19 octobre 2016

A bas les icônes !

Nous vivons aujourd’hui, le temps des icônes et de l'iconolâtrie dans le champ dit de la laïcité. Icône politique, icône du spectacle, icône de la fortune… La société, comme un temple païen, exhibe les icônes de ses dieux de chair et de sang dans des médias qui ressemblent à une véritable galerie aux idoles. L’on saisit immédiatement que la substance de nos dites laïcités républicaines, ne doit nullement être considérée profane quoique non religieuse stricto sensu, vu la sacralisation dans nos sociétés sécularisées des figures imposées par les structures propagandistes mass-médiatiques plus que jamais en vogue.
 [...]

>> LIRE L'ARTICLE ENTIER ICI >>

De Bonhoeffer aux théologiens de la libération



Science et foi, qui pendant des siècles, se regardaient avec défiance, car 1'homme n'avait point de place dans la physique d'un monde fait d'une agrégation hasardeuse d'atomes, dans une mécanique cartésienne, dans un positivisme père d'un scientisme pauvre. Et il n’y  avait guère de place non plus dans un univers "théologique" où un DIEU tout puissant jusqu'àdevenir le DIEU des armées, de JEHOVAH à Saint JACQUES de
COMPOSTELLE et à la monarchie cléricale, théocratique qui,jusqu'à nos jours, a pris la succession de l'Empire romain et de son PONTIFEX MAXIMUS.

Il a fallu vingt siècles pour ouvrir la possibilité d'une inversion radicale. D'abord par la vision, toujours provisoire et sujette à une perpétuelle révision, que la physique nous a
suggérée sur le monde en général, et l'homme en particulier.
Ensuite parce que la religion, au milieu du XXème siècle, a commencé à aborder la terre des hommes, avec l'expérience des drames où avaient conduit les affrontements des religions et de leurs dogmes.

Dans ce dernier demi-siècle, au moins trois pas ont été faits pour aller à la rencontre de l'homme.
Celui du Pasteur BONHOFFER dans les prisons nazis et à la veille de son exécution, méditant sur le problème fondamental: comment parler de la foi à un homme irréligieux.
Celui du Concile de Vatican II(qui ouvrit un chemin, très vite refermé par la monarchie romaine)pour aller à la rencontre de l'homme et se mettre à son écoute.
Celui des "Théologies de la libération" nées sur le riche terreau des misères du Tiers Monde et de ses "communautés de base", qui faisaient ressurgir le message de JESUS, qui n'était pas un ROI, mais au contraire si proche des pauvres parce qu'il était l'un d'eux et, comme eux sans pouvoir.

Ainsi renaissait un feu qui ne s'est jamais éteint, ni chez les Pères d'Orient ni chez les multitudes où vivait l'espoir, même sous le joug clérical des églises de la domination, d'un JESUS proche et fraternel qui n'était pas le CHRIST triomphant, héritier de DAVID le condottiere sanglant, ni son substitut royal siégeant sur le trône romain, mais le JESUS si proche et fraternel, sans pouvoir et sans propriété, de Saint FRANÇOIS D'ASSISE à DON HELDER CAMARA.

Ainsi ce qui fut, pour des siècles, un opium, redevenait un levain, une force créatrice, annonciatrice d'un avenir à visage humain, c'est à dire divin.

Roger Garaudy.
Document de travail des années 1990. Archives personnelles de RG . Le titre donné à cet extrait est, comme d'habitude, de l'administrateur du blog

18 octobre 2016

Finalité

En septembre 1973 à Rome, R. Garaudy est présenté au Pape Paul VI


La finalité,c'est l'effet précédant la cause. L'acte créateur n'est pas une force aveugle et arbitraire, mais il n'est pas non plus asservi à une fin extérieure. Ce que les peuples ont appelé l'UN primordial, le TOUT, 1'ABSOLU: Brahman, Tao,1'absolu, et parfois DIEU, désigne ce jaillissement de source qui est en nous sans être à nous, et qui est notre plus quotidienne et irrécusable expérience [que] DIEU n'est pas un ETRE, mais un ACTE, dont ce que nous appelons les êtres ne sont que le sillage ou la provisoire cristallisation.
Cette puissance, que nous ne pouvons ni voir ni définir, n'est pas extérieure à nous. Elle est en nous. Elle est nous. Le seul moi véritable: ATMAN s’ identifiant au BRAHMAN comme disaient les hindous."Etre un avec le Tout", avec le TAO,comme disaient LAO-TSEU ou TCHOUANG TSEU. "Le Royaume de DIEU est en dedans de vous! "comme disait JESUS.

Roger Garaudy.
Document de travail. Archives personnelles. Années 1990 vraisemblablement

17 octobre 2016

Je ne puis nier que je suis...mais qui suis-je ? Par Roger Garaudy

Je ne puis nier que je suis, que je suis cerné d'êtres dont je dépends, l'air que je respire, le sol qui me porte, 1a nourriture des plantes et des animaux et de ceux qui les apprêtent pour moi.
Ils n’existent pas seulement parce que je les vois ou les pense, mais parce que sans eux je ne serais pas.
Telle est ma certitude première.
Mais de quelle réalité s'agit-il?
En rêve je vois aussi des choses semblables.
Quelle différence, demandait un philosophe chinois, entre un papillon qui rêve être TCHOUANG TSEU et TCHOUANG TSEU rêvant qu'il est un papillon ?
Il ne peut s'agir d'une différence de durée de l'illusion car le présent seul, comme l'a vu SAINT AUGUSTIN a une réalité réelle:1e passé et le futur "tirant leur être de l'éternel présent car le passé n'est plus et l'avenir n'est pas encore ."
Ils ne sont présents que dans les représentations de notre esprit."
L'un est souvenir, 1'autre est attente.
L'un et l'autre ne tirant leur réalité que de celle de ce présent éternel.
Ce que je mesure n'est pas le temps, mais, par exemple, le mouvement des arbres dans l'espace, ou l'écoulement du sable dans un sablier,1'engrenage des roues d'une horloge, les affaiblissements de mon corps, en fonction de mon âge, ou la désintégration d'une particule de carbone 14.
Nous créons le temps par un découpage de 1'espace. De quoi, dépassant cette illusion, Maître ECKHART témoigne de cet apparent paradoxe. Le "maintenant pendant lequel je vous parle, et le dernier jour est aussi proche de ce maintenant que le jour qui fut hier". (Sermon IX)

Nous en reparlerons quand il s’ agira de la mort.
Mais alors quelle est la relation entre la réalité réelle et l'illusion que j'en puis avoir dans le rêve ou pleinement éveillé ?
La relation elle-même, lorsque je ne m'abandonne pas à l'illusion de 1'être. De l'être insulaire et solitaire. Je ne suis pas un être. Les "choses", qui m'entourent ne sont pas des êtres séparés les uns des autres comme des atomes d'EPICURE par le vide. Ce sont là des survivances qui ont façonné nos esprits près de 2.500 ans, par la conception de "1'ETRE" fabriquée par les grecs au temps de PARMENIDE, de PLATON, d'ARISTOTE et ravivées encore par le mécanicien DESCARTES pour qui le monde, et même les animaux n'étaient que machines, avant qu'avec son disciple plus conséquent LAMETTRIE l l’homme auss ne soit que machine.
Il est temps de nous ébrouer, de faire voler en éclats ces coquilles et ces cocons, ces carcans de chrysalides où cette larve de chenille. Alors la vie va découvrir cigale bruissante ou papillon coloré, comme dans la pensée vierge et matinale des UPANISHADS du TAO, d'avant les sécessions de l'Occident.
Repartir à zéro après 25 siècles d'enfermement dans une philosophie de 1’être, pour retrouver le sens de la poésie et des voyances de l'Orient, le sens de l'acte vrai de la BHAGAVAD GITA.
Dépassé la longue robotisation du monde et de l'humain débouchant sur les apocalypses du XX ème siècle, le plus mortifère et le plus sanglant de ce qu'il est convenu d'appeler "l'histoire humaine", c'est à dire un long naufrage dans une préhistoire bestiale faite de guerres et de dominations pour privilège de peuple élu ou de "modernité" dans le colonialisme hautain, méprisant de toutes les tentatives d'éclosion de la vie dans le monde. Le monde de ceux que l'on appelle barbares, non élus, païens.  
Dans le prise de conscience de cette résurrection, rejetant dans la nuit les fantômes de 1'"ETRE", il y a les subversions de la science moderne: celle de la relativité et des "quantas" désintégrant un à un tous les postulats délétères des pseudo-rationalismes grecs, de la cage géométrique où nous enfermait EUCLIDE, des prisons d'ARISTOTE, du broyage de l'humain dans les engrenages de la mécanique cartésienne; ou les sordides
prisons du positivisme qui, depuis Auguste COMTE, fournissent au scientisme régnant ses oeillères et ses limites, son refus des questionnements. Avec sa mort peut recommencer, après des millénaires, la recherche du sens et des fins. Les découvreurs iconoclastes comme les poètes du surréel nous criant enfin: "Faites entrer l'infini!"
Il fallut trouver un nouveau départ pour nos commencements, quitte à y rencontrer parfois d'anciennes cosmogonies épiques plus proches, en leurs frustes intuitions, de la vision du monde de la science actuelle que les faux "rationalismes"des déraisons millénaires, et les noeuds de relations et interférences d'actes.
Il importe de préciser: en Occident ,car ce préjugé tenace n'était professé nulle part ailleurs: en Inde ou en Chine, par exemple, la géométrie n'avait aucun statut ni privilège philosophique ou théologique particulier par rapport aux autres sciences de la nature.
Elle était pourtant si puissamment développée que les mathématiques connurent un développement considérable lorsque fut traduit en arabe, par ordre du Calife AL MAMOUN, au IX ème siècle, le "Siddhanta" de l'astronome indien BRAHMAGUPTA. Les Arabes, qui avaient appris des chinois, au IX ème siècle, la technique de la fabrication du papier, qui bouleversa les conditions d'expression de la culture, introduisirent la science vivante dans une Europe où la recherche scientifique était paralysée depuis des siècles par les spéculations d'une théologie dogmatique et inquisitoriale et de la philosophie aristotélicienne qui en était la servante syllogisée.
La spiritualité orientale a toujours souligné que la réalité ne peut pas s'identifier aux concepts que nous en formons et aux mots qui expriment ces concepts.
Les astronomes chinois, par exemple, n'ont jamais prétendu assujettir le parcours des astres ou les structures des choses à des formes géométriques: ils étudiaient les formes et les mouvements sous la forme "non représentative" de l'algèbre.
Il en est de même pour la pensée indienne, consciente de la relativité des conceptions de l'espace et du temps. Des siècles avant les réflexions de SAINT AUGUSTIN sur le temps dans ses "CONFESSIONS ".

Roger GARAUDY
Document de travail. Archives personnelles de RG. Années 1990

Le titre est de l'administrateur du blog

16 octobre 2016

Raymond Lull (2). Un texte de Roger Garaudy



Ramon Lull (1232-1316) […] dut combattre intégrisme et
répression : il naquit l'année même où l'Inquisition était
confiée aux Dominicains. Il avait 12 ans lorsque les derniers
Cathares étaient brûlés sur les bûchers de Montségur. Il a 42
ans lorsqu'en 1274 Saint Thomas d'Aquin publie sa Somme
théologique. Il a 59 ans lorsque les derniers croisés sont
contraints à se rembarquer pour l'Europe à Saint-Jean d'Acre,
en 1294, après l'échec de la huitième Croisade.
Il meurt en 1316, mais sa pensée est condamnée comme hérétique
en 1376 par le Pape Grégoire XI pour n'être réhabilitée
qu'en 1419, par le Pape Martin V.
Son oeuvre est dominée par un esprit missionnaire : il fait serment,
dès sa propre conversion, de « ne se donner ni repos ni
consolation tant que le monde entier ne louerait pas le Dieu trine et
un. » (Libre de contemplaciô, ch.358, 30). Et ceci, non par
contrainte et violence mais au contraire en se faisant le procurateur
des infidèles.
C'est pour convaincre mieux qu'il inventa, en son Ars Magna,
une méthode de pensée universelle, sans rapport avec la
logique d'Aristote et de Saint Thomas, mais qui constitue une
première ébauche de la combinatoire de Leibniz poursuivant
le rêve d'une langue universelle .
De même que Leibniz s'intéressait, pour atteindre ce but, à la
langue chinoise et aux hexagones du Yi-King, Ramon Lull traduit,
en 1276, la logique du philosophe musulman Al Ghazali,
et, s'inspirant de la mystique des soufis écrit le Livre d'Evast
et de Blaquerne, à la fois roman et utopie, évoquant le cheminement
spirituel de l'homme mais aussi l'image d'une société
idéale, englobant l'humanité tout entière et assurant la paix
de tous.
A partir de là, l'homme va pouvoir se consacrer à la méditation
et découvrir Dieu dans l'amour. C'est le Livre de l'ami et
de l'aimé. L'aimé c'est Dieu fait homme et crucifié.
Pour convaincre les musulmans, en 1307, à Bougie, il emprunte
à ses interlocuteurs leurs méthodes et leur langage comme
l'ont montré les plus grands arabisants espagnols, Julian
Ribeira et Asin Palacios.
Il use même de leur langue, écrivant en arabe, en 1270, son
Livre du g e n t i l et des trois sages. Les trois sages sont un rabbin,
un prêtre chrétien et un sarrazin. Le gentil est un athée
qu'ils essaient de conduire à la foi.
Désespéré d'abord par leurs divergences, l'athée les rejoint
finalement dans une foi commune lorsque l'un d'eux reconnaît:
« Les hommes sont tellement enracinés dans la foi qu'ont choisie
pour eux leurs parents et leurs maîtres qu'il est impossible de les
en arracher. » Par contre il existe une foi fondamentale et première,
à travers la diversité des cultures, et celle-ci est
accueillie par le gentil sans que les trois sages veuillent
connaître laquelle des trois religions il avait choisie. L'un
d'eux dit en conclusion : « Nous devons tirer profit de l'aventure
que nous venons de vivre. Nous nous rencontrerons jusqu'à ce que
nous ayions tous les trois une seule foi. » Ils font ensemble le serment
de porter cette vérité au monde « dès qu'ils seraient unis
par une même foi. »
Au principe et au terme de la vision de Ramon Lull, il y a
l'amour par lequel l'être fini prend conscience de son insuffisance
par rapport à l'infinité à laquelle il aspire. C'est le
moteur de sa vie : être c'est agir pour dépasser sa finitude,
c'est à dire pour travailler à l'harmonie du monde en découvrant
que Dieu est en nous ce qu'il y a de plus intime et nous
appelle à poursuivre son oeuvre de création de cette unité de
soi- même, du monde et de Dieu.

Roger Garaudy
L’avenir mode d’emploi, pages 332-333