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07 janvier 2024

CE QUE "CESSEZ-LE-FEU" VEUT DIRE A GAZA, EN CISJORDANIE ET AU LIBAN...


Après l'attaque terroriste du 7 octobre du Hamas et de ses alliés, (1300 morts majoritairement civils et enlèvement de 300 otages) soutenue par le Hezbollah et ses alliés, Israël riposte par un véritable génocide de la population de Gaza (plusieurs dizaines de milliers de morts et blessés, déplacement contraint de centaines de milliers de personnes, destruction des infrastructures nécessaires à la vie individuelle et sociale, poursuite et aggravation d'un blocus total) , réclamer un cessez-le-feu est le moins que nous, militants pour la paix par la justice, nous puissions faire.


1/- Définir son BUT. Uniquement humanitaire ou aussi première étape vers des pourparlers de paix ? Dans le second cas chaque partie doit reconnaître aux autres parties leur légitimité. Ce dernier point est sans doute le plus difficile.

2/-Concerne TOUS les protagonistes, qui cessent le feu en même temps. Réclamer le cessez-le-feu d'une seule partie est vain. Le Hamas et ses alliés et le Hezbollah et ses alliés doivent évidemment aussi cesser leur tirs sur Israël en même temps qu'Israël arrête de bombarder Gaza et de terroriser la Cisjordanie occupée.
3/- Si le cessez-le-feu est uniquement humanitaire, si donc les combattants des deux bords demeurent l'arme au pied et prêts à s'en servir, une PROTECTION des populations civiles des deux camps doit être mise en place dès le lendemain de la mise en œuvre du cessez-le-feu, soit sous l'égide de médiateurs reconnus par les parties, soit par les organisations internationales compétentes.
4/- Le cessez-le-feu PEUT prévoir des MODALITÉS différentes de protection selon la zone concernée:
- Contrôles par une commission internationale d'interposition (négociée elle aussi) sur le territoire israélien reconnu et en Cisjordanie palestinienne pour en protéger la population.
- Arrêt du blocus de Gaza pour permettre un retour à une situation sanitaire, matérielle et morale, permettant aux Gazaouis de retrouver progressivement des conditions de vie humaines.
5/- Même si le cessez-le-feu est uniquement humanitaire, il peut aussi prévoir la mise en place d'un processus d'INDEMNISATION et de RECONSTRUCTION dans les zones dévastées.

15 juin 2019

D'Amman à Riad, via Washington et Tel-Aviv

La résistance des palestiniens et leurs enfants n'ayant d'autres armes que des pierres contre les blindés et les armes automatiques de l'armée israélienne, est née après la dernière session de la Ligue Arabe à Amman.
Pour la première fois depuis 40 ans l'oppression du peuple palestinien n'y était plus considérée comme le problème majeur. Le peuple palestinien, devant cet abandon, a pris conscience qu'il ne mettrait fin à l'occupation étrangère qu'en ne comptant que sur lui-même, fût-ce avec des pierres.
Il importe que l'on sache sous quelle pression s'est produit le revirement d' Amman qui constitue un alignement total sur la politique américaine: ne condamner l'occupation israélienne qu'en paroles , et concentrer tous les efforts contre l'Iran.
Le rôle déterminant est joué par le deuxième agent des Etats-Unis au Proche-Orient, après Israël: l'Arabie Saoudite.
Les espoirs américains, après la chute du Shah, se sont reportés sur le roi Fahd pour accomplir les mêmes fonctions.
L'analogie est saisissante: les "placements" saoudiens aux Etats-Unis, comme autrefois ceux du Shah, dépassent les 172 milliards de dollars, dont une grande partie en "Bons du Trésor" directement à la disposition de l’armement des Etats-Unis et d'Israël.
Ces "placements" servent de "caution" pour assurer la docilité du vassal (comme autrefois le blocage des fonds du Shah lors de la révolution iranienne).
La C.I.A veille sur l e secret de ces Investissements.
L'ancien dirigeant de la C.I.A., Casey, dans ses Mémoires, se vante d'avoir obtenu du roi Fahd 200 millions de dollars en 1984 et 240 millions en 1985.
Un exemple typique de cette vigilance de la CIA est la saisie, par ses agents, de tous les enregistrements des séances consacrées à 1'Arabie Saoudite par la sous-commission de la Chambre des représentants chargée d'investigations sur les investissements étrangers le 6 mai 1982.
Le 17 février 1982 le Président Reagan avait adressé personnellement une lettre aux membres du Congrès leur expliquant la nécessité de ce secret.
Cette connivence permet à des Compagnies américaines notamment la Bechtel Corporation, qui compte deux anciens dirigeants de la CIA dans son Etat-Major, d'être le bras des Etats-Unis au Moyen -Orient.
Dans cette colonie, l' armée américaine a ses bases, et elle est assez assurée de sa soumission pour lui livrer les armes les plus sophistiquées: depuis les AWACS, qui ont coûté 8 milliards et demi (sans compter les "pots de vin") et qui permettent à l'armée américaine de contrôler tous les mouvements dans le Golfe, jusqu'aux "stingers" (missiles portatifs à bras).
Le budget de l'armée de répression représente 30% du budget de 1'Arabie Saoudite(le deuxième pays au monde, après les Etats-Unis, pour les dépenses militaires par tête d'habitant).Bien entendu ces armements ne sont livrés qu'à la condition de ne servir que contre d'autres pays musulmans. (C'est pourquoi le gouvernement d' Israël ne proteste que pour la forme et laisse passer, bien qu'il ait le pouvoir, par son "lobby"f de bloquer tous les votes.)
La force de répression saoudienne, la "Garde nationale", a été dressée par les instructeurs de la "Vinnel corporation" des Etats-Unis. En décembre 1979, furent appelés les gendarmes français du trop fameux capitaine Barril. Le 1er août 1987 le général allemand Ulrich Wegener (technicien de la répression) est désigné comme organisateur des forces de répression saoudiennes.
Telles sont les causes profondes des décisions d' Amman, abandonnant les Palestiniens, et désignant l'Iran comme cible, et aussi des massacres de la Mecque d'août 1987.
Le problème se pose pour le prochain pèlerinage en juillet 1988. L'Iman Khomeiny a déjà annoncé la venue de 170000 pèlerins iraniens, et une manifestation de "contestation des dieux païens" à la Mecque, où, en dehors de formes extérieures, le seul culte réel des dirigeants est celui du Veau d'Or.
Nous l’avons dit, et nous le répétons: les dirigeants saoudiens, faisant appel aux maîtres de la répression des Etats-Unis, de France, ou d’Allemagne, pour faire régner leur "ordre" à  La Mecque, sont moralement indignes et politiquement incapables d'assurer la sécurité des Lieux Saints .
En utilisant la foi sincère des multitudes pour des fins politiques, les rois protégés de Reagan peuvent créer une nouvelle barrière de sang entre musulmans.
Dans le "Monde" du 4 février, le Prince Talal, avançait des paroles de sagesse: "le conflit isrélo-arabe est notre problème central" disait-il, et les arabes doivent encourager les israéliens partisans de la Paix, pour négocier un accord donnant à chacun une patrie. Il ajoutait: "Nous devons trouver un moyen de parler avec l'Iran."
Il appartient à tous les musulmans d'empêcher de nouveaux massacres dont seuls peuvent se réjouir les dirigeants américains .
Il leur appartient de montrer ce qu'est un Islam à visage humain et divin,- qui n'a rien à voir avec celui des vassaux saoudiens de Reagan-le visage qu'en révèle le Coran: celui d’ Abraham, de Moïse, de Jésus, et de Mohammed parachevant leur message.



Roger Garaudy
Inédit, 1988

[Archives personnelles de RG]

20 avril 2019

"Des sujets qu'il faudrait revoir de fond en combles"

Le Père Joseph Bitar
Résidence des PP Jésuites
DAMAS (Azbakieh)
SYRIE                                                      31/VII/96

Cher Mr. Garaudy,

Je vous écris cette très brève lettre (brève, pour ne pas surcharger encore vos papiers d’archives !) pour  vous dire mon accord sur votre livre (« les Mythes fondateurs… »), que j’ai pris soin de lire avant d’en parler. Vous avez mis le doigt dans la plaie, et c’est ce qui a déchainé les haines et les accusations fausses et perverses.
Par ailleurs, j’ai déploré le « désaveu » de l’Episcopat français vis-à-vis de l’Abbé Pierre car il n’a commis aucune faute – si faute il y a ! – touchant la foi ou les mœurs…et souhaité qu’ils s’insurgent – et à bon escient cette fois ! – contre la débauche, l’immoralité, l’étalage de la pornographie sur tous les « boulevards médiatiques ».
Je vous souhaite bon courage dans ce combat qui est juste, car il s’élève contre bien des falsifications (« comment  6-3=toujours 6 » - bien trouvé !), et contre la transformation en tabous pour des sujets qu’il faudrait revoir de fond en combles.
Je souhaite que les français – toujours au premier rang pour parler de Libertés !...-retrouvent leur liberté de
parole et d’action, et le discernement entre le vrai et le faux, entre une cause juste et des revendications abusives et trompeuses.

J. Bitar, RP

[Archives personnelles de RG]

19 mai 2018

Document historique. La question palestinienne et la Responsabilité internationale (1983)

LA QUESTION PALESTINIENNE

et la Responsabilité Internationale
" On porterait gravement atteinte aux principes élémentaires de l'équité en n'accordant pas à ces innocentes victimes* du conflit le droit de retourner chez elles alors que, par ailleurs,les
immigrants juifs pénétreraient en grand nombre en Palestine et pourraient même menacer de prendre définitivement la place des réfugiés arabes dont les familles sont installées dans le pays depuis des siècles. "
Comte Bernadotte (1948)

* les Palestiniens.

Cher lecteur,
A la veille de la Conférence internationale sur la Palestine, débutant
à Genève le 29. 8. 83, nous avons cru utile de vous faire part de ce
document.
Celui-ci n'est aucunement destiné à une quelconque propagande.
Il essaye de jeter quelques rayons de lumière sur des réalités afférentes
à la cause palestinienne, oubliées ou méconnues.
Dès lors, on s'est borné, pour l'essentiel, à la citation de certains
textes des résolutions de l'O.N.U. et à des déclarations, notamment,
des différents dirigeants et responsables israéliens.

Le Groupe d'Etude
sur le Moyen-Orient, Genève.

L'O.N.U., Israël et les Palestiniens
Dans sa résolution ES/7/7 du 19 août 1982, l'Assemblée générale des Nations Unies avait décidé de convoquer à une conférence internationale sur la question de Palestine en vue de rechercher des moyens efficaces pour permettre au peuple palestinien d'obtenir et d'exercer ses droits.
Il apparaît, après plus de 30 années de conflit, que, si le peuple palestinien n'a pas encore obtenu ses droits, cela tient au fait que l'Etat sioniste d'Israël, fondé sur le racisme, l'expansionnisme et la terreur, ne se conforme pas au droit international et ne tient pas compte des résolutions de l'Organisation des Nations Unies. En un mot, c'est "parce que Israël n'est pas une Etat comme les autres" !
Toute ébauche de solution pour la question de la Palestine passe nécessairement par une démystification tant des principes selon lesquels l'Etat sioniste d'Israël a été créé que des principes selon lesquels s'exerce sa politique. Cette démystification permettra, non seulement de mesurer l'injustice faite au peuple palestinien, mais aussi de montrer la mesure du danger que la paix et la sécurité mondiale encourent. Avec les développements que connaît le Proche-
Orient à l'heure actuelle, une telle analyse devient de plus en plus urgente.

Création de l'Etat d'Israël

La Déclaration Balfour
Dans son livre L'Affaire Israël, le Sionisme Politique , Roger Garaudy dit: "avec la Déclaration Balfour commençait la série des grands mensonges qui jalonnent l'histoire de l ' Etat d'Israël et de ses dirigeants" . L'auteur de cette déclaration, parue le 2 novembre 1917, reconnaît que le principe de l’auto-détermination était refusé à la population de la Palestine. En effet, Arthur James Balfour écrira à Loyd George le 19 février 1919 : " le point faible de notre position c'est évidemment que, dans le cas de la Palestine, nous avons refusé le principe de l'autodétermination. Si les habitants actuels étaient consultés, ils rendraient
indiscutablement un verdict contre l’implantation juive ".
En effet, le rapport de la Commission King-Crane, envoyée par le Président Wilson en 1919, confirmera le refus opposé par la population palestinienne à rencontre de l'implantation juive. Cette commission proposait alors le rejet du programme sioniste maximal et le maintien de l'unité de la Syrie-Palestine sous un mandat britannique ou américain garantissant la présence du foyer national juif limité .
En outre, la Déclaration Balfour stipulait que les droits civils et religieux des communautés non-juives seraient respectés. Or ces droits furent constamment bafoués, et l'idée d'un foyer national juif qui, selon le Livre Blanc Britannique de 1922, devait consister à créer, en Palestine, un centre de rayonnement de la culture et de la religion juives, était devenue pour les dirigeants sionistes un paravent derrière lequel se cachaient leurs intentions de créer un Etat sioniste. Cet état d'esprit devait se confirmer par la suite avec le partage de la Palestine et la création de l'Etat d'Israël.

La Résolution de partage de la Palestine
Une étape décisive fut franchie le 29 novembre 1947 lorsque l'Assemblée Générale des Nations Unies adopta la résolution 181 dite de partage de la Palestine. Les Juifs, qui constituaient à cette date 32 % de la population et ne possédaient que 6,5 % des terres, reçoivent des Nations Unies 56 %du territoire avec les terres les plus fertiles.
Dès lors se posera l'épineux problème de la compétence de l'Assemblée Générale des Nations Unies à prendre une telle décision.
En effet, comme l'explique Monsieur Chambour, l'organisation des Nations Unies avait expressément renoncé, en 1946, à ses fonctions de contrôle exercées auparavant par la Société des Nations en matière de mandat sur la Palestine. A cet effet, les dispositions légales des obligations de la puissance mandataire sont nettement exprimées par l'article 2 du pacte du mandat. Ce dernier stipule que: "La garantie de l'intégrité territoriale de la Palestin e est assurée par la puissance mandataire, ainsi que sa protection contre toute perte ou prise à bail de tout ou partie de son territoire et  contre l'établissement de toute autre puissance
étrangère. "
Cette question de compétence fut reprise en 1947 par l'Assemblée générale, sous la forte pression qu'exercèrent les délégations sionistes sous plusieurs formes, dont la plus commode fut le chantage à l'antisémitisme. Les excès sionistes furent tels qu'ils faillirent compromettre les objectifs mêmes des Juifs. Le Dr Chaïm Weizmann dut minimiser, devant l'émotion de Truman, l'ampleur de cette campagne en l'attribuant à des éléments "incontrôlés" : "Il est courant de prétendre à Washington que nos frères israélites ont exercé des pressions déplacées et excessives sur certaines délégations et ont ainsi dépassé la mesure. Je ne peux
répondre des personnalités sans mandat..."
Dans ses Mémoires, l'ancien président des Etats-Unis, H. Truman, écrivit ce passage déplorable : " En réalité, non seulement les Nations Unies étaient soumises à des pressions telles qu'elles n'en avaient jamais connues, mais la Maison Blanche, elle aussi, subissait un véritable tir de barrage. Je ne crois pas avoir jamais été l'objet d'une campagne de propagande aussi virulente. L'acharnement de quelques-uns des dirigeants sionistes parmi les plus extrémistes, poussés d'ailleurs par des motifs politiques et maniant la menace politique, me gênait. Certains d'entre eux suggéraient que nous fassions usage de notre influence pour amener des nations souveraines à voter favorablement à l'Assemblée générale. "
L'Assemblée générale avait présenté à la Cour internationale de justice une demande d'interprétation de l'article 10 de la Charte de l'O.N.U., concernant » son pouvoir de contrôle et sa compétence en la matière. La Cour avait admis la demande et prononça sa résolution (No 141-III), qui fut confirmée par la résolution No 227-HI du 21 novembre 1948 et la résolution 337 du 6 décembre 1949.
La Cour internationale de justice a admis cette position malgré le fait que l'Assemblée générale avait expressément déclaré renoncer à ses fonctions de contrôle découlant de l'article 10 de la Charte et donna l'interprétation suivante:
"... La Cour a estimé que l'Assemblée générale des Nations Unies avait, aux termes de l'article 10 de la Charte, le droit de reprendre les fonctions de contrôle exercées auparavant par la S.D.N. La compétence de l'Assemblée générale des Nations Unies, pour exercer un tel contrôle et pour recevoir et examiner des rapports, ressort des termes généraux de l'article 10 de la Charte qui autorise l'Assemblée générale à discuter toutes questions ou affaires entrant dans le cadre de la Charte et à formuler sur ces questions ou affaires des recommandations aux membres des Nations Unies."

Compétence de l'Assemblée générale
Il ressort de l'interprétation de la C.IJ. que l'Assemblée générale de l’O.N.U. peut se prévaloir de ses droits auxquels elle avait expressément renoncé auparavant, dans le cadre des fonctions de contrôle que la S.D.N. exerçait en matière des mandats et de celles déterminées dans la Charte de TO.N.U. Ces compétences sont:
1. Recevoir et examiner les rapports de la puissance mandataire ;
2. Recevoir et examiner les pétitions ;
3. Emettre des recommandations aux membres des Nations Unies ;
4. Discuter toutes questions ou affaires dans le cadre de la Charte.
C'est dans l'exercice de ses fonctions précitées que l'Assemblée générale de l'O.N.U. s'était heurtée à nombre de difficultés d'ordre politique et juridique.

Questions politique :
Les très fortes pressions qu'exercèrent les congressistes sionistes sur nombre d'Etats membres de PO.N.U., les instances de la délégation des Etats-Unis auprès de l'Assemblée générale, afin de prendre une attitude favorable à la cause des Juifs et, enfin, les instructions données par le Président Harry Truman au Département politique d'Etat pour qu'il accorde l'appui de l'Amérique au plan de partage, lequel ordre est cité par M. H . Truman lui-même dans ses Mémoires, tous ces facteurs politiques d'influence eurent assurément de graves conséquences sur la conduite des décisions prises par l'Assemblée générale concernant l'affaire
palestinienne.

Questions juridiques : La succession de la SD.N.
Cette sucession est affirmée par la Cour internationale de justice, en ce qui concerne le
mandat. Certains auteurs ont contesté cette succession relative au mandat A qui a pris fin par l'indépendance des pays du Proche-Orient. Cependant, le régime de la tutelle internationale entre dans le cadre de la succession de l'O.N.U. à la S.D.N.
Mais l'interprétation de la C.I.J., en ce qui concerne la compétence de l'Assemblée               générale de l'O.N.U., assure le maintien intégral des dispositions juridiques et politiques du mandat A. La Palestine, qui n'avait pas reçu son indépendance encore, conservera les droits attachés à son unité territoriale et politique.
La Cour affirme à cet égard que les obligations résultant des mandats et leur objectif primitif demeurent maintenus par la succession de la S.D.N. L'Assemblée devait respecter sa compétence limitée par la Cour et l'article 10 de la Charte. Or, l'Assemblée générale, prenant en considération la demande de la puissance mandataire sur la Palestine, en date du 18 février 1947, annonçait la cessation du mandat britannique sur la Palestine.
Le problème palestinien s'est trouvé dès 1947 soumis à l'Organisation des Nations Unies. Celle-ci devait se conformer d'une part au Pacte de la S.D.N., voire à l'article 22 portant sur la législation fondamentale du mandat A appliqué sur la Palestine comme il a été appliqué aux pays du Proche-Orient sous mandat ; d'autre part, elle devait faire face au problème essentiel du conflit israélo-arabe, concernant le sort légitime de la Palestine en tant qu'Etat indépendant, avec un Foyer juif, nettement stipulé par le pacte du mandat britannique.
Le 15 mai 1947, l'Assemblée générale a pris deux résolutions*4, l'une portant sur la création d'une Commission spéciale, ayant pouvoir très étendu pour enquêter sur toutes les questions et tous les problèmes relatifs à l'affaire palestinienne; l'autre, sous forme d'appel aux gouvernements et peuples était ainsi libellée:
"L'Assemblée invite, par la résolution No 107, tous les gouvernements et tous les peuples et particulièrement les habitants de la Palestine à s'abstenir du recours à la force ou à la menace ainsi qu'à toute forme d'action qui serait de nature à créer une atmosphère pouvant  compromettre une solution rapide de la question palestinienne."

La question juridique du plan de partage
La Commission spéciale, n'ayant pas réussi à se prononcer à l'unanimité sur une solution unique, présenta à l'Assemblée deux plans différents. Le plan de la majorité recommande le partage de la Palestine en deux Etats, arabe et juif, liés  par une union économique, et le plan de la minorité, préconisant la constitution d'un Etat fédéral avec Jérusalem pour capitale.
Une commission ad hoc est instituée par l'Assemblée générale chargée plus
spécialement de l'étude des trois points suivants :
1. la proposition britannique,
2. la proposition arabe de cessation du mandat et de reconnaissance de l'indépendance
de la Palestine,
3. le rapport de la Commission spéciale.
L'élaboration d'une décision était déjà préparée à l'avance pour admettre le plan de partage, qui fut adopté par 25 voix contre 13,17 abstentions et 2 absences. C'est ainsi que la Belgique, la France, Haïti, le Libéria, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Paraguay et les Philippines ont dû réviser leur vote au moment de la séance plénière.
Cette décision est contraire aux prescriptions de l'article 22 du Pacte de la S.D.N. qui déclare l'entité politique territoriale de la Palestine. Elle l'est aussi par le fait de l'incompétence de l’O.N.U. de modifier les dispositions du mandat A qui reconnaissent l'indépendance de tous les pays qui s'étaient détachés de l'Empire ottoman. Le partage est contraire à l'intégrité territoriale de la Palestine prévue par l'article 22 précité. Que le Foyer juif se transforme par des décisions illégales de l'O.N.U., en un Etat. ; c'est une violation du droit des peuples de disposer d'eux-mêmes. L'Etat d'Israël n'étant pas en bonne et due forme nationale
pour pouvoir recevoir un fin juridique.
Que l'O.N.U. soit amenée à prendre la résolution 107 précitée, c'est qu'elle a été avertie des soulèvements en Palestine de l'opinion publique contre la décision du partage ; cela nécessitait une mesure à prendre contre les pressions sionistes, et les mettre devant la situation exacte qui ne pouvait être que le choix entre deux solutions juridiques équitables :
1. La détermination d'un lieu pour le Foyer juif, conformément aux dispositions du Pacte de la S.D.N. et du mandat A au sein d'une Palestine indépendante arabe.
2. La mise en application d'un mandat, sous le contrôle de l'O.N.U., de l'administration
autonome du Foyer juif, pour une période déterminée pour connaître la conduite des Juifs, et les conditions de leur établissement dans un canton. Cette décision aurait été conforme aux articles 1 et 2 de la Charte, qui recommandent le respect de la paix, des droits et libertés de l'homme, et avec les articles 10 et 14 de la Charte.
Mais cela n'était pas la pensée de l'O.N.U. Elle est et elle demeurera responsable du conflit actuel.
Le professeur I. Browlie écrit à propos : " Plusieurs considérations donnent à douter de la capacité des Nations Unies pour conférer un titre sur un territoire, entre autres parce que les Nations Unies ne peuvent assumer le rôle de souverain territorial." "Ainsi la résolution de 1947, comportant un plan de partage de la Palestine, était probablement prise en dehors de la compétence des Nations Unies, et même s'il n'en est pas ainsi, elle n'avait aucun caractère obligatoire pour les Etats membres."
Dans son rapport intérimaire présenté au Secrétaire général de l'O.N.U. le 16 septembre 1948, le médiateur de l'O.N.U., le comte Folke Bernadotte, releva les points essentiels du problème palestinien : le partage, l'Etat juif, l'immigration et les réfugiés palestiniens. Car il estimait que la question qui se posait n'était pas de savoir s'il était souhaitable de reprendre et de reviser la résolution
du 29 novembre 1947 ; celle-ci est déjà dépassée et irrévocablement révisée par les faits qui se sont produits au cours de l'histoire récente de la Palestine. Décrivant l'attitude des Etats arabes, le comte Bernadotte estimait : "qu'il est extrêmement difficile d'accepter seulement le fait de l'existence d'un Etat juif en Palestine, tout en reconnaissant le droit à de nombreux Juifs actuellement en Palestine, disait-il, de s'y trouver et d'y demeurer en tant que citoyens d' un Etat palestinien. Ils repoussent avec indignation les aspirations nationalistes des Juifs à un Eta t séparé." "Selon moi, conclut-il, et sans excuser en aucune façaon l'intervention armée
des Etats arabes, la solution d u problème serait facilitée si la communauté internationale et les Juifs d'Israël voulaient bien manifester plus de compréhension à l'égard du point de vue arabe."
Le lendemain de ses rencontres avec les représentants arabes et juifs, le Comte Bernadotte adressa son rapport au Secrétaire général de l'O.N.U. Le surlendemain, soit avant même que son rapport ne fût parvenu au Secrétaire général, le Comte Bernadotte fut assassiné.
"Ce serait se laisser aller à une dangereuse illusion que de vouloir instituer d'un jour à l'autre un Etat "d'Israël" sans tenir compte de la raison d'Etat, telle que l'entend la politique moderne des nations." Les Nations Unies ont omis le devoir impérieux d'appliquer sur cet Etat le régime du mandat international pour déterminer le système fonctionnel de l'Etat et  pour mesurer la compétence de son pouvoir public et sa conduite dans la société étatique.
Le problème qui subsiste est de savoir comment les Nations Unies voudront sortir de l'impasse difficile dans laquelle se trouve la Palestine, sa population dispersée et sa terre spoliée.
Dans le rapport qu'il a présenté au Conseil de Sécurité le 16 mai 1967, le Secrétaire général de VO.N.U: n'a pas caché l'extrême difficulté de la situation de l'O.N.U., depuis dix-huit ans, pour le maintien d'une paix au Proche-Orient. " Dans cette tâche, disait-il, l'Organisation s'est heurtée à un grand nombre d'échecs, de déceptions, de crises, de conflits et même à la guerre. Mais l'effort se poursuit sans relâche; nous faisons maintenant face à une situation nouvelle et menaçante; mais je reste convaincu qu'avec la coopération de toutes les parties
intéressées, l'O.N.U, et en particulier le Conseil de Sécurité, doivent continuer à chercher et finalement trouver des solutions raisonnables, pacifiques et justes. "

Décidément l'autorité internationale s'est déclarée aujourd'hui plus que jamais en état de crise, de défaillance morale. L'ultime assaut semble donné à l'édifice de l'autorité et de la justice internationale. Israël en profite pour abuser des décisions de l'O.N.U. La gloire et la splendeur de la victoire, d'être assis parmi les nations lui semblent suffisantes pour étendre son autorité en Palestine ainsi qu'en territoire occupé. Il lui importe peu de se voir considéré comme n'étant pas associé aux résolutions de la communauté internationale, ou d'être blâmé par elle. Le but à attendre est le seul souci qui lui cause des embarras. Qualifié de pacifiste lors de son admission à l'O.N.U., peu de temps après Israël s'est vu condamné par des actes graves d'accusation pour agressions violentes.

23 février 2018

Jésus, fils de David, vraiment ?

Marc, contributeur du blog, et auteur du livre "Du fondamentalisme biblique à la lumière de l'Evangile", livre très documenté, très argumenté, et d'une lecture agréable et presque haletante, jette ici un regard critique sur la prétendue filiation davidique de Jésus...[A.R.]



©Droits réservés. Reproduction interdite sans autorisation 

La lecture des évangiles semble attester que Jésus est de la lignée du roi David. En effet, de nombreux passages des évangiles rappellent cette filiation. Mais la question est de savoir si Jésus lui même a revendiqué cette filiation davidique. C'est l'objet de cette étude.

Le roi David

Il semble d'abord utile de retracer la vie et les actes de David. Bien évidemment, le récit du combat entre David, jeune berger armé de sa seule fronde, et le guerrier philistin Goliath, est bien connu.  Nous ne l'évoquerons pas. Mais il est d'autres épisodes de la vie de David, plus obscurs et aussi plus sanguinaires, que l'on évite soigneusement de citer, mais qu'il nous faut évoquer.

Les relations ambigües entre les Philistins et le peuple d'Israël

Les Philistins qui occupaient les régions le long de la mer constituaient une menace permanente pour le peuple d'Israël. Il semble qu'il y ait eu régulièrement des conflits, suivis de périodes de cohabitation paisible. A cet égard, le récit de Samson est emblématique. Nous lisons les informations suivantes dans le livre des Juges

14.1 Samson descendit à Thimna, et il y vit une femme parmi les filles des Philistins.
14.2 Lorsqu'il fut remonté, il le déclara à son père et à sa mère, et dit: J'ai vu à Thimna une femme parmi les filles des Philistins; prenez-la maintenant pour ma femme.
14.3 Son père et sa mère lui dirent: N'y a-t-il point de femme parmi les filles de tes frères et dans tout notre peuple, que tu ailles prendre une femme chez les Philistins, qui sont incirconcis? Et Samson dit à son père: Prends-la pour moi, car elle me plaît.
14.7 Il descendit et parla à la femme, et elle lui plut.
14.10 Le père de Samson descendit chez la femme. Et là, Samson fit un festin, car c'était la coutume  des jeunes gens.
14.11 Dès qu'on le vit, on invita trente compagnons qui se tinrent avec lui.
15.1 Quelque temps après, à l'époque de la moisson des blés, Samson alla voir sa femme, et lui porta un chevreau. Il dit: Je veux entrer vers ma femme dans sa chambre.
Juges 14 et 15

Ce récit montre qu'il y avait à ce moment là des relations pacifiées entre Philistins et le peuple d'Israël.


Mais revenons à David. Après sa victoire sur le géant Goliath, il devint un héros national et fut l'objet d'un accueil triomphal à son retour

18.6  Comme ils revenaient, lors du retour de David après qu'il eut tué le Philistin, les femmes sortirent de toutes les villes d'Israël au-devant du roi Saül, en chantant et en dansant, au son des tambourins et des triangles, et en poussant des cris de joie.
18.7  Les femmes qui chantaient se répondaient les unes aux autres, et disaient: Saül a frappé ses mille, et David ses dix mille.
18.8  Saül fut très irrité, et cela lui déplut. Il dit: On en donne dix mille à David, et c'est à moi que l'on donne les mille! Il ne lui manque plus que la royauté.
18.9  Et Saül regarda David d'un mauvais oeil, à partir de ce jour et dans la suite.
1 Samuel 18, 6 à 9
La jalousie du roi Saül allait bien vite se transformer en une haine farouche obligeant David  à ''prendre le maquis''.
22.1 David partit de là, et se sauva dans la caverne d'Adullam. Ses frères et toute la maison de son père l'apprirent, et ils descendirent vers lui.
22.2 Tous ceux qui se trouvaient dans la détresse, qui avaient des créanciers, ou qui étaient mécontents, se rassemblèrent auprès de lui, et il devint leur chef. Ainsi se joignirent à lui environ quatre cents hommes.
1 Samuel 22,1 à 2

David, un guerrier sanguinaire
Avec sa troupe de rebelles, on dirait aujourd'hui ''d'insoumis'', David va parcourir le pays, continuellement poursuivi par une troupe d'élite et bien souvent en danger extrème. Finalement il ne lui restera plus d'autre issue que  de se réfugier chez les Philistins.
27.1 David dit en lui-même: je périrai un jour par la main de Saül; il n'y a rien de mieux pour moi que de me réfugier au pays des Philistins, afin que Saül renonce à me chercher encore dans tout le territoire d'Israël; ainsi j'échapperai à sa main.
27.2 Et David se leva, lui et les six cents hommes qui étaient avec lui, et ils passèrent chez Akisch, fils de Maoc, roi de Gath.
27.3 David et ses gens restèrent à Gath auprès d'Akisch; ils avaient chacun leur famille
1 Samuel 27, 1 à 3
Pendant cette période, David va opérer des razzias dans la région du Neguev,
Le temps que David demeura dans le pays des Philistins fut d'un an et quatre mois.
27.8 David et ses gens montaient et faisaient des incursions chez les Gueschuriens, les Guirziens et les Amalécites; car ces nations habitaient dès les temps anciens la contrée, du côté de Schur et jusqu'au pays d'Égypte.
27.9 David ravageait cette contrée; il ne laissait en vie ni homme ni femme, et il enlevait les brebis, les boeufs, les ânes, les chameaux, les vêtements, puis s'en retournait et allait chez Akisch.
27.10 Akisch disait: Où avez-vous fait aujourd'hui vos courses? Et David répondait: Vers le midi de Juda, vers le midi des Jerachmeélites et vers le midi des Kéniens.
27.11 David ne laissait en vie ni homme ni femme, pour les amener à Gath; car, pensait-il, ils pourraient parler contre nous et dire: Ainsi a fait David. Et ce fut là sa manière d'agir tout le temps qu'il demeura dans le pays des Philistins.
27.12 Akisch se fiait à David, et il disait: Il se rend odieux à Israël, son peuple, et il sera mon serviteur à jamais.
1 Samuel 27
David agit avec une rare cruauté, massacrant des tribus bédouines, et raflant le butin. Avec cynisme aussi, puisque, en ne faisant aucun prisonnier, il élimine tout témoin gênant. A son retour d'expédition, il n'hésiste pas à mentir  sans vergogne au roi des Philistins.
Devenu roi après la mort de Saül, David va encore mener de nombreuses guerres.
8.1 Après cela, David battit les Philistins et les humilia, et il enleva de la main des Philistins les rênes de leur capitale.
8.2 Il battit les Moabites, et il les mesura avec un cordeau, en les faisant coucher par terre; il en mesura deux cordeaux pour les livrer à la mort, et un plein cordeau pour leur laisser la vie. Et les Moabites furent assujettis à David, et lui payèrent un tribut.
8.3 David battit Hadadézer, fils de Rehob, roi de Tsoba, lorsqu'il alla rétablir sa domination sur le fleuve de l'Euphrate.
8.4 David lui prit mille sept cents cavaliers et vingt mille hommes de pied; il coupa les jarrets à tous les chevaux de trait, et ne conserva que cent attelages.
8.5 Les Syriens de Damas vinrent au secours d'Hadadézer, roi de Tsoba, et David battit vingt-deux mille Syriens.
2 Samuel 8, 1 à 5

Le roi David représente donc le roi guerrier, victorieux et triomphant de tous ses ennemis. Mais au prix de beaucoup de sang versé. Ce sera la raison pour laquelle ce ne sera pas à lui que reviendra la mission de construire le  temple de Yahweh à Jérusalem.

28.1 David convoqua à Jérusalem tous les chefs d'Israël, les chefs des tribus, les chefs des divisions au service du roi, les chefs de milliers et les chefs de centaines, ceux qui étaient en charge sur tous les biens et les troupeaux du roi et auprès de ses fils, les eunuques, les héros et tous les hommes vaillants.
28.2 Le roi David se leva sur ses pieds, et dit: Écoutez-moi, mes frères et mon peuple! J'avais l'intention de bâtir une maison de repos pour l'arche de l'alliance de l'Éternel et pour le marchepied de notre Dieu, et je me préparais à bâtir.
28.3 Mais Dieu m'a dit: Tu ne bâtiras pas une maison à mon nom, car tu es un homme de guerre et tu as versé du sang. 
 1 Chroniques 28, 1 à 3
Alors, oui, pour le peuple judéen en l'an 30 ap.J.C., le roi David représentait un idéal, celui d'un souverain vainqueur de tous ses ennemis. Le peuple, soumis à l'occupation romaine, aspirait à retrouver un libérateur, qui, tel David, viendrait le libérer du joug romain. On comprend l'enthousiasme de la foule. Beaucoup de gens étaient attirés par ce courant de pensée.
'' Leur envie naturelle était de  voir la destruction de l'ennemi, de venger l'injustice et d'humilier les adversaires. Il n'est pas surprenant que dans une tradition de chefs militaires, et de rois guerriers, les gens préféraient que le messie soit un roi guerrier dans la lignée du roi David, débouchant sur une ère de paix sans fin.''(1)
La foule lors de l'entrée de Jésus à Jérusalem était enthousiaste, comme nous le rapporte l'évangéliste Matthieu ;
21.8 La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin; d'autres coupèrent des branches d'arbres, et en jonchèrent la route.
21.9 Ceux qui précédaient et ceux qui suivaient Jésus criaient: Hosanna au Fils de David! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna dans les lieux très hauts!
Matthieu 21, 8 à 9
Et pourtant Jésus ne partage pas cette vision d'un roi guerrier. D'abord, il demande comme monture un ânon, symbole s'il en est de la douceur et de la paix, le contraire d'une monture de guerre comme un cheval.
21.1 Lorsqu'ils approchèrent de Jérusalem, et qu'ils furent arrivés à Bethphagé, vers la montagne des Oliviers, Jésus envoya deux disciples,
21.2 en leur disant: Allez au village qui est devant vous; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée, et un ânon avec elle; détachez-les, et amenez-les-moi.
21.3 Si, quelqu'un vous dit quelque chose, vous répondrez: Le Seigneur en a besoin. Et à l'instant il les laissera aller.
21.4 Or, ceci arriva afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par le prophète:
21.5 Dites à la fille de Sion : Voici, ton roi vient à toi, plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d'une ânesse.
Matthieu 21, 1 à 5
Comme le rapporte Naïm Stifan Ateek (2) il semble que Jésus lui-même refuse cette filiation davidique, si on en juge par ses propres paroles :
«  Les trois évangiles synoptiques rapportent un débat entre Jésus et les scribes et les pharisiens sur la relation entre le messie et David. Jésus souligne que le messie ne peut pas être le fils de David, parce que David l'appelle '' Seigneur''. « Comment les scribes peuvent-ils dire que le messie est le fils de David ? David lui-même, guidé par le Saint-Esprit, a déclaré : Le Seigneur a dit à mon Seigneur, assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds' »( Mc 12,35-37;Mt 22, 41-46 ; Lc 20, 41-44). Cela ne signifie-t-il pas que Jésus ait remis en question, ou même rejeté, le courant davidique guerrier  de la tradition ? »(3)
Roger Garaudy aussi remet en cause cette filiation. Dans son livre '' Vers une guerre des religions'', il écrit : «  Jésus refuse d'être tenu pour le'' roi des juifs'' .Lorsque Pilate l'interroge : « Es-tu le roi des juifs ? » Jésus lui répond : « C'est toi qui le dis. ». Pilate dit aux grands prêtres et aux foules : « Je ne vois rien qui mérite condamnation en cet homme »(Lc 23, 3-4). Il est donc clair que la réponse de Jésus ne signifie pas qu'il accepte ce  titre, sans quoi Pilate ne l'aurait pas absous : se proclamer ''roi des juifs'' étant un acte de rebellion contre l'Empereur romain, acte passible de mort.
Ce qui est confirmé par la version de Jean( 18,33-38). Lorsque Pilate pose la question : «  Es-tu le roi de juifs ? », Jésus lui répond : « Dis-tu cela de toi même ou d'autres te l'ont dit de moi ? ».Et il précise : « Ma royauté n'est pas de ce monde ». Pilate revient à la charge : « Tu es donc roi ? », Jésus  lui répond : «  C'est toi qui dis que je suis roi. Je suis né et venu dans le monde pour rendre témoignage de la vérité. » »(4)
Roger Garaudy pose la question de la continuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament, et il ajoute : '' Jésus est-il l'héritier de David ?''(5)
Jésus n'a jamais voulu de cette puissance, il n'a jamais voulu être un messie de puissance. Et Garaudy de poursuivre : «  Nous avons montré dans ''Avons-nous besoin de Dieu ?'',(6) en rappelant la biographie de David établie dans Samuel I et II, combien il était paradoxal de prétendre trouver en Jésus les ''traits fondamentaux'' de ce condotierre sanglant »
Garaudy relève aussi(6) que « le Catéchisme de 1992 nous dit que «  David fut par excellence le roi selon le cœur de Dieu » et qu'on a pu trouver en Jésus-Christ, Messie d'Israël, ses «  traits fondamentaux ». Cette identification est d'autant plus fâcheuse, poursuit Garaudy, que la biographie de David d'après la Bible( il n'existe aucune trace historique de David(7) en dehors de ce qu'en dit la Bible), de 1 S 16 à  2 S 24, en fait un personnage inquiétant. » Nous avons évoqué précédemment les '' exploits '' guerriers de David. « Cette ascendance davidique sera revendiquée par Paul et les évangélistes et elle va peser sur toute l'histoire de l'Eglise. Comment le dieu tribal, Yahweh, peut-il être assimilé au Père qu'invoque Jésus, et ses plus féroces exécutants, par exemple Josué et David, être considérés comme des précurseurs de Jésus ? »(8).
Relevons aussi que pour justifier la thèse de Paul, soucieux d'intéger Jésus à l'histoire juive, disant de son Christ qu'il est «  issu selon la chair de la lignée de David »(Rm 1,2), Matthieu( 1,1-16) et Luc(3,23-38) sont contraints à d'étranges manipulations. Comme l'écrit Garaudy, « l'un,(Luc) énumérant quarante-deux générations de David à Jésus, l'autre, (Matthieu), vingt-six avec des noms si arbitraires que deux seulement( Salathiel et Eliakim) se retrouvent dans les deux listes, tout cela pour aboutir à Joseph, père adoptif de Jésus et non «  selon la chair », selon la «  race » comme le dira Paul, revendiquant son appartenance juive( Rm 9,3) »(9)

En conclusion, nous avons relevé que Jésus lui-même ne revendique nullement une filiation davidique, bien au contraire. Par  ses paroles, par ses actes, il rejette toute idée de domination ou de restauration d'un royaume terrestre. Il ne s'agit pas, pour Jésus, conclut Roger Garaudy,(10) de restaurer le royaume d'Israël et d'être un messie de type davidique, mais de donner de l'espérance à tous les hommes.

Marc

(1)  Naïm Stifan Ateek, Le cri d'un chrétien palestinien pour la réconciliation, Editions l'Harmattan, Paris, 2013, p.153

(2)Naïm Stifan Ateek, prêtre de l'Eglise épiscopalienne( anglicane) du diocèse de Jérusalem et du Moyen-Orient, est né en 1937 à Beit-Schéan en Galilée. Sa famille est expulsée de son domicile en 1948 lors de la guerre israélo-arabe. Il fut le fondateur et directeur du centre oecuménique Sabeel de théologie de la Libération à Jérusalem, créé en 1990. Sur le site de Sabeel France, le lecteur trouvera tous les renseignements ainsi que la revue Cornerstone qui donne des nouvelles régulières sur la Palestine: http://amisdesabeelfrance.blogspot.fr/

(3) Naïm Stifan Ateek, Le cri d'un chrétien palestinien pour la réconciliation, Editions l'Harmattan, Paris, 2013, p.153

(4) Roger Garaudy, Vers une guerre de religion ?, Desclée de Brouwer, p.158

(5)Titre du chapitre 4, Roger Garaudy, de Vers une guerre de religion ? p.160

(6) Roger Garaudy, Avons nous besoin de Dieu ?, p.41 à 43

(7) A l'exception d'un indice relevé sur  des débris d'une stèle  découverte en 1993-1994 à Tel Dan et datée de la seconde moitié du IX e siècle av.J.C. Ces quelques lignes incomplètes gravées dans la pierre ont fait couler beaucoup d'encre. D'abord parce que la pierre est brisée et qu'on a de la peine à
reconstituer le texte manquant, ensuite parce que cette stèle peut mentionner(ou pas) la « maison de David » 

(8) Roger Garaudy, Vers une guerre de religion ?, Desclée de Brouwer, p.168 et suiv.

(9) Roger Garaudy, Vers une guerre de religion ?, Desclée de Brouwer, p.162

(10) Roger Garaudy, Vers une guerre de religion ?, Desclée de Brouwer, p.158















30 décembre 2017

Juifs, arabes, un Etat commun

Thèses sur l'État commun
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1. Entre le Jourdain et la mer, il existe un petit pays dont l'unité est évidente sur une carte et encore plus quand on le traverse. Ses frontières sont clairement dessinées. Ses ressources naturelles - l'eau, en particulier - sont impossibles à diviser. Les différentes populations qui y vivent sont si imbriquées qu'il faudrait de massifs transferts pour créer des entités ethniquement homogènes.
Cette unité n'a pas pu être effacée par les «faits accomplis» - immigration, conflits armés, colonisation. Si les plans de partition ont tous échoué, c'est pour avoir nié la réalité en ignorant cette unité du pays. Et le déni de réalité entraîne la ruine à terme de tout projet, quelle que soit la puissance de ceux qui le soutiennent.

2. Parler aujourd'hui d'État commun, c'est poser un
cadre et non établir un programme d'institutions
étatiques. Il s'agit de restaurer l'unité du pays en
mettant la partition une fois pour toutes au rencart et
en la remplaçant par la notion de partage (sharing).
Il s'agit de remettre à sa place la religion en désamorçant
son poids national-politique. Quant au mode
d'organisation politique de l'État commun, qu'il soit
binational, fédéral, cantonal ou confédéral, son choix
reviendra au peuple de cet État.

3. Choisir l'État commun, c'est aller vers une décolonisation
différente de celles qui eurent lieu au
xxe siècle, car elle concerne à la fois les anciens colonisés
et colonisateurs, qui continueront à vivre dans
le même pays, intégrés dans la même région. C'est
la seule manière d'en finir avec la présence d'une
tête de pont de l'Occident en plein Orient - greffe
militaire qui nécessite un traitement antirejet permanent.
C'est aussi la seule manière d'éviter de nouveaux
transferts de population, d'arabes palestiniens
d'Israël aussi bien que de colons israéliens.

4. L'État commun suppose que les arabes palestiniens
et les juifs israéliens renoncent au rêve fatigué
d'État-nation. Ce renoncement mutuel est évidemment
difficile, tant pour ceux qui possèdent déjà un
État que pour ceux qui luttent depuis des années
pour en obtenir un. Mais ce compromis historique
égalitaire est indispensable pour une vraie réconciliation
entre les groupes qui vivent aujourd'hui dans
le pays.

5. L'État commun est un objectif clair. Par là, il est
capable de rassembler les partisans sincères d'une
paix juste, souvent découragés par les interminables
épisodes du «processus de paix». Seul le principe
d'État commun est susceptible de réunir des initiatives
éclatées et de faire émerger ce qui manque
le plus aujourd'hui : une organisation comparable
à l'ANC sud-africaine, où lutteront ensemble dans
l'égalité juifs, arabes, Israéliens, Palestiniens.

6. Dans «État commun», le mot commun doit être
pris aux deux sens du terme : État partagé entre ses
habitants, et État comme les autres, qui échappe à
l'exception. En ce dernier sens, il n'aura pas vocation
- pas plus que n'importe quel autre État - à résoudre
toutes les questions de société, ni en particulier à
mettre fin à la lutte des classes.

7. L'État commun n'est pas une position de repli
devant l'échec de la «solution» des deux États.
Ce n'est pas non plus, contrairement à une opinion
répandue, «une des deux solutions possibles»
entre lesquelles on aurait à choisir, comme au marché
entre carottes et betteraves. C'est la seule voie
réaliste car elle est la seule à prendre en compte la
situation actuelle, loin des projections géopolitiques
ou démographiques.
Pour les acteurs de la Révolution française, égalité,
république et démocratie étaient de quasi synonymes.
L'État commun aura lui aussi pour principe de base
l'égalité de n'importe qui avec n'importe qui. Après
des années de ségrégation, de discriminations et
d'apartheid, ce sera une égalité des droits civiques
et politiques, en sachant qu'il ne s'agira là que d'un
début car, comme l'expliquait Marx dans la Question
juive, l'émancipation politique n'est que le premier
pas vers l'émancipation humaine.


Eric Hazan/Eyal Sivan
Un Etat commun entre le Jourdain et la mer
La fabrique éditions
Pages 61 à 63