12 octobre 2014
11 octobre 2014
La philosophie occidentale au 20e siècle (1): phénoménologie, existentialisme. Husserl, Gaston Berger, Sartre, Gabriel Marcel…
Tout
effort pour mettre en sa juste perspective historique la « philosophie
occidentale moderne », celle du XXe siècle,
exige ce requiem pour une philosophie défunte. Car ce schisme entre la
philosophie des « spécialistes » et les problèmes de la vie, prend, au xxe siècle, une forme caricaturale.
L'un des plus sérieux historiens de cette « philosophie » occidentale contemporaine,
donne, dès la première page de son ouvrage, une définition du « philosophe». Le
philosophe, écrit-il, n'est pas « celui qui nous propose une image
significative de notre destin et de ses questions » , mais celui « qui s'élève
au niveau du concept... Pour être philosophe, il faut penser dans la forme
d'une tradition qui remonte aux Grecs. »
Voilà
qui a le mérite d'être clair : la philosophie occidentale contemporaine n'a pas
pour mission de nous éclairer sur le sens de notre vie et de notre mort, ni
même d'en poser le problème. Elle se définit par sa forme : une technique du
concept, et se limite délibérément, dans cette conception
réductrice,
à la seule tradition occidentale, à l'exclusion des sagesses de tous les autres
mondes (ceux que les politiques englobent dans le « Tiers-Monde »),
c'est-à-dire toutes les cultures qui n'ont pas conduit à l'industrialisation et
à la croissance aveugle, et qui n'ont pas fait de cette croissance sans
finalité humaine leur « dieu caché » , leur dieu cruel, exigeant les sacrifices
humains d'un surarmement démentiel, de guerres coloniales et post-coloniales,
d'un totalitarisme technocratique
et scientiste atrophiant ou détruisant toutes les autres dimensions de la vie.
10 octobre 2014
Ibn Khaldûn
Ibn Khaldûn, philosophe de l'histoire
Plus
encore qu’un historien, Ibn Khaldûn est un philosophe de l’histoire,
l’un des plus grands : il livre une réflexion sur le pouvoir et sa
nature profonde, fruit évidemment de son expérience propre, sur l’Etat,
sur la civilisation (‘umrân)
et donc sur l’homme. Il dépeint une histoire à échelle humaine, conçue
non plus comme le plan de Dieu mais comme le fruit des actions et des
volontés des hommes ; une histoire qui obéit à des lois mais qui
pourtant s’articule sur une dynamique, et donc n’est jamais figée. La
vision de l’histoire d’Ibn Khaldûn, est puissante. Puissante parce
qu’elle propose un principe fondamental à même d’expliquer l’alternance
des dynasties, puissante parce qu’elle utilise la métaphore organique
pour analyser efficacement la vie et la mort des empires – ce qui n’est
pas sans faire penser à ce que fera, plusieurs siècles plus tard, Hegel.
Puissante, pour le dire autrement, parce que, avec ce cycle génération –
corruption [4],
en montrant comment et pourquoi les Etats se font et se défont au
rythme des invasions nomades, elle donne un sens au bruit et à la fureur
qui sont la moelle épinière de l’histoire.
Ibn Khaldûn est né en 1332...
Un des premiers historiens ?
Michel Peyret
_______________________________________________________________
IBN KHALDÛN
ARTICLE PUBLIÉ LE 21/02/2013
Les clés du Moyen-Orient
Par Florian Besson
La pensée et les écrits d’Ibn Khaldûn, homme de cour et homme de lettres du XIVème siècle, ont été découverts par l’Occident au XIXème siècle, même si les philosophes des Lumières s’y étaient déjà intéressés. Dans le contexte de la colonisation, on a fait de son Kitab al’Ibar, le Livre des exemples, un précieux manuel permettant de mieux comprendre le Maghreb et ses tribus. Il a ainsi été traduit en français par le Baron de Slane, entre 1862 et 1868, à la demande du ministère de la Guerre. En 2006, à l’occasion du six-centième anniversaire de sa mort, une nouvelle traduction, proposée par Abdesselam Chedaddi, est l’occasion de le redécouvrir dans toute sa complexité
Son parcours politique
Ibn Khaldûn De son nom complet, Abû Zeid Ab dur-Rahman bin Muhammad bin Khaldoun al-Hadrami. est
né à Tunis en 1332, au sein d’une famille noble connectée tant aux
milieux du pouvoir qu’aux milieux spirituels (les confréries soufis
notamment) ou encore intellectuels (son frère Yahya est ainsi
chroniqueur d’un souverain zianide), dans une région agitée par des
bouleversements politiques (trois dynasties s’opposent pour le contrôle
du Maghreb en tentant chacune de réunifier l’empire almohade : les
Mérinides du Maroc, les Hafsides en Tunisie et les Zianides en Algérie).
La vie d’Ibn Khaldûn s’inscrit en plein dans ce XIVème siècle qui est
le « siècle difficile » de l’Islam : sa famille est originaire de
Séville mais est chassée d’Al-Andalous au début du XIIIème siècle par
l’avancée de la Reconquista chrétienne ;
il perd plusieurs membres de sa famille, dont ses parents, dans
l’épidémie de Peste Noire qui frappe Tunis en 1348 avant d’aller ravager
l’Occident ; et il est directement confronté aux invasions timourides.
Ces épreuves à la fois personnelles et familiales marqueront
profondément la pensée historique d’Ibn Khaldûn.
Ibn
Khaldûn reçoit une éducation arabe très classique, mais avec les
meilleurs professeurs de Tunis : grammairiens, médecins, mathématiciens,
philosophes, professeurs de fiqh (droit) ou du ‘ilm (le
savoir religieux), Ibn Khaldûn les fréquente tous. Il fréquente aussi,
depuis sa jeunesse, les milieux du pouvoir, et en tire des compétences
administratives qu’il utilisera toute sa vie. A 18 ans, en 1350, il
débute sa carrière politique en devenant l’un des secrétaires du
chambellan du sultan. Mais Ibn Khaldûn ne tient pas en place : commence
alors une longue itinérance qu’il serait trop fastidieux de détailler.
En 1352, il est à Bougie, avant de retourner à Tunis et de s’y marier ; en 1354, il part à Fès.
En 1352, il est à Bougie, avant de retourner à Tunis et de s’y marier ; en 1354, il part à Fès.
D’un
caractère difficile, à la fois très orgueilleux et très acariâtre (il
le dit d’ailleurs lui-même dans son autobiographie), Ibn Khaldûn suscite
partout jalousies et inimités. En 1357, une intrigue de cour le fait
ainsi jeter en prison jusqu’en 1358. Dans le contexte des luttes de
pouvoir perpétuelles qui déchirent le royaume, Ibn Khaldûn soutient Abû
Salim, qui devient sultan en 1359 et récompense l’intellectuel en le
nommant secrétaire d’Etat et poète officiel de la cour. Cela ne dure
pas : Abû Salim est renversé en 1361, et cette fois Ibn Khaldûn n’est
pas apprécié par le nouveau souverain. Interdit de séjour à Tlemcen et à
Tunis, car on redoute qu’il ne s’allie aux opposants du nouveau régime,
il part pour Grenade en 1363 [1]. Il y est bien reçu : il avait rencontré le vizir du sultan à Fès et les deux hommes avaient noué une solide amitié.
On
retrouve à nouveau Ibn Khaldûn au plus près des milieux du pouvoir : en
1364, il est chargé de négocier la paix avec Pierre Ier de Castille.
Celui-ci est impressionné par le personnage, et lui offre un poste, en
vain. Il est probable qu’Ibn Khaldûn n’ait pas souhaité travailler pour
ceux qui étaient responsables de « l’exil » de sa famille. Ibn Khaldûn
ne s’arrête pas. En 1365, il repart pour Bougie où il est fait
chambellan (équivalent du Premier ministre). Après la mort du sultan, il
se réfugie dans les tribus berbères et devient chef d’une bande de
mercenaires dont il vend les services au plus offrant. Et l’itinérance
continue, au hasard des révolutions de palais et des guerres civiles :
entre Mérinides et Hafsides, entre cours des sultans et oubliettes des
palais, Ibn Khaldûn s’installe pour quelque temps à Fès, à Grenade
encore, à Tlemcen, à Tunis.
Lassé
du Maghreb, il part en 1382 pour l’Egypte, dans l’idée de faire son
pèlerinage à La Mecque. A 50 ans, Ibn Khaldûn découvre Le Caire, qu’il
qualifie de « métropole de l’univers », découvre, aussi, un pouvoir
fort, qui n’est pas sans cesse renversé ou menacé de l’être : il décide
d’y rester. Mais il n’est plus au premier plan de la scène politique :
affaibli par l’âge et par des drames personnels (en 1385, toute sa
famille périt dans un naufrage alors qu’elle venait le rejoindre au
Caire), il se concentre sur son activité d’enseignement. Sans pour
autant se faire plus facile à vivre : il perd 5 fois le titre de grand
cadi, et le récupère à chaque fois. Il fait un pèlerinage à La Mecque,
un autre à Jérusalem. La dernière grande aventure de sa vie est sa
rencontre avec Tamerlan, le seigneur de guerre turco-mongol, à Damas, en
1401. Pendant plus d’un mois, les deux hommes dialoguent, parlent
d’histoire, d’empires, d’avenir. Lorsque Ibn Khaldûn rentre au Caire en
1501, il finit ses œuvres. Il meurt en 1406, à l’âge de 74 ans ; il aura
survécu de quelques mois au conquérant mongol.
Ecrits et méthodes
Ibn
Khaldûn a laissé de nombreux écrits, par exemple des ouvrages de
théologie ou des commentaires de poésie. Mais c’est surtout pour son
oeuvre historique qu’il est connu. Il a commencé à écrire celle-ci lors
d’une retraite, entre 1374 et 1377, dans une tribu berbère, les Banû
Salama. Elle se compose de trois parties. Une autobiographie (Târif), sans cesse retravaillée et renouvelée ; une longue introduction, la Muqqadima,
dans laquelle il expose ses théories et sa vision de l’histoire ; et
enfin une histoire universelle, le Livre des Exemples, dont les trois
premiers tomes couvrent l’histoire de l’humanité des origines jusqu’au
XIVème siècle et les deux derniers parlent des peuples berbères
d’Afrique du Nord (c’est ceux-là qui attirent l’attention de l’armée
française au XIXème siècle). Cette histoire universelle, très
ambitieuse, est le résultat de longues recherches menées par Ibn
Khaldûn, notamment pendant son séjour au Caire.
L’originalité
de cette oeuvre vient notamment du fait qu’il ne s’agit pas d’une
commande d’un prince, mais d’une initiative d’Ibn Khaldûn lui-même. Tout
au long de sa vie, le savant maghrébin a interrogé des témoins, étudié
des documents, fait des enquêtes de terrain, lu les historiens arabes,
les philosophes grecs et les textes bibliques pour rédiger cette œuvre.
Même s’il est très religieux (lié notamment aux milieux soufis), Ibn
Khaldûn considère en effet que la société humaine est une réalité
intelligible, qui peut et doit s’expliquer rationnellement. « J’ai
imaginé une méthode nouvelle d’écrire l’histoire » déclare Ibn Khaldûn.
Ce n’est pas tout à fait vrai : dans cette recherche des causes et des
effets, on retrouve l’héritage de la philosophie grecque, en particulier
de l’aristotélisme, qui a depuis longtemps été intégré à la philosophie
arabe. Ibn Khaldûn considère ainsi que l’homme est un animal social,
qui ne peut donc exister pleinement qu’en société.
C’est
pour cette méthode et cette ambition qu’on le considère souvent comme
l’un des premiers historiens au sens moderne du mot. Son œuvre
historique se concentre sur l’Islam, mais il connaît suffisamment bien
l’organisation des Etats chrétiens occidentaux pour pouvoir comparer (il
peut ainsi parler de la guerre de cent ans qui oppose le royaume de
France et d’Angleterre). Ayant servi successivement tous les pouvoirs,
il est relativement objectif, même s’il a tendance à considérer que le
monde arabo-musulman n’existe que dans sa version occidentale : Le Caire
en est la capitale légitime, à la fois politique et culturelle, Ibn
Khaldûn ignorant le rayonnement culturel des grandes métropoles de
l’Est, comme Delhi, Bagdad ou Samarkand
On
dit souvent également qu’il est l’inventeur de la sociologie, ou encore
de l’anthropologie, par l’attention qu’il porte à la fabrique du lien
social, ou encore aux peuples et à leurs coutumes : il ne s’agit plus
seulement de noter des récits folkloriques (comme c’est le cas dans les
récits de voyage), mais bien de comprendre l’organisation politique des
différentes communautés en la rapportant à l’organisation sociale.
S’attachant à vérifier ses sources, Ibn Khaldûn reproche aux historiens
arabes de s’être contentés de relater et de transmettre, au lieu
d’expliquer : il construit en effet une véritable théorie de l’histoire,
qui obéit à de grands principes.
Une pensée de l’histoire
La Muqqadima d’Ibn
Khaldûn est avant tout une réflexion sur le politique, sur le pouvoir,
sur la nature de l’Etat dans l’Islam médiéval en particulier et dans les
sociétés humaines ne général. Cette vision de l’histoire est articulée
sur de grands principes, qui sont posés comme valables pour l’histoire
du monde [2], ce pourquoi la Muqqadima a été judicieusement traduite par Les Prolégomènes par le baron de Slane.
Ibn
Khaldûn pense l’histoire sur un mode dialectique : elle est charpentée
par une opposition entre deux modes de vie, deux façons de vivre en
société.
D’un côté, le mode bédouin (badâwa) :
sans Etat, sans fiscalité, sans armée, sans ville, celui-ci se définit
par l’existence d’une très forte solidarité (concept clé de la pensée
d’Ibn Khaldûn, qu’il appelle la ‘asabiya) entre ses membres, solidarité
qui unit les individus en famille, les familles en clan et les clans en
tribu. Le but premier de ces sociétés est la survie de ces membres, et
chacun est responsable de sa propre vie, qu’il doit avoir défendre les
armes à la main.
De l’autre côté, au contraire, le mode sédentaire, urbain (hadâra) :
celui-ci se caractérise par l’existence d’un pouvoir centralisé
suffisamment fort pour lever un impôt, autrement dit d’un Etat, cet
impôt servant ensuite à créer et à entretenir une forme originale de
vivre ensemble, la ville. Pas d’Etat sans ville, pas de ville sans
Etat : le lien est consubstantiel. Le but de ces sociétés n’est plus la
survie mais l’accumulation de richesses, l’Etat jouant comme une machine
à produire puis à redistribuer des surplus. L’Etat s’arroge le monopole
de la violence légitime, pour citer Weber, forçant les citoyens à se
désarmer, fondant l’ordre social sur la contrainte, à l’image du
Léviathan de Hobbes : d’où l’apparition d’une justice commune, fondée
sur des lois écrites et non plus sur des coutumes orales. Dans cette
société, les citoyens sont assurés de leur survie et donc cherchent le
superflu : les arts fleurissent, la civilisation progresse, et le savoir
(notamment scientifique) peut se transmettre de génération en
génération.
Le
rapport entre ces deux types de société n’est pas chronologique : Ibn
Khaldûn n’est pas Rousseau. Il s’agit d’un rapport dialectique : les
nomades sont formés aux arts de la guerre, vivent dans une économie de
rapine, et la‘asabiya qui
les unit leur permet de menacer les Etats sédentaires. A intervalles
réguliers, un chef de guerre charismatique ou un prophète religieux unit
les tribus et les clans, ce qui est à l’origine d’un raz-de-marée qui
balaie les Etats sédentaires, qui ont désarmé leurs citoyens et sont
forcés de s’appuyer sur des mercenaires, souvent issus des régions même
d’où viennent les nomades « menaçants ». Les nomades détruisent l’Etat
qu’ils attaquent, et en fondent un nouveau, se plaçant à sa tête. Mais
ensuite le cycle recommence : la solidarité qui assure la force des
conquérants s’affaiblit peu à peu (à la fois parce qu’elle n’est plus
nécessaire pour survivre et parce que l’Etat la combat pour s’imposer),
l’Etat s’institutionnalise et perd de sa force, jusqu’à ce qu’une
nouvelle vague de nomades arrive. Chaque cycle dure, selon Ibn Khaldûn,
entre cent et cent vingt ans, c’est-à-dire trois ou quatre générations [3] : « Les Etats, comme les individus, ont une longévité naturelle » écrit-il.
A
chaque cycle, une partie du savoir produit par la civilisation
sédentaire n’est pas conservé : le déclin des sociétés humaines (haram)
est inévitable. Il s’agit donc d’une vision pessimiste de l’histoire,
et A. Chedaddi a bien souligné que les nombreux deuils qu’avait subi Ibn
Khaldûn avaient pu contribuer à forger cette vision, qui entre aussi en
résonance avec les nombreuses difficultés que doit affronter l’Islam au
XIVème siècle. Ibn Khaldûn prend pour exemple les taïfas d’Al-Andalous,
balayés par les Almoravides et les Almohades, ou encore l’empire
byzantin de Constantinople, forcé au tournant du XIIème siècle de
demander de l’aide aux Francs pour résister à la pression des Turcs
seldjoukides, Francs qui un siècle après prendront Constantinople (1204)
pour fonder leur propre royaume. Lorsqu’il parle de ces grands
seigneurs de guerre nomades qui viennent à la fois détruire les Etats
sédentaires et les revivifier par l’apport de leur force vive, Ibn
Khaldûn cite Gengis Khan, mais on peut penser ici que la rencontre avec
Tamerlan a été déterminante. Sa vision de l’histoire a dû se construire
autant dans les bibliothèques de Tunis et du Caire que face aux ruines
fumantes de Damas.
Conclusion
Plus
encore qu’un historien, Ibn Khaldûn est un philosophe de l’histoire,
l’un des plus grands : il livre une réflexion sur le pouvoir et sa
nature profonde, fruit évidemment de son expérience propre, sur l’Etat,
sur la civilisation (‘umrân)
et donc sur l’homme. Il dépeint une histoire à échelle humaine, conçue
non plus comme le plan de Dieu mais comme le fruit des actions et des
volontés des hommes ; une histoire qui obéit à des lois mais qui
pourtant s’articule sur une dynamique, et donc n’est jamais figée. La
vision de l’histoire d’Ibn Khaldûn, est puissante. Puissante parce
qu’elle propose un principe fondamental à même d’expliquer l’alternance
des dynasties, puissante parce qu’elle utilise la métaphore organique
pour analyser efficacement la vie et la mort des empires – ce qui n’est
pas sans faire penser à ce que fera, plusieurs siècles plus tard, Hegel.
Puissante, pour le dire autrement, parce que, avec ce cycle génération –
corruption [4],
en montrant comment et pourquoi les Etats se font et se défont au
rythme des invasions nomades, elle donne un sens au bruit et à la fureur
qui sont la moelle épinière de l’histoire.
Bibliographie
[1] Rappelons que le royaume nasride de Grenade est alors la seule principauté musulmane qui a survécu à la Reconquista.
[2] Il
ne s’agit donc pas pour Ibn Khaldûn de réfléchir au « meilleur
régime », comme l’a fait Platon, mais plutôt de trouver les lois qui
dictent la vie et la mort des Etats.
[3] C’est
pourquoi G. Martinez-Gros parle des « sept vies de l’islam » : l’Islam
en est à son septième cycle au moment où Ibn Khaldûn écrit.
8 octobre 2014
De l'Islam à l'Occident, suffisance ou transcendance ? Par Roger Garaudy
L'Islam a, aujourd'hui,
des possibilités et des perspectives
d'expansion plus grandes
encore qu'au temps où il atteignit
son apogée : devant la
double et irrécusable faillite du modèle
américain et du modèle
soviétique, il peut redonner une
espérance à un monde
menacé, dans sa survie, par ce double
échec. Il le peut si,
au-delà de tous les refus stérilisants de
l'« ijtihad » qui le
condamneraient à une irrémédiable
décadence, il sait
retrouver les principes vivifiants qui firent
sa grandeur.
7 octobre 2014
Forum de Rhodes. La Route de la Soie et le dialogue des civilisations
RHODES (Grèce), 28 septembre (Xinhua) -- La Route de la Soie a
grandement contribué au dialogue entre les civilisations, au
développement économique et aux échanges culturels entre l'Asie et
l'Europe par le passé, ont souligné samedi des experts.
A l'occasion de la douzième édition du Forum de Rhodes sur l'île grecque du même nom, des intellectuels chinois et étrangers ont présenté les avantages du projet de renouveau de la Route de la Soie pour toutes les parties intéressées.
Des experts de l'Université de Lanzhou, avec le soutien de leurs collègues d'autres universités shanghaïennes ou encore canadiennes, ont présidé un séminaire en marge du 12e Forum public mondial "Dialogue des civilisations", qui se déroule entre les 25 et 28 septembre.
Le séminaire "La Route de la Soie : le passé et l'avenir du dialogue des civilisations" a attiré l'attention de plusieurs délégués participant au forum.
Au cours de cette table-ronde de cinq heures, des universitaires tels que le professeur Yang Taibao de l'Université de Lanzhou ont expliqué les raisons pour lesquelles la Chine s'efforce de promouvoir ce projet depuis 2013 et les grands bénéfices qu'il apporterait à une vaste partie du monde.
"La Route de la soie était une plate-forme de coopération pacifique. Aujourd'hui, nous cherchons constamment une voie idéale pour le développement de la Chine. La nouvelle Route de la Soie est une nouvelle mesure liée à la politique de réforme, visant à développer la coopération avec d'autres pays", a indiqué M. Yang.
"La Ceinture du développement économique de la Route de la Soie formera une nouvelle architecture stratégique d'ouverture complète de la Chine", a indiqué le professeur Li Xin de l'Institut d'études internationales de Shanghai, qui a ajouté que le projet parallèle de la Russie de créer une ceinture économique ferroviaire transsibérienne devrait être relié à celui de la ceinture de la Route de la Soie.
Mikhail Molchanov, professeur du Département de Science politique de l'Université Saint-Thomas au Canada, a reconnu que "les deux grands projets promus par Beijing et Moscou se compléteraient et seraient bénéfiques pour tous les pays".
La plupart des participants ont souligné que les avantages seraient énormes, qui ne se limitent pas au plan financier, et que le jeu en valait la chandelle.
"La nouvelle Route de la Soie va promouvoir le développement économique et les liens socioculturels en rapprochant les peuples le long de la Route", a indiqué lors du forum le professeur Gao Yongjiu, directeur du Centre d'études des minorités ethniques du nord-ouest de la Chine à l'Université de Lanzhou et doyen de l'Institut d'ethnologie.
"Par le passé, de nombreuses cultures ont été reliées par la Route de la Soie. Il s'agissait d'un maillon central du réseau commercial qui a permis le transfert de nouvelles technologies, tendances et traditions. C'était non seulement les biens qui étaient échangés, mais aussi les idées et les attitudes", a souligné le professeur Ding Shuqin, vice-doyen de la faculté des langues et littératures étrangères de l'Université de Lanzhou, qui a conclu que cela pourrait se reproduire de nos jours.
"La Route de la Soie a été l'un des premiers modèles d'internationalisation, un couloir d'échanges politiques et économiques et de communication culturelle mondiale", a noté Yang Lijuan, professeur à la faculté d'économie de l'Université de Lanzhou, qui partage l'optimisme concernant l'impact positif de la nouvelle Route de la Soie sur la coopération transfrontalière.
"Le nouveau projet de Route de la Soie vise à créer un nouveau modèle de coopération plus large qui n'exclut pas une collaboration avec nos partenaires dans d'autres régions du monde", a affirmé le professeur Wang Xiaowen, vice-doyen de la faculté d'économie de l'Université de Lanzhou.
Selon le professeur Wu Wangsuo, doyen de la faculté de sciences nucléaires et de technologie de l'Université de Lanzhou, la nouvelle Route de la Soie impliquera l'utilisation pacifique et le développement de l'énergie nucléaire, un objectif stratégique de la future structure énergétique de la Chine.
Pour la femme auteur estonienne Khelyu Rebane, qui assistait au séminaire et dont le dernier livre est intitulé "Egoïsme, altruisme", il ne fait aucun doute que le projet doit être mis en oeuvre.
"Il y a tellement d'égoïsme sur cette planète et si peu d'altruisme. Nous espérons changer cela. Ces grands projets pourraient certainement aider à renforcer la coopération entre les peuples", a-t-elle déclaré à Xinhua.
L'objectif ultime du Forum annuel de Rhodes est de favoriser une meilleure compréhension et collaboration dans le monde.
Cette année, le forum a attiré environ 400 chercheurs et représentants d'institutions nationales, de groupes non gouvernementaux, de médias ainsi que des hommes d'affaires venus de 60 pays à travers le monde.
Le Forum de cette année, qui coïncide avec le centenaire de la Première Guerre mondiale, a choisi d'aborder le thème "Prévenir une guerre mondiale grâce à la solidarité mondiale, 100 ans après".
A l'occasion de la douzième édition du Forum de Rhodes sur l'île grecque du même nom, des intellectuels chinois et étrangers ont présenté les avantages du projet de renouveau de la Route de la Soie pour toutes les parties intéressées.
Des experts de l'Université de Lanzhou, avec le soutien de leurs collègues d'autres universités shanghaïennes ou encore canadiennes, ont présidé un séminaire en marge du 12e Forum public mondial "Dialogue des civilisations", qui se déroule entre les 25 et 28 septembre.
Le séminaire "La Route de la Soie : le passé et l'avenir du dialogue des civilisations" a attiré l'attention de plusieurs délégués participant au forum.
Au cours de cette table-ronde de cinq heures, des universitaires tels que le professeur Yang Taibao de l'Université de Lanzhou ont expliqué les raisons pour lesquelles la Chine s'efforce de promouvoir ce projet depuis 2013 et les grands bénéfices qu'il apporterait à une vaste partie du monde.
"La Route de la soie était une plate-forme de coopération pacifique. Aujourd'hui, nous cherchons constamment une voie idéale pour le développement de la Chine. La nouvelle Route de la Soie est une nouvelle mesure liée à la politique de réforme, visant à développer la coopération avec d'autres pays", a indiqué M. Yang.
"La Ceinture du développement économique de la Route de la Soie formera une nouvelle architecture stratégique d'ouverture complète de la Chine", a indiqué le professeur Li Xin de l'Institut d'études internationales de Shanghai, qui a ajouté que le projet parallèle de la Russie de créer une ceinture économique ferroviaire transsibérienne devrait être relié à celui de la ceinture de la Route de la Soie.
Mikhail Molchanov, professeur du Département de Science politique de l'Université Saint-Thomas au Canada, a reconnu que "les deux grands projets promus par Beijing et Moscou se compléteraient et seraient bénéfiques pour tous les pays".
La plupart des participants ont souligné que les avantages seraient énormes, qui ne se limitent pas au plan financier, et que le jeu en valait la chandelle.
"La nouvelle Route de la Soie va promouvoir le développement économique et les liens socioculturels en rapprochant les peuples le long de la Route", a indiqué lors du forum le professeur Gao Yongjiu, directeur du Centre d'études des minorités ethniques du nord-ouest de la Chine à l'Université de Lanzhou et doyen de l'Institut d'ethnologie.
"Par le passé, de nombreuses cultures ont été reliées par la Route de la Soie. Il s'agissait d'un maillon central du réseau commercial qui a permis le transfert de nouvelles technologies, tendances et traditions. C'était non seulement les biens qui étaient échangés, mais aussi les idées et les attitudes", a souligné le professeur Ding Shuqin, vice-doyen de la faculté des langues et littératures étrangères de l'Université de Lanzhou, qui a conclu que cela pourrait se reproduire de nos jours.
"La Route de la Soie a été l'un des premiers modèles d'internationalisation, un couloir d'échanges politiques et économiques et de communication culturelle mondiale", a noté Yang Lijuan, professeur à la faculté d'économie de l'Université de Lanzhou, qui partage l'optimisme concernant l'impact positif de la nouvelle Route de la Soie sur la coopération transfrontalière.
"Le nouveau projet de Route de la Soie vise à créer un nouveau modèle de coopération plus large qui n'exclut pas une collaboration avec nos partenaires dans d'autres régions du monde", a affirmé le professeur Wang Xiaowen, vice-doyen de la faculté d'économie de l'Université de Lanzhou.
Selon le professeur Wu Wangsuo, doyen de la faculté de sciences nucléaires et de technologie de l'Université de Lanzhou, la nouvelle Route de la Soie impliquera l'utilisation pacifique et le développement de l'énergie nucléaire, un objectif stratégique de la future structure énergétique de la Chine.
Pour la femme auteur estonienne Khelyu Rebane, qui assistait au séminaire et dont le dernier livre est intitulé "Egoïsme, altruisme", il ne fait aucun doute que le projet doit être mis en oeuvre.
"Il y a tellement d'égoïsme sur cette planète et si peu d'altruisme. Nous espérons changer cela. Ces grands projets pourraient certainement aider à renforcer la coopération entre les peuples", a-t-elle déclaré à Xinhua.
L'objectif ultime du Forum annuel de Rhodes est de favoriser une meilleure compréhension et collaboration dans le monde.
Cette année, le forum a attiré environ 400 chercheurs et représentants d'institutions nationales, de groupes non gouvernementaux, de médias ainsi que des hommes d'affaires venus de 60 pays à travers le monde.
Le Forum de cette année, qui coïncide avec le centenaire de la Première Guerre mondiale, a choisi d'aborder le thème "Prévenir une guerre mondiale grâce à la solidarité mondiale, 100 ans après".
6 octobre 2014
Méditerranée: le dialogue des cultures en débat
CET ARTICLE A ETE SUPPRIME DU BLOG LE 17/11/2014 A LA DEMANDE DE L'AUTEURE.
VOUS POUVEZ LE LIRE EN CLIQUANT CI -DESSUS SUR SON TITRE.
3 octobre 2014
Roger Garaudy évalue son propre apport au marxisme vivant (1985)
Dans ce chapitre du panorama philosophique de notre
siècle,
je ne puis éviter de dire ce que fut ma contribution
propre
au développement du marxisme vivant, car ce fut,
pendant
plus d'un tiers de siècle, ma tâche première.
Si j'avais à écrire ces pages « du dehors », pour
définir
mon apport au marxisme, voici ce que je pourrais en
dire,
sans masochisme et sans complaisance :
C'est dans le prolongement de la pensée de ses
maîtres :
Henri Lefebvre, Henri Wallon, Gaston Bachelard, que
Roger
Garaudy reprit le problème à ce point précis : son
premier
essai philosophique, au Congrès des sociétés françaises
de
philosophie, en 1937, s'intitulait significativement
LE CRITICISME
KANTIEN CHEZ MARX.
Bien qu'il n'échappât pas toujours à la pollution du
positivisme ambiant, et à l'influence de la vulgate
pseudomarxiste
de Staline, surtout jusqu'à sa thèse de doctorat de
1953, il commença, dès 1959, avec PERSPECTIVES
DE
L'HOMME, à apporter une contribution au
développement
d'un marxisme vivant :
1°) Par un dialogue direct et public avec
l'existentialisme
de Sartre, afin de poursuivre la tentative de «
réconcilier Marx
et Kierkegaard », en reconnaissant la
sous-estimation, par le
marxisme officiel, de la dimension de la
subjectivité humaine
2°) Par un dialogue avec les chrétiens, dialogue
dont il
fut l'organisateur en France, en Allemagne, au
Canada, et
aux États-Unis, de 1962 à 1969, et qui culmina dans
son
livre : DE L'ANATHÈME AU DIALOGUE. UN MARXISTE
S'ADRESSE AU CONCILE, en 1965, traduit en 11 langues,
et dont la préface à l'édition allemande était
écrite par l'un
1.
Voir PERSPECTIVES DE L'HOMME (avec les réponses de
Sartre et
de
Gabriel Marcel incluses dans le livre même). Et le débat public, en 1961,
avec
Sartre, publié sous le titre : MARXISME ET EXISTENTIALISME (Plon 1962).
des principaux théologiens experts au Concile, le
Père Karl
Rahner. Ce dialogue le conduisit à réintroduire dans
le
marxisme la dimension transcendante de l'homme.
Marx, dans
sa lutte contre les idoles, « opium du peuple », au
nom
desquelles la « Sainte Alliance » réprimait tous les
mouvements libérateurs, n'a jamais nié que l'homme,
en dépit
de toutes ses aliénations, avait le pouvoir de
rompre avec ce
déterminisme généralisé, fataliste, auquel il a
toujours refusé
de laisser réduire sa pensée.
3°) En dégageant, dans ses études esthétiques, ce
qui, dans
l'art, était irréductible à ses conditionnements,
notamment
dans son livre : D'UN RÉALISME SANS RIVAGES, de
1963,
où, par l'étude de Picasso, de Saint John Perse, et
de Kafka,
il combattait les étroitesses du « réalisme
socialiste », il
cherchait le point où l'acte de création poétique,
l'acte de foi,
et l'action politique ne font qu'un. Il contribuait,
avec Aragon
qui en écrivait la préface, à rendre au marxisme
vivant la
dimension de la créativité poétique.
4°) Pour rendre au marxisme toute sa vitalité, il
écrivait
une longue étude sur Hegel : DIEU EST MORT (1962), et
rappelait, pour la première fois en France, l'héritage
de Fichte
chez Marx, dans son livre CLES POUR LE
MARXISME (Ed.
Seghers : dernière édition en 1977). Il montrait que
le
marxisme, ce n'est pas le matérialisme opposé à
l'idéalisme,
mais une philosophie de l'acte opposée
à une philosophie de
l'être.
Maurice Thorez, alors Secrétaire Général du Parti
Communiste Français, m'écrivait, à propos de mon
livre sur
Hegel, (que j'avais préalablement soumis à mon vieux
maître
Martial Guéroult, alors, au Collège de France, le
meilleur
spécialiste de la philosophie allemande) :
« Je viens
d'achever la lecture du manuscrit de ton livre
sur Hegel : DIEU EST MORT. Je trouve
cette étude
remarquable par l'ampleur et la profondeur de
l'analyse
critique de l’hégélianisme. Tout l'exposé concourt à
faire
ressortir la contradiction décisive entre la méthode
et le
système, la méthode révolutionnaire (poussée sur
l'arbre vivant
de la connaissance et portée au plus haut
degré à l'époque
de Hegel), la méthode à dépasser et à intégrer (avec
et dans
la voie de Marx, Engels et Lénine) et le système,
achevé dans
la conciliation avec le monde de la bourgeoisie
alors
triomphante et de la monarchie prussienne
archiréactionnaire.
J'ai beaucoup goûté les chapitres III et IV, non que
les
autres soient inférieurs, mais peut-être parce
qu'ils concernaient
la Logique, c'est-à-dire la Dialectique, l'âme de
l'hégélianisme, et plus encore « redressée et remise
sur les
pieds », l'âme du marxisme.
Je suis persuadé que le livre aura un grand succès,
pas
seulement en France j'espère . En tous cas, je
souhaite qu'il
soit lu et médité, et par les spécialistes, et par
les militants
qui veulent assimiler parfaitement le marxisme.
Je ne te fais pas de banals compliments. Je te
remercie
pour ce que tu m'as donné et que tu donnes au Parti
et au
mouvement avec ce livre.
Je t'embrasse affectueusement. » Maurice.
5°) Enfin, définissant le marxisme non comme un
système,
mais comme une méthodologie de l'initiative
historique
permettant de dégager les contradictions spécifiques
d'une
société et d'une époque et, à partir de cette
analyse, découvrir
1.
Le livre fut en effet traduit en plusieurs langues, notamment, à ma grande
joie,
en allemand, dans les deux Allemagnes (Est et Ouest).
le projet capable de les surmonter, il «
désoccidentalisait »
le marxisme et le rendait à sa vocation universelle.
De là l'idée
maîtresse d'un DIALOGUE DES CIVILISATIONS, d'une
dénonciation des prétentions de l'Occident à la
domination
culturelle de la planète, et de la fécondation
réciproque des
cultures, qui lui permit à la fois une critique
radicale du modèle
de croissance et du modèle de culture de l'Occident
: (APPEL
AUX VIVANTS. 1979) et une rencontre avec les
sagesses de
trois mondes, le conduisant à l'Islam comme à la
plus
« oecuménique » des religions. (PROMESSES DE L'ISLAM
Le Seuil 1981.)
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