17 novembre 2014

Un penseur marxiste et religieux...!

Le 13 juin 2012 décédait le philosophe français Roger Garaudy. L’événement fut relativement peu couvert par les médias, le défunt étant accusé d’avoir « dérivé vers l’antisémitisme » vers la fin de sa vie.
Mais qui fut Roger Garaudy ? Né en 1913 à Marseille, agrégé de philosophie en 1936, Roger Garaudy a d’abord été un pilier intellectuel du Parti communiste français (PCF). Élu député au lendemain de la Guerre, il se lie d’amitié avec l’abbé Pierre, également député (MRP, parti démocrate chrétien). Sa critique de l’URSS contribue à le fait exclure du PCF en 1970. Mais c’est sa participation aux mouvements de Mai 68 qui motive principalement son exclusion du parti. Le philosophe français voit dans les événements de Mai un soulèvement social sans précédent représentant l’espoir de donner « un autre sens à la vie qu’une augmentation quantitative de la production et de la consommation ».

Soutenant le mouvement social sans se douter que Mai 68 portait également les germes d’un matérialisme libéral propice à la mutation du capitalisme, Roger Garaudy se rapproche ensuite de la religion. D’abord par un retour au catholicisme puis par une conversion à l’islam en 1982. Ainsi, sans renoncer à la grille de lecture marxiste, il voit en la spiritualité une alternative au « monothéisme du marché ». Très critique à l’égard du culte de la croissance et de l’hégémonie américaine, Roger Garaudy accuse le libéralisme non seulement d’être à l’origine de la décadence de l’Occident mais également d’être l’élément perturbateur ayant annihilé les possibilités de développement alternatif dans les autres régions du monde.
Penseur marxiste et religieux, acteur de Mai 1968 sans avoir évolué vers l’idéologie libérale-libertaire, Roger Garaudy a développé une pensée complexe à la croisée des chemins entre plusieurs courants a priori antagonistes. Cependant, en publiant en 1995 Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, l’agrégé de philosophie s’est attiré les foudres des médias. Il y dénonce l’instrumentalisation contemporaine de la persécution des juifs sous le régime nazi à des fins politiques. Défendu par Jacques Vergès, Roger Garaudy est condamné le 27 février 1998 pour contestation de crimes contre l’humanité. Il reçoit alors le soutien de son ami l’abbé Pierre qui vante son « éclatante érudition ». Celui-ci est alors exclu de la LICRA et se retrouve la cible d’un dénigrement public qui le pousse à prendre une retraite médiatique temporaire.
C’est donc ce dernier épisode de sa vie qui valut à Roger Garaudy son excommunication médiatique et la réduction de son parcours au péché suprême de notre époque, censé jeter l’opprobre sur l’ensemble de son œuvre.

Jean Bricmont: La République des censeurs


16 novembre 2014

Le monde arabo-musulman doit « oser penser par lui-même »

De l’Occident et du monde arabo-musulman

D'aucuns pensent que la politique américaine a accéléré le déclin de l'Occident libéral. Néanmoins, et de toute évidence, nul ne peut prétendre que l'Orient, ou même le monde arabo-musulman, pourrait en tirer profit, réaliser un essor et s'assurer un avenir prospère. La raison en est simple : le monde arabo-musulman est un monde « morose » depuis la chute de Grenade en 1492. C'est un monde dont les habitants sont des ennemis qui se haïssent et se disputent pour des raisons puériles et nuisibles tant pour le présent que pour l'avenir. C'est également un monde dont la quasi-totalité des « pays frères » ont des différends politiques et/ou géographiques.
Ainsi, loin d'être unis ou d'accord entre eux sur l'essentiel, les peuples du monde arabo-musulman perdent (pour la plupart) leur temps à rabâcher les mêmes discussions portant notamment sur le passé, alors qu'il n'est plus admissible que le passé continue d'animer et d'orienter notre vie et notre mode de pensée. Dans son œuvre Le jour des fourmis, Bernard Weber disait avec raison que « le moment le plus important, c'est le présent, car si on ne s'occupe pas de son présent, on manque son futur ».

Le monde arabo-musulman doit « oser penser par lui-même »
Autant dire que ce monde arabo-musulman doit « oser penser par lui-même », comme disait Diderot, sinon il ne s'affirmera pas comme étant réellement libre et indépendant, et sera par conséquent le premier à s'en mordre les doigts. Car cette aberration fait qu'il devient facile à l'Occident de se poser en tuteur. Il doit également avoir « le courage de se servir de son propre entendement », comme disait Emmanuel Kant. Voilà la devise des Lumières qui a révolutionné l'Occident et a joué un rôle émancipateur et fondateur de la conscience européenne. « Il n'y a plus de Français, d'Allemands (...), il n'y a que des Européens », disait Jean-Jacques Rousseau.
Un tel constat semble amer, notamment s'il est soutenu par des vérités aveuglantes qui ne pourraient que verser dans le scepticisme et signifier que ce monde arabo-musulman est en train de faire fausse route. En effet, plus de 70 % des réfugiés de par le monde viennent de ce monde-là, et les niveaux de développement y sont non seulement faibles, mais aussi et surtout en chute libre.
Au moment où l'Occident découvre, crée, invente et nous envahit de ses découvertes, créations et inventions, nous ne faisons qu'acheter ses biens et services, tant il est vrai que nous sommes condamnés à nous limiter, à nous quereller sans fin, à nous consumer en efforts inutiles, pour des futilités, gaspillant notre temps et celui des générations futures, ce qui conduit inéluctablement à des situations navrantes.
Ainsi, depuis des siècles, l'Occident nous transmet son savoir, ses techniques et ses arts, bouleverse et révolutionne notre mode de pensée, et donne à notre civilisation un nouveau visage, grandement influencé par le cachet et les traits occidentaux. 

Dès le début du XXe siècle, l'Occident se proclamait unique civilisation digne de ce nom
Bien que le monde arabo-musulman ait été le théâtre de plusieurs rencontres notables entre civilisations, de plusieurs chocs de civilisations qui, loin de tout conflit – n'en déplaise à Samuel Philippe Huntington –, ont permis des échanges et ont enrichi sa culture, il n'en demeure pas moins qu'il n'atteindra sa vraie maturité que lorsqu'il sera en mesure de s'approprier sciemment son existence, loin de toute soumission ou tutelle de quelque forme que ce soit. Cela est d'autant plus vrai que, dès le début du XXe siècle, l'Occident se proclamait unique civilisation digne de ce nom et incarnant un idéal de perfection.
Pis, l'Occident croit à la supériorité intrinsèque de sa civilisation et estime n'avoir rien à apprendre des autres, mais tout au contraire, à même de leur apprendre tout.
Il s'agit là d'un regard méprisant et humiliant porté sur le monde arabo-musulman. Regard qui peut s'inscrire dans le cadre de ce qu'écrivait « Heinz Pagels dans L'Univers quantique : « La beauté est indissociable du regard de celui qui voit. » Regard, évidemment, qui ne se croise nullement avec le regard des autres. Tout comme c'était, par le passé, le cas du sultan ottoman qui, pour reprendre l'expression de l'adorable historien anglais Arnold Toynbee, regardait l'Occident ex cathedra : « Il nous regardait de haut comme si nous étions des porcs. »
C'était jadis, au temps où les Européens découvraient Platon et Aristote, l'astronomie et la médecine, ainsi que d'autres disciplines grâce aux Arabes et à travers l'islam. C'était lorsque cette religion vivait son âge d'or et ses heures de gloire. C'était lorsqu'elle forçait le respect et l'admiration de l'autre. C'est dire qu'elle était respectée et respectable, voire appréciée et appréciable. À telle enseigne que ce sont également les musulmans qui ont déplacé vers l'Est le mode de pensée aristotélicien, outre que l'on enseignait Aristote à l'Université de Paris jusqu'au XIVe siècle, selon l'interprétation d'Ibn Rochd. Mieux, certains califes abbassides ont été avides de savoir au point d'échanger des prisonniers de guerre contre des livres. C'était aussi lorsqu'elle avait encore quelque chose à donner, comme disait Arnold Toynbee, citant encore une fois le sultan ottoman : « Lorsqu'il a quitté sa religion et nous a suivis, nous l'avons méprisé car il n'avait plus rien à donner. » C'était, enfin, quand le monde arabo-musulman n'était pas encore diabolisé et lié, dans l'esprit et la mémoire collective des Occidentaux, de manière quasi spontanée au terrorisme et à l'extrémisme, mais plutôt au savoir et à la technologie. Car on le considérait, à juste titre, comme le passeur de savoirs.

Crise civilisationnelle
Nul n'est besoin de le rappeler, la situation aujourd'hui est inversée, à telle enseigne que le monde arabo-musulman est actuellement amenuisé, voire épuisé et essoufflé. Il traverse en cette étape de son histoire une crise multidimensionnelle qui pourrait être qualifiée de civilisationnelle. Il est, par ailleurs, la cible de critiques les plus nombreuses formulées à tort et à travers par un Occident qui ne regarde les choses que selon son seul angle de vue et sa vision propre dominée par l'obsession d'en tirer profit. Un Occident qui est maître du monde et aspire à y rester longtemps. De là, il est plus enclin à l'affrontement qu'au dialogue des civilisations, eu égard, bien évidemment, à son haut niveau civilisationnel actuel. C'est pourquoi il est temps pour le monde arabo-musulman de sortir de cet état de minorité qui le caractérise – qui n'a que trop duré – et d'accéder aux « Lumières » et respirer ainsi l'air du temps des « Lumières ». Et ce en faisant usage de ses potentialités humaines et matérielles incommensurables et en se libérant de ses mauvaises traditions auxquelles il s'était attaché si longuement, et qui sont tant d'obstacles à tout progrès dans son combat pour son développement et son essor. La moralité de l'histoire et le nœud de la question sont que, si nous voudrions faire avancer le monde arabo-musulman vers le progrès et le développement, et rentrer par là même dans l'histoire et y jouer un rôle prépondérant, nous devrions entrer en concurrence avec la science, la technique et l'art de l'Occident, établissant ainsi un rapport de force qui nous soit favorable et ne plus nous contenter d'être un simple marché de consommation, mais plutôt un espace potentiel de production, de création et d'innovation interminable qui suit bien le vrai sens de l'histoire et contribue puissamment au progrès de l'humanité. C'est là une lourde responsabilité qui nous incombe à tous, citoyens, institutions étatiques et société civile. Dans une hypothèse différente et pour parler clair, les peuples du monde arabo-musulman seront, inéluctablement et pour toujours, rayés de la surface du globe et jetés ainsi aux oubliettes, sans dignité ni pitié.

Fethy HABOUBI
Ingénieur statisticien

15 novembre 2014

Une Constitution du peuple, par le peuple et pour le peuple !


par Michel Peyret
14 novembre 2014



Je suis de ceux qui n'ont pas voté la Constitution actuelle et qui, dans un second temps, se sont opposés à l'élection du Président de la République au suffrage universel.
Il est devenu évident, aujourd'hui, que cette Constitution était porteuse de négativités fortes.
Par exemple, j'ai entendu récemment, et à plusieurs reprises, l'actuel Président proclamer : « J'ai décidé de... »
Semblable à ce qu'aurait pu dire, et que disait à l'époque, Louis XIV !
Il n'y a aucune place pour le peuple dans une telle monarchie !
Cela avait été une motivation essentielle de mon vote négatif.
Le temps apparaît venu de mettre à l'ordre du jour, et sans tarder davantage, l'élaboration d'une nouvelle Constitution.
Je suis en accord avec André Bellon lorsqu'il considère que ce changement institutionnel ne soit pas instrumentalisé par les responsables en place.
J'ajoute : ni par ceux qui ne le seraient pas encore, « en place ».
Pour que cela soit, c'est le peuple lui-même qui doit élaborer le texte de la nouvelle Constitution.
La délégation de pouvoir, qui a fait aussi la preuve de sa négativité, ne peut en être le moyen !
Il m'apparaît que la première urgence, en l'occurrence, est d'engager un vaste débat national dont les modalités elles-mêmes seraient préalablement définies dans les entreprises, les quartiers, les villages.
J'insiste en particulier sur les entreprises, les lieux de travail.
C'est là où les salariés produisent le Capital, dont les salariés, entre autres, sont les premières victimes, Capital qui définit, en fait et au final, toutes les caractéristiques de la société, son Etat, l'ensemble du système capitaliste !
C'est lui, le Capital qui, en fait, a établi aujourd'hui la preuve de sa négativité, en même temps que celle du régime qu'il a mis en place !
Ces débats, à la base, auraient une double vocation :
  • Un vaste échange d'idées sur le contenu de la nouvelle Constitution ;
  • Une centralisation de ces idées par la désignation, en ces débats de base, de délégués qui devraient ensuite se réunir, en différents niveaux successifs, jusqu'au niveau national.
Et c'est donc, au final, au niveau national, que les délégués désignés mettraient au point le texte du projet de Constitution lui-même.
Et c'est ce texte lui-même, élaboré par le peuple lui-même, qui pourrait être soumis globalement à ratification par le peuple lui-même !
___________________________________________________ 

Michel Peyret vient également de publier sur le blog "A l'indépendant" un autre texte intitulé "Nouvelle république ou nouvelle forme de capitalisme ?" qui complète celui ci-dessus. En voici un extrait:  aujourd'hui, on nous parle de nouvelle Constitution, donc de nouvelle République, et cette nouvelle Constitution pourrait ne pas dénoncer cet Etat capitaliste !
Et cette nouvelle Constitution ne créerait pas les conditions de sortie du capitalisme, pour établir autre chose que ce capitalisme oppresseur !
[...]Oui, aujourd'hui, si l'on veut faire du nouveau, il est devenu indispensable de rompre avec cet Etat/République capitaliste.
Le peuple doit pouvoir dire lui-même ce qu'il souhaite pour remplacer un pouvoir qui a fait son temps. Peut-être ce que les révolutionnaires appelaient la République sociale.
Ce que pour ma part j'appellerai le communisme, lequel, je le rappelle, n'a jamais été essayé de notre temps.
Mais c'est mon opinion ! Même si je souhaite la faire partager !
 [NDLR]

12 novembre 2014

Contre l'instrumentalisation de la mémoire


Le souvenir qui est au stade individuel, émergence et évocation du passé mémorisé, devient entretien de la mémoire et instrumentalisation de l’histoire, lorsqu’il est érigé en chose politique se référant à des événements du passé selon les oracles officiels. En héroïsant les soi disant surhommes qui ont fait la guerre mondiale, l’humanité montre le paradoxe des perceptions de ses propres bévues, ses pires plongées dans l’infrabestialité, ses chutes dans l’ignoble où il finit par se trouver du noble.

L’histoire d’un crime collectif comme la guerre de 1914, la remémoration des hécatombes mégalomanes d’empereurs, de présidents, bref, de chefs d’État à l’ego patibulairement atteint de gigantisme meurtrier, ne devrait que nous mettre en méditation devant les violences létales qui agitent nos élites, nos lâchetés collectives à leur prêter le pouvoir malsain dont ils s'assouvissent aux dépens de nous, sans oublier la grivoiserie pulsionnelle des peuples à se sacrifier pour leurs dieux immondes incarnés, leurs chefs qu’ils considèrent si méritants qu’il leur donnent leur vie.

Une médiation saine de la première conflagration devrait conspuer les armées déclencheuses dont l’imbécile obligation d’obéissance observée par les soldats, la fidélité au poste plutôt que la juste désertion, a permis cette horreur de notre histoire encore récente.

Car il n’y a pas de guerre sans soldats se précipitant comme machines de mort aux ordres des chefs. Toute guerre dévoile d’une manière ou d’une autre, la salissure et la culpabilité de l’âme soldatesque de ses déclencheurs agresseurs qui forcent la réponse des défenseurs obligés, quant à eux, de défendre leur vie, leur peuple, leur patrie. Ainsi, nous devrions nous demander, nous qui parlons de souvenir, qui sommes-nous aujourd’hui vis-à-vis du dualisme guerre et paix? Sommes-nous des assiégés en autodéfense ou des agresseurs déclencheurs de guerres, singeant un syndrome obsidional pour justifier nos vilenies idéologiques bellicistes, régner par le feu et en même temps, nourrir avec une sinistre indolence, la florissante et mortifère industrie militaire sur fond de géostratégie camouflée!?

La guerre - cette tératogénie convertie en prouesse selon le langage froidement inhumain du militarisme et de ses gloires par les politiciens et les historiens - ponctue nos rachitismes ontologiques, nos nanismes spirituels et moraux où cette espèce dite humaine, montre encore la sauvagerie criminelle de ses crocs dévorants, une fois qu’elle peut justifier ses dévorations d’autrui et ses violences létales, ses grivoiseries anthropophages prédatrices, ses pillages crapuleux, ses mégalomanies abjectes sous prétexte de l’héroïsme prêté au militarisme. Il n’y a pas de héros, quand la canaille politicienne dirigeante qui a fait la guerre, y met fin au bout du sang des soldats au cœur de pays exsangues, alors qu’ils auraient pu prévenir, n’était leur caractère sanguin et primitif alimenté de leur orgueil impassible et grossier, tout l’amoncellement de cadavres, toutes les catastrophes épidémiques et humanitaires dues à leur sale et pauvre grandeur.

Ceux qui, aujourd’hui, partent bombarder, séquestrer, piller en massacrant au nom d’une hégémonie géopolitique inavouée, sont exactement les mêmes qui veulent imprimer un sens factice à cette ignominie collective, cette déchéance dans la plus monstrueuse des infrahumanités orchestrées par quelques narcissiques criminels sur trônes ou sur fauteuils en 1914.

Que les générations montantes prennent garde: l’héroïsme n’est pas dans la crapulerie violente des prédateurs platement agressifs qui font leur guerre de gloire personnelle ou de classe par mentalité de prédation, pour ensuite l’arrêter! L’héroïsme est dans la bénignité responsable en relations interétatiques, bénignité ferme qui fait primer l’humanité en respectant la vie. Le respect de la vie malgré les différences et divergences, malgré l’altérité des valeurs, tout en ne cédant en rien sur les principes supérieurs transcendants de l’humanité, est bien plus héroïque que toutes les guerres, toutes les armées avec leurs victoires guerrières soi disant glorieuses…

Que la violence vitale embrase le bon sens et désarçonne le thanatos dément des maîtres de mort qui usent du mandat que leur prête leur peuple, eux, confortablement nourris et protégés en leur palais, qui lancent des guerres et exposent leurs propres pays, leurs peuples et électeurs à des représailles terroristes!

Que la paix et le partage entre Nations et États soient le combat héroïque de notre temps, pour une humanité qui, ayant grandi, aura finalement saisi que la puissance n’est glorieuse que si et seulement si elle partage et sert plutôt que de coloniser, détruire et guerroyer pour dominer en imposant les actuelles formes de racismes de civilisation que sont l’ethnocentrisme, le sociocentrisme interventionniste, impérialiste, néocolonialiste!

De la "supériorité" de l'Occident...



L'Occident a l'assurance d'être "la race supérieure", non plus par "élection divine", mais par primauté rationnelle, scientifique et technique, de "l'entrée dans l'âge positif" suivant l'expression de R.Garaudy dans "Intégrismes" p 21. 

" Ce n'est point par hasard, mais au contraire par cohérence intellectuelle que le plus éminent porteur de cette idéologie (positiviste), fondateur de l'école laïque, Jules Ferry, fut en même temps le promoteur de l'expansion colonialiste, à Madagascar, en Tunisie, au Viêt-nam, où les expéditions de conquête et ses déboires militaires lui valurent d'être appelé le « Tonkinois ». 
 Ce penseur lucide fut en France le théoricien le plus rigoureux du colonialisme, comme Stuart Mill, autre disciple du positivisme d'Auguste Comte, le fut en Angleterre. Dans son discours du 28 juillet 1885 à la Chambre des députés, il déclare: « Oui, nous avons une politique d'expansion coloniale fondée sur un système. Cette politique coloniale repose sur une triple base : économique, humanitaire et politique." (Journal officiel, page 1062). 
L'argument économique : « Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux avantageux ; l'illustre Stuart Mill en a fait la démonstration. » Jules Ferry ajoute : « La fondation d'une colonie, c'est la création d'un débouché. » L'argument politique : posséder des bases dans le monde entier: « C'est pour cela qu'il nous fallait la Tunisie, c'est pour cela qu'il nous fallait Saïgon et la Cochinchine, c'est pour cela qu'il nous faut Madagascar et que nous sommes à Diégo-Suarez, et que nous ne les quitterons jamais. » (Journal officiel, page 1068). 
L'argument humanitaire : nous apportons la civilisation. Cette justification idéologique du colonialisme donna lieu, ce jour-là, à la Chambre, à une profession de foi implacable de Jules Ferry qu'il convient de rappeler avec quelques détails (Journal officiel, pages 1065 et 1066) : 
- Jules Ferry : « M. Camille Pelletan dit :
"Qu'est-ce que c'est que cette civilisation qu'on impose à coups de canon ?..." Voilà, Messieurs, la thèse; je n'hésite pas à dire que ce n'est pas de la politique, cela, ni de l'histoire ; c'est de la métaphysique politique. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai. Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... »
Remous sur plusieurs bancs à l'extrême gauche.
- M. Jules Maigne : « Vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les Droits de l'homme ! »
- M. de Guilloutet: « C'est la justification de l'esclavage et de la traite des nègres ! »
- Jules Ferry : « Si l'honorable M. Maigne a raison, si la Déclaration des droits de l'homme a été écrite pour les Noirs de l'Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer des échanges, le trafic ? Ils ne vous appellent pas. »
Jules Ferry définit là le postulat de tout colonialisme : la supériorité de l'Occident sur des peuples «arriérés » pour lesquels ne peuvent être invoqués «les Droits de l'homme».
Cet intégrisme occidental inconscient et meurtrier qui, depuis cinq siècles, sert de justification idéologique à toutes les exactions du colonialisme, joue une fois de plus son rôle maléfique dans la dernière en date des aventures coloniales : celle des Américains dans le Golfe. "

(d'après "Intégrismes" de Roger Garaudy,  Belfond, 1990, pages 21-23)




11 novembre 2014

11 novembre. Il fait trop beau pour faire la guerre

Pardonnez-moi cette amertume
Mais l'âge d'aimer quand nous l'eûmes
Comme le regain sous la faux
Tout y sonnait mortel et faux
Et qu'opposer sinon nos songes
Au pas triomphant du mensonge
Nous qui n'avions comme horizon
Qu'hypocrisie et trahison

La guerre on la voit à l'envers
Et vienne le troisième hiver
Petit verre des condamnés
Est-ce que c'est pour cette année
Le ciel déjà prend goût de terre
Puisqu'on est des morts sursitaires
Tous les calculs que nous ferons
Auront une balle en plein front.
(...)
Louis Aragon
("C'était un temps de solitude . . . ". Le roman inachevé, 1966, © Éditions Gallimard)

Marie-Joëlle Vandrand. Marie-Joëlle Vandrand est née à Issoire (Puy-de-Dome)en 1961 dans un univers de paysans. Elle a connu enfant ce monde finissant et a beaucoup appris de son père qui en conserve la mémoire avec précision. Diplômée de la faculté d'Histoire de Clermont-Ferrand, actuellement institutrice, elle a voulu donner la parole au frère de son grand-père, mort à Verdun. C'est ainsi qu'en 2000, Marie-Joëlle Vandrand a publié la correspondance intégrale et non  remaniée d'un de ses grands oncles, suivie d'une analyse. Avec cette nouvelle édition légèrement modifiée, elle veut encore aujourd'hui participer modestement à l'écriture de l'histoire des humbles.

 Commander le livre à l'auteur:
mjvandrand@wanadoo.fr
(expédition sans frais de port)

10 novembre 2014

Le marxisme et le "modèle" soviétique. L’essentiel de l’héritage de Marx, ce n’est pas le marxisme, c’est la prospective. Par Roger Garaudy



Je voudrais aborder le problème des rapports du système soviétique avec le marxisme, non pas sous la forme d'un jugement mais l'aborder du point de vue de sa genèse historique. De ce point de vue il me semble que nous avons à faire à trois renversements successifs d'un schéma, et je voudrais vous soumettre quelques réflexions pour engager la discussion sur ces problèmes. D'abord en situant la révolution d'Octobre elle-même par rapport au marxisme. L'aspect probablement le plus original de Lénine est d'avoir inversé le schéma marxiste d'une révolution socialiste(1ere inversion).

9 novembre 2014

Garaudy: un itinéraire intellectuel riche et complexe



La controverse s’achève 
 Article de Dira Maurice publié par Al-Ahram Hebdo (Le Caire, semaine du 27 juin au 3 juillet 2012, numéro 928) 

L’intellectuel français Roger Garaudy s’est éteint à 98 ans. Défenseur du dialogue des civilisations, il fut de toute sa vie un combattant s'opposant à tous les intégrismes et sera qualifié dans son pays de négationniste.
L’auteur des Mythes fondateurs de la politique israélienne est mort. Si la disparition de Roger Garaudy laissera un vide dans le monde des intellectuels français, celui-ci sera plus ressenti dans le monde arabo-musulman. Du fait que ce dernier vient de perdre avec le décès de ce philosophe français une voix qui défendait les Arabes et l’islam dans un pays où trône un lobby juif des plus puissants. Sa mort, le 13 juin dernier, arrive à un moment crucial de l’histoire du Moyen-Orient où la scène arabe est en plein bouillonnement, où l’islamisme est en ascension et Israël est sur la défensive.
Bien qu’elles semblent lointaines les années 1990, le monde arabe et musulman ne peut cependant pas oublier cette époque qui a témoigné du parti pris de Garaudy pour la cause palestinienne, de ses discours antisionistes, de ses thèses négationnistes, sujet tabou en France. Des positions qui ont fait de lui, dès lors, l’objet d’un lynchage médiatique, un paria en France. N’a-il pas été condamné pour contestation de crimes contre l’humanité et provocation à la haine, selon la loi dite Gayssot (visant à réprimer les actes racistes et antisémites), pour avoir publié en 1995 Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, son ouvrage le plus célèbre où il fait la différence entre le judaïsme qu’il respecte et la politique sioniste qu’il combat et met en question les chambres à gaz dans le génocide des juifs par les nazis, devenu un dogme justifiant tous les crimes commis par Israël en Palestine ? Un véritable coup de tonnerre sans doute qui finit par le faire qualifier d’antisémite.
Or, si ces positions le diabolisent en France, elles séduisent dans le monde arabo-musulman. Elles lui valent une popularité impressionnante, et sa conversion à l’islam quelques années plus tôt a ajouté à cet important capital de sympathie. Ainsi, Garaudy est l’invité d’honneur du Salon du livre du Caire, il fut chaleureusement accueilli, tour à tour à Téhéran, Beyrouth, Damas, Qatar et les territoires palestiniens.
Mais avant de se lancer dans ces diatribes antisionistes qui l’ont mis à l’index à l’échelle nationale, Garaudy, né en 1913 à Marseille, suit un itinéraire intellectuel riche et complexe, qui fait de sa vie une des plus agitées : philosophe, homme politique, auteur de dizaines de livres, tant politiques que philosophiques. Il prône le dialogue des civilisations et s’en prend à toute forme d’intégrisme, politique et religieux. Il défend le vrai islam et insiste sur le fait de ne pas le confondre avec l’islamisme. N’a-t-il pas écrit en 1995 dans son livre Vers une guerre de religion ? Le débat du siècle : « Nous ne devons pas confondre la charia, la voie morale et universelle ouverte au nom de Dieu, avec la législation qu’elle peut inspirer à chaque époque pour résoudre les problèmes de cette époque. Nous devons interpréter les paroles divines (...) Réprimer le vol en coupant les mains au voleur, comme on le fait dans certains pays musulmans, ce n’est pas un signe d’obéissance à la loi divine. Respecter la charia suppose que l’on s’attaque aux racines du mal : les conditions sociales qui incitent à voler ».
Du communisme à l’antisionisme, du catholicisme à l’islam en passant par le marxisme, Garaudy se faisait le prophète de l’un comme de l’autre. Un soldat chevronné de chaque camp. Du philosophe officiel du Parti communiste français avant son exclusion en 1970, à la figure célèbre du négationnisme, son radicalisme est marquant, mais son but reste le même : lutter contre les intégrismes.