Transcendance
et révolution
A la différence des problèmes
esthétiques, les problèmes
de la religion ont été abordés
directement
par les fondateurs du marxisme.
Les conceptions de Marx prennent
leur source, en
ce domaine, dans le courant jeune
hégélien. Dans sa
thèse de doctorat en philosophie
sur Démocrite et
Epicure, il reprend l'idée
maîtresse des jeunes hégéliens:
le christianisme aliène la liberté
humaine au
profit d'une puissance extérieure à
l'homme, et il
exalte Prométhée qui « hait tous
les dieux » et symbolise
la puissance sans limite de l'homme.
Feuerbach fait franchir à la
critique religieuse
une nouvelle étape. La religion
est, selon lui, le produit
d'un transfert psychologique, d'une
projection :
la religion est l'aliénation de «
l'essence » humaine
dans un sujet réel : Dieu. Marx
accepte la thèse majeure
de Feuerbach : ce sont les hommes
qui ont fait
les dieux et non Dieu qui a fait
l'homme.
Marx approfondit cette critique
d'abord en recherchant
les causes de ce transfert, de
cette projection,
et en recherchant ces causes dans
l'histoire.
Il reproche à Feuerbach de fonder
sa critique sur la
conception métaphysique d'une
prétendue « essence
» immuable de l'homme, et d'avoir
de l'homme une
conception abstraite : celle d'un
individu isolé de
l'ensemble des rapports sociaux, et
qui ne se transformerait
pas au cours de l'histoire.
Marx, au contraire, dégage les
racines sociales de
la religion qu'il considère comme
un reflet déformé
des contradictions réelles de la
société. Si les religions
primitives ont reflété
l'impuissance de l'homme
en face de la nature, dans toutes
les sociétés de
classe la racine principale de
l'aliénation religieuse
se trouve dans l'aliénation du
travail.
Dès lors l'évolution religieuse est
conditionnée par
l'évolution des rapports de
classes, et la religion tend
à perpétuer ces rapports de
classes, ces rapports d'exploitation
et de domination en apportant aux
opprimés
des consolations illusoires et aux
oppresseurs
des justifications métaphysiques. «
La religion est
l'opium du peuple. »
Telles sont très schématiquement
résumées les
conceptions théoriques de Marx,
d'Engels, de Lénine,
sur la religion.
Il en découlait, comme conséquence
pratique, que
la lutte contre la religion ne
pouvait être une persécution
contre les croyants, mais une lutte
contre les
racines sociales de la religion,
une lutte de classe
contre l'exploitation, l'oppression
et l'aliénation du
travail, lutte à laquelle des
croyants peuvent parfaitement
participer, Lénine admettait
qu'aucune raison
de principe ne pouvait empêcher
l'adhésion d'un
prêtre au parti bolchevik pourvu
qu'il y entrât pour
remplir les tâches politiques de ce
parti et non pour
y introduire la propagande de ses
propres idées
religieuses.
La politique dite de « la main
tendue aux catholiques
», dont l'initiative fut prise en France,
en 1936,
par le secrétaire général du parti
communiste français,
Maurice Thorez, n'était nullement
une opération
d'opportunisme tactique ; elle
était fondée
sur les principes même de la
doctrine et en découlait
nécessairement.
Roger Garaudy a consacré une grande
partie de son
oeuvre au développement de cet
aspect de la théorie
marxiste, et a joué un rôle de
premier plan dans la
pratique du dialogue avec les
chrétiens.



