23 décembre 2014
Commentaire de Roger Garaudy au décès de Mikhail Souslov
22 décembre 2014
La révolution islamique d'Iran vue par Garaudy (2)
21 décembre 2014
La révolution islamique d'Iran vue par Garaudy (1)
Par Roger Garaudy
(Texte des années 1980)
Pour comprendre la Révolution islamique initiée par l'Imam KHOMEINI et la conception de la modernité sur laquelle elle se fonde, il faut d'abord avoir conscience de sa spécificité. Ne pas essayer de l'insérer dans la série des révolutions occidentales. Cette révolution ne ressemble à aucune autre. La Révolution française était une révolution politique qui transféra le pouvoir d'Etat de la noblesse de sang à la hiérarchie de l'argent.
De même la Révolution russe transférait le pouvoir économique de la bourgeoisie au prolétariat.
La Révolution islamique est à la fois une révolution économique et politique, comme les précédentes, mais ce qui l'en distingue radicalement, c'est qu'elle est dirigée contre toute une conception de l'homme et de la civilisation qui régnait en Occident depuis des siècles et qui se considérait, comme la seule « modernité » possible.
Dans les manuels d'histoire de l'Occident l'on fait commencer les « temps modernes » à ce qu'il est convenu d'appeler « la Renaissance », c'est à dire la naissance simultanée du capitalisme et du colonialisme.
Cette modernité constitue d'abord une rupture de l'Occident avec toutes les autres cultures du monde. L'année 1492 a, de ce point de vue, une signification symbolique. C'est d'abord la chute de Grenade, du dernier royaume musulman d'Europe et, en même temps, l'invasion et la destruction des civilisations autochtones d'Amérique après l'arrivée de CHRISTOPHE COLOMB. Puis suivirent, pendant cinq siècles, les invasions coloniales en Afrique et en Asie, avec les mêmes caractéristiques d'agression militaire, d'exploitation économique, de négation et de destruction des cultures et des spiritualités autochtones.
Désormais l'Europe se considère comme porteuse de la seule culture possible et créatrice de la seule « modernité » possible. Nous pouvons caractériser cette modernité par trois postulats :
1-La prétention de l'homme de régir le monde en excluant toute réalité et toute finalité divines.
2-La domination du marché comme seul régulateur (à la place de DIEU) de toutes les relations humaines entre les individus comme entre les nations. Dans ce système, où chacun est le concurrent et le rival de tous les autres : « l'homme est un loup pour l'homme », dira l'un des idéologues du système (HOBBES ).
3-La nature n'est qu'un réservoir, tenu pour inépuisable, de « matières premières » et un dépotoir pour les déchets de notre production et de notre consommation. C'est ce que DESCARTES résume ainsi : « devenir maîtres et possesseurs de la nature ».
La Révolution islamique d'Iran se fonde sur des principes radicalement différents et s'enracine dans une des plus vieilles civilisations du monde. Son initiateur l’Imam KHOMEINI est l'expression de cette culture plusieurs fois millénaire.
Une tradition prophétique y appelait à la « commanderie du Bien et du Mal ». Déjà dans l'épopée de FIRDOUSI étaient exaltées les vertus de l'héroïsme et des martyrs .
L'Islam, dans son expression la plus universelle reconnaissant, comme l'enseigne le Coran, les Prophètes antérieurs de tous les peuples, comme messagers du même DIEU, ne pénétra pas en Iran comme une foi étrangère mais sous la forme la plus proche de sa pureté primitive « coranique » (NAHJUL BALAGHA. 78).
Déjà avec le Calife ALI les perversions principales de l'Islam introduites par MU'AWIYAH avaient été combattues :
1 D'abord la fausse doctrine de la prédestination. S'il y avait prédestination, écrivait ALI (NAHJUL BALAGHA 78), "les notions de récompense et de châtiment n'auraient plus de sens ni les promesses et les avertissements d'ALLAH, puisque l'action de l'homme serait déterminée de toute éternité par un destin inévitable alors qu'ALLAH a ordonné à son peuple d'agir par volonté libre et responsable ». Mais ceux que KHOMEINI appellera les théologiens de la domination (Fuqaha es Sulta ) avaient introduit de faux hadiths pour combattre les musulmans pieux qui s'indignaient du despotisme et des débauches de MU'AWIYAH en prétendant que le Prophète avait dit : « Si vous avez un tel dirigeant c'est que DIEU l'a voulu. Vous devez donc lui obéir et faire la prière derrière lui. »
2 Contre la richesse ostentatoire condamnée déjà dans la Coran :
(« lorsque je veux détruire une cité, j'y donne le pouvoir aux riches »). ALI exaltait l'exemple d'ABU DHARR, défenseur de l'aspect révolutionnaire de l'Islam, et la priorité donnée à la protection du pauvre, rappelant que le Prophète avait dit d'ABU DHARR : « il n'y a pas sous le ciel et sur la terre de porte parole plus fidèle qu'ABU DHARR ...dans mon peuple ABU DHARR est semblable à JESUS, fils de MARIE par son esprit de renoncement et sa piété. » (ALI, Sermon 129)
3 L'exercice de l'ijtihad. Le Coran et l'exemple du Prophète avaient rappelé les principes éternels de la sharia : ceux qu'il avait transmis à ABRAHAM, à MOISE, à JESUS à MOHAMMED (Sourate 42, verset 13) laissant aux disciples la responsabilité d'appliquer ces principes immuables aux conditions historiques de chaque époque et de chaque peuple (ce qui constitue le fiqh). Le Prophète avait donné lui même exemple dans 200 versets législatifs du Coran (sur 6.000), comme chaque Prophète avant lui l'avait fait pour son temps « pour chaque époque un livre » (Coran XII, 38). Ainsi était donné, après la mort du Prophète, qui avait été à la fois le porteur de la Parole et 1’exécuteur du Message, l'exemple (le l’articulation entre la transcendance et l'histoire, entre la sharia (la « voie » immuable et universelle désignée par DIEU), et son application à des conditions historiques toujours nouvelles, qui est de la responsabilité des hommes. C'est ainsi que l'Imam KHOMEINI exerçait son rôle de « guide », sans exclure aucune connaissance ni aucune technique du monde moderne, à condition qu'elle s'inscrive dans la voie désignée par DIEU, servant ainsi à l'épanouissement de l'homme et de tout homme et non à sa destruction. Ainsi était balayée la calomnie selon laquelle l'Islam aurait été l'ennemi des sciences et des techniques alors qu'il en fut, pendant des siècles le moteur et le promoteur. Balayée aussi par la méthode de l'Imam KHOMEINI la propagande haineuse, en Occident, pour faire de l'Islam un synonyme de violence et de terreur.
Car l'Imam KHOMEINI n'a pas seulement rappelé les fins d'une véritable révolution, il en a aussi défini les moyens . Et ce sont ceux de la non violence et de la foi de tout un peuple dans la fécondité du martyre.
L’exempte le plus typique de cette attitude nouvelle est son attitude à l’égard de l’armée, en laquelle le SHAH croyait posséder un pouvoir invincible, avec les « immortels » de sa garde.
L’IMAM KHOMEINI avait une autre conception de la force. Il eut l’audace salvatrice de la voir, non dans les armes elles mêmes, mais dans la conscience intérieure ( le « wujdan » de soufi) des soldats .
Toutes ses directives dans la période d’affrontement sont inspirées par ce principe: « n’attaquez pas les poitrine des soldats, mais leur coeur. » El les désertions se multiplièrent.
Cette « non-violence », comme autrefois celle de GANDHI contre la puissance militaire et économique alors la plus forte du monde, porta ses fruits.
Il y eut certes des morts, et l’IMAM KHOMEINI disait : « le sang de chaque martyr réveillera un millier de vivants. » C’est ainsi qu’un peuple aux mains nues l’emporta sur cette armée réputée si puissante.
Les stratèges militaires et politiques du monde entier, qui évaluaient la force selon les seuls critères matériels de la puissance de feu et de la logistique, s’y sont tous trompés, car ils ignoraient que les armes, si puissantes soient-elles, ce sont des hommes qui le manient, et que lorsque quelque chose se casse dans la tête ou le coeur des hommes, ces armes tombent de leurs mains? Pour ces stratèges, la foi n’entre pas dans le circuits électroniques de leurs ordinateurs.
La voie occidentale menant à une impasse, la voie islamique ne consiste pas à s'isoler dans ses traditions et à répéter les formules des grands juristes qui ont résolu les problèmes de leur temps mais pas les problèmes du nôtre. Nous devons imiter leur méthode qui consistait, à partir des principes éternels et universels de la « Sharia » (la voie de DIEU) à trouver la législation (fiqh) qui permettrait de les appliquer à chaque période de l'histoire.
Le Coran nous enseigne que « DIEU ne cesse de créer et recréer » (X,4), et qu'il est présent en toute chose nouvel le (IV, 19). Nous ne pouvons, devant cette création toujours nouvelle, rester inertes et croire que nous pouvons résoudre les problèmes de notre époque en répétant ce que des « ulémas » conservateurs nous imposent depuis des siècles en prétendant fermer la porte de l'Ijtihad et en garder le monopole.
Pour créer une « modernité » qui ne soit pas la modernité occidentale, ASSADABADI propose de revenir à l’Islam vivant, permettant de créer un « fiqh » vivant à partir des principes universels et éternels de la Sharia".
Ce fut la voie suivie par le grand GHAZALI. Ses oeuvres, et, notamment sa « REVIVIFICATION DES SCIENCES DE LA RELIGION » (Ihya Ulum al DIEU), rendent à l'Islam sa dimension d'intériorité spirituelle, cultivée part les grands soufis tels qu'ATTAR ou ROUMI (Le chapitre 36 de son « YHYA » sur 1’amour) en montre la profondeur. Les pratiques rituelles ne sont qu'un moyen pour « polir le miroir du coeur » pour préparer une action juste au service de DIEU et de la Communauté. C'est cette priorité de l'action qu'enseignait l'Imam KHOMEINI lorsqu'il aimait à dire que l'Islam est pour un huitième affaire de cérémonies et pour sept huitièmes une action dirigeant la Communauté selon les valeurs islamiques qu'il résume en ceci : « liberté et justice... »
L'oeuvre de l'Imam KHOMEINI est ainsi une apogée de celles des plus grands rénovateurs de la pensée islamique, depuis la « REVIVIFICATION » de GHAZALI jusqu'à la « Reconstruction de la pensée religieuse de l'Islam » de MOHAMMED IQBAL.
L'Imam KHOMEINI mettait en pratique le message fondamental d'un Islam vivant, seul capable de présenter une alternative à la fausse « modernité » occidentale fondée sur une religion qui n'ose pas dire son nom : le monothéisme du marché, où ce qu'un idéologue de l'impérialisme américain LUTTWAK appelle « la loi divine du marché », régler toutes les relations sociales entre les individus comme entre les nations .
Cette pratique conduit à la cassure du monde entre le Nord et le Sud, et, dans les pays dits « développé», entre ceux qui ont et ceux qui n'ont pas, en donnant aux plus forts, sous prétexte de « libéralisme économique » la « liberté » de dévorer les plus faibles.
Une telle « modernité », si elle triomphait pleinement conduirait l'humanité toute entière à un suicide planétaire, à la fois par les explosions de révolte de ceux que le monothéisme du marché conduit à la mort par la faim au rythme actuel d'un Hiroshima tous les deux jours.
Dès le début du siècle dernier de grands réformateurs, comme ASSADABADI, avaient décelé les sources du mal et dénoncé les méfaits de ses dérives.
Dans le numéro 10 de sa Revue "AL URWAT AL WIDHGA", il demandait aux musulmans de ne pas accepter la fausse science élaborée par des ulémas conservateurs au cours des siècles .
Dans le numéro 17, distinguant les principes éternels de la sharia de ses applications dans un « fiqh » différent avec chaque époque et chaque peuple, il appelait tous les musulmans à retrouver le dynamisme créateur de l'Islam à l'époque de sa naissance et de ses apogées.
ASSAD ABADI montrait que l'Islam vivant et créateur que nous révèle le Coran ne pouvait s’accommoder ni d'une imitation de l'Occident, ni d'un simple repliement sur le passé.
L'histoire du XX ème siècle a prouvé la vérité de cette vision :
L'imitation de l'occident. L’exemple le plus typique et le plus catastrophique est celui de MUSTAPHA KEMAL en Turquie qui voulut en faire un membre de l'Europe en y important les notions purement occidentales du nationalisme et du rationalisme mutilé d'AUGUSTE COMTE ennemi acharné et sournois de toute religion .
Le repliement sur le passé et l'abandon aux fuqahas du pouvoir fut sinistrement illustré par l'attitude des Cheikh d'Al Azhar proclamant sainte la guerre contre Israël pour accorder ensuite une Fatwa à SADATE, déclarant que c'était une tâche sacrée de faire une paix séparée avec Israël. C'est ce type d'opportunisme qui suscita les sarcasmes de KHOMEINI contre ces théologiens de la domination qui avaient rompu avec la grande tradition d'ASSAD ABADI et de MOHAMMED ABDOU.
C'est à partir de telles conceptions de l'Islam que l'Imam KHOMEINI a inauguré une authentique révolution islamique au sens où déjà le Prophète selon ABOU DHARR disait: « Il y a trois choses qui appartiennent à la société comme un TOUT et ne peuvent être accaparées par aucun individu: le feu , l'herbe et l'eau. » Ce qui en termes actuels désigne l'industrie et la propriété foncière.
A partir de là peut être définie une authentique modernité s'opposant terme à terme aux trois postulats par lesquels nous avons défini la modernité occidentale:
1 - Le tawhid, c'est à dire non seulement l'affirmation de l'unicité de DIEU et de l’unité du monde qu'il a créé. C'est à dire que concrètement chaque homme et chaque communauté n'a de devoir que la soumission à ce DIEU par le service de la communauté planétaire des hommes .
2 - A l'inverse de l'individualisme faisant de l'individu le centre et la mesure de toute chose et instituant ainsi une jungle mercantile où chaque homme est le concurrent et le rival de tous les autres, une véritable communauté universelle dont chaque membre a conscience d'être personnellement responsable du destin de tous les autres .
3 - A l'égard de la nature. Celle ci ne peut être considérée comme un réservoir et un dépotoir inertes mais comme un ensemble de signes (ayat) un langage que DIEU nous parle en nous rendant responsables de la conserver, de la respecter et de la faire fructifier.
Ainsi seulement et c'est en quoi peut se résumer l'essentiel de l'apport de l'Imam KHOMEINI peut se fonder une nouvelle et authentique modernité.
[A lire à la suite un texte dactylographié de Roger Garaudy sur le même sujet:http://rogergaraudy.blogspot.fr/2014/12/la-revolution-islamique-diran-vue-par.html ]
20 décembre 2014
Redeker-Garaudy 1998
19 décembre 2014
"Quand quelqu’un a peur d’une autre religion, il peut suffire de lui faire rencontrer des membres de cette religion pour faire tomber les préjugés"
On la dit unique au monde: dans l’ancienne banlieue ouvrière et multiculturelle de Berne s’ouvre une maison abritant cinq sanctuaires, de cinq religions différentes. Lieu de coexistence, mais aussi lieu d’échanges et d’ouverture à tous les publics.
Du bout de sa spatule, l’artiste rectifie l’arrondi de l’épaule de Ganesh. Le petit dieu à tête d’éléphant est assis sur un genou de Shiva, une des divinités majeures du panthéon hindou. Au bas de l’échafaudage, un ouvrier prépare son mortier, couvrant du bruit de sa machine la voix de la chanteuse tamoule qui vocalise dans la sono portable. Plus loin, certains autels ont déjà reçu leur habillage de couleurs vives. Mais le gopuram, la grande tour qui marque l’entrée du temple, n’a encore pour seule teinte que celle du ciment.C’est que ces sculpteurs et ces peintres sont venus tout exprès du Tamil Nadu. «Il a été assez difficile de leur obtenir des visas. On avait l’impression qu’à chaque échelon de la procédure, il fallait recommencer toute la paperasserie», raconte Sasikumar Tharmalinguam, le prêtre hindou qui officiera à la Maison des religions. «Difficile, c’est peu dire, rectifie Brigitta Rotach», responsable du programme culturel de l’institution.
Mais aujourd’hui, tous deux auraient plutôt tendance à en rigoler. Car le jour de l’ouverture (ce 14 décembre) est enfin arrivé. Alors tant pis pour les tracasseries administratives, place à la fête, à la rencontre, à la concrétisation d’une vision née il y a presque 15 ans.
A ce moment, les pères de l’idée sont bien conscients que les murs ne vont pas sortir de terre par miracle. Mais Hartmut Haas ne veut pas attendre que la maison soit là. Alors, il commence dans sa cuisine, puis trouve un premier local en ville, qui s’appelle déjà Maison des religions et où les communautés tiennent déjà un restaurant, organisent des cours de langue, d’intégration, de yoga… L’institution déménage ensuite dans des baraques en planches. Les hindous y ont un petit temple, et les bouddhistes, les alévis (une foi non dogmatique, dérivée de l’islam chiite) et les moraves s’y réunissent pour prier et méditer.
Nécessité fait loi
Rien
de commun toutefois avec les nouveaux locaux d’Europaplatz. Ici, dans
un complexe flambant neuf qui comprend également hôtel, bureaux,
appartements centre commercial, les religions ont véritablement pignon
sur rue. La partie qui leur est dévolue s’ouvre sur une grande salle et
une série de pièces plus petites à l’étage, qui serviront pour les
activités communes. Et tout autour, sur deux niveaux également, se
répartissent les lieux de culte de cinq religions: chrétienne,
musulmane, hindoue, bouddhiste et alévie.
Pourquoi elles et pas
les autres? C’est ici qu’intervient l’aspect local de cette réalisation.
Car si la Maison des religions a potentiellement valeur de symbole
universel, c’est aussi une histoire très ancrée dans la réalité
bernoise. «On n’a pas établi de classement pour sélectionner les
religions qui ont le plus d’adeptes. En fait, celles qui ont un lieu de
prière à la Maison sont celles qui en avaient besoin, explique Brigitta
Rotach. Ici, dans les quartiers ouest de Berne, il y a beaucoup
d’immigrés et pas mal de religions qui avaient leur lieu de culte dans
des arrière-cours, des halles industrielles ou des caves».Ce qui explique par exemple la présence du cemevi (on ne dit pas mosquée) des alévis et l’absence d’une synagogue, puisque les juifs de Berne en ont déjà une. La mosquée musulmane quant à elle est albanaise, alors que l’espace réservé aux chrétiens sera utilisé par huit communautés différentes, dont les éthiopiens et les moraves.
Les autres religions ne se désintéressent pas pour autant de la Maison. Celles qui n’avaient pas besoin d’un lieu de prière y sont présentes via une vitrine et des animations dans l’espace commun. C’est le cas des juifs, des sikhs et des baha’is.
«Le miracle de Berne»
«Ce projet est entièrement superflu et il échouera avec une probabilité frisant la certitude». Telle a été, au début des années 2000, la réponse d’une des premiers fonctionnaires à qui les pères de la Maison des religions ont soumis leur idée.
Et en effet, les fonds nécessaires à la construction n’ont pas été faciles à trouver. Chacune des communautés présentes a aménagé son lieu de culte à ses frais, mais les locaux et services communes ont tout de même coûté quelque 10 millions de francs. Et il a fallu solliciter plus de 150 fondations, institutions et entreprises pour tenter de réunir la somme.
Finalement, l’essentiel est venu de la fondation Rudolf et Ursula Streit (2,75 millions de francs), du Fonds de loterie du canton de Berne (2,2 millions), de la bourgeoisie de Berne (900'000 francs) et de divers donateurs (2 millions). Les deux Eglises officielles (catholique et réformée) ont également accordé chacune un crédit sans intérêt d'un million.
Berne, capitale de la tolérance?
Si
tout le monde s’accorde à reconnaître le rôle moteur d’Hartmut Haas et
de la communauté morave dans cette aventure bernoise, Toni Hodel, estime
qu’elle aurait aussi pu aboutir ailleurs. «Mais ici, nous avons déjà
pris depuis longtemps l’habitude de dialoguer, dans les lieux
provisoires qui ont précédé la Maison des religions», précise le
théologien catholique. Son collègue protestant Martin Bauer rappelle
qu’il y avait au départ «une poignée d’hommes avec une vision commune,
qui croient à la réalisation de leur rêve. Et naturellement, le fait que
l’on soit en Suisse, pays avec une longue tradition de cohabitation
entre cultures différentes, a certainement contribué à la réussite du
projet».
«C’était le destin et la volonté de Dieu, salue l’imam
albanais Mustafa Memeti, que toutes les forces progressistes des
différentes communautés religieuses agissent ensemble, de manière
exemplaire et constructive, à la réalisation de ce projet unique». Un
projet qui doit bien sûr favoriser l’entente et le dialogue et apporter
«une contribution durable à la paix et à la compréhension mutuelle»,
note Ralph Friedländer, président de la communauté juive de Berne.
Tolérance et respect également dans l’esprit de Bhante Anuruddha, moine
bouddhiste, qui se réjouit de voir la Maison des religions «servir
d’exemple pour la paix et la coexistence pacifique des religions et des
cultures».
Pour le corps et pour l’âme
«Nous
sommes bien conscients que nous n’allons pas sauver le monde, résume
Brigitta Rotach, mais la Maison aura atteint son but si au moins elle
peut contribuer à quelque chose à Berne. Quand quelqu’un a peur d’une
autre religion, il peut suffire de lui faire rencontrer des membres de
cette religion pour faire tomber les préjugés».
Et comme la
rencontre passe souvent par la table, le rez-de-chaussée de la partie
centrale de la Maison est essentiellement dévolu à un restaurant. C’est
Sasikumar Tharmalinguam qui officie aux fourneaux et propose ses menus
ayurvédiques, la cuisine «100% végétarienne, qui prolonge votre vie».
Une partie des légumes viendra du propre jardin de la Maison, les femmes
viennent faire des gâteaux pour l’après-midi et les week-ends, le
restaurant sert des brunchs internationaux.«L’idée, c’est de proposer un bon repas, pas cher, notamment pour les gens qui travaillent dans le quartier, explique Brigitta Rotach. Et mon rôle est aussi de monter un programme culturel. Il y aura des expositions, conférences, débats, des films, du yoga, des cours, tout cela afin d’offrir de la nourriture non seulement pour le corps, mais aussi pour l’âme».
A chacun sa foi
Une fois passées les portes de ces zones communes toutefois, chaque religion tient à conserver sa spécificité. «Nous prônons le dialogue, pas le mélange, précise l’animatrice culturelle. Il ne s’agit pas de dire que nous sommes tous pareils et de réduire les religions à leur plus petit dénominateur commun. Je me souviens, lors de débats, d’avoir vu de jeunes croyants venir exposer leur vérité avec véhémence et avouer avoir de la peine à admettre que les autres puissent aussi avoir une vérité. Ici, je compte bien animer des discussions de ce genre et tant mieux s’il y a des gens dans le public qui viennent défendre leur foi avec vigueur».Quant à ceux dont la foi est plus molle, chancelante, voire inexistante, et qui semblent de plus en plus nombreux en Suisse, ils devraient aussi trouver leur compte à la Maison des religions. Ne serait-ce qu’au niveau de la rencontre et de l’échange. Comme le dit Brigitta Rotach, «le restaurant, le yoga, les films vont attirer du monde et on peut apprécier de manger ayurvédique sans être convaincu de quoi que ce soit. Nous devons aussi offrir quelque chose au gens qui ne sont pas totalement passionnés par les questions de vérité».
18 décembre 2014
"Je ne suis pas un peintre, je suis un homme qui peint" (Moretti)
Tirage
limité à 950 ex. numérotés. In-folio sous chemise illustrée.
Illustré de 18 compositions de Raymond Moretti, contrecollées dont 4 en couleurs, et une lithographie originale (cf ci-dessus). |
17 décembre 2014
16 décembre 2014
15 décembre 2014
Cher Monsieur le Tribunal de Nantes
J'ai pris connaissance il y a quelques jours de votre décision d'interdire la crèche de Noël traditionnellement installée dans le hall du Conseil General de la Vendée.
Quelle mouche vous a donc piqué ?
Vous avez fait des études je suppose. Peut-être savez vous donc que Noël vient du latin " Natalis" qui veut dire Naissance. Alors je vais vous livrer un secret que vous voudrez bien transmettre à vos confrères qui peut-être nagent avec complaisance dans la même ignorance que vous.
La naissance dont il est question est celle d'un certain Jésus de Nazareth né il y a un peu plus de 2000 ans. je dis ça parce qu'étant donné que vous n'avez pas interdit les illuminations de Noël, je suppose que vous ignoriez ce détail. Voyez-vous, Noel n'est pas l'anniversaire de la naissance du Père Noel ( je suis désolé si je casse ici une croyance ancrée en vous ) mais bien celle de ce Jesus. Interdire une crèche sans interdire toute manifestation publique de cette fête est aussi stupide que si vous autorisiez la fête de l'andouillette tout en interdisant la consommation d'andouillette le jour de la fête de l'andouillette.
La crèche c'est ce qu'on appelle une tradition. Et ne me faites pas croire, Monsieur le Tribunal, que le principe de la tradition vous est étranger. Sinon comment expliquer que les magistrats exercent leur métier dans un costume aussi ridicule si ce n'est parce qu'il est le fruit d'une tradition ?
Vous êtes un briseur de rêves Monsieur, vous êtes un étouffeur de sens. La crèche c'est Noël et Noël c'est la crèche. La crèche c'est aussi l'histoire d'une famille qui faute de droit opposable au logement est venue se réfugier dans une étable. C'est un signe d'espoir pour tous les sans logement. La crèche c'est aussi un roi arabe et un autre africain qui viennent visiter un juif.
C'est un signe d'espérance et de paix en ces temps de choc de civilisations et de conflit au Moyen Orient. La crèche c'est aussi des éleveurs criant de joie et chantant dans une nuit de décembre. Connaissez vous beaucoup d'agriculteurs qui rigolent en cette période de crise? La crèche c'est un bœuf, symbole de la condition laborieuse de l'homme. Enfin, la crèche, c'est un âne, même si une rumeur court disant que cet âne a quitté la crèche en 2013 pour rejoindre le Tribunal administratif de Nantes.
Malgré le fait que vous allez sans doute, par souci de cohérence, vous rendre à votre travail le 25 décembre, je vous prie de croire, Monsieur le Tribunal, à l'expression de mes souhaits de bon et joyeux Noël.
Militant de l'espérance
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[Roger Garaudy, avec des centaines d'opposants, principalement communistes et syndicalistes, fut déporté de 1940 à 1943 et notamment de...
Contre le monothéisme du marché et tous les intégrismes, ma ligne éditoriale va de Marx - "Transformation révolutionnaire de la société" ou "ruine commune" (1) ! - à Teilhard de Chardin -"tout ce qui est foi monte, et tout ce qui monte converge"(2).
"L'histoire pose les problèmes et c'est la vérité du matérialisme historique; les prophètes répondent, et c'est la vérité de l'Esprit"(R.G.).
A contre-nuit est à la fois le titre d'une oeuvre poétique de Roger Garaudy, celui de la revue de l'Association pour le dialogue des cultures qu'il inspirait, et une formule souvent reprise par lui car elle indique bien le sens et les risques du combat qui fut le sien. A contre-nuit c'est aussi l'esprit de ce blog qui veut sortir une oeuvre de l'enfer des bibliothèques.
Alain Raynaud
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Roger Garaudy. Filôsofo. Fue director del Centro de Estudios y de Investigaciôn Marxista. En 1970 fue expulsado del Partido Comunista Francés. Fue pionero del diâlogo entre cristianos y comunistas, y del diálogo de las civilizaciones .Autor de numerosos libros, convertido al Islam, desde hace anos alterna su residencia entre Paris y Côrdoba, ciudad en la que ha fundado un centro cultural dedicado a las très culturas del libro, actual Fundación Paradigma Córdoba.
ARchives
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Le "Cardinal" Garaudy avec l'Abbé et l'Archevêque
26 février 1994, UNESCO Paris, avec l'Abbé Pierre et Mgr Helder Camara. Photo Gauthier/Gamma
"Über Wasser gehet Der Mensch zu Örtern dort die kühn erhöten Stege" (Hölderlin, Derniers poèmes)
"Au dessus de l'eau l'homme en d'autres lieux se rend par des passerelles hardies" (Trad J.P Burgart.Points-Poésie)
LES LIVRES DE ROGER GARAUDY EN VENTE SUR:
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A CONTRE-NUIT
Vieil arbre de ma vie,
tronc balafré par la morsure des haches,
noirci de foudre,
feuilles édentées de grêle,
jeunesse en vain fusillée,
et tant de mes fruits jetés à la décharge.
Tout ce passé que je n'échangerais contre aucun autre.
Dans la nuit indifférente,
sarcasmes des mesquins,
ricanements des loups.
A contre-nuit
j'ai refusé les routes de la plaine,
à contre-nuit
la transparence des destins.
Et l'arbre n'est pas mort:
une branche fleurit, rien qu'une branche,
narguant les fossoyeurs.
Roger GARAUDY
Extrait de "A contre-nuit", poème, 1987
(Salah Stétié, Préface de A contre-nuit)
Si tu ne brûles pas
Si nous ne brûlons pas,
Comment les ténèbres
Deviendront-elles clarté ?
Nazim Hikmet, poète communiste turc (1901-1963), traduit par son ami Garaudy








