12 février 2015

Traduire pour dialoguer


Le 7e Prix Ibn Khaldoun Senghor a été décerné à Hana Subhi pour sa traduction, du français vers l’arabe, de l’ouvrage d’Edgar Morin «La méthode Tome 5 : L’identité humaine, l’humanité de l’humanité».

Raja AL-TAMIMI- Euronews :
Hana Subhi, félicitations pour le Prix de l’OIF 2014 qui vous a été attribué pour la traduction du livre d’Edgar Morin « La Méthode-5, L’humanité de l’Humanité, l’identité humaine », du français vers l’arabe. Pourquoi avez -vous choisi de traduire ce livre ?

Hana Subhi :
“En fait, quand la guerre a été déclarée contre l’Iran en 2003, j’ai été perdue. J’ai vécu l’une des folies humaines : la peur de l’autre, le danger de sortir, l’incertitude et chaos total.
“Face à un tel tableau sanguinaire et apocalyptique, j’ai décidé de résister en me rendant afin d‘éviter de sombrer dans la folie et le désespoir. J’ai décidé de traduire le livre de Morin comme riposte à toutes les atrocités de la guerre et leurs conséquences sur les habitants et les infrastructures. Au fur et à mesure que j’avançais dans ce livre, je trouvais des réponses à mes interogations.
“L’identité humaine porte en elle la forme de la condition humaine plurielle et polymorphe, non de façon disjointe ou successive, mais à la fois “faber, sapiens, economicus, ludens, déliriens, demens”. Elle ne se dissout ni dans l’espèce, ni dans la société. L’homme peut évoluer en dialoguant avec l’autre et avec soi-même. Une partie de lui pense et vit un travail affectif et imaginaire qui a pour horizon la mort, dans une “dialogique circulaire, rationalité – affectivité – imaginaire – réel – démence – névrose – créativité.” Le criminel, le fou, le saint, le prophète, le génie, l’innovateur échappent aux normes courantes.
“Morin refuse de réduire l’identité humaine à une théorie homogène et unique. Il élargit nos modes de pensée en soulignant la richesse et la complexité de nos liens dans l’organisation sociale de la sexualité, au sein de la famille et dans l’historicité de nos institutions. En même temps, nous sommes en marche vers une identité planétaire, dans une société de méta-machines et de méta-connaissances. L’avenir est donc très incertain, partagé entre une méta-humanité (réaliser toutes les potentialités humaines) et une surhumanité (faire le choix de celles qui nous paraîtront humaines).
“Morin propose une leçon d’humilité et de tolérance à ceux qui prétendent détenir les solutions de l’identité de certains groupes, voire de l’identité planétaire. La somme des connaissances humaines ne peut plus être l’apanage d’un groupe et la diversité humaine est infinie. On ne peut en fixer arbitrairement le cadre ou des normes rigides, ce serait arrêter le mouvement humain par des sentiments contestables conduisant à des destins douteux.
Certes, cet avenir nous réserve des surprises et Morin nous demande de le voir avec lucidité et sans préjugés. Notamment en se méfiant de la mondialisation du modèle occidental “impulsée par le quadrimoteur efficace : science-technique-industrie-capitalisme”, capable d’occasionner des dégâts mettant en danger les équilibres fondamentaux de la planète. Morin appelle à une prise de conscience de l’inter-solidarité humaine et de la communauté de destin planétaire. Seule une “éthique de la connaissance” peut nous permettre de gérer nos contradictions et de développer des qualités proprement humaines.
“Cette traduction des idées de Morin représente, pour moi, une réponse à la folie de l’homme et à sa propre témérité sur terre, une sonnette d’ alarme pour que l’homme soit plus juste dans ses choix.
“La traduction est un pont entre les cultures et rapproche les peuples les uns des autres, et ce dialogue des civilisations entre les communautés est très nécessaire, surtout à l’heure actuelle, pour comprendre l’autre, s’enrichir mutuellement pour diffuser la pensée des Lumières, une chandelle dans les sentiers de l’homme, donner l’espoir de contribuer à la promotion de la paix et la stabilité dans le monde. Dans ce contexte, je voudrais mettre l’accent sur le rôle important joué par la Philosophie, les Arts et les Lettres dans l’accomplissement de l’individu et de sa pensée.
“Dans mon parcours de traductrice, et mon isolement lors de ces moments contradictoires,
difficiles et joyeux, je me demandais si les textes que je traduisais allaient être lus par des arabophones et leur être utiles. J’éprouvais du bonheur quand je recevais de temps à autre temps des courriers électroniques de lecteurs arabes pour me féliciter de ma traduction de Morin ou d’un doctorant préparant sa thèse sur Morin en arabe me demandant si j’avais d’autres traductions de lui.
“Ce Prix est une reconnaissance et une récompense qui m’a honoré et je continuerai à traduire afin d’enrichir le dialogue des cultures et contribuer, modestement, à rapprocher les civilisations.”
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11 février 2015

Biographie de Roger Garaudy sur TEBIAN.NET



 
Avec le Cardinal Daniélou à la télévision en 1970
Roger Garaudy a reçu une bonne éducation classique bien qu’il soit issu d’une famille modeste. Il est né de Charles Garaudy, comptable et de Marie Maurin, ouvrière modiste. Son père étant revenu mutilé de la première guerre mondiale, Roger Garaudy fut déclaré pupille de la Nation. Issu d’un milieu athée, il se convertit à quatorze ans au protestantisme. A vingt ans, il adhère au Parti communiste sans pour autant cesser d’être chrétien. Ainsi, tout en se plongeant avec passion dans l’œuvre de Marx, il suit les conférences de Marc Blondel à Aix et fréquente les théologiens protestants dans le cadre du Cercle évangélique de Strasbourg.
Il est reçu cinquième à l’agrégation de philosophie en 1936. Agrégé de philosophie, Roger Garaudy est nommé en 1936 professeur au lycée d’Albi, où il occupe le poste qui avait été celui de Jean Jaurès cinquante ans auparavant.
Il entretient à cette époque une correspondance suivie avec Romain Rolland qu’il admire et qui l’encourage à écrire. Un premier livre - un roman non publié écrit en 1937 - sera suivi d’une abondante production d’ouvrages philosophiques portant essentiellement sur diverses questions touchant au marxisme. Au total près de 70 ouvrages parmi lesquels on peut citer "Le Communisme et la morale" (1945), "L’Eglise, le Communisme et les Chrétiens" (1948) et la thèse de doctorat sur "La théorie matérialiste de la connaissance" en 1953. Mobilisé comme soldat de deuxième classe en 1939, Roger Garaudy se bat courageusement sur la Somme et obtient la Croix de Guerre. A son retour dans le Tarn, il est néanmoins arrêté le 14 septembre 1941 comme "individu dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique". Interné puis déporté en Afrique du Nord au camp de Bossuet, il ne sera libéré qu’en février 1943 après trente mois de captivité. Nommé rédacteur en chef de Radio-France à Alger, il démissionne après quelques mois pour devenir le collaborateur d’André Marty et travailler à l’hebdomadaire communiste Liberté.
Titulaire d’un doctorat de philosophie avec une thèse sur la Théorie matérialiste de la connaissance (Sorbonne, 1953), il enseigna à l’université de Clermont-Ferrand ”” où il subit l’hostilité de Michel Foucault, qui le poussa à solliciter sa mutation ””, puis à l’université de Poitiers.

   Roger Garaudy était un homme de conviction. Il a gardé tout au long de sa vie un imprescriptible goût pour la justice. Son expérience de prisonnier pendant la seconde guerre mondiale entre  1941 et 1943 lui laisse un souvenir de musulmans honorant des valeurs humaines élevées.

C’est selon ses propres mots, cette première étincelle qui lui éclairera par la suite la voie vers la conversion à l’Islam en 1982. Que Dieu lui accorde la miséricorde.
   Roger Garaudy est un homme politique, philosophe et écrivain français né le 17 juillet 1913 à Marseille et mort le 13 juin 2012 à son domicile de Chennevières-sur-Marne. Protestant dans sa jeunesse, tandis que son père était athée et sa grand-mère maternelle fervente catholique, Roger Garaudy se revendique volontiers comme «polémique et hérétique».
Jusqu’en 1970, c’est une figure importante du Parti communiste français dont il est alors exclu. Il se convertit par la suite au catholicisme puis à l’Islam. 



9 février 2015

Chrétienne de gauche et princesse rouge...



Un pacte méphistophélique a dû être signé un jour puisque la svelte et charmante femme qui nous accueille au pied de son immeuble parisien a, selon l’état civil, déjà vécu 81 printemps. «Le ski et la natation», assure-t-elle dans l’ascenseur, avec un large sourire. Nous sommes venus visiter son Altesse royale (sa famille prétend au trône d’Espagne depuis 1830) pour tenter de comprendre comment une aristocrate, dont l’arbre généalogique est fleuri de noms comme Saint Louis et Henri IV, en est venue à se muer, dans les années 60 et 70, en militante du socialisme autogestionnaire. Elle se dit de sensibilité chrétienne de gauche. On l’appelle «la princesse rouge».
Elle a un contact franc et direct, parle avec la grande simplicité de la grande aristocratie : son interlocuteur oublie vite qu’il converse avec la nièce et filleule de la dernière impératrice d’Europe, Zita d’Autriche. Quelques mois avant sa mort, Arafat l’a reçue chez lui en tant que militante pro-palestinienne, ce qu’elle est aussi. «Il voulait savoir comment une personne issue d’un milieu aussi traditionnel que le mien avait pu évoluer de la sorte», se rappelle-t-elle. Le bouillant président vénézuélien, Hugo Chávez, s’est posé la même question, qui l’a invitée à son domicile, un soir de 2000. On ne sait ce que la princesse a répondu à l’un et à l’autre, mais avec le premier, elle a parlé laïcité, et avec le second des Frères Karamazov, l’ultime roman de Dostoïevski.
Arafat, Chávez, mais aussi Mitterrand, Malraux, Jean Guitton, Roger Garaudy et tous ceux qui l’ont fréquentée savaient au moins ceci : Maria-Teresa, ou Marie-Thérèse, est née française d’un père Bourbon Parme, François-Xavier, qui fut «roi carliste» d’Espagne. C’est-à-dire que papa ne régna pas mais lutta, toute sa vie, pour remettre sa dynastie sur le trône. Histoire complexe que celle du carlisme, dont ne parviennent en France que quelques échos confus. L’important est ceci : sous Franco, les carlistes se sont divisés entre pro et anti. Le père de Maria-Teresa, déporté à Dachau, a choisi, lui, de lutter contre la dictature et a instillé à ses deux fils et quatre filles un goût éperdu de la liberté. Le fils aîné, Charles-Hugues, et trois des filles (Maria-Teresa, Cécile et Marie des Neiges) ont entendu le message mieux que les autres.
Dès 1957, le frangin Charles-Hugues se met à dénoncer en pionnier «l’oppression du capitalisme financier». En 1972, avec sa femme, Irène de Hollande, il s’en va visiter Tito en Yougoslavie pour s’initier aux subtilités de l’autogestion. Puis, le couple poursuit son périple initiatique en Chine, à Cuba, au Japon. Ainsi se forge une singulière philosophie politique où se mêlent socialisme et fédéralisme, autogestion et défense de la dynastie carliste. Maria-Teresa devient une militante effervescente de ce carlisme de gauche, qui rêvait d’une oxymorique monarchie socialiste.
Rien ne prédisposait cette jeune fille, née à Paris, élevée dans un château du Bourbonnais puis chez les inflexibles sœurs du collège du Sacré-Cœur à Tours, à devenir une pasionaria. Rien, sinon le respect du père, l’amour du grand frère, et la conviction qu’elle avait, avec sa famille, un rôle à jouer dans l’avenir de l’Espagne (où elle n’a mis les pieds la première fois qu’à l’âge de 28 ans !). Elle possède la double nationalité depuis une vingtaine d’années. Son socialisme est tout en nuances. «Pour nous, l’idée socialiste, ce n’était pas la lutte des classes mais la recherche permanente du consensus.» Tito fut séduisant, certes, mais pas son parti unique. Chávez? «Il a fait des erreurs, mais aussi beaucoup de choses positives.» C’est peu dire que les familles royales européennes ont été choquées par cette bouffée gauchiste chez les Bourbon Parme. Réaction que cette intellectuelle analyse par le biais de la psychologie évolutive : «Quand une espèce est en train de s’éteindre, les individus qui la composent voient d’un mauvais œil ceux qui prennent des initiatives
L’utopie carliste de gauche n’ayant pas réussi à transformer son essai dans les urnes espagnoles, Maria-Teresa a repris, vers la fin des années 70, des études qui l’ont menée vers un doctorat en sciences hispaniques à la Sorbonne, puis un doctorat en sociologie à Madrid. L’un de ses sujets de thèse fut : «Surdétermination religieuse dans le domaine politique en Irlande». Elle s’est aussi beaucoup intéressée à l’islam. A vécu quelques années de clandestinité en Espagne, passé sept ans en Belgique, habite près de Madrid. Elle est, à notre connaissance, la seule altesse royale abonnée à Libération. Elle vit seule, a toujours vécu seule, ne s’est jamais mariée, n’a pas d’enfants (comme d’ailleurs ses deux sœurs Cécile et Marie des Neiges). «Par goût de l’indépendance», dit-elle. Pas même une liaison sentimentale ? demandons-nous à sa sœur Cécile. «Elle a une très haute exigence, répond celle-ci. Si une occasion s’était présentée, elle l’aurait saisie. Mais rien de conforme à ses aspirations n’est venu la distraire de son culte de l’indépendance.»
La descendante d’Henri IV (son aïeul préféré, car «il s’est attaché à la paix religieuse») est une femme hors normes, au point d’en être déroutante. Réduit à quia, quand on lui demande de se définir en trois mots, elle répond : «Engagement, liberté et amour de la musique populaire.» Bien, mais n’y a-t-il pas quelque contradiction entre son attachement au titre d’altesse et sa philosophie politique ? «Mon titre, c’est un don, il est précieux à condition d’en faire quelque chose.» Elle ajoute : «Je suis avant tout une démocrate de gauche, mais une monarchie, en donnant à la société une référence constante, me semble pouvoir être utile.» Tout est en ordre dans la tête bien faite de Maria-Teresa de Bourbon Parme, qui continue de vénérer la mémoire de son frère Charles-Hugues, disparu en 2010. Elle a dit un jour devant les carlistes : «Le jour où la marée de l’histoire balaiera le libéralisme décadent qui est le nôtre, nous nous rendrons tous compte que Charles-Hugues n’est pas mort.»
On aimerait être Proust et pouvoir distinguer dans la profondeur de son regard brun, comme dans celui du clan Guermantes, les siècles d’histoire qu’un beau nom charrie. Mais on ne parvient qu’à y détecter une sorte d’ironie amicale. On aimerait être spécialiste de la génétique moléculaire et mesurer au trébuchet de la spectroscopie le poids des chromosomes dans ce tempérament. Maria-Teresa évacue le sujet : «Nous recevons beaucoup de nos aïeux. Mais mon père nous répétait : "Vous héritez d’un nom et probablement de facilités d’empathie, n’en tirez jamais vanité".» On aimerait être limier pour découvrir qui se cache derrière cette princesse.
Edouard LAUNET, 23 juillet 2014
http://www.liberation.fr/monde/2014/07/23/maria-teresa-de-bourbon-parme-princesse-rouge_1069044

8 février 2015

A propos d'un livre soutenu par l'Education nationale et censé combattre le racisme et l'antisémitisme. Le point de vue de Pascal Boniface

La Licra, son livre contre le racisme et l’antisémitisme : un prêche partial pro-israélien

 La Licra a édité en septembre 2014 « 100 mots pour se comprendre, contre le racisme et l’antisémitisme« , sous la direction d’Antoine Spire et Mano Siri, aux éditions « Le bord de l’eau ».
Ce livre vient d’être publié sur le site Eduscol du ministère de l’Education nationale, qui a récemment renouvelé son partenariat avec la Licra, pour des interventions dans des établissements scolaires, ou la formation des formateurs

Un traitement fondamentalement partial de la question
Combattre le racisme et l’antisémitisme, rien de plus nécessaire. Il n’est pas certain que ce livre y contribue réellement. On parle beaucoup d’éviter d’importer le conflit du Proche-Orient en France. J’ai déjà eu l’occasion de dire que ceci me paraissait vain, ce conflit étant de fait déjà importé. Le véritable objectif doit être d’en limiter les conséquences négatives sur notre société.
Le livre en question aborde bien le sujet, mais de façon tout à fait partiale. La volonté de donner un visage positif d’Israël est nette. L’entrée Israël est rédigée par Frédéric Encel. On peut y lire (p.93) :
« Seule authentique démocratie au Moyen-Orient, Israël fut confronté dès sa création au rejet quasi unanime des voisins arabes, et mena plusieurs guerres pour asseoir son existence. »
Des élèves qui auraient fait un peu d’histoire pourraient s’interroger sur qui fut à l’origine de guerres en 1956, 1967 et 1982.
Rassurons-nous, le processus de paix « finira sans doute par aboutir à un partage territorial entre l’État juif d’Israël et un État arabe de Palestine ». On ne sait pas trop quand. Mais aucun mot sur l’occupation, les checkpoints, la répression ou la colonisation, pour ne pas parler du blocus de Gaza.
« Quant au racisme, s’il existe hélas autant en Israël que dans d’autres pays, celui-ci tombe sous le coup de la Loi. » (p.94)
C’est oublier un peu rapidement les multiples déclarations de l’extrême-droite israélienne ou les manifestations où l’on crie « mort aux Arabes ».
On apprend aussi, à la même page, qu’ »une forte minorité arabophone dispose des mêmes droits et devoirs civiques que ceux de la majorité juive. »

D’énormes oublis, dont le mot « islamophobie »
Le terme Palestine, Palestiniens, n’apparaît pas. Le terme sionisme(antisionisme), oui. Il est jugé utile d’écrire que « l’arrivée d’Hitler au pouvoir et les débuts de la Shoah accompagnent la montée en puissance du mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini qui croit pouvoir, en soutenant les nazis, contribuer à liquider la question juive de Palestine. » (p.140)
Mais rien sur les attentats des extrémistes juifs pour faire partir les Britanniques avant la création d’Israël. On apprend que « les armées arabes pourtant supérieures en nombre perdent la guerre » (de 1948) et qu’ »Israëlconquiert 26% de territoires supplémentaires par rapport au plan de partage. »
Mais les termes de « réfugiés » ou « nakba » n’apparaissent pas.
Un chapitre est consacré au terrorisme, qui est réduit à sa dimension islamiste.
Le terme islamophobie est absent, et celui d’islamiste assimilé à islamiste radical ou terroriste, sans nuance. On apprend dans l’introduction (p.13) : « Chaque islamiste contribue un peu plus à diaboliser l’Islam. » Ennahda, l’AKP, les Frères musulmans, le Hamas, Al-Qaida, Daesh, tous dans le même sac ?

Une présentation grossière et biaisée
Peut-être certains lecteurs adhéreront à ce type de message et en tireront une approche plus favorable à Israël. On peut penser qu’une partie non négligeable y verra un souci de donner aux évènements du Proche-Orient une lecture biaisée et pro-israélienne. Que tous ne sont pas à ce point ignorants de la situation et que le caractère excessif du parti-pris dans un document censé rassembler leur sautera aux yeux.
Cela les conduira à contester ce document. Va-t-on dès lors dire qu’ils contestent l’objectif de la lutte contre le racisme ?
Parmi les rédacteurs, on retrouve Robert Redeker, présenté comme « philosophe, menacé de mort suite à une tribune parue dans Le Figaro ». Les menaces reçues par Redeker sont inadmissibles. Chacun doit exprimer sa solidarité pour dénoncer de telles menaces. Cela n’oblige pourtant pas à adhérer à ses propos qui permettent de se demander s’il est réellement bien placé pour participer à un outil pédagogique de lutte contre le racisme.
Rappelons quelques extraits de sa prose de l’époque, dans « Le Figaro », du 19 septembre 2006 : « Le Coran est un livre d’inouïe violence » ; l’islam est « une religion qui, dans son texte sacré même, autant que dans certains de ses rites banals, exalte violence et haine » ; Mahomet est « un chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame ».
On conviendra que ceci ne le rend pas très crédible pour participer à un manuel de lutte contre le racisme. Que sa présence peut légitimement être reçue par les musulmans comme une provocation.
Y-a-t-il quelqu’un qui au ministère a relu ce livre avant de le référencer ?
Ses auteurs ont manifestement choisi de privilégier la défense d’Israël à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. C’est leur libre-choix. Que l’Éducation nationale le cautionne officiellement est beaucoup plus discutable, et risque plus de faire monter les tensions que de susciter de l’apaisement.

Pascal Boniface
Directeur de l’IRIS

7 février 2015

La théologie du 20e siècle et le dialogue des civilisations, par Roger Garaudy

Dernier article de la série sur la théologie chrétienne

Dans la théologie de la deuxième moitié du xxe siècle, c'est-à-dire
après la Deuxième Guerre mondiale, le problème de l’homme est au premier
plan.
La théologie affronte les « humanismes » contemporains et s'efforce
de les intégrer à l'anthropologie chrétienne.
Dans un premier temps (jusqu'en 1965), la tendance dominante est
de créer un « existentialisme chrétien ».
Après 1965 le problème se déplace pour affronter le marxisme, voire
pour l'intégrer et le dépasser.
Dans la première période, les théologiens les plus profonds ont pour
références essentielles Kierkegaard (précurseur, un siècle auparavant, d'un
« existentialisme chrétien »), et, plus proches, Heidegger, Jaspers, Gabriel
Marcel et Sartre. Et la théologie de Karl Barth.
Le problème central est celui du « face-à-face » entre la subjectivité et
la transcendance.
Depuis la retentissante conférence de Sartre en 1948 : « L'existentialisme
est un humanisme », le débat sur l'homme, pour beaucoup de
théologiens, est essentiellement une confrontation avec l'existentialisme.
Deux grands théologiens protestants de cette génération, Rudolf Bultmann
et Paul Tillich, incorporent l'existentialisme à leur théologie.
Pour Bultmann la « démythologisation » de l'Évangile s'identifie avec
son interprétation existentielle (voir Le Kérygme et le mythe1).
Tillich cherche à apporter une réponse évangélique aux questions existentielles
qui se présentent à l'homme (Théologie systématique1).

1. Éd. Hubert Reich, Hambourg, i960.
2. Stuttgart, 1956.

Dans la perspective juive, Martin Buber considère Dieu comme le
« tu » absolu, interprétant ainsi « l'alliance avec Dieu » comme un rapport
intersubjectif. Tout comme Karl Barth écrit : « Le véritable "je suis"
(...) signifie: je suis dans la rencontre » (La théologie protestante au
XIX' siècle3).
Le pasteur Bonhoeffer (exécuté par les nazis en 1945), dont le « christianisme
non religieux » n'a cessé d'exercer une influence majeure sur
la théologie, écrit : « Être pour les autres est l'unique expérience de la
transcendance », ou encore : « La transcendance consiste dans le "tu" le
plus proche » (Résistance et soumission).
Ce ne sont là que quelques exemples, parmi les plus éminents, de
cette tendance à parler de l'homme dans sa subjectivité, indépendamment
des conditions historiques, sociales, politiques, dans lesquelles il vit.

6 février 2015

Le « Christ » de saint Paul est-il Jésus ?

Troisième de la série de 4 articles de Roger Garaudy sur la théologie chrétienne

Lors de chaque débat sur mon livre j'ai ressenti la gêne provoquée par
la thèse de Avons-nous besoin de Dieu? : « Le Christ de Paul n'est pas
Jésus. Le Dieu de Paul n'est pas le Dieu de Jésus : à l'inverse du message
libérateur de Jésus, Paul a donné le fondement théorique de toute
théologie de la domination . Ce n'est pas de cette théologie ni de ce Dieu
dont nous avons besoin. »
Cette irritation de tant de mes auditeurs, dont je connaissais la parfaite bonne foi (et, chez certains, la compétence comme exégètes), même si elle ne s'exprimait pas publiquement, est ce qui m'a conduit à réfléchir le plus profondément sur la question posée par ce livre.
Mes réflexions premières sur Paul étaient nourries par les grands commentaires de l'Epître aux Romains, de Luther à Karl Barth. Les innombrables travaux sur saint Paul, par des théologiens catholiques, m'avaient laissé l'impression que Paul était l'interprète par excellence des Évangiles synoptiques.
Ni les uns ni les autres ne semblaient attacher une grande importance
au fait que les Epîtres de Paul (qu'il appelle lui-même si souvent : « Mon
Evangile1 ») étaient, d'après les conclusions de la quasi-totalité des exégètes
contemporains, catholiques ou protestants, de plusieurs années
antérieures aux Synoptiques, de quinze ans au moins à la rédaction du
plus ancien : celui de Marc.

5 février 2015

Jésus est-il l'héritier du roi David ?



Deuxième d'une série de 4 articles consécutifs sur la théologie chrétienne

Y a-t-il continuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament ?
Jésus est-il l'héritier de David ?

La question de la continuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament
est capitale. Bien que Paul soit soucieux de faire de Jésus, contre l'orthodoxie
juive, le chapitre final de l'Ancien Testament et l'accomplissement
des promesses faites à Israël, il est aisé de montrer que les évangélistes
ont fait une lecture sélective de l'Ancien Testament.

3 février 2015

Y a-t-il des "preuves" de l'existence de Dieu?

Premier d'une série de quatre textes de Roger Garaudy sur la théologie du christianisme
Y a-t-il des "preuves"  de l'existence de Dieu?


C'est Platon (1), au livre X de ses Lois qui, le premier, croit possible une
démonstration1.

Poitiers: pétition pour défendre un prof de philo mis à pied pour "soupçon" d'apologie du terrorisme

Pétition Réintégration du professeur de philosophie de Poitiers

Pour:Madame la Ministre de l'Education Nationale

Madame la Ministre,

Nous sommes indignés de la suspension du professeur de philosophie du lycée Victor Hugo à Poitiers. Sur simple dénonciation de parents d’élèves, à partir des propos de leurs enfants, cet enseignant a été suspendu et se trouve maintenant menacé par le recteur, dans la presse, « d’un conseil de discipline ». Il ne sait officiellement pas ce qui lui est reproché et ne peut se défendre. L’enquête des inspecteurs vie scolaire n’a semblé que pure formalité, la suspension était déjà actée. Pourtant cet enseignant n'a fait que ce qui était demandé à tous : amener les élèves à réfléchir et à sortir de la simple émotion, à la suite de l'attentat qui avait frappé le journal Charlie hebdo et atteint la liberté de la presse. Face à cette décision brutale et non motivée, les enseignants de l’académie se sentent abandonnés et en insécurité. Ce n'est pas ainsi que l'Ecole pourra tenir le rôle qui est le sien, dans l'intérêt des élèves et de la société.

Nous demandons, Madame la Ministre, votre protection et la réintégration immédiate de cet enseignant dans ses fonctions.