19 juillet 2014

Palestine, le caractère colonial du conflit

Le grand mérite des Palestiniens – Hamas compris – est de n’avoir jamais mené une autre lutte qu’anticoloniale. Même les islamistes palestiniens n’ont jamais « déterritorialisé » leur revendication nationale pour la fondre dans un jihadisme sans frontières. Ils sont restés insensibles aux soubresauts qui ont bouleversé le monde arabo-musulman depuis la révolution iranienne de 1979. C’est au contraire Israël qui a tenté de transformer la lutte des Palestiniens en conflit religieux. On se souvient du cri d’Ariel Sharon au lendemain du 11 septembre 2001 : « Arafat est notre Ben Laden à nous ! » Il s’agissait évidemment de nier le caractère colonial du conflit et de le mêler au « choc des civilisations », cher aux néoconservateurs américains. Mais cette imposture n’a jamais fonctionné. Or, nous voilà peut-être à un moment où le risque est réel de voir s’implanter en Palestine des mouvements dits jihadistes...
Que reste-t-il à faire avant qu'il ne soit trop tard ?
Michel Peyret
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Par Denis Sieffert - 10 juillet 2014
Un conflit toujours central
Il n’y a pas de conflits qui se règlent par magie simplement parce que les pays occidentaux en nient l’existence. Ils ne disparaissent pas. Ils se transforment.

Le conflit israélo-palestinien est ce qu’on appelle un conflit « de basse intensité ». Assez souvent, il s’efface derrière une autre actualité, encore plus sanglante. On aurait alors tendance à l’oublier. Voire même, pour les plus naïfs, ou les plus perfides, à le croire réglé faute de combattants côté palestinien. Mortelle illusion ! Car les Palestiniens, eux, ne l’oublient jamais. Comment l’oublieraient-ils alors que les colonies empiètent toujours plus sur leurs terres, que leurs maisons sont détruites et que l’arbitraire administratif et militaire entrave leurs faits et gestes ? Comment les habitants de Gaza, étouffés depuis sept ans par le blocus israélien, pourraient-ils l’oublier ? Une autre erreur est d’en sous-estimer la portée symbolique, et même la centralité politique. Deux choses qui ne se mesurent ni au nombre de victimes ni aux enjeux pétroliers, et surtout pas à la superficie de la zone de conflit.
C’est évidemment son histoire, son antériorité et son caractère immédiatement international qui donnent au conflit israélo-palestinien cette importance singulière. Le jeu extrêmement malsain auquel les grandes puissances se sont livrées a, par la suite, contribué à répandre un sentiment d’injustice et crée un phénomène d’identification. Il en va des rapports entre les peuples comme des relations entre les individus : la mauvaise foi, l’abus de la force par celui qui est seul à la posséder, le mépris du droit, tout cela suscite la solidarité. L’injustice fait aussi monter le niveau de violence. Nous avons déjà eu l’occasion de le montrer : la percée du Hamas, à partir du début des années 1990, a correspondu aux rebuffades essuyées par la partie palestinienne qui avait fait le choix de la négociation. Arafat, d’abord, Mahmoud Abbas, ensuite. Le blocage systématique des négociations par Israël a même fini par faire apparaître l’Autorité palestinienne comme complice de l’occupation. Aujourd’hui, c’est le Hamas lui-même qui est affaibli. D’où cette pluie de roquettes sur le sud d’Israël qui vise à redonner l’illusion de la force et de la radicalité. Ce qui est en jeu dans les événements de ces dernières semaines, c’est peut-être la nature même de ce conflit. On ne le dira jamais assez, comme l’avait magistralement analysé Maxime Rodinson, il y a presque cinquante ans, il s’agit d’un conflit colonial. Le corps du délit, c’est la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. C’est l’occupation. C’est la situation d’apartheid qui en résulte. Et la solution, c’est la décolonisation, c’est-à-dire la restitution du territoire palestinien selon les frontières de juin 1967.
Le grand mérite des Palestiniens – Hamas compris – est de n’avoir jamais mené une autre lutte qu’anticoloniale. Même les islamistes palestiniens n’ont jamais « déterritorialisé » leur revendication nationale pour la fondre dans un jihadisme sans frontières. Ils sont restés insensibles aux soubresauts qui ont bouleversé le monde arabo-musulman depuis la révolution iranienne de 1979. C’est au contraire Israël qui a tenté de transformer la lutte des Palestiniens en conflit religieux. On se souvient du cri d’Ariel Sharon au lendemain du 11 septembre 2001 : « Arafat est notre Ben Laden à nous ! » Il s’agissait évidemment de nier le caractère colonial du conflit et de le mêler au « choc des civilisations », cher aux néoconservateurs américains. Mais cette imposture n’a jamais fonctionné. Or, nous voilà peut-être à un moment où le risque est réel de voir s’implanter en Palestine des mouvements dits jihadistes. L’environnement régional, en Syrie, en Irak, mais aussi dans le Sinaï égyptien, peut favoriser la récupération d’une jeunesse désespérée. C’est ce à quoi peut conduire la stratégie occidentale du pourrissement. La cause palestinienne est aussi un objet de convoitise pour tous les prophètes de malheur et les démagogues du monde musulman. Ben Laden ne manquait jamais d’y faire référence. Abou Bakr al-Baghdadi, le « calife » autoproclamé d’Irak et de Syrie, exploitera lui aussi le filon.
Nous ne cessons jamais d’expérimenter la même loi de l’Histoire : il n’y a pas de conflits qui se règlent par magie simplement parce que les pays occidentaux en nient l’existence. Les conflits ne disparaissent pas. Ils se transforment. Et quand ils reparaissent, nous feignons la surprise et l’indignation. C’est ce qui s’est produit avec la destruction des oppositions de la gauche laïque dans le monde arabe au cours des années 1960-1970. C’est ce qui guette aujourd’hui la Palestine, alors que toutes les issues politiques ont été méthodiquement verrouillées par les gouvernements israéliens. Jusqu’ici, les Palestiniens n’ont pas seulement résisté à Israël, ils ont aussi résisté à la dénaturation et à la récupération de leur combat. C’est peut-être cette seconde résistance qui risque aujourd’hui de céder si l’espoir ne leur est pas rendu.

18 juillet 2014

René Vautier

René Vautier, réalisateur de cinéma (Avoir vingt ans dans les Aurès,...), ami de Roger Garaudy.

Photo Franck Galbrun
" René Vautier représente l’archétype du cinéaste engagé, l’exemple héroïque de son courage intellectuel et physique a inspiré nombre de réalisateurs et techniciens. La nature militante de son cinéma s’appuie d’une part sur une rigueur plastique, capable de faire au présent immédiat l’hommage de sa grandeur épique, et de l’autre sur une constante inventivité formelle, qui l’ont aidé à surmonter en toutes circonstances les difficultés pratiques liées à son oeuvre "d’intervention sociale". Son slogan pourrait être, selon ses propres termes : écrire l’histoire en images, tout de suite ! "


Extrait de l' interview:

D’une part il y a des gens qui veulent faire des choses un peu neuves et sinon des copains. Ça fait pas grand monde qui s’enquiert de diffuser mes films. Mais je crois que ça a servi à quelque chose, je pense avoir été utile.

Il s’agit pas de dire que quand on fait des films de ce genre on a des emmerdes, mais c’est vrai. Encore récemment, les auteurs de René Vautier, cinéaste franc-tireur se sont vu annuler la projection de leur film au dernier moment par les responsables de Confluences, qui distribuaient des tracts me reprochant d’avoir un jour témoigné au procès Garaudy. À ce sujet, il faut dire que j’y ai été parce que l’on me l’a demandé, et ce pour parler du film que j’avais fait sur Roger Garaudy bien avant ce qu’on lui reproche. Garaudy a été résistant, député, agrégé, militant du Parti Communiste : c’est de ça qu’on parle dans mon film qui a d’ailleurs eu une très bonne critique. Le pire, c’est que dans les comptes-rendus du procès des journaux que les gens de Confluences brandissent pour prouver que j’ai bien témoigné au procès Garaudy, il est bien noté : René Vautier s’est tourné vers Garaudy et a dit - je ne suis pas d’accord avec toi sur la question des chambres à gaz, etc...

Par contre, il est vrai que j’ai dit qu’il me semblait dangereux de légiférer sur l’écriture de l’Histoire, afin que les chercheurs puissent travailler en toute quiétude. L’Histoire reste écrite par les vainqueurs. Ce que je raconte dans mes films sur la guerre d’Algérie n’est pas du tout ce qu’on enseigne dans les collèges et lycées de France par exemple. J’ai témoigné, dans un de mes films, des actes de torture commis par Le Pen en Algérie. C’est illégal à cause de l’amnistie mais j’estimais qu’on avait pas le droit de se taire.

J’ai toujours fait des films coup de poing. Dans Les mineurs en grève, je voulais prévenir les gens que les mines étaient en état de siège, que l’armée assassinait des mineurs, et qu’au milieu de ça, il y a les enfants de mineurs. Alors, essayez de recueillir les enfants de mineurs chez vous pendant cette période-là. Mais pour faire un film sur les enfants en question, il fallait bien expliquer ce qui se passe, pourquoi la grève, pourquoi la répression : j’étais bien obligé de prendre parti. D’ailleurs, pour info, à l’époque du tournage de ce film, il n’y avait pas de loi sur les films non-commerciaux en France. C’est sa sortie qui a poussé le législateur à régler la question. Pour avoir une action concrète, il fallait donc organiser la diffusion de tels films. Pour ça, on a eu le soutien de gens du milieu associatif, de gens du PC, de la CGT...

Lire l'article et l'interview en entier à  http://www.indesens.org/article.php?id_article=18

La Paix, par J. Debruyne

La paix aurait pu être une fleur sauvage,
De ces fleurs des champs que nul ne sème ni ne moissonne.
La paix aurait pu être une de ces fleurs des prés
Que l'on trouve toutes faites un beau matin,
Au bord d'un chemin, au pied d'un arbre
Ou au détour d'un ruisseau.
Il aurait suffi de ramasser la paix
Comme on ramasse des champignons
Ou comme on cueille la bruyère
Ou la grande marguerite.
Au contraire
La paix est un travail,
C'est une tâche
Il faut faire la paix comme on fait du blé.
Il faut faire la paix
Comme il faut des années pour faire une rose
Et des siècles pour faire une vigne.
La paix n'existe pas à l'état sauvage:
Il n'y a de paix qu'à visage humain.


J. Debruyne

14 juillet 2014

Pour une humanité d'élite

Changer de société, éliminer l’élite capitaliste et pseudo-socialiste bêtement tournée vers l’avoir et l’accumulation, pour une élite humaine, est le premier pas d’une responsabilité humanisante révolutionnaire.

Nous définissons l’élitisation comme la modalité sociale de reconnaissance et de production de vraies élites, une démarche politique contre l’élitisme qui ostracise les masses des grands acquis de la culture humaine en éducation, en médias et en art. L’élitisation consiste aussi à rejeter la dictature du nombre dans la qualification structurelle de production des œuvres. Pour ce faire, il faudra, bien entendu, que la conception de programmes permettant au peuple d’atteindre un seuil de goût du beau et du bon loin de la consommation du grivois dont les médias assouvissent les majorités pour en faire une populace agressivement anti-intellectuelle qui se gave des stupidités d’amuseurs publics incultes que l’on enrichit pour leur vilenie hilarante. L’élitisation est donc l’apport des valeurs idéelles, esthétiques et au sein des produits de la culture de masse. C’est aussi la production d’œuvres non mercantiles, où la promotion des œuvres suscitant débat et distanciation intellectuelle cesse d’être quête fébrile de best sellers ou de record d’écoute.

Argents et Institutions fondus dans le creuset idéologique de la politique, les élites sont juste ceux qui savent user de leurs privilèges en sachant s’octroyer des structures  pour en profiter en faisant travailler le grand nombre comme bras et exécutants. Ailleurs, ils sont souvent la canaille criminelle, tellement canaille, qu’ils encanaillent tous dans des structures débilitantes et corruptrices pour faire de la société un immense système d’idolâtres d’objets et de symboles, une marche hagarde et blême de déshumanisés aux frénésies multiples, de voyous qui, à l’instar desdites élites, elles qui bombardent et tuent des populations civiles pour leur pétrole, leur uranium et les richesses du sous-sol de leur pays, tout en criant que c’est pour démocratiser la planète.  De fait, l’ordre mortifère du matérialisme bourgeois planétaire est une racine abominable de nombreuses horreurs et crapuleries derrière des sourires, à l’intérieur des structures d’une bureaucratie vicieuse, dans des institutions viciées.  En effet, puisque l’homme ne prime rien et qu’il est le dernier que quelques biens et billets propulsent, quelle morale est-elle acceptable quand il faut conquérir ces biens et ces billets dispensateurs d’être?! Quand le seul « respect » gratifié à un homme c’est son statut pécuniaire, la société ne peut être qu’un immense marché où se fait une traite humaine inavouable, une foire où le marchandage de l’être humain chosifié, prend toutes les formes de la prostitution.

Il nous faut arriver au peuple d’élite en faisant reculer l’inculture et les relents de barbarie au sein de la société. Les élites en guenilles mentales n’ont pas grand-chose en plus des dégénérés en haillons, sinon leur cravate et leurs bureaux! Tous deux partagent l’infamie, tous deux baignent dans l’infrahumanité de la dégénérescence. 

Créer une société où l’élévation globale du peuple sera fondée dans des valeurs humaines et non matérielles et structurelles, une société où les institutions et leurs structures viseront à faire croître les valeurs individuelles et à récompenser les vrais mérites hors de tout corset idéologique et toute consécration intéressée accordée par manière de cooptation selon le bon plaisir des ignobles bouffis pourris, boursouflés immondes et autres médiocres putréfiés qui accaparent l’espace de la reconnaissance des méritants de tous les niveaux, les faisant subir le camouflet pervers de quelques monstres dominants de la sinistre oligarchie capricieuse et crapuleuse qui dénature le mérite.

Il faut élitiser le peuple et effacer jusqu’à la réalité de masse en notre temps où le savoir et l’élaboration de la formation éducative à distance sont si faciles.

Hélas, le mensonge et l’illusion reconnus, officialisés, comme la planéité convenue de la terre à l’époque de Galilée, sont d’influence si forte qu’ils éclipsent tout autre horizon, toute vérité non convenue et donc inconvenante dans le consensus social mû par l’idéologie des élites grossièrement vulgaires qui se jouent de ses foules! 

Démanteler les structures de la gouvernance actuelle qui ne fait que flatter les privilégiés et les régnants de l'économie, pour établir un pouvoir social horizontal de dirigeants orienteurs construisant avec le peuple instruit, ses élites proches loin de tout embourgeoisement, de toute monarchie de partis électoralistes, de toute aristocratie financière.

Ni populiste ni gauchiste, l'humanité d'élite ne peut être que dans une société d'élévation axiologique où l'homme sera en mesure de vivre sans superstitions ni théocrates, les vraies valeurs spirituelles, morales et culturelles! Une société où toutes les différentes ressources spirituelles, culturelles, matérielles de toutes sortes sont à la portée et au service de tous, sans accaparement des structures par quelques séquestreurs d'État, telle doit être la démarche révolutionnaire vers l'élitisation populaire.