26 juillet 2018

Der Mensch ist ein unsicheres Lebewesen

Der Mensch ist ein unsicheres Lebewesen. Beim Tier sind die Instinkte und die Umwelt, an die es sich anpaßt, eng miteinander verbunden. Das Tier ist ein Bündel von Antworten. Der Mensch ist ein Bündel von Fragen. Seine Aktion paßt sich der Umwelt nicht an: sie verwandelt sie. So sehr, daß der Mensch niemals im vollen Gleichgewicht mit der Natur ist.
Es gibt keinen erbarmungsloseren Zwang als den einer Freiheit, die zur Ware und zur Institution eingefroren ist. Wir werden gelenkt von einer Wirtschaft des Wachstums, von einer Technik der Macht.
Atombomben herstellen,... Menschen, deren biologischer Verfall unaufhaltsam ist, am Leben - am Vegetieren erhalten; morgen vielleicht die Erbmasse manipulieren... Nichts davon ist in sich ein absoluter Wert.
Jeder von uns ist für die Schöpfung persönlich verantwortlich.

Roger Garaudy, Menschenwort (1975)


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22 juillet 2018

Politique et religion. Inédit de Roger Garaudy

L’intégrisme naît toujours d'un double détournement du religieux et du politique: politisation de la religion ou sacralisation de la politique. Toute loi devenant sacrée et toute infraction sacrilège.
Les premières sociétés furent fondées sur cette indistinction: les dieux donnant la terre et la loi, des peuplades du Proche-Orient aux tribus  du Pacifique, à celles de 1’Afrique et de 1'Amérindie. Ils sont garants de 1’intégration de la communauté. Le mythe est la caution de la légitimité du pouvoir.
Apparaît ainsi une constante éternelle et une indissoluble unité: la religion assignant à la société ses fins, et la politique 1'organisation des moyens pour les atteindre.
Pourrait-on concevoir, aujourd'hui encore, une religion authentique qui n’eut point de dimension politique ou une politique digne de ce nom qui n'eut pas de dimension religieuse, c'est-à-dire indifférente au choix des fins dernières de 1'homme et de son histoire ?
Une politique sans âme. Une religion sans corps.

Une religion de notre temps peut-elle se tenir en marge des problèmes de la justice sociale, des rapports entre le Tiers Monde et le monde riche, de la guerre et de la paix, du pouvoir et du monothéisme païen de 1'argent, de la sauvegarde des équilibres naturels ?
Inversement quel homme d'Etat oserait -, même si telle est sa pratique -, prendre à son compte, sans masque, la doctrine de MACHIAVEL, et définir la politique comme 1'art de gouverner efficacement sans préoccupation d’ordre moral?

21 juillet 2018

Athéisme d'hier et d'aujourd'hui

Il fut un temps où les plus audacieux penseurs de l'Occident ont eu le courage de se rebeller contre le Dieu de leurs ancêtres, ce qui comprenait le rejet du fanatisme, de la superstition, de la répression de la sexualité, de la dépréciation du monde et, dans certaines occasions, du patriarcat. C'était le temps où l'athéisme se situait à l'avant-garde, comme une option vitale qui dénotait le courage et l'ouverture d'esprit, et même une spiritualité plus saine et plus élevée que celle qui représente une certaine mystique, attachée à la souffrance et au déni du corps. Cet athéisme était plein de sens, et venait de la main de l'affirmation de la vie et de la liberté de l'individu de penser et d'aimer, de danser et de décider. Je pense à Nietzsche : quand il se déclare athée, il sait très bien ce qu'il refuse. Proclamer la mort de Dieu n'appauvrit pas sa vie et ne nie pas simplement une croyance qui fait des eaux et qui a été réduite à la morale bourgeoise. Au niveau philosophique, son athéisme se présente comme une libération par rapport à la métaphysique platonique-chrétienne, qu'il veut surmonter, car il considère qu'elle a trahi la vie en faveur d'un monde céleste auquel tout doit être sacrifié. Le rejet de ce Dieu ou être suprême le forme pour un nouveau don du divin, qu'il associe à Dionysos : Un Dieu qui danse. Cet athéisme (et celui de Nietzsche n'est qu'un exemple) ne se résume pas à la simple négation, il est suivi d'une conception positive de la vie.

Une autre fois, j'ai fait référence à quatre formes fondamentales d'athéisme : L'athéisme, la libertine, la romantique et la post-moderne. Elles sont toutes en vie et ont leur sens. Cependant, aujourd'hui, l'athéisme est souvent une non-croyance totalement anecdotique et dépourvue de contenu : ce n'est pas le résultat d'avoir pensé par soi-même, mais quelque chose qui découle naturellement de la faillite de la religiosité traditionnelle, dont les pesanteurs métaphysiques continuent de dominer la société dans laquelle nous vivons. Dans ce cas, l'athéisme peut être aliénant, quelque chose qui se professe sans même savoir ce qu'il signifie au-delà de la banalité "je ne crois pas en Dieu", proclamé par des gens qui ne savent même pas ce qu'ils rejettent de manière aussi véhémente. Eh bien, quand tu leur demandes dans quel dieu ils ne croient pas, ou ce que c'est exactement ce qu'ils rejettent, ils n'ont pour ainsi dire rien à dire.

Sur ce point, on peut se demander : et si l'athéisme dominant, au début du XXe siècle, était la nouvelle forme de religiosité (paradoxale) du troupeau ? La forme de la religiosité (que nous pouvons appeler aussi laïcité) mieux adaptée aux besoins du capital à l'ère de la mondialisation des entreprises. La raison ? Cet athéisme sans contenu est projeté sur le monde, avec ses concepts et ses dualités inhérents : Modernité-Tradition, retard-progrès, religieux-Laïque. Car nous, occidentaux, avons l'habitude malsaine de projeter nos conceptions à des formes de vie non occidentales sur lesquelles nous n'avons pas la moindre idée, dans un geste typiquement eurocentrique. Ainsi, de nombreux athées européens sont considérés comme laïques et modernes, ce qui veut dire que les autres sont religieux et traditionnels, quand pas simplement barbares, sauvages, en retard... N'importe quoi avant de faire l'effort d'essayer de comprendre l'autre selon leurs propres valeurs, sans projeter sur lui des concepts et des schémas hérités de la tradition elle-même. Avec un peu de chance, l'athée occidental qui ne pense pas par lui-même croît être tolérant, et cela confirme précisément sa supériorité morale et sa maturité face aux autres arriérés, pauvres, prisonniers (encore) de conceptions religieuses que le "nous" du troupeau occidental qu'il prétend avoir laissé derrière lui.

Abdennour Prado

18 juillet 2018

Pour une politique transcendante

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Il faut dire clairement ce que nous entendons par «politique» : pas décrire un théâtre d’ombres, ou dresser un état de lieux dont chacun voit bien qu’ils sont dévastés, pas non plus s’inscrire dans une prospective mécaniste où ce qui est continue indéfiniment à être, mais détecter ou introduire de la transcendance dans la vie de la société, éclairer par là-même les fractures d’un Etant et esquisser un Devenir différent. Pas question donc de description, mais de révolution. De la révolution telle que définie par Garaudy : «Une révolution, ce n’est ni une bourrasque de violence ni un simple changement des équipes au pouvoir; une révolution, c’est, dans la vie d’un peuple, ce qu’est une conversion dans la vie d’un homme, c’est-à-dire un changement radical des fins, des valeurs et du sens de la vie et de l’histoire». 
Cette définition nous permet d’explorer ce que peut être une politique transcendante.

Une révolution c’est pour un peuple comme une conversion pour un homme, «un changement radical des fins, des valeurs et du sens de la vie et de l’histoire». Ce qu’Alain Badiou nomme «processus de vérité».
Qu’est-ce qu’une conversion ? Au sens premier, dit le Larousse, c’est passer de l’incroyance à une croyance, ou changer de croyance, spécialement en matière religieuse. La sécheresse de ces définitions ne rend pas compte du séisme qu’est pour un être humain une authentique conversion, non imposée administrativement, socialement ou psychologiquement, mais au contraire volontaire et vécue en vérité, c’est-à-dire en totale sincérité.
La psychologie n’explique rien de la conversion d’une femme ou d’un homme. Dans une conférence prononcée à Alger en 1986 , Roger Garaudy dit l’impossibilité à expliquer ou simplement décrire le processus de conversion de l’extérieur: «La psychologie peut […] étudier […] toutes les formes de l’aliénation humaine, mais pas les conversions ni les créations, tout ce qui est le propre de l’homme. J’apprends plus sur l’homme dans un roman de Dostoïevski, dans les Upanishads de l’Inde, chez Tchouang Tsen en Chine, ou dans un poème de Roumi ou d’Attar, que dans les traités de psychanalyse ou de psychologie». Et, dénonçant l’influence négative de la psychanalyse, il poursuit: «Cette mécanique des instincts et des pulsions tend à adapter l’homme au désordre social établi, et non pas à lui enseigner comment changer un monde aliénant pour en faire un monde donnant à l’homme la possibilité de s’épanouir humainement […] En réduisant, en confondant une prétendue libération sexuelle avec la libération humaine, elle détourne en défoulement individuel  les forces qui pourraient subvertir un ordre social et politique aliénant».
Pour rompre avec l’aliénation, je dois me convertir, me transcender, créer en moi directement ou indirectement un évènement qui ne s’inscrit pas dans l’ordre «normal» du monde de l’aliénation. Les conditions matérielles et morales aliénantes existantes ne peuvent me conduire à cette rupture. A la naissance du révolutionnaire il y a, comme dans la conversion, ce que Garaudy nomme «un acte de foi». On ne nait pas révolutionnaire, on le devient. Aragon présente ainsi les choses :
«Il me faut bien à la fin des fins atteindre une mesure à ma démesure
  Pour à la taille de la réalité faire un manteau de mes fictions» . 

L’acte de foi c’est ce moment où l’homme aliéné brise ses chaînes et devient un révolutionnaire. A partir de ce moment, il utilise les sciences et les techniques non pour en faire les fins de la révolution, qui sont bien plus grandes, mais pour les mettre à son service.

Alain Raynaud

(Pour celles et ceux qui sont intéressé.e.s par ce texte, je peux fournir sur leur demande les références des citations, que je n'indique pas d'emblée pour ne pas surcharger la lecture)