15 janvier 2011

A problèmes planétaires, solutions planétaires

Nos problèmes sont aujourd’hui planétaires, nous ne pourrons les résoudre que dans une perspective planétaire en recherchant le sens, les valeurs et les fins de notre vie et de notre histoire, avec les peuples de l’Asie, de l’Afrique, de l’Amérique latine, et en renonçant à l’illusion mortelle qui domine et appauvrit l’histoire depuis la Renaissance (c’est à dire la naissance conjointe du capitalisme et du colonialisme) que l’Occident serait le seul centre d’initiative historique et le seul créateur de valeurs.

Roger GARAUDY (Parole d’homme)
Editions Robert Laffont – Collection Points – 1980 - page 121

cité sur Gimi-blog

14 janvier 2011

Une modernité darwinienne

Comme une odeur de poudre dans la modernité, par Dr.Abdel-Wahhab El Messiri

En   Occident, mais également dans le monde arabe, on évoque de façon récurrente la modernisation de nombreux domaines de nos sociétés : le domaine politique (la démocratie), économique (plus de privatisations) et éducatif (aligner les enseignements sur les critères occidentaux modernes). D'aucuns ont commencé à avancer que l'Islam est, par nature, contraire à la modernité, ce contre quoi divers penseurs arabes et musulmans se sont élevés, en s'efforçant d'apporter la preuve irréfutable que l'Islam, par nature, n'est en rien contraire à la modernité, qu'il accueille cette dernière à bras ouverts et peut faire siens ses préceptes et ses valeurs.
Ce   débat présuppose que le terme de « modernité » possède une signification et une connotation bien définies, que la modernité est a-historique, que ses manifestations ne varient pas d'une civilisation à   l'autre, ou d'une époque historique à l'autre, qu'il n'y a, en somme, qu'une seule modernité. On a habituellement recours aux dictionnaires occidentaux afin de connaître la signification précise d'un terme, de savoir exactement ce qu'il recouvre ; ainsi, après avoir pris connaissance des diverses acceptions du mot et les avoir admises, totalement ou en partie, avec une assurance confondante, le problème de sa traduction est posé, et ce sans que ces définitions n'aient auparavant été vérifiées, sans que leur adéquation à la réalité, la nôtre tout autant que celle de l'Occident, n'ait été mise à l'épreuve, et sans que n'aient été étudiées les révisions que connut ce terme en Occident, ou l'histoire du phénomène auquel ce rapporte le terme en question. Le terme de « modernité » ne constitue pas une exception à la règle. Pour nombreuses que soient les définitions du concept de modernité, il existe un consensus autour du fait que la modernité est étroitement liée à la pensée des Lumières, laquelle repose sur l'idée que l'être humain est tout à la fois le centre et le maître de l'Univers, et que son intelligence est la seule chose dont il ait besoin   pour étudier la réalité, organiser la société ou distinguer le bien du   mal. Dans cette perspective, la science en vient à constituer le fondement de la pensée, la matrice du sens et des valeurs ; la technologie quant à elle, apparaît comme le mécanisme essentiel en vue d'exploiter la nature et de la restructurer au profit du bonheur de l'être humain.
Voilà   qui, aux yeux de certains, pourrait apparaître comme une définition exhaustive, ou du moins suffisante, mais il n'est que d'analyser la situation de façon plus détaillée pour s'apercevoir que la modernité ne se résume pas à l'utilisation de l'intelligence, de la science ou de la   technologie. Il faut en effet préciser que celles-ci sont utilisées tant  qu'instances neutres, ne charriant aucune valeur. C'est là une dimension cruciale de la modernité occidentale, car dans un monde dépourvu de valeurs, toutes les choses sont égales et, partant, relatives. Dans ce contexte, il s'avère difficile d'émettre un jugement,   il devient impossible de distinguer le bien du mal, la justice de l'injustice, l'essentiel du relatif, et finalement l'être humain de la nature ou de la matière. Dès lors, comment les disputes et les conflits pourraient-ils être résolus, les différences résorbées, si tous se situent au coeur même de l'existence humaine ? En l'absence de valeurs absolues, l'individu ou le groupe ethnique deviennent leur propre référence : ce qui oeuvre à leur profit est tenu pour fondamental tandis   que ce qui va à l'encontre de leurs intérêts est considéré comme néfaste. C'est ainsi qu'apparaissent la force et la volonté individuelles entendues comme le seul mécanisme apte à résorber les conflits et apporter une solution aux différences.
Telle   est la modernité du monde occidental qui l'a conduit à se percevoir, lui seul et non l'être humain ou l'humanité, comme le centre du monde et   à appréhender ce dernier comme un matériau exploitable à sa guise, en arguant de sa supériorité et de sa puissance. Voilà pourquoi l'ordre de   la modernité occidentale est en réalité un ordre impérialiste darwinien.  C'est là une définition plus vraie de la modernité qui se fonde sur sa  formation historique, et non sur sa définition lexicale, et qui permet  de faire une lecture appropriée des phénomènes modernes.
Dans   sa déclinaison moderne, l'Occident assurait qu'il incarnait une civilisation humaine (humaniste) qui plaçait l'être humain au centre de l'univers, que les sociétés occidentales se caractérisaient par une grande cohésion familiale et sociale, et que nombre d'événements négatifs – devenus depuis lors un modèle stable et un phénomène bien défini – dont tout un chacun pouvait être le témoin direct ou indirect, n'étaient que des manifestations isolées (et non des indices) qu'il fallait par conséquent tenir pour des épiphénomènes. Ainsi, les réformistes (libéraux, marxistes et musulmans) proclamaient à l'unisson qu'il fallait suivre l'Occident, c'est-à-dire adopter l'ordre de la modernité occidentale, sans qu'aucune voix ne s'élève pour s'opposer ou critiquer la modernité ; au contraire, tous chantaient les louanges de cette modernité qui, il est vrai, jouissait alors d'une image positive.
Cependant,   peu à peu, la modernité allait révéler son visage darwinien, envoyant ses armées coloniales pour tout détruire, tous nous détruire, et faire de nos pays un réservoir de matériaux divers, une source de matières premières et de main d'oeuvre bon marché, ainsi qu'un marché toujours ouvert pour l'afflux de marchandises occidentales. Dans un premier temps, les penseurs réformistes ne firent pas le rapprochement entre la modernité et l'impérialisme occidental. Ils visitaient les capitales occidentales et n'y voyaient que les illuminations et les Lumières, tandis que leurs canons décimaient nos pays, tandis que ceux qui étaient   resté au pays observaient les incendies, entendaient le fracas des bombes et respiraient l'odeur de poudre.
Un   livre d'histoire rapporte que les forces françaises, s'adressant à un Cheikh algérien, affirmèrent qu'elles étaient venues dans le seul but d'étendre la civilisation occidentale moderne à toute l'Algérie. Sa réponse ne se fit pas attendre, et fut sèche, brève et éloquente : « Mais alors, répondit-il, pourquoi avez-vous amené tant de poudre ? ». Le Cheikh, comme beaucoup après lui, avait saisi dès le départ la relation entre modernité occidentale et impérialisme. En Occident, l'époque des découvertes géographiques et de la Renaissance est également celle qui inaugure l'extermination de masse. Comme le disait le dirigeant algérien Ben Bella : « Cette idole industrielle moderne est   responsable de l'assassinat de toute une race [les Amérindiens], des habitants indigènes des deux Amériques, et de la déportation par les navires négriers d'une autre, la race noire, dont elle a réduit des millions de ses représentants en esclavage ; ce qui élève le nombre de victimes de ce processus à quelques cent millions d'êtres humains, en prenant en compte le fait que pour chaque esclave que les négriers occidentaux capturaient, ils en tuaient neuf. » Ben Bella poursuit en évoquant l'extermination des indigènes du Mexique, ainsi que des Algériens qui moururent par millions durant les nombreuses révoltes contre le colonialisme français. On pourrait ajouter à cette liste la guerre de l'opium en Chine, les famines que connut l'Inde du fait de l'application des lois occidentales sur la propriété privée, ou encore les deux guerres mondiales qui coûtèrent à l'humanité 20 millions de morts durant la première, et 50 millions durant la deuxième, sans oublier les bombes larguées à Hiroshima et Nagasaki et les victimes du goulag en URSS. Pareille situation est bien résumée par le héros de la Saison de la migration vers le nord de   Tayeb Salih : « J'entends le bruit des épées romaines à Carthage, le fracas des casques de la cavalerie d'Allenby foulant la terre de Jérusalem. Lorsque les bateaux sillonnèrent le Nil pour la première fois, ils étaient chargés de canons, et non de pain ; les voies ferrées furent tracées pour acheminer des soldats, et les écoles créées pour nous apprendre à dire "oui" dans leur langue. »
Avec   l'arrivée des armées coloniales, le monde arabe et musulman vola en éclats, et sa population fut soumise à divers types de colonialisme : colonialisme militaire pour l'Egypte, la Syrie, le Liban, le Maroc, le Soudan, l'Irak et la Lybie ; colonisation de peuplement pour l'Algérie ;   colonisation et occupation en Palestine. Le colonialisme s'assura la collaboration des forces traditionnelles et réactionnaires de la société   et s'efforça d'entraver la modernisation de ces espaces occidentalisés   en écrasant l'expérience menée par Muhammad Ali, la première expérience  de modernisation menée hors du monde occidental, pour ensuite étouffer  la révolte populaire d'Urabi en apportant l'aide de ses armées modernes  au Khédive. Il en alla ainsi jusqu'à l'instauration d'États modernes –  qui n'ont de moderne que leurs appareils répressifs et sécuritaires.  Puis le monde moderne occidental implanta au beau milieu du monde arabe,  par la force des armes, un groupe de colons qui affirmait que la  Palestine était une terre dépeuplée, et qu'ils étaient un peuple juif  qui retournait à la terre de leurs ancêtres, comme le veut la Bible.
De   nos jours, les sionistes et les Américains exigent que les institutions  de l'autorité palestinienne se modernisent, et ce en dépit du fait que  les sionistes, à l'instar des colonialistes, refusèrent toujours de  dialoguer avec les secteurs modernes de la société palestinienne, comme  les syndicats ouvriers ou les partis politiques – avant 1948, ils  allèrent jusqu'à assassiner l'un des dirigeants syndicaux palestiniens –  et préférèrent traiter avec les secteurs traditionnels, qu'ils  croyaient plus malléables et incapables de saisir la nature de  l'offensive coloniale britannico-sioniste qui était en train de se  déployer. Mais leurs attentes furent déçues, car lorsqu'ils engagèrent  le dialogue avec certains dirigeants traditionnels (sous la direction du  Cheikh Rashid Reda), les Palestiniens firent part de leur souhait de  modernisation de la société et ne virent aucun inconvénient au recours à  des capitaux et à des experts étrangers, à condition que les principes  démocratiques fussent appliqués, à savoir des élections libres – conçues  comme seule moyen de parvenir à la paix – dans lesquelles tout citoyen  aurait le droit de vote. Haïm Weizmann a très justement noté qu'il  s'agissait là d'une paix mortuaire, dans la mesure où la mise en oeuvre  des idéaux démocratiques en Palestine aurait supposé que les colons  sionistes constituent une minorité, que ceux-ci n'exercent pas de  contrôle sur le devenir des Palestiniens et renoncent à établir cet État  exclusivement juif auquel il tenaient tant et pour lequel ils pouvaient  compter sur le soutien inconditionnel de l'Occident moderne et  démocratique. À cet égard, un intellectuel israélien a pu souligner que  l'État sioniste n'est désormais plus un État démocratique mais un État  démographique, en d'autres termes à majorité juive. Aujourd'hui,  l'Occident réclame la modernisation des régimes politiques arabes et du  système éducatif islamique, mais par « modernisation » il faut ici  entendre le renoncement aux valeurs et aux structures culturelles  garantes d'une certaine cohérence, laquelle nous permet de résister aux  tentatives d'invasion militaire et culturelle. On comprend dès lors le  sens de l'expression « modernisation naturelle », utilisée par un  intellectuel pour décrire ce type de modernisation, qui décrit le  processus par lequel nous sommes conduits à accepter l'injustice à notre  encontre ainsi que l'exploitation qui nous consume et nous opprime.  Néanmoins, les effets négatifs de la modernité darwinienne ne se  cantonnent pas au seul monde arabe : ils concernent le monde entier,  l'espèce humaine dans son ensemble. Cette modernité a érigé l'idée de  progrès infini en fin ultime de l'homme, mais pareil progrès s'apparente  à un mouvement dirigé vers une fin dont on ne trouve nulle définition  dans les dictionnaires, mais dont nous savons tous en quoi elle consiste  en pratique, à savoir la soumission du monde entier au profit de  l'homme occidental. Les chiffres de la consommation sont devenus le  principal indicateur de progrès ; et notamment la consommation  d'inépuisables ressources naturelles par l'homme occidental, à tel point  que la population occidentale qui ne représente que 20% de la  population mondiale, consomme à elle seule 80% des ressources  naturelles. Au cours du siècle dernier, la population des États-Unis a  consommé davantage que l'ensemble de l'humanité tout au long de son  histoire, mais les ressources naturelles sont limitées, ce qui est à  l'origine de la crise environnementale qui va mener l'humanité à sa  perte. Une étude avance que si le modèle occidental du progrès se  généralisait, il faudrait six planètes afin d'en extraire des matières  premières, et deux pour y déverser les déchets. Tout cela signifie que  le projet occidental de modernité darwinienne est un projet impossible,  qui ne profite qu'au monde occidental et à une partie des élites au  pouvoir dans les pays du Tiers Monde. L'orgie darwinienne déclenchée par  les États-Unis en Irak signale avant tout que la classe dirigeante  nord-américaine a tiré les conséquences de cette situation, et entend  conquérir une position hégémonique sur des ressources naturelles qui se  font rares, afin de garantir la stabilité de ses indices de  consommation, ce qui est après tout la promesse centrale de la modernité  darwinienne.
À   nos yeux, il est clair que le prix, matériel et moral, que nous fait payer l'ordre de la modernité occidentale est extrêmement élevé. Intéressons nous d'abord à l'aspect matériel : certaines études utilisent l'expression de « capital naturel fixe » pour désigner les éléments de la nature qui ne peuvent être remplacés. Par ailleurs, certaines statistiques soutiennent que si l'on comptabilisait les coûts réels d'un quelconque projet industriel occidental (c'est-à-dire le profit monétaire direct auquel on soustrait la perte que constitue l'utilisation du capital naturel fixe), celui-ci s'avèrerait déficitaire ; le succès et la pérennité du projet industriel occidental ressortit au fait que l'espèce humaine dans son ensemble en a payé le prix, bien que seul l'Occident en ait tiré profit. Voilà qui explique le   coût exorbitant du progrès tant exalté par la modernité impérialiste darwinienne : l'érosion de la couche d'ozone, la contamination des océans, la désertification produite par la déforestation, les déchets nucléaires, la pollution et le réchauffement climatique.
La   modernité darwinienne n'est pas sans effet sur le tissu social et sur ses structures fondamentales. Citons à cet égard quelques uns des divers  phénomènes sociaux qui en résultent : l'érosion de la famille, le  manque de communication entre les personnes, les maladies mentales, un  sentiment d'aliénation exacerbé, la solitude et l'isolement, l'assomption de l'homme unidimensionnel, le primat des paradigmes quantitatifs et bureaucratiques, la hausse de la violence et de la délinquance (le secteur pénitentiaire connaît aux États-Unis une des croissances les plus élevées qui soient), la pornographie (les coûts matériels de sa production et moraux de sa consommation), le règne de la   marchandise (qui n'apporte rien à la connaissance de l'homme ou à l'approfondissement de sa sensibilité, et dont la production et la consommation sont, socialement, une perte de temps), le développement de   l'État et de son emprise sur les individus par l'entremise de ses appareils sécuritaires et éducatifs, l'hypertrophie du secteur du divertissement et des médias (qui envahit la vie privée et joue un rôle écrasant dans la constitution de l'imaginaire, des rêves et des aspirations de tout un chacun) dont les responsables ne sont ni élus ni tenus de rendre des comptes ; ajoutons à cela l'industrie de l'armement   et les armes de destruction massive (on estime que, pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, on dépense plus en armement qu'en nourriture et en vêtements), la possibilité de détruire le monde en une fraction de seconde (au moyen des armes nucléaires) ou progressivement (par la pollution), et la peine profonde que tout cela occasionne pour l'homme moderne. À ce point, les effets moraux et matériels convergent,   sans qu'il soit possible de les différencier.
De   nombreux penseurs occidentaux se sont interrogés sur ce côté obscur de   la modernité darwinienne, à tel point que des formules comme « crise de  la modernité », « crise du sens » ou « crise morale » sont devenues des  lieux communs de la sociologie occidentale, signe que cette prise de  conscience s'accentue. La pensée écologiste, le refus de la mondialisation et du capitalisme sauvage, les théories de l'école de Francfort, ainsi que les nouvelles pensées centrées sur la recherche d'un développement durable et d'une mondialisation solidaire, constituent autant de postures de rejet de la modernité darwinienne et de la menace qu'elle fait peser sur la population de la planète et sur l'humanité de l'être humain. Critiquant la modernité darwinienne, Roger Garaudy, avant sa conversion à l'islam, affirmait : « Nous devons aujourd'hui livrer bataille contre le mythe occidental du progrès et de la croissance, car il s'agit d'un mythe suicidaire, mais aussi contre l'idéologie fondée sur la séparation opérée entre science et technologie   d'une part (l'organisation des moyens et la capacité), et le savoir (élaborer les fins et le sens de nos vies) d'autre part. Cette idéologie   se distingue par l'accent qu'elle met sur une individualité exacerbée qui scinde l'homme en diverses dimensions humaines. Elle a, en définitive, créé une tombe suffisamment profonde pour enterrer le monde » .
En   cela, Garaudy voit juste car la modernité occidentale a débuté en arguant qu'elle concevait l'homme comme le centre du monde et s'est close sur ces mots de Michel Foucault :
« À tous ceux qui veulent encore parler de l’homme, de son règne ou de sa libération […] on ne peut qu’opposer un rire philosophique […] [car] on peut parier que l’homme s’effacer[a] comme à la limite de la mer un visage de sable ». Le monde a débuté sans l’être humain, et s’achèvera sans lui. »1
La   promesse de la modernité occidentale était de confirmer la centralité de l'être humain au sein de l'univers, mais sa réalisation historique nous mène tous, pas à pas, à la mort de l'homme, ou, plus encore, à la mort de la nature. L'attitude adoptée à l'égard de cette modernité darwinienne dépourvue de valeurs est partie intégrante de cette révolution mondiale et de la volonté de réviser les concepts anti-humains qui subjuguent la civilisation moderne.
Il   serait ainsi plus fructueux que tous nous unissions nos forces et nous   coopérions afin de construire un projet modernisateur arabe et islamique  qui participerait d'une tentative générale de l'humanité pour dépasser  la modernité darwinienne et son vide axiologique (fondée qu'elle est sur  le conflit, la concurrence, la lutte de tous contre tous, et le  consumérisme débridé), et parvenir à une modernité humaine, qui  partirait de notre humanité commune : une modernité qui organiserait la  société de manière différente, ne concevrait pas l'homme comme une pure  matière, ne se dissocierait pas de certaines valeurs mais, au contraire,  opérerait dans leur sillage. Une modernité qui comprendrait que la  recherche du bonheur n'est pas nécessairement favorisée par  l'accumulation de richesses, l'exploitation sans frein de la nature et  de l'homme, mais bien par l'adoption de valeurs humaines, par l'adoption  des idéaux de justice, de solidarité, de compassion et d'équilibre (à  l'égard de soi-même et de la nature). Notre bien-être en dépend, ainsi  que celui de toute l'humanité.
Mais, Dieu seul sait...

1 Michel Foucault Les mots et les choses.

  Dr.Abdel-Wahhab El Messiri

Traduit par Emmanuel Delgado Hoch pour le GDT

Négritude et Université des mutants

par  Léopold Sédar Senghor


Je suis heureux que Dakar soit, une fois de plus, un lieu de rencontre et de dialogue pour des hommes de bonne volonté, venus de plusieurs continents. Il s’agit de réfléchir sur le problème essentiel - celui de la Culture - avec lequel toutes les nations sont confrontées, et qu’il nous faut résoudre sauf à périr ensemble. 
Je ne parlerai pas du brillant homme politique que fut Garaudy et que j’ai connu à l’Assemblée nationale française ; je parlerai de l’homme de culture, puisque c’est lui qui nous intéresse aujourd’hui. Professeur de Philosophie à l’Université de Poitiers, il a, en son temps, pris une retraite anticipée pour s’attaquer au problème mondial le plus urgent et le plus important à résoudre : au Dialogue des Civilisations. On le sait, l’UNESCO, depuis plusieurs années, avait fait sienne cette idée sous l’influence de quelques penseurs, parmi lesquels figure précisément Roger Garaudy. Ce qui le distingue, c’est qu’en dialecticien moderne, il ne sépare pas la théorie de la pratique : il fortifie la théorie en la fondant sur la pratique. 

12 janvier 2011

Qu'est-ce que la philosophie ?

 Je voudrais invoquer, ici, contre des préjugés tenaces, le témoignage d’un philosophe contemporain, Roger Garaudy, qui s’est spécialisé dans le dialogue des civilisations. Il dirige, au demeurant, l’Institut international pour le Dialogue des civilisations. « Qu’est-ce que la philosophie ? » 
Répondant à ma question, Garaudy commentait ainsi : « La conséquence de cet état de chose (réduire la Philosophie à celle de l’Occident) est un rétrécissement effrayant de la conception même de la philosophie. Dans cette perspective réductionniste la philosophie est affaire de la seule intelligence (et non de la vie, dans sa plénitude et sa totalité) ; 
« - l’intelligence est définie par le seul concept et son maniement logique. 
« C’est en ce sens que Socrate était accusé par Nietzsche d’être un homme anormal parce qu’il réduisait la réalité au seul concept, alors qu’il y a plus de choses sur la terre et dans le ciel que n’en peut contenir le concept : l’amour, la poésie, le sacrifice, la foi, etc... 
« Seuls Marx, du côté de l’action et de la transformation du monde, et Nietzsche, du côté de l’affirmation de la vie, ont dépassé cet intellectualisme unilatéral. 
« A mon sens, la philosophie est entrée en décadence à partir du moment où elle a substitué, à la connaissance des choses, la connaissance de notre concept des choses... 
« Aujourd’hui, en Occident, l’on assiste à une double dégénérescence de la philosophie. 
- « 1°) Ou bien on l’élimine au nom du préjugé positiviste et scientiste selon lequel la science serait un but en soi, et où l’on prétend définir la réalité comme si non seulement Dieu mais l’homme en était absent, et l’on en arrive aux théologies de la mort de Dieu, ou aux philosophies de la mort de l’homme » (Foucault). 
- « 2°) Ou bien l’on fait de la connaissance le seul objet de la connaissance, comme une littérature décadente fait de l’acte d’écrire l’objet du roman, ou une peinture décadente fait l’acte de peindre l’objet du peintre. 
« Si nous prenons nos distances à l’égard de cette conception occidentale de la philosophie (ce qui me paraît l’une des visées du dialogue des cultures), nous accédons à une vue plus vaste de la philosophie, telle qu’elle s’est épanouie dans tout le reste du monde : 
« - elle concerne la vie dans toutes ses dimensions (et pas seulement l’intelligence) ; 
« - elle concerne l’ensemble des rapports de l’homme avec le monde et avec le divin. 
« Dans cette perspective universelle, l’on peut définir la philosophie comme la manière dont les hommes conçoivent et vivent leurs rapports avec la nature, avec la société, avec le divin ». 
« De ce point de vue, l’on peut distinguer trois types fondamentaux de philosophies : 
- « 1°) des philosophies mystiques de l’homme et de sa connaissance de soi, pour prendre conscience de sa vraie nature et pour atteindre l’identification avec l’absolu (exemples : hindouisme, boudhisme, taoïsme, vision africaine du monde Zen) ; 
- « 2°) des philosophies prophétiques, partant de Dieu et de sa révélation à l’homme pour le faire participer à la création continue de l’univers (exemples : Zarathoustra, judaïsme, christianisme, islam) ; 
- « 3°) des philosophies critiques, se repliant frileusement sur l’acte de connaître, et se fondant sur le dualisme du sujet et de l’objet ». C’est Garaudy qui souligne.
Si je l’ai cité si longuement, c’est qu’il est, non seulement professeur de philosophie, mais philosophe authentique - son œuvre en témoigne -, et marxiste. Je retiens, de sa lettre, que la philosophie ne se réduit ni au concept, ni à la logique, ni à la seule « critique de la connaissance » ; que c’est, essentiellement comme il le souligne, « la manière dont les hommes conçoivent et vivent leurs rapports avec la nature, avec la société, avec le divin ».

Extrait de POUR UNE PHILOSOPHIE NEGRO-AFRICAINE ET MODERNE 
dans Ethiopiques, numéro 23,  revue socialiste de culture négro-africaine, 1980
 
Léopold Sédar Senghor
Président de la République du Sénégal

10 janvier 2011

Négationniste ? Ni l'Abbé Pierre ni Roger Garaudy !

Non l'abbé Pierre, qui a sauvé des enfants juifs pendant la guerre ne fut jamais un négationniste même s'il fut fidèle à son ami Roger Garaudy.  Il mériterait de faire partie de ces "justes" récemment célébrés au Panthéon même si une organisation a osé l'exclure de sa liste d'honneur.Dans toutes les biographies de l'abbé Pierre qu'on a égrenées avec vénération il a été question de ce "faux pas" qui résulta paraît-il, de son amitié pour Roger Garaudy ancien leader communiste converti à l'Islam.
J'ai parfois eu l'impression qu'on rappelait avec avec un plaisir malsain ce rappel qui salissait un peu l'homme préféré des français.J'ai lu pour ma part l'ouvrage essentiel consacré par le philosophe à l'extermination des juifs pendant la dernière guerre. Elle n'est nullement contestée par Garaudy. Il convient de se rappeler qu'au procès des criminels nazis à Nüremberg, procès dirigé par les vainqueurs de la guerre contre les vaincus. Certes les condamnations des haut nazis étaient pleinement justifiées même si un certain nombre de ces crimes (à l'exception du plus grave la Shoah) avaient été commis aussi par les alliés A l'occasion de ce procès il fut notamment établi par des historiens le décompte des victimes juives de l'holocauste : six millions de victimes. Dès lors ce chiffre devint une vérité absolue à l'abri de tout examen critique, une sorte de dogme historique.Je veux être clair et je suis persuadé que Roger Garaudy et l'abbé Pierre étaient d'accord avec ce que je vais dire. Oui, la Shoah fut perpétrée contre le peuple juif, très principalement mais aussi les tsiganes, les homosexuels et même les communistes. Nul doute que cette extermination systématique d'une famille humaine est l'acte le plus Barbare de l'histoire de l'humanité. Il est certain que les juifs européens moururent le plus souvent dans des chambres à gaz par millions. Nüremberg établit à six millions le nombre de victimes juives; sur ces six millions on avait affecté au camp d'Auchswitz trois millions. Or aujourd'hui on ne parle plus à Auchswitz que d'un million de victimes. Le calcul de Roger Garaydy est simple 6-2=4. Evidemment si entretemps on a modifié le nombre de victimes affecté à d'autres camp ou si on a trouvé d'autres victimes non répertoriées à Nüremberg, Garaudy s'est trompé sinon il a raison; même si le nombre de victimes juives exterminées par les chambres à gaz est ou serait de 4 millions, la Shoah resterait le crime le plus horrible de notre histoire humaine. Je n'ai pas la solution, j'estime que ce n'est pas aux politiques ni à l'Etat d'Israel qui se sert  parfois des horreurs de la Shoah pour justifier ses propres crimes de faire une sorte de dogme religieux de ce nombre. Des historiens sérieux, objectifs, non négationnistes bien sûr,pourraient trancher la question et je suis sur que Roger Garaudy et donc l'abbé Pierre devant ces nouvelles preuves se seraient inclinés. Je demande donc qu'on me dise où ont été massacrés ces deux millions de victimes qu'officiellement on a enlevés à Auchswitz et d'avance, si on me le démontre je serai le premier à proclamer le génocide de six millions de juifs par la barbarie nazie, mais de grâce qu'on accuse pas l'abbé Pierre d'un crime qu'il n'a pas commis, pas plus, j'en suis persuadé, que Roger Garaudy qui, je le crois, a été jeté en pâture aux sionistes, ces pseudo-héritiers de la Shoah.Ce n'est en aucun cas rendre justice aux victimes juives du nazisme que de perdre tout esprit critique devant un chiffre calculé  peut-être un peu à la hâte par un tribunal et des experts à dominance  militaires.
 En terminant je redis ma certitude que les millions de juifs gazés par la barbarie allemande constituent le plus grand crime collectif et individuel de l'histoire de l'humanité et que l'abbé Pierre a toujours été d'accord sur ce fait.


 
Yvan Balchoy
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Tribune Libre - Skandrani Ginette


Cette lettre ouverte à l'Abbé Pierre a été diffusée en 1996 lors de la campagne honteuse orchestrée par les sionistes. Cette lettre a été dénoncée par les verts Paris (qui voulaient déjà m'exclure) et a également causé un sacré débat dans toutes les associations de défense du logement. J'ai toujours la réponse de l'Abbé Pierre qui m'a félicité pour ce courrier. Je voudrai la diffuser après avoir entendu "certains faux amis" de l'Abbé Pierre le critiquer sur son amitié avec Roger Garaudy qui paraît-il ferait tâche dans sa longue carrière humaniste et caritative.

Courage l'Abbé!
Nous sommes de tout coeur avec vous pour ce combat, comme nous étions à vos cotés pour tous ceux que vous avez menés jusqu'à présent : pour les exclus, les sans logis, les pauvres, les immigrés, les sans papiers, et nous en oublions certainement.

Nous resterons à vos côtés malgré toutes les pressions, les insultes, les accusations éhontées et cette campagne sordide qui vous diabolise dans les médias ainsi que dans toute la presse de gauche comme de droite.

Ce dernier combat, votre soutien à Roger Garaudy et votre engagement à côté d'autres exclus, les Palestiniens, est certainement le plus dur de tous ceux que vous avez mené, car vous remettez en question les fondements de notre système de pensée occidental, défini une fois pour toute, oubliant que le monde change, qu'un mur s'est écroulé, qu'un peuple banni, exclu, déporté, oublié depuis plus de quatre décennies dans les camps de l'UNRWA (Organisme des Nations Unies pour les Réfugiés Palestiniens) nous interpelle. Ce peuple aussi, comme tous les peuples du monde, a le droit de vivre sur sa terre historique et selon les lois qu'il se donnera. Oui, l'abbé, vous avez cent fois raison quand vous dites : ce peuple est victime de notre histoire et du soutien inconditionnel de l'Occident à l'état sioniste.

Vos prises de position, qui sont aussi les nôtres, vous amènent à un isolement complet. Ce qui est fort dommage, car, même vous, qui êtes connu et respecté pour votre probité et votre générosité, êtes privé de parole et ne pouvez même pas répondre au lynchage médiatique qui vous poursuit Où est la liberté d'expression? Où est la tolérance? Dans quelle société vivons nous? Où est la démocratie?

Vous avez souvent dérangé le monde politique et associatif, et sous différents gouvernements, mais on ne vous a jamais coupé le son et envoyé vous reposer comme un écolier qui a mal récité sa leçon.

Nous avons honte pour ceux qui vous traitent comme quelqu'un qui ne sait pas ce qu'il fait, mais nous avons bien compris que c'est sutout pour éviter que vous puissiez expliquer dans la sérénité votre soutien à Roger Garaudy, et par extension à la défense du droit du peuple palestinien.

Nous avons tout entendu : l'abbé est vieux, il ne sait plus ce qu'il dit, il n'a pas analysé la portée de ses paroles. "Quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage " Ce qui est pire, c'est qu'on essaie de décrédibiliser ce qui a toujours été votre raison d'être : votre indépendance intellectuelle et votre capacité de dénoncer les injustices, toutes les injustices, d'où qu'elles viennent.

Vous avez eu raison de continuer à témoigner votre amitié à Roger Garaudy, cet ami de toujours. Vous avez toujours eu des différences politiques : Garaudy, étant un intellectuel de gauche, votre famille politique se situant plutôt à droite. Ce qui ne vous a pas empêché, chacun dans votre domaine, de vous battre contre les injustices et les dogmes établis qu'ils soient de droite ou de gauche. Ceci, il est vrai est plutôt rare, dans la conception politique française qui veut toujours classer les gens dans des cadres bien précis . Vous nous avez appris qu'une amitié était possible entre des personnalités issues de milieux politiques différents.

Roger Garaudy, il est vrai a pris du retard à dénoncer le stalinisme, mais il a su reconnaître ses erreurs passées. Ce n'est pas parce qu'il a embrassé la religion musulmane, qu'il est tout à coup devenu intégriste; ce serait encore faire tous les amalgames comme aiment si bien les faire nos sociétés occidentales bien pensantes et prêtes à lyncher ceux qui osent penser différemment.

Nous pensons que le rôle de tout intellectuel digne de ce nom est de se poser et de poser des questions sur les grands problèmes de nos sociétés. Roger Garaudy n'a joué que son rôle d'intellectuel en posant certaines questions qui dérangent et en même temps figent les débats d'idées. Ces idées qui, pour avancer, ont besoin de contradictions et ne doivent pas être monolithiques. Ceux qui le contredisent ou qui ne sont pas d'accord avec l'ensemble des questions soulevées peuvent et doivent lui répondre.

Nous aimerions bien que quelqu'un puisse prouver à Roger Garaudy qu'il a tort et argumenter sans insultes et sans anathèmes. Surtout que la majorité de ceux qui accusent l'écrivain n'ont pas lu son livre et sont donc dans l'incapacité d'en juger objectivement. Il est trop facile d'extraire des phrases de l'ensemble et de les balancer, en enlevant le plus souvent les points d'interrogation, pour que ces écrits deviennent des slogans. Nous l'avons déjà vécu dans d'autres occasions pas si lointaines.

C'est en débattant démocratiquement et librement qu'on fait avancer la démocratie et non en fermant les portes sur des insultes et des non-dits.



Vous avez eu raison de demander le débat. Nous avons tous besoin de savoir pourquoi, notre abbé, personnage préféré des Français a été rejeté de cette façon. Nous ne sommes pas des veaux, nous sommes capables d'analyser et de juger par nous mêmes.

Nous voulons réfléchir ensembles, et comprendre d'où nous vient cette hystérie collective dès qu'un non juif pose certaines questions concernant la colonisation de la Palestine et l'épuration ethnique des Palestiniens ou si tout simplement condamne, comme il a été condamné en son temps par l'O.N.U. le sionisme, comme une forme et non la moindre du racisme

N'est-ce pas le moment de dénoncer le sionisme, qui a fait tant de tort au peuple de Palestine, au même titre que l'antisémitisme qui a criminalisé les juifs en Europe, comme les revers de la même médaille car les deux idéologies sont responsables d'exclusion et de négation de l'autre.

Avec l'écroulement du mur de Berlin et la fin du soviétisme dans les pays de l'Est, nous avons pensé que la pensée occidentale allait être un peu moins hégémonique. C'est le contraire qui s'est produit, avec la prise de pouvoir des USA sur l'ONU, l'alignement de l'Europe sur la politique états-unienne, c'est un ordre mondial ne permettant plus aucun espace de liberté en dehors de cette conception unique du monde. Nous l'avons vu lors de la guerre contre l'Irak et la mise en place d'un embargo criminel sur ce peuple, comme dernièrement lors du massacre de Cana, une centaine de personnes réfugiées sous le drapeau onusien tuées délibérément. Il y a toujours des victimes ne faisant pas partie de l'humanité, ce qui explique qu' officiellement peu de voix protestent contre ces crimes qui sont aussi des crimes contre l'humanité. Pourquoi? Parce que les victimes sont arabes? ou simplement non occidentales?

Nous nous sommes souvent posé cette question? D'où nous vient ce classement dans la valeur des victimes? Pourquoi y a t il, surtout en France, cette sacralisation du génocide juif, alors que celui des tziganes a été tout aussi horrible et n'a jamais été sacralisé, ni même associé à la shoah? Cette sacralisation, vient-elle de la culpabilité de l'Europe qui n'a pas su défendre ses juifs contre le nazisme, et qui a laissé commettre cette atrocité? L'Europe et par extension le monde occidental a-t-il honte de s'être réveillé à la libération des camps de la mort?

Nous pensons que cette sacralisation est très grave, car toutes les autres victimes de ces dernières années, qu'elles soient Palestiniennes, Cambodgiennes, Irakiennes, Bosniaques, Tchètchènes, Rwandaises, Libanaises etc., n'ont pas la même valeur et ne donnent pas lieu à la même consécration; ce qui permet de recommencer et de perpétuer les crimes, les massacres, les génocides. En mettant les juifs au-dessus des autres humains, on leur enlève leur responsabilité dans le vol de la terre de Palestine, on les place au-dessus des lois, ce qui est à la fois dangereux pour eux et pour nous. Cela est aussi tomber dans le piège du peuple élu et supérieur aux autres.

Il n'y a pas de peuple élu, tous les peuples sont élus, quelle que soient leurs origines, leurs cultures, leurs religions.

Nous sommes, depuis de longues années, certains depuis 1967,(la guerre des six jours), d'autres depuis l'Intifada, engagés dans le soutien au peuple palestinien, considéré comme un peuple réfugié sur sa propre terre. Nous nous sommes toujours mobilisés contre cette injustice, lui imposant en 1948 de partager sa terre avec les rescapés des camps nazis. Alors que les grandes puissances qui avaient crée l'O.N.U. et fait voter le partage de la Palestine étaient justement celles qui avaient laissé perpétuer l'élimination des juifs. Pourquoi en faire payer le prix aux Palestiniens et aux autres populations arabes alors qu'elles n'ont jamais eu de moindre responsabilité dans cette élimination?

Voilà, toutes les questions que nous aimerions débattre, pour lever toutes les ambiguïtés et les non-dits. Nous ne voulons surtout pas remettre en question le génocide des juifs, ni aucun autre, mais nous voulons dire :"Ce n'est pas parce qu'ils étaient juifs, tziganes homosexuels ou communistes que cette atrocité doit nous révulser, mais parce que des êtres humains avaient décrété que d'autres êtres ne pouvaient être juifs, tziganes, homosexuels ou communistes." Aujourd'hui, ce sont les arabes et les musulmans qui sont désignés comme boucs émissaires et évidemment toujours les tziganes qui ont pourtant déjà payé très cher et n'ont été associés à aucun holocauste.

Nous voulons Monsieur l'abbé, dire ensemble, " PLUS JAMAIS CELA" contre n'importe quelle ethnie, communauté, peuple ou individu.

Ginette Skandrani
Juin 1996