08 janvier 2014

Les arts, histoire sainte de l'humanité. Par Roger Garaudy

Marc Chagall, Le soleil rouge-1949 (oeuvre analysée dans " 60 oeuvres qui annoncèrent le futur". RG, p.246)


A chaque moment de fracture de l'histoire un éventail de possibles s'ouvrait 
devant l'homme ; un seul a triomphé et c'est celui-là qu'a enregistré l'histoire.
Les autres possibles n'ont plus d'autres témoins que des
oeuvres qui annonçaient l'avenir. Non seulement celles des mondes
colonisés qui n'eurent, jusqu'à des temps proches, leur place que
dans des Musées d'ethnologie, comme « primitifs », comme les
masques africains ou polynésiens jusqu'au cubisme auquel ils donnèrent
l'éveil, ou aux arts amérindiens qu'admirait Dührer et que
l'évêque Diego De Landa fit brûler en « autodafé » comme impies
lorsqu'il s'agissait de poèmes sacrés, comme le Popol Vuh , détruire
comme idoles lorsqu'ils étaient de pierre, ou que les soudards de
Pizarre fondaient en lingots lorsqu'ils étaient d'or.
Même à l'intérieur de l'Europe le cloisonnement en nations se
répercute à l'école. Il ne permet pas de revivre les oeuvres qui ont
posé le problème du sens de la vie : il faut avoir choisi l'option russe
pour revivre les drames des « Possédés » de Dostoïevski, ou des
Karamazov ou du sublime « Idiot », Jésus ressuscité dans un
monde invivable, comme le Don Quichotte de Cervantes, le chevalier
Prophète qui croyait que l'idéal est plus vrai que le réel. Il
faut avoir choisi l'option anglaise pour revivre les drames de la
« Renaissance » à travers Shakespeare, ou l'allemande pour revivre
le « Wilhelm Meister » de Goethe ou les poèmes d'Hôlderlin.
Même dans la littérature française bien des manuels donnent
autant ou plus de place à Jean Genêt qu'à Romain Rolland , à
Bernanos ou à Mauriac.
Rares sont ceux qui osent crier devant les aberrations du Centre
Beaubourg, le plus médiatisé et le plus visité : le Roi est nu !
Comme le font courageusement le peintre Mathieu ou le professeur
Fumaroli , dénonçant les « marchés de l'art ».
Combien osent dire, pour ne pas se marginaliser, que les « discos
» à 120 décibels s'inscrivent dans l'histoire du bruit et non de la
musique ?
Le XXIe  siècle durera-t-il assez longtemps pour qu'un historien à
l'abri de la mode, de la pensée unique, de la terreur intellectuelle et
de la déréliction, puisse juger notre dernier tiers d u XXe  siècle du
point de vue de la culture comme celui dont la télévision, la pub et
les galeries ont p u faire croire que Nikki de Saint-Phalle était un
sculpteur, Bernard-Henri Lévy un philosophe, que de Kooning
était un peintre ?
Cela devient un attentat, sous prétexte de modernité, lorsque
des enfants vieillots défigurent à Paris la Cour du Louvre, le Palais
Royal ou le Pont-Neuf avec l'appui des ministères de l'anticulture.
La véritable formation esthétique de l'homme doit se faire à
l'école, dès l'enfance. Apprendre à dessiner ou à danser doit avoir
autant de place, pour les premières années, que la lecture, l'écriture,
le calcul et l'usage de l'ordinateur, pour désencombrer les
mémoires et laisser toute sa place à l'esprit créateur au-delà de la
machine. Celle-ci peut exercer, mieux que nous, toutes les
démarches de mémoire et de combinatoire, à l'exception de l'acte
créateur d'assigner à toutes nos actions des fins universelles.
Mais dans sa structure même, l'éducation ne peut se faire ni uniquement
à l'école, n i seulement au début de la vie .
Les développements des sciences et des techniques, des rapports
entre individus et entre peuples à l'échelle d u monde, sont devenus
si rapides qu'un homme qui a aujourd'hui 80 ans est né au milieu
de l'histoire humaine : il s'est passé plus de choses en ce siècle que
dans les 6 000 ans d'histoire écrite. Pour ne retenir qu'un exemple,
u n grand maître de la  médecine, arrivé à cet âge, pouvait me dire :
« Je n'ai pas appris, comme étudiant, 3% de ce que j'utilise aujourd'hui . »
Un physicien du nucléaire de même âge est aujourd'hui contemporain
 de sa science, comme un informaticien de 50 ans est contemporain
de la sienne. Sans parler de ce que les étudiants de 68 appelaient
avec juste raison, dans une pancarte au fronton de la
Sorbonne : « Faculté des lettres et des sciences inhumaines. »
L'école ne peut donc être cantonnée au début de la vie, mais, à
une époque où les besoins proprement humains pourraient être
satisfaits par trois heures de travail par jour, elle devrait être coextensive
à la vie entière pour enfanter des poètes de tous les arts et
répondre à leurs plus hauts besoins de création.
L'apprentissage, depuis les besognes ouvrières de l'industrie jusqu'à
celles des cadres ou des chercheurs, doit se faire là où le savoir faire
est en constante métamorphose : à l'usine, dans les centres de
direction o u de recherche, au front créatif et sans cesse nouveau du
travail humain. L'école telle qu'elle est encore aujourd'hui, est une
institution périmée qui a correspondu aux besoins d'une époque de
l'histoire, mais q u i ne répond plus aux exigences actuelles. La colère
des lycéens et des étudiants, comme la désespérance des enseignants
a cette cause première. Aucune « réforme » du système ne
permettra d'en faire un instrument de formation du futur.
L'initiation à l'acte créateur a son lie d'excellence dans les arts,
lorsqu'ils ne sont, à l'heure de leur décadence, ni reflet du désordre
ambiant, n i révolte négative contre lui .
Il importe de rappeler l'art à sa vocation première : créer des
possibles nouveaux pour l'avancée de l'unité humaine. Il cesse
d'être l'art lorsqu'il perd conscience de cette mission prophétique,
de cet appel à la transcendance de l'humain, à son intériorité solidaire
et créatrice, comme les poètes du Mahabarata, les peintres du
Tao chinois, comme les moines traduisant l'élan mystique par le
dessin et la couleur, comme Roubliew créant l'icône de la Trinité,
comme les bâtisseurs du Temple de Boroboudour, de la mosquée
de Cordoue ou de la cathédrale de Chartres, comme Van Gogh, le
crucifié de la peinture, ou comme les maîtres de l'abstraction
lyrique, comme Manessier ou Mathieu.
Qui nous redonnera en sculpture l'élan de Prométhée dans les
« Esclaves enchaînés » de Michel-Ange ou la concentration sur le
« soi » pour le grand « éveillé vivant » du Bouddha de Mathura ?
Là encore, en dehors de l'école, i l est possible, avec les techniques
de reproduction actuelles, de mettre aux mains de tous,
pour les désintoxiquer d u non-sens et d u néant, les chefs-d'oeuvre
de la peinture de tous les mondes sans en désaccorder les couleurs,
ou ceux de la sculpture de tous les mondes avec les moulages en
résine synthétique qui permettent une précision d u modelé de
l'ordre d u micron.
De telles oeuvres, coûtant le prix d'un repas, sous les yeux, tous
les jours, permettraient de nous désintoxiquer d u déferlement
d'horreurs des « effets spéciaux » et des violences d ' Hollywood sur
nos petits écrans. Ce genre de spectacle détruit l'esprit critique
devant, non le rêve, mais le cauchemar américain, avec les illusions
cupides de ses Dallas ou les épouvantes de ses Dinosaures ou de ses
polars, ou les effets spéciaux de ses « Independance Day », vides de
toute humanité.



 Pages 145 à 149


02 janvier 2014

Liberté, progrès, développement, oui mais lesquels ?

Nous allons publier consécutivement plusieurs extraits du livre de R. Garaudy "Les Etats-Unis, avant-garde de la décadence" sous-titré "Comment préparer le XXIème siècle ?"
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Tant que l'on continuera :
* à appeler liberté l'économie de marché sans limite comme seul
régulateur des rapports sociaux,
* à appeler progrès l'accroissement constant des pouvoirs techniques
et scientifiques de domination sur la nature et les hommes,
* à appeler développement l'augmentation aveugle de la production
et de la consommation,

s'aggraveront les inégalités, les exclusions, et les violences qui en
découlent.

* Il n'y a de liberté et de démocratie que lorsque chacun participe
aux décisions dont dépend son destin ;
* Il n'y a progrès que lorsqu'à la jungle des concurrences, des
volontés de puissance, de croissance et de jouissance des individus,
des groupes et des nations, se substitue une communauté véritable,
. c'est-à-dire une communauté où, au contraire de l'individualisme,
chaque membre a conscience d'être personnellement responsable
du destin de tous les autres ;
* Il n'y a de développement que de l'homme. A l'inverse d'un
système engendrant l'accumulation de la richesse à un pôle de la
société, et à l'autre l'appauvrissement matériel et culturel des multitudes,
une société est « développée » lorsqu'elle crée les conditions
économiques, politiques, culturelles et spirituelles pour que
chacun de ses membres dispose au départ de chances égales pour
développer pleinement toutes les possibilités créatrices qu'il porte
en lui.

Roger Garaudy

LES ETATS-UNIS, AVANT-GARDE DE LA DÉCADENCE
 (Comment préparer le 21e siècle)


 Editions Vent du large,
 Paris, 1997, p. 92

On peut acheter ce livre ici
ou là,
pour ne citer que ces deux vendeurs







(La citation de S. Weil est en exergue de l'ouvage cité)

01 janvier 2014

Voeux 2014

En notre temps où l'humanité se reconnaît plus comme animale en rejetant le prédicat humain qui - justement apposé au substantif animal dans le vocable d'animal humain - était gage d'évolution vers la rédemption, la transcendance et la spiritualité, je vous souhaite de retrouver les réflexes naturels de l'élan au divin en dépassant chaque jour les appels sombres de la déchéance infrabestiale qui guette la civilisation autrement et nouvellement mangeuse d'hommes d'aujourd'hui !

Voeux empruntés à Camille Loty-Malebranche