement civils et enlèvement de 300 otages) soutenue par le Hezbollah et ses alliés, Israël riposte par un véritable génocide de la population de Gaza (plusieurs dizaines de milliers de morts et blessés, déplacement contraint de centaines de milliers de personnes, destruction des infrastructures nécessaires à la vie individuelle et sociale, poursuite et aggravation d'un blocus total) , réclamer un cessez-le-feu est le moins que nous, militants pour la paix par la justice, nous puissions faire.


1/- Définir son BUT. Uniquement humanitaire ou aussi première étape vers des pourparlers de paix ? Dans le second cas chaque partie doit reconnaître aux autres parties leur légitimité. Ce dernier point est sans doute le plus difficile.

2/-Concerne TOUS les protagonistes, qui cessent le feu en même temps. Réclamer le cessez-le-feu d'une seule partie est vain. Le Hamas et ses alliés et le Hezbollah et ses alliés doivent évidemment aussi cesser leur tirs sur Israël en même temps qu'Israël arrête de bombarder Gaza et de terroriser la Cisjordanie occupée.
3/- Si le cessez-le-feu est uniquement humanitaire, si donc les combattants des deux bords demeurent l'arme au pied et prêts à s'en servir, une PROTECTION des populations civiles des deux camps doit être mise en place dès le lendemain de la mise en œuvre du cessez-le-feu, soit sous l'égide de médiateurs reconnus par les parties, soit par les organisations internationales compétentes.
4/- Le cessez-le-feu PEUT prévoir des MODALITÉS différentes de protection selon la zone concernée:
- Contrôles par une commission internationale d'interposition (négociée elle aussi) sur le territoire israélien reconnu et en Cisjordanie palestinienne pour en protéger la population.
- Arrêt du blocus de Gaza pour permettre un retour à une situation sanitaire, matérielle et morale, permettant aux Gazaouis de retrouver progressivement des conditions de vie humaines.
5/- Même si le cessez-le-feu est uniquement humanitaire, il peut aussi prévoir la mise en place d'un processus d'INDEMNISATION et de RECONSTRUCTION dans les zones dévastées.

11 octobre 2019

La Turquie instrument d'un plan B américain ?

https://www.french.almanar.com.lb/1522798
(Al Manar est une chaîne de télévision libanaise dont le Hezbollah est le principal actionnaire)

Plan B américain, Ankara attaquera l’Irak après la Syrie?

aviation-turque
La quasi coïncidence est extraordinaire: Y a-t-il un quelconque lien entre l’agression de l’armée turque contre le nord-est de la Syrie à la faveur du feu vert US et la tentative de coup d’Etat qu’a connu la semaine dernière l’Irak?
Au Moyen-Orient, tant que les Etats-Unis maintiendront leur présence toutes les guerres seront imbriquées. Le jeudi 10 octobre, alors que l’artillerie et l’aviation turques continuent à frapper des localités syriennes, les FDS ont procédé à quelques étranges libérations: plusieurs chefs terroristes de Daech ont été libérées avant d’être remis aux forces américaines qui les ont transportées en Irak.
La Turquie est-elle le vecteur d’un plan B américain amorcé avec le pseudo retrait US du nord syrien?
Selon Saadollah Zarei, l’expert iranien des questions régionales, le retrait des troupes américaines de la Syrie juste avant que ne soit lancée l’agression d’Ankara sent la collusion.
« Tout a l’air d’un lâchage américain des Kurdes. Mais à regarder de plus près Ankara et les FDS semblent jouer les différentes étapes d’une seule et même partition qui n’est pas sans rapport avec l’Irak et la Résistance. Pour les USA et Israël, l’Irak se trouve désormais au centre de ce qui est considéré comme leur ultime plan B avant la défaite totale de leur stratégie en Syrie. Au fait il s’agit d’un plan à deux volets parfaitement complémentaires : tout en poussant la Turquie à l’assaut du nord est syrien, il faut continuer à miner l’Etat irakien et à le plonger dans le chaos.
On sait désormais que sans les ingérences avérées de l’ambassade US dans les manifs du début d’octobre à Bagdad il n’y aurait pas eu de plus 100 morts.
On sait aussi que les snipers à la solde qui ont tiré depuis les toits sur la foule et les forces de l’ordre ont été en lien avec l’ambassade américaine. Or si le plan de déstabilisation de l’Irak n’a pas pour le moment abouti il faut faire en sorte qu’il aboutisse.
Et la Turquie est le meilleur candidat pour y parvenir.
C’est un pays qui partage  5 000 kilomètres de frontières communes avec la Syrie, et se réserve le droit de recourir à tout moyen possible pour y changer la donne en sa faveur. La chasse au P.K.K a été jusqu’ici le parfait alibi :
Prétextant la lutte contre le Parti des travailleurs du Kurdistan, (PKK) la Turquie s’est emparée d’une cinquantaine de kilomètre du territoire syrien. Elle a ainsi pris le contrôle d’al-Bab au sud d’Alep jusqu’à Manbij, au nord de Raqqa.
Mais pour étendre son influence dans le nord-est syrien et l’est de l’Euphrate, il lui fallait le feu vert US. Ce feu vert, Washington vient de le donner pas forcément pour plaire à Ankara mais pour faire avancer ses propres desseins qui dépassent les frontières syriennes pour aller toucher l’Irak et son gouvernement aux tendances particulièrement souverainistes.
Il est vrai qu’au cours de ces 4 dernières années, la politique américaine a connu des vicissitudes en Syrie : les Américains ont d’abord brandi la menace d’une offensive totale puis ils ont parlé d’un retrait pour arriver à cette conclusion que le pari syrien ne pourrait être gagné sans que l’axe de la Résistance soit affaibli et surtout dépossédé de sa composante irakienne. Comment ?
Déclencher «  un chaos orienté » en Irak chiite et le faire conjuguer avec une instabilité chronique dans le Kurdistan irakien.
Au fait ni l’Arabie saoudite, ni la Jordanie et encore moins ‘Israël’ n’ont été d’aucun recours pour la politique américaine en Syrie. Pourquoi donc ne pas voir du côté de la Turquie.
Au fait la Turquie partage de longues frontières à la fois avec la Syrie et l’Irak.  Le plan américain semble à ce stade consister à laisser les mains libres à la Turquie sur la rive est de l’Euphrate et à lui permettre ensuite d’étendre son opération sur le territoire irakien. C’est le préalable indispensable à un changement politique radical en Irak.

Il est donc très probable que nous assistions dans les prochaines semaines à une intensification des attaques turques contre certaines zones des provinces de Ninive et de Salaheddine, sous prétexte de lutter contre les Kurdes.
La Turquie tentera de relier «l’île» («Jazira en arabe»), située dans le nord-ouest de la Syrie au nord-ouest de l’Irak, pour ainsi concrétiser un continum tensionnel propre à étendre la crise à la fois en Syrie et en Irak.
Américains, Israéliens, Saoudiens sont arrivés à cette conclusion que la solution à leurs échecs régionaux passe par l’Irak et une fois que Bagdad prend ses distances avec Téhéran, ils pourront résoudre tous leurs problèmes régionaux.
Cette conclusion est similaire au rapport de Vinograd présentée par ‘Israël’ après avoir été vaincu par le Hezbollah libanais pendant la guerre de 33 jours.
En vertu des termes de ce rapport,  les responsables israéliens ont mis en relief le rôle de Damas dans cette défaite. Aujourd’hui c’est le rôle de l’Irak dans la défaite US en Syrie qui est mis en relief. Et c’est la Turquie qui a été choisi pour contrer ce rôle.

Source: https://www.french.almanar.com.lb/1522798 -  Avec PressTV

23 août 2019

Djelfa, archives et témoignages

Contribution à l’histoire du camp de Djelfa, archives et
témoignages (de Roger Garaudy à Max Aub)
par Bernard Sicot - EXTRAITS
In:
Exils et migrations ibériques au XXe siècle, n°3, 2009. Sables d’exil. Les républicains espagnols dans les camps d’internement au Maghreb (1939-1945) pp. 146-216

L’article source est à lire ici EN ENTIER :
https://www.persee.fr/doc/emixx_1245-2300_2009_num_3_3_862

15 juin 2019

D'Amman à Riad, via Washington et Tel-Aviv

La résistance des palestiniens et leurs enfants n'ayant d'autres armes que des pierres contre les blindés et les armes automatiques de l'armée israélienne, est née après la dernière session de la Ligue Arabe à Amman.
Pour la première fois depuis 40 ans l'oppression du peuple palestinien n'y était plus considérée comme le problème majeur. Le peuple palestinien, devant cet abandon, a pris conscience qu'il ne mettrait fin à l'occupation étrangère qu'en ne comptant que sur lui-même, fût-ce avec des pierres.
Il importe que l'on sache sous quelle pression s'est produit le revirement d' Amman qui constitue un alignement total sur la politique américaine: ne condamner l'occupation israélienne qu'en paroles , et concentrer tous les efforts contre l'Iran.
Le rôle déterminant est joué par le deuxième agent des Etats-Unis au Proche-Orient, après Israël: l'Arabie Saoudite.
Les espoirs américains, après la chute du Shah, se sont reportés sur le roi Fahd pour accomplir les mêmes fonctions.
L'analogie est saisissante: les "placements" saoudiens aux Etats-Unis, comme autrefois ceux du Shah, dépassent les 172 milliards de dollars, dont une grande partie en "Bons du Trésor" directement à la disposition de l’armement des Etats-Unis et d'Israël.
Ces "placements" servent de "caution" pour assurer la docilité du vassal (comme autrefois le blocage des fonds du Shah lors de la révolution iranienne).
La C.I.A veille sur l e secret de ces Investissements.
L'ancien dirigeant de la C.I.A., Casey, dans ses Mémoires, se vante d'avoir obtenu du roi Fahd 200 millions de dollars en 1984 et 240 millions en 1985.
Un exemple typique de cette vigilance de la CIA est la saisie, par ses agents, de tous les enregistrements des séances consacrées à 1'Arabie Saoudite par la sous-commission de la Chambre des représentants chargée d'investigations sur les investissements étrangers le 6 mai 1982.
Le 17 février 1982 le Président Reagan avait adressé personnellement une lettre aux membres du Congrès leur expliquant la nécessité de ce secret.
Cette connivence permet à des Compagnies américaines notamment la Bechtel Corporation, qui compte deux anciens dirigeants de la CIA dans son Etat-Major, d'être le bras des Etats-Unis au Moyen -Orient.
Dans cette colonie, l' armée américaine a ses bases, et elle est assez assurée de sa soumission pour lui livrer les armes les plus sophistiquées: depuis les AWACS, qui ont coûté 8 milliards et demi (sans compter les "pots de vin") et qui permettent à l'armée américaine de contrôler tous les mouvements dans le Golfe, jusqu'aux "stingers" (missiles portatifs à bras).
Le budget de l'armée de répression représente 30% du budget de 1'Arabie Saoudite(le deuxième pays au monde, après les Etats-Unis, pour les dépenses militaires par tête d'habitant).Bien entendu ces armements ne sont livrés qu'à la condition de ne servir que contre d'autres pays musulmans. (C'est pourquoi le gouvernement d' Israël ne proteste que pour la forme et laisse passer, bien qu'il ait le pouvoir, par son "lobby"f de bloquer tous les votes.)
La force de répression saoudienne, la "Garde nationale", a été dressée par les instructeurs de la "Vinnel corporation" des Etats-Unis. En décembre 1979, furent appelés les gendarmes français du trop fameux capitaine Barril. Le 1er août 1987 le général allemand Ulrich Wegener (technicien de la répression) est désigné comme organisateur des forces de répression saoudiennes.
Telles sont les causes profondes des décisions d' Amman, abandonnant les Palestiniens, et désignant l'Iran comme cible, et aussi des massacres de la Mecque d'août 1987.
Le problème se pose pour le prochain pèlerinage en juillet 1988. L'Iman Khomeiny a déjà annoncé la venue de 170000 pèlerins iraniens, et une manifestation de "contestation des dieux païens" à la Mecque, où, en dehors de formes extérieures, le seul culte réel des dirigeants est celui du Veau d'Or.
Nous l’avons dit, et nous le répétons: les dirigeants saoudiens, faisant appel aux maîtres de la répression des Etats-Unis, de France, ou d’Allemagne, pour faire régner leur "ordre" à  La Mecque, sont moralement indignes et politiquement incapables d'assurer la sécurité des Lieux Saints .
En utilisant la foi sincère des multitudes pour des fins politiques, les rois protégés de Reagan peuvent créer une nouvelle barrière de sang entre musulmans.
Dans le "Monde" du 4 février, le Prince Talal, avançait des paroles de sagesse: "le conflit isrélo-arabe est notre problème central" disait-il, et les arabes doivent encourager les israéliens partisans de la Paix, pour négocier un accord donnant à chacun une patrie. Il ajoutait: "Nous devons trouver un moyen de parler avec l'Iran."
Il appartient à tous les musulmans d'empêcher de nouveaux massacres dont seuls peuvent se réjouir les dirigeants américains .
Il leur appartient de montrer ce qu'est un Islam à visage humain et divin,- qui n'a rien à voir avec celui des vassaux saoudiens de Reagan-le visage qu'en révèle le Coran: celui d’ Abraham, de Moïse, de Jésus, et de Mohammed parachevant leur message.



Roger Garaudy
Inédit, 1988

[Archives personnelles de RG]

20 avril 2019

"Des sujets qu'il faudrait revoir de fond en combles"

Le Père Joseph Bitar
Résidence des PP Jésuites
DAMAS (Azbakieh)
SYRIE                                                      31/VII/96

Cher Mr. Garaudy,

Je vous écris cette très brève lettre (brève, pour ne pas surcharger encore vos papiers d’archives !) pour  vous dire mon accord sur votre livre (« les Mythes fondateurs… »), que j’ai pris soin de lire avant d’en parler. Vous avez mis le doigt dans la plaie, et c’est ce qui a déchainé les haines et les accusations fausses et perverses.
Par ailleurs, j’ai déploré le « désaveu » de l’Episcopat français vis-à-vis de l’Abbé Pierre car il n’a commis aucune faute – si faute il y a ! – touchant la foi ou les mœurs…et souhaité qu’ils s’insurgent – et à bon escient cette fois ! – contre la débauche, l’immoralité, l’étalage de la pornographie sur tous les « boulevards médiatiques ».
Je vous souhaite bon courage dans ce combat qui est juste, car il s’élève contre bien des falsifications (« comment  6-3=toujours 6 » - bien trouvé !), et contre la transformation en tabous pour des sujets qu’il faudrait revoir de fond en combles.
Je souhaite que les français – toujours au premier rang pour parler de Libertés !...-retrouvent leur liberté de
parole et d’action, et le discernement entre le vrai et le faux, entre une cause juste et des revendications abusives et trompeuses.

J. Bitar, RP

[Archives personnelles de RG]

06 février 2019

Israël en Libye: Préparer l’Afrique au «choc des civilisations»


Par Mahdi Darius Nazemroaya / 13 octobre 2011

Sous l’administration Obama, les Etats-Unis ont étendu la «longue guerre» à l’Afrique. Barack Hussein Obama, le soi-disant «fils de l’Afrique» est devenu en réalité un des pires ennemis de l’Afrique.
Outre son soutien infaillible aux dictateurs en Afrique, c’est sous sa responsabilité que la République de Côte d’Ivoire a été déstabilisée. Le découpage du Soudan a été soutenu publiquement par la Maison Blanche avant le referendum, la Somalie a été davantage déstabilisée, la Libye a été agressée de façon brutale par l’Otan, et le commandement US unifié pour l’Afrique (AFRICOM) est en plein essor.
La guerre en Libye n’est que le début d’un nouveau cycle d’aventurisme militaire au sein de l’Afrique. Les Etats-Unis veulent installer maintenant davantage de bases militaires en Afrique. La France a également annoncé qu’elle avait le droit d’intervenir militairement partout en Afrique où des citoyens français et ses intérêts étaient en danger. L’Otan renforce aussi ses positions dans la Mer Rouge et au large de la Somalie. Alors que le désordre et le chaos déracinent une fois de plus l’Afrique avec les interventions extérieures, Israël reste dans l’ombre sans se manifester. Tel-Aviv a, en réalité, largement participé à ce nouveau cycle de bouleversements, lié au projet Yinon pour reconfigurer son environnement stratégique. Ce processus de reconfiguration s’appuie sur la technique éprouvée qui est de créer des divisions sectaires qui permettront en fin de compte de neutraliser les états visés ou se solderont par leur dissolution.
De nombreux problèmes qui affectent les régions actuelles en Europe de l’est, en Asie Centrale, en Asie du sud, du sud-est, de l’est, en Afrique et en Amérique Latine sont en fait le résultat du déclenchement délibéré de tensions régionales par des puissances extérieures.
Les divisions sectaires, les tensions ethnolinguistiques, les différences de religion, et les violences internes ont été de tous temps exploitées par les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France dans diverses parties du monde. L’Irak, le Soudan, le Rwanda et la Yougoslavie ne sont que quelques exemples récents de cette stratégie de «diviser pour régner» qui est utilisée pour faire plier les pays concernés.

23 février 2018

Jésus, fils de David, vraiment ?

Marc, contributeur du blog, et auteur du livre "Du fondamentalisme biblique à la lumière de l'Evangile", livre très documenté, très argumenté, et d'une lecture agréable et presque haletante, jette ici un regard critique sur la prétendue filiation davidique de Jésus...[A.R.]



©Droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation 

La lecture des évangiles semble attester que Jésus est de la lignée du roi David. En effet, de nombreux passages des évangiles rappellent cette filiation. Mais la question est de savoir si Jésus lui même a revendiqué cette filiation davidique. C'est l'objet de cette étude.

Le roi David

Il semble d'abord utile de retracer la vie et les actes de David. Bien évidemment, le récit du combat entre David, jeune berger armé de sa seule fronde, et le guerrier philistin Goliath, est bien connu.  Nous ne l'évoquerons pas. Mais il est d'autres épisodes de la vie de David, plus obscurs et aussi plus sanguinaires, que l'on évite soigneusement de citer, mais qu'il nous faut évoquer.

Les relations ambigües entre les Philistins et le peuple d'Israël

Les Philistins qui occupaient les régions le long de la mer constituaient une menace permanente pour le peuple d'Israël. Il semble qu'il y ait eu régulièrement des conflits, suivis de périodes de cohabitation paisible. A cet égard, le récit de Samson est emblématique. Nous lisons les informations suivantes dans le livre des Juges

14.1 Samson descendit à Thimna, et il y vit une femme parmi les filles des Philistins.
14.2 Lorsqu'il fut remonté, il le déclara à son père et à sa mère, et dit: J'ai vu à Thimna une femme parmi les filles des Philistins; prenez-la maintenant pour ma femme.
14.3 Son père et sa mère lui dirent: N'y a-t-il point de femme parmi les filles de tes frères et dans tout notre peuple, que tu ailles prendre une femme chez les Philistins, qui sont incirconcis? Et Samson dit à son père: Prends-la pour moi, car elle me plaît.
14.7 Il descendit et parla à la femme, et elle lui plut.
14.10 Le père de Samson descendit chez la femme. Et là, Samson fit un festin, car c'était la coutume  des jeunes gens.
14.11 Dès qu'on le vit, on invita trente compagnons qui se tinrent avec lui.
15.1 Quelque temps après, à l'époque de la moisson des blés, Samson alla voir sa femme, et lui porta un chevreau. Il dit: Je veux entrer vers ma femme dans sa chambre.
Juges 14 et 15

Ce récit montre qu'il y avait à ce moment là des relations pacifiées entre Philistins et le peuple d'Israël.


Mais revenons à David. Après sa victoire sur le géant Goliath, il devint un héros national et fut l'objet d'un accueil triomphal à son retour

18.6  Comme ils revenaient, lors du retour de David après qu'il eut tué le Philistin, les femmes sortirent de toutes les villes d'Israël au-devant du roi Saül, en chantant et en dansant, au son des tambourins et des triangles, et en poussant des cris de joie.
18.7  Les femmes qui chantaient se répondaient les unes aux autres, et disaient: Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille.
18.8  Saül fut très irrité, et cela lui déplut. Il dit: On en donne dix mille à David, et c'est à moi que l'on donne les mille! Il ne lui manque plus que la royauté.
18.9  Et Saül regarda David d'un mauvais oeil, à partir de ce jour et dans la suite.
1 Samuel 18, 6 à 9
La jalousie du roi Saül allait bien vite se transformer en une haine farouche obligeant David  à ''prendre le maquis''.
22.1 David partit de là, et se sauva dans la caverne d'Adullam. Ses frères et toute la maison de son père l'apprirent, et ils descendirent vers lui.
22.2 Tous ceux qui se trouvaient dans la détresse, qui avaient des créanciers, ou qui étaient mécontents, se rassemblèrent auprès de lui, et il devint leur chef. Ainsi se joignirent à lui environ quatre cents hommes.
1 Samuel 22,1 à 2

David, un guerrier sanguinaire
Avec sa troupe de rebelles, on dirait aujourd'hui ''d'insoumis'', David va parcourir le pays, continuellement poursuivi par une troupe d'élite et bien souvent en danger extrème. Finalement il ne lui restera plus d'autre issue que  de se réfugier chez les Philistins.
27.1 David dit en lui-même: je périrai un jour par la main de Saül; il n'y a rien de mieux pour moi que de me réfugier au pays des Philistins, afin que Saül renonce à me chercher encore dans tout le territoire d'Israël; ainsi j'échapperai à sa main.
27.2 Et David se leva, lui et les six cents hommes qui étaient avec lui, et ils passèrent chez Akisch, fils de Maoc, roi de Gath.
27.3 David et ses gens restèrent à Gath auprès d'Akisch; ils avaient chacun leur famille
1 Samuel 27, 1 à 3
Pendant cette période, David va opérer des razzias dans la région du Neguev,
Le temps que David demeura dans le pays des Philistins fut d'un an et quatre mois.
27.8 David et ses gens montaient et faisaient des incursions chez les Gueschuriens, les Guirziens et les Amalécites; car ces nations habitaient dès les temps anciens la contrée, du côté de Schur et jusqu'au pays d'Égypte.
27.9 David ravageait cette contrée; il ne laissait en vie ni homme ni femme, et il enlevait les brebis, les boeufs, les ânes, les chameaux, les vêtements, puis s'en retournait et allait chez Akisch.
27.10 Akisch disait: Où avez-vous fait aujourd'hui vos courses? Et David répondait: Vers le midi de Juda, vers le midi des Jerachmeélites et vers le midi des Kéniens.
27.11 David ne laissait en vie ni homme ni femme, pour les amener à Gath; car, pensait-il, ils pourraient parler contre nous et dire: Ainsi a fait David. Et ce fut là sa manière d'agir tout le temps qu'il demeura dans le pays des Philistins.
27.12 Akisch se fiait à David, et il disait: Il se rend odieux à Israël, son peuple, et il sera mon serviteur à jamais.
1 Samuel 27
David agit avec une rare cruauté, massacrant des tribus bédouines, et raflant le butin. Avec cynisme aussi, puisque, en ne faisant aucun prisonnier, il élimine tout témoin gênant. A son retour d'expédition, il n'hésiste pas à mentir  sans vergogne au roi des Philistins.
Devenu roi après la mort de Saül, David va encore mener de nombreuses guerres.
8.1 Après cela, David battit les Philistins et les humilia, et il enleva de la main des Philistins les rênes de leur capitale.
8.2 Il battit les Moabites, et il les mesura avec un cordeau, en les faisant coucher par terre; il en mesura deux cordeaux pour les livrer à la mort, et un plein cordeau pour leur laisser la vie. Et les Moabites furent assujettis à David, et lui payèrent un tribut.
8.3 David battit Hadadézer, fils de Rehob, roi de Tsoba, lorsqu'il alla rétablir sa domination sur le fleuve de l'Euphrate.
8.4 David lui prit mille sept cents cavaliers et vingt mille hommes de pied; il coupa les jarrets à tous les chevaux de trait, et ne conserva que cent attelages.
8.5 Les Syriens de Damas vinrent au secours d'Hadadézer, roi de Tsoba, et David battit vingt-deux mille Syriens.
2 Samuel 8, 1 à 5

Le roi David représente donc le roi guerrier, victorieux et triomphant de tous ses ennemis. Mais au prix de beaucoup de sang versé. Ce sera la raison pour laquelle ce ne sera pas à lui que reviendra la mission de construire le  temple de Yahweh à Jérusalem.

28.1 David convoqua à Jérusalem tous les chefs d'Israël, les chefs des tribus, les chefs des divisions au service du roi, les chefs de milliers et les chefs de centaines, ceux qui étaient en charge sur tous les biens et les troupeaux du roi et auprès de ses fils, les eunuques, les héros et tous les hommes vaillants.
28.2 Le roi David se leva sur ses pieds, et dit: Écoutez-moi, mes frères et mon peuple! J'avais l'intention de bâtir une maison de repos pour l'arche de l'alliance de l'Éternel et pour le marchepied de notre Dieu, et je me préparais à bâtir.
28.3 Mais Dieu m'a dit: Tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu es un homme de guerre et tu as versé du sang. 
 1 Chroniques 28, 1 à 3
Alors, oui, pour le peuple judéen en l'an 30 ap.J.C., le roi David représentait un idéal, celui d'un souverain vainqueur de tous ses ennemis. Le peuple, soumis à l'occupation romaine, aspirait à retrouver un libérateur, qui, tel David, viendrait le libérer du joug romain. On comprend l'enthousiasme de la foule. Beaucoup de gens étaient attirés par ce courant de pensée.
'' Leur envie naturelle était de  voir la destruction de l'ennemi, de venger l'injustice et d'humilier les adversaires. Il n'est pas surprenant que dans une tradition de chefs militaires, et de rois guerriers, les gens préféraient que le messie soit un roi guerrier dans la lignée du roi David, débouchant sur une ère de paix sans fin.''(1)
La foule lors de l'entrée de Jésus à Jérusalem était enthousiaste, comme nous le rapporte l'évangéliste Matthieu ;
21.8 La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route.
21.9 Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts!
Matthieu 21, 8 à 9
Et pourtant Jésus ne partage pas cette vision d'un roi guerrier. D'abord, il demande comme monture un ânon, symbole s'il en est de la douceur et de la paix, le contraire d'une monture de guerre comme un cheval.
21.1 Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, et qu'ils furent arrivés à Bethphagé, vers la montagne des Oliviers, Jésus envoya deux disciples,
21.2 en leur disant: Allez au village qui est devant vous; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée, et un ânon avec elle; détachez-les, et amenez-les-moi.
21.3 Si, quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez: Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il les laissera aller.
21.4 Or, ceci arriva afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète:
21.5 Dites à la fille de Sion : Voici, ton roi vient à toi, plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d'une ânesse.
Matthieu 21, 1 à 5
Comme le rapporte Naïm Stifan Ateek (2) il semble que Jésus lui-même refuse cette filiation davidique, si on en juge par ses propres paroles :
«  Les trois évangiles synoptiques rapportent un débat entre Jésus et les scribes et les pharisiens sur la relation entre le messie et David. Jésus souligne que le messie ne peut pas être le fils de David, parce que David l'appelle '' Seigneur''. « Comment les scribes peuvent-ils dire que le messie est le fils de David ? David lui-même, guidé par le Saint-Esprit, a déclaré : Le Seigneur a dit à mon Seigneur, assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds' »( Mc 12,35-37;Mt 22, 41-46 ; Lc 20, 41-44). Cela ne signifie-t-il pas que Jésus ait remis en question, ou même rejeté, le courant davidique guerrier  de la tradition ? »(3)
Roger Garaudy aussi remet en cause cette filiation. Dans son livre '' Vers une guerre des religions'', il écrit : «  Jésus refuse d'être tenu pour le'' roi des juifs'' .Lorsque Pilate l'interroge : « Es-tu le roi des juifs ? » Jésus lui répond : « C'est toi qui le dis. ». Pilate dit aux grands prêtres et aux foules : « Je ne vois rien qui mérite condamnation en cet homme »(Lc 23, 3-4). Il est donc clair que la réponse de Jésus ne signifie pas qu'il accepte ce  titre, sans quoi Pilate ne l'aurait pas absous : se proclamer ''roi des juifs'' étant un acte de rebellion contre l'Empereur romain, acte passible de mort.
Ce qui est confirmé par la version de Jean( 18,33-38). Lorsque Pilate pose la question : «  Es-tu le roi de juifs ? », Jésus lui répond : « Dis-tu cela de toi même ou d'autres te l'ont dit de moi ? ».Et il précise : « Ma royauté n'est pas de ce monde ». Pilate revient à la charge : « Tu es donc roi ? », Jésus  lui répond : «  C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né et venu dans le monde pour rendre témoignage de la vérité. » »(4)
Roger Garaudy pose la question de la continuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament, et il ajoute : '' Jésus est-il l'héritier de David ?''(5)
Jésus n'a jamais voulu de cette puissance, il n'a jamais voulu être un messie de puissance. Et Garaudy de poursuivre : «  Nous avons montré dans ''Avons-nous besoin de Dieu ?'',(6) en rappelant la biographie de David établie dans Samuel I et II, combien il était paradoxal de prétendre trouver en Jésus les ''traits fondamentaux'' de ce condotierre sanglant »
Garaudy relève aussi(6) que « le Catéchisme de 1992 nous dit que «  David fut par excellence le roi selon le cœur de Dieu » et qu'on a pu trouver en Jésus-Christ, Messie d'Israël, ses «  traits fondamentaux ». Cette identification est d'autant plus fâcheuse, poursuit Garaudy, que la biographie de David d'après la Bible( il n'existe aucune trace historique de David(7) en dehors de ce qu'en dit la Bible), de 1 S 16 à  2 S 24, en fait un personnage inquiétant. » Nous avons évoqué précédemment les '' exploits '' guerriers de David. « Cette ascendance davidique sera revendiquée par Paul et les évangélistes et elle va peser sur toute l'histoire de l'Eglise. Comment le dieu tribal, Yahweh, peut-il être assimilé au Père qu'invoque Jésus, et ses plus féroces exécutants, par exemple Josué et David, être considérés comme des précurseurs de Jésus ? »(8).
Relevons aussi que pour justifier la thèse de Paul, soucieux d'intéger Jésus à l'histoire juive, disant de son Christ qu'il est «  issu selon la chair de la lignée de David »(Rm 1,2), Matthieu( 1,1-16) et Luc(3,23-38) sont contraints à d'étranges manipulations. Comme l'écrit Garaudy, « l'un,(Luc) énumérant quarante-deux générations de David à Jésus, l'autre, (Matthieu), vingt-six avec des noms si arbitraires que deux seulement( Salathiel et Eliakim) se retrouvent dans les deux listes, tout cela pour aboutir à Joseph, père adoptif de Jésus et non «  selon la chair », selon la «  race » comme le dira Paul, revendiquant son appartenance juive( Rm 9,3) »(9)

En conclusion, nous avons relevé que Jésus lui-même ne revendique nullement une filiation davidique, bien au contraire. Par  ses paroles, par ses actes, il rejette toute idée de domination ou de restauration d'un royaume terrestre. Il ne s'agit pas, pour Jésus, conclut Roger Garaudy,(10) de restaurer le royaume d'Israël et d'être un messie de type davidique, mais de donner de l'espérance à tous les hommes.

Marc

(1)  Naïm Stifan Ateek, Le cri d'un chrétien palestinien pour la réconciliation, Editions l'Harmattan, Paris, 2013, p.153

(2)Naïm Stifan Ateek, prêtre de l'Eglise épiscopalienne( anglicane) du diocèse de Jérusalem et du Moyen-Orient, est né en 1937 à Beit-Schéan en Galilée. Sa famille est expulsée de son domicile en 1948 lors de la guerre israélo-arabe. Il fut le fondateur et directeur du centre oecuménique Sabeel de théologie de la Libération à Jérusalem, créé en 1990. Sur le site de Sabeel France, le lecteur trouvera tous les renseignements ainsi que la revue Cornerstone qui donne des nouvelles régulières sur la Palestine: http://amisdesabeelfrance.blogspot.fr/

(3) Naïm Stifan Ateek, Le cri d'un chrétien palestinien pour la réconciliation, Editions l'Harmattan, Paris, 2013, p.153

(4) Roger Garaudy, Vers une guerre de religion ?, Desclée de Brouwer, p.158

(5)Titre du chapitre 4, Roger Garaudy, de Vers une guerre de religion ? p.160

(6) Roger Garaudy, Avons nous besoin de Dieu ?, p.41 à 43

(7) A l'exception d'un indice relevé sur  des débris d'une stèle  découverte en 1993-1994 à Tel Dan et datée de la seconde moitié du IX e siècle av.J.C. Ces quelques lignes incomplètes gravées dans la pierre ont fait couler beaucoup d'encre. D'abord parce que la pierre est brisée et qu'on a de la peine à
reconstituer le texte manquant, ensuite parce que cette stèle peut mentionner(ou pas) la « maison de David » 

(8) Roger Garaudy, Vers une guerre de religion ?, Desclée de Brouwer, p.168 et suiv.

(9) Roger Garaudy, Vers une guerre de religion ?, Desclée de Brouwer, p.162

(10) Roger Garaudy, Vers une guerre de religion ?, Desclée de Brouwer, p.158















30 décembre 2017

Juifs, arabes, un Etat commun

Thèses sur l'État commun
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1. Entre le Jourdain et la mer, il existe un petit pays dont l'unité est évidente sur une carte et encore plus quand on le traverse. Ses frontières sont clairement dessinées. Ses ressources naturelles - l'eau, en particulier - sont impossibles à diviser. Les différentes populations qui y vivent sont si imbriquées qu'il faudrait de massifs transferts pour créer des entités ethniquement homogènes.
Cette unité n'a pas pu être effacée par les «faits accomplis» - immigration, conflits armés, colonisation. Si les plans de partition ont tous échoué, c'est pour avoir nié la réalité en ignorant cette unité du pays. Et le déni de réalité entraîne la ruine à terme de tout projet, quelle que soit la puissance de ceux qui le soutiennent.

2. Parler aujourd'hui d'État commun, c'est poser un
cadre et non établir un programme d'institutions
étatiques. Il s'agit de restaurer l'unité du pays en
mettant la partition une fois pour toutes au rencart et
en la remplaçant par la notion de partage (sharing).
Il s'agit de remettre à sa place la religion en désamorçant
son poids national-politique. Quant au mode
d'organisation politique de l'État commun, qu'il soit
binational, fédéral, cantonal ou confédéral, son choix
reviendra au peuple de cet État.

3. Choisir l'État commun, c'est aller vers une décolonisation
différente de celles qui eurent lieu au
xxe siècle, car elle concerne à la fois les anciens colonisés
et colonisateurs, qui continueront à vivre dans
le même pays, intégrés dans la même région. C'est
la seule manière d'en finir avec la présence d'une
tête de pont de l'Occident en plein Orient - greffe
militaire qui nécessite un traitement antirejet permanent.
C'est aussi la seule manière d'éviter de nouveaux
transferts de population, d'arabes palestiniens
d'Israël aussi bien que de colons israéliens.

4. L'État commun suppose que les arabes palestiniens
et les juifs israéliens renoncent au rêve fatigué
d'État-nation. Ce renoncement mutuel est évidemment
difficile, tant pour ceux qui possèdent déjà un
État que pour ceux qui luttent depuis des années
pour en obtenir un. Mais ce compromis historique
égalitaire est indispensable pour une vraie réconciliation
entre les groupes qui vivent aujourd'hui dans
le pays.

5. L'État commun est un objectif clair. Par là, il est
capable de rassembler les partisans sincères d'une
paix juste, souvent découragés par les interminables
épisodes du «processus de paix». Seul le principe
d'État commun est susceptible de réunir des initiatives
éclatées et de faire émerger ce qui manque
le plus aujourd'hui : une organisation comparable
à l'ANC sud-africaine, où lutteront ensemble dans
l'égalité juifs, arabes, Israéliens, Palestiniens.

6. Dans «État commun», le mot commun doit être
pris aux deux sens du terme : État partagé entre ses
habitants, et État comme les autres, qui échappe à
l'exception. En ce dernier sens, il n'aura pas vocation
- pas plus que n'importe quel autre État - à résoudre
toutes les questions de société, ni en particulier à
mettre fin à la lutte des classes.

7. L'État commun n'est pas une position de repli
devant l'échec de la «solution» des deux États.
Ce n'est pas non plus, contrairement à une opinion
répandue, «une des deux solutions possibles»
entre lesquelles on aurait à choisir, comme au marché
entre carottes et betteraves. C'est la seule voie
réaliste car elle est la seule à prendre en compte la
situation actuelle, loin des projections géopolitiques
ou démographiques.
Pour les acteurs de la Révolution française, égalité,
république et démocratie étaient de quasi synonymes.
L'État commun aura lui aussi pour principe de base
l'égalité de n'importe qui avec n'importe qui. Après
des années de ségrégation, de discriminations et
d'apartheid, ce sera une égalité des droits civiques
et politiques, en sachant qu'il ne s'agira là que d'un
début car, comme l'expliquait Marx dans la Question
juive, l'émancipation politique n'est que le premier
pas vers l'émancipation humaine.


Eric Hazan/Eyal Sivan
Un Etat commun entre le Jourdain et la mer
La fabrique éditions
Pages 61 à 63