18 juillet 2014

René Vautier

René Vautier, réalisateur de cinéma (Avoir vingt ans dans les Aurès,...), ami de Roger Garaudy.

Photo Franck Galbrun
" René Vautier représente l’archétype du cinéaste engagé, l’exemple héroïque de son courage intellectuel et physique a inspiré nombre de réalisateurs et techniciens. La nature militante de son cinéma s’appuie d’une part sur une rigueur plastique, capable de faire au présent immédiat l’hommage de sa grandeur épique, et de l’autre sur une constante inventivité formelle, qui l’ont aidé à surmonter en toutes circonstances les difficultés pratiques liées à son oeuvre "d’intervention sociale". Son slogan pourrait être, selon ses propres termes : écrire l’histoire en images, tout de suite ! "


Extrait de l' interview:

D’une part il y a des gens qui veulent faire des choses un peu neuves et sinon des copains. Ça fait pas grand monde qui s’enquiert de diffuser mes films. Mais je crois que ça a servi à quelque chose, je pense avoir été utile.

Il s’agit pas de dire que quand on fait des films de ce genre on a des emmerdes, mais c’est vrai. Encore récemment, les auteurs de René Vautier, cinéaste franc-tireur se sont vu annuler la projection de leur film au dernier moment par les responsables de Confluences, qui distribuaient des tracts me reprochant d’avoir un jour témoigné au procès Garaudy. À ce sujet, il faut dire que j’y ai été parce que l’on me l’a demandé, et ce pour parler du film que j’avais fait sur Roger Garaudy bien avant ce qu’on lui reproche. Garaudy a été résistant, député, agrégé, militant du Parti Communiste : c’est de ça qu’on parle dans mon film qui a d’ailleurs eu une très bonne critique. Le pire, c’est que dans les comptes-rendus du procès des journaux que les gens de Confluences brandissent pour prouver que j’ai bien témoigné au procès Garaudy, il est bien noté : René Vautier s’est tourné vers Garaudy et a dit - je ne suis pas d’accord avec toi sur la question des chambres à gaz, etc...

Par contre, il est vrai que j’ai dit qu’il me semblait dangereux de légiférer sur l’écriture de l’Histoire, afin que les chercheurs puissent travailler en toute quiétude. L’Histoire reste écrite par les vainqueurs. Ce que je raconte dans mes films sur la guerre d’Algérie n’est pas du tout ce qu’on enseigne dans les collèges et lycées de France par exemple. J’ai témoigné, dans un de mes films, des actes de torture commis par Le Pen en Algérie. C’est illégal à cause de l’amnistie mais j’estimais qu’on avait pas le droit de se taire.

J’ai toujours fait des films coup de poing. Dans Les mineurs en grève, je voulais prévenir les gens que les mines étaient en état de siège, que l’armée assassinait des mineurs, et qu’au milieu de ça, il y a les enfants de mineurs. Alors, essayez de recueillir les enfants de mineurs chez vous pendant cette période-là. Mais pour faire un film sur les enfants en question, il fallait bien expliquer ce qui se passe, pourquoi la grève, pourquoi la répression : j’étais bien obligé de prendre parti. D’ailleurs, pour info, à l’époque du tournage de ce film, il n’y avait pas de loi sur les films non-commerciaux en France. C’est sa sortie qui a poussé le législateur à régler la question. Pour avoir une action concrète, il fallait donc organiser la diffusion de tels films. Pour ça, on a eu le soutien de gens du milieu associatif, de gens du PC, de la CGT...

Lire l'article et l'interview en entier à  http://www.indesens.org/article.php?id_article=18

La Paix, par J. Debruyne

La paix aurait pu être une fleur sauvage,
De ces fleurs des champs que nul ne sème ni ne moissonne.
La paix aurait pu être une de ces fleurs des prés
Que l'on trouve toutes faites un beau matin,
Au bord d'un chemin, au pied d'un arbre
Ou au détour d'un ruisseau.
Il aurait suffi de ramasser la paix
Comme on ramasse des champignons
Ou comme on cueille la bruyère
Ou la grande marguerite.
Au contraire
La paix est un travail,
C'est une tâche
Il faut faire la paix comme on fait du blé.
Il faut faire la paix
Comme il faut des années pour faire une rose
Et des siècles pour faire une vigne.
La paix n'existe pas à l'état sauvage:
Il n'y a de paix qu'à visage humain.


J. Debruyne

14 juillet 2014

Pour une humanité d'élite

Changer de société, éliminer l’élite capitaliste et pseudo-socialiste bêtement tournée vers l’avoir et l’accumulation, pour une élite humaine, est le premier pas d’une responsabilité humanisante révolutionnaire.

Nous définissons l’élitisation comme la modalité sociale de reconnaissance et de production de vraies élites, une démarche politique contre l’élitisme qui ostracise les masses des grands acquis de la culture humaine en éducation, en médias et en art. L’élitisation consiste aussi à rejeter la dictature du nombre dans la qualification structurelle de production des œuvres. Pour ce faire, il faudra, bien entendu, que la conception de programmes permettant au peuple d’atteindre un seuil de goût du beau et du bon loin de la consommation du grivois dont les médias assouvissent les majorités pour en faire une populace agressivement anti-intellectuelle qui se gave des stupidités d’amuseurs publics incultes que l’on enrichit pour leur vilenie hilarante. L’élitisation est donc l’apport des valeurs idéelles, esthétiques et au sein des produits de la culture de masse. C’est aussi la production d’œuvres non mercantiles, où la promotion des œuvres suscitant débat et distanciation intellectuelle cesse d’être quête fébrile de best sellers ou de record d’écoute.

Argents et Institutions fondus dans le creuset idéologique de la politique, les élites sont juste ceux qui savent user de leurs privilèges en sachant s’octroyer des structures  pour en profiter en faisant travailler le grand nombre comme bras et exécutants. Ailleurs, ils sont souvent la canaille criminelle, tellement canaille, qu’ils encanaillent tous dans des structures débilitantes et corruptrices pour faire de la société un immense système d’idolâtres d’objets et de symboles, une marche hagarde et blême de déshumanisés aux frénésies multiples, de voyous qui, à l’instar desdites élites, elles qui bombardent et tuent des populations civiles pour leur pétrole, leur uranium et les richesses du sous-sol de leur pays, tout en criant que c’est pour démocratiser la planète.  De fait, l’ordre mortifère du matérialisme bourgeois planétaire est une racine abominable de nombreuses horreurs et crapuleries derrière des sourires, à l’intérieur des structures d’une bureaucratie vicieuse, dans des institutions viciées.  En effet, puisque l’homme ne prime rien et qu’il est le dernier que quelques biens et billets propulsent, quelle morale est-elle acceptable quand il faut conquérir ces biens et ces billets dispensateurs d’être?! Quand le seul « respect » gratifié à un homme c’est son statut pécuniaire, la société ne peut être qu’un immense marché où se fait une traite humaine inavouable, une foire où le marchandage de l’être humain chosifié, prend toutes les formes de la prostitution.

Il nous faut arriver au peuple d’élite en faisant reculer l’inculture et les relents de barbarie au sein de la société. Les élites en guenilles mentales n’ont pas grand-chose en plus des dégénérés en haillons, sinon leur cravate et leurs bureaux! Tous deux partagent l’infamie, tous deux baignent dans l’infrahumanité de la dégénérescence. 

Créer une société où l’élévation globale du peuple sera fondée dans des valeurs humaines et non matérielles et structurelles, une société où les institutions et leurs structures viseront à faire croître les valeurs individuelles et à récompenser les vrais mérites hors de tout corset idéologique et toute consécration intéressée accordée par manière de cooptation selon le bon plaisir des ignobles bouffis pourris, boursouflés immondes et autres médiocres putréfiés qui accaparent l’espace de la reconnaissance des méritants de tous les niveaux, les faisant subir le camouflet pervers de quelques monstres dominants de la sinistre oligarchie capricieuse et crapuleuse qui dénature le mérite.

Il faut élitiser le peuple et effacer jusqu’à la réalité de masse en notre temps où le savoir et l’élaboration de la formation éducative à distance sont si faciles.

Hélas, le mensonge et l’illusion reconnus, officialisés, comme la planéité convenue de la terre à l’époque de Galilée, sont d’influence si forte qu’ils éclipsent tout autre horizon, toute vérité non convenue et donc inconvenante dans le consensus social mû par l’idéologie des élites grossièrement vulgaires qui se jouent de ses foules! 

Démanteler les structures de la gouvernance actuelle qui ne fait que flatter les privilégiés et les régnants de l'économie, pour établir un pouvoir social horizontal de dirigeants orienteurs construisant avec le peuple instruit, ses élites proches loin de tout embourgeoisement, de toute monarchie de partis électoralistes, de toute aristocratie financière.

Ni populiste ni gauchiste, l'humanité d'élite ne peut être que dans une société d'élévation axiologique où l'homme sera en mesure de vivre sans superstitions ni théocrates, les vraies valeurs spirituelles, morales et culturelles! Une société où toutes les différentes ressources spirituelles, culturelles, matérielles de toutes sortes sont à la portée et au service de tous, sans accaparement des structures par quelques séquestreurs d'État, telle doit être la démarche révolutionnaire vers l'élitisation populaire.

12 juillet 2014

Bandung 1955: l'irruption des Damnés de la Terre

Comme les rapports de force, la géopolitique contemporaine évolue cependant très vite : l’hégémonisme impérial privé de son adversaire traditionnel a cru pouvoir renouer avec la politique de la canonnière. Le suprématisme fait visiblement long feu : de l’Irak à  l’Afghanistan, il ne collectionne que les échecs. Le dernier terrain propice aux guerres coloniales asymétriques est l’Afrique. Après la forfaiture de l’ingérence humanitaire en Libye, la guerre éternelle contre le terrorisme islamiste, sponsorisé comme ailleurs par les alliés saoudiens et qatariens de l’Occident, est le prétexte aux interventions néo-coloniales Il s’agit au Moyen-Orient comme en Afrique d’une répartition des rôles entre féodalités du Golfe Persique et occidentaux ; les uns créent le monstre que les autres utilisent au mieux de leurs intérêts...
Où en sommes-nous ?
Michel Peyret
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La Fondation Frantz Fanon a participé à la réunion Bandung 60 ans après, quel bilan ?
 
De Bandung au BRICS : de la décolonisation à la multipolarité
par Omar Benderra
Fondation Frantz Fanon
En hommage à Hocine Ait-Ahmed

La Conférence de Bandung aura été le signal de la résurrection politique des pays colonisés, l’irruption des Damnés de la Terre dans un Forum international dont ils étaient exclus. Et elle fera date. Dans un contexte de guerres de libération et de confrontation entre les deux blocs du Socialisme « Réel » et Occidental, la réunion de peuples désireux de faire entendre leur voix dans le concert des nations témoignait ni plus ni moins que de leur volonté d’émancipation.

Bandung, l’universalité des luttes pour l’émancipation
Pour les Algériens, Bandung est un repère essentiel - un marqueur historique indiscutable - dans la reconnaissance internationale de la Révolution Algérienne et donc dans le processus, encore inachevé aujourd’hui, de reconquête de leur dignité citoyenne. Permettez-moi à l’occasion de cette rencontre de rendre un hommage tout particulier à Hocine Ait Ahmed qui dirigeait la délégation algérienne à la Conférence de Bandung en sa qualité de responsable des relations extérieures du Front de Libération Nationale. Dès avant la réunion, Hocine Ait-Ahmed avait saisi le caractère stratégique de cette rencontre à la fois pour la Révolution Algérienne et pour le devenir du pays : « le Front de Libération Nationale rencontrait les peuples du Sud, constituait sa première alliance mondiale et sortait d’un tête-à-tête bien trop déséquilibré avec l’Etat colonialiste ».
A Bandung, le soutien des pays de ce qu’on appelait alors le tiers-monde à la cause défendue par la délégation du FLN consacrait en effet le caractère universel des revendications du peuple algérien que la propagande colonialiste représentait comme une pure conspiration nassérienne d’inspiration communiste. La diplomatie de la Révolution Algérienne se constituait ainsi sur des principes fondamentaux : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’égalité entre les nations et la solidarité entre les peuples. Ce sont bien ces principes et le rejet de toute appartenance à un bloc ou de toute sujétion à une alliance inégalitaire qui a fondé une diplomatie militante.
Une diplomatie aujourd’hui révolue ou révoquée à laquelle contribua efficacement Frantz Fanon. Pour le psychiatre et le politique, la désaliénation de l’homme et son affranchissement du joug colonial participaient du même mouvement libérateur. C’est « l’esprit de Bandung », en tant que prise de conscience d’une destinée commune, qui donnera naissance à la notion, en métamorphose permanente, de Tiers-Monde et à des alliances politiques pour la défense d’intérêts communs. L’OPEP, avant l’inféodation politique totale de l’Arabie Saoudite, est ainsi une organisation-type dont la création a été inspirée par les idéaux de Bandung, C’est bien cet esprit de fraternité de lutte anticoloniale qui permettra de brandir haut les étendards des peuples de couleur et portera l’internationalisme au pinacle des vertus politiques.

Le retour de la politique de la canonnière
Le monde a évidemment beaucoup changé depuis 1955, le souffle émancipateur des peuples du Sud semble être retombé, le soleil des indépendances a réduit en cendres bien des illusions. Comme le pressentait avec acuité Fanon, les régimes qui ont succédé aux colons se sont souvent avérés impotents, liberticides et corrompus. Sur un plan plus large, la mondialisation spéculative, synonyme d’exploitation et de misère, est l’ordre du jour global d’un libéralisme qui croit s’être débarrassé des idéaux de justice et d’équité avec la dislocation du communisme bureaucratique. Le Mouvement des Non Alignés qui proclame sa filiation avec Bandung mais tributaire de la guerre froide apparait ainsi comme le fruit de contingences politiques. De fait, la disparition du bloc de l’Est a fortement comprimé les marges de manœuvre des pays du Sud et laissé les mains libres à l’unilatéralisme américain secondé par ses vassaux de l’Otan. Le Mouvement des Non-Alignés déjà miné par les graves dissensions nées de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 n’a plus qu’une existence formelle. Tout comme d’ailleurs l’Assemblée Générale des Nations Unies qui ne pèse plus que d’un poids très relatif face au Conseil de Sécurité, dominé par les puissances occidentales.
Comme les rapports de force, la géopolitique contemporaine évolue cependant très vite : l’hégémonisme impérial privé de son adversaire traditionnel a cru pouvoir renouer avec la politique de la canonnière. Le suprématisme fait visiblement long feu : de l’Irak à l’Afghanistan, il ne collectionne que les échecs. Le dernier terrain propice aux guerres coloniales asymétriques est l’Afrique. Après la forfaiture de l’ingérence humanitaire en Libye, la guerre éternelle contre le terrorisme islamiste, sponsorisé comme ailleurs par les alliés saoudiens et qatariens de l’Occident, est le prétexte aux interventions néocoloniales.
Il s’agit au Moyen-Orient comme en Afrique d’une répartition des rôles entre féodalités du Golfe Persique et occidentaux ; les uns créent le monstre que les autres utilisent au mieux de leurs intérêts. En le soutenant comme en Libye ou en Syrie ou en le combattant comme en Somalie ou dans le Sahel. En perte de vitesse et confronté à l’irrésistible ascension de la Chine et des pays émergents, l’occident n’a plus pour avantage comparatif que ses capacités d’agression. C’est bien le djihadisme inspiré par l’obscurantisme wahhabite qui justifie la création de commandements opérationnels et de bases militaires pour superviser l’Afrique, continent le plus riche en ressources en raréfaction dont les ex-métropoles, déstabilisées par la pression chinoise, souhaitent conserver le contrôle.
Le redéploiement impérialiste avec la complicité du wahhabisme pétrolier s’accompagne d’un cortège de souffrances, d’accroissement sans précédent des inégalités et de confort des dictatures. Cet arbitraire, trop souvent sanglant, suscite l’indignation, nourrit les résistances et forge des solidarités renouvelées. Car l’esprit de Bandung, loin de s’évaporer dans l’histoire en mouvement, demeure vivace dans la mémoire politique des peuples. Il continue d’être porté par des forces sociales agissantes au niveau de nombreux Etats comme à celui de la plupart des sociétés. L’hégémonisme occidental est contesté par les pays émergents et, au sein même des zones d’expansion historiques de l’impérialisme, par des sensibilités qui ne sont pas représentées par les appareils traditionnels, altermondialistes, minorités « visibles », indignés… Le Brics, et d’autres pays émergents, ainsi que le mouvement des forums sociaux mondiaux, celui des Indignés et ses successeurs sont effectivement les héritiers actuels, très divers et parfois contradictoires, de la dynamique enclenchée en Indonésie il y a bientôt soixante ans.

La solidarité renouvelée des Peuples
C’est bien cet idéal solidaire et universel qui irrigue l’œuvre ultime de Frantz Fanon, « Les damnés de la Terre ». Fanon, ambassadeur du FLN en Afrique avait pris la mesure des obstacles qui aujourd’hui encore se dressent face à l’émancipation des peuples et à l’égalité entre les hommes. Dans le chapitre intitulé « les mésaventures de la conscience nationale », Fanon en visionnaire inspiré décrit les dérives des bourgeoisies nationales et leur échec inéluctable. Les luttes pour les indépendances n’ont pas libéré les peuples, seules ont changé les formes d’exploitation et de domination. Les politiques criminelles du FMI et les orientations imposées par la Banque mondiale appliquées par des tyrannies en faillite confirment les conclusions fanoniennes sur le danger d’imiter l’Europe et de reproduire son modèle social et politique. Il s’agit aujourd’hui pour les peuples de découvrir de nouvelles voies et d’inventer d’autres types de relations fondées sur les libertés, le droit et la démocratie.
La bipolarité Est/Ouest construite sur l’équilibre de la terreur a accouché d’une unipolarité arrogante et belliqueuse, convaincue de la supériorité ontologique de ses « valeurs ». Entre marché dérégulé et suprématisme civilisationnel, l’Occident martèle inlassablement qu’il n’existe pas d’alternative à l’ultralibéralisme nourri par l’idéologie néoconservatrice. Les formidables moyens de propagande n’arrivent plus cependant à masquer le caractère oppressif, liberticide et gaspilleur d’une hégémonie prédatrice qui a dévoyé le sens même de la démocratie comme le montre la gestion éhontée des crises spéculatives.
En dépit d’un rapport de forces encore très inégal, de nombreux Etats estiment qu’il y va de leur pérennité que d’exprimer leurs divergences et de proposer face à la dictature des intérêts égoïstes et au militarisme une autre forme de relations internationales fondée sur l’échange et le dialogue. La réunion du groupe des 77 dans quelques semaines dans la Bolivie du Président Morales est un signe du réveil de la conscience des Etats du sud. De la dynamique naturelle vers la multipolarité, traduction d’une démocratie universelle aux antipodes des diktats occidentaux. Il s’agit bien là de la continuité du processus de décolonisation et de désaliénation défendu avec passion et conviction par Frantz Fanon.
L’évolution vers la multipolarité est ainsi portée par de puissants courants politiques au Sud mais aussi relayée au Nord par des forces sociales confrontées aux crises et au démantèlement méthodique des acquis sociaux.

La convergence des luttes au Sud et au Nord
Les premières victimes du dumping social européen sont les populations immigrées originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne. Par un effet de retournement de l’histoire, les démocraties occidentales ré-acclimatent les méthodes de gestion coloniales sur leur propre territoire pour contrôler des populations stigmatisées, largement exclues et reléguées dans des périphéries urbaines ghettoïsées. L’exclusion raciale se superpose à l’exploitation de classe. Ces damnés de la terre délocalisés, longtemps passifs et silencieux prennent progressivement conscience de leur état en refusant la fatalité de la relégation politique et de la ségrégation économique. La faillite des appareils traditionnels et la recomposition qu’elle induit sera-t-elle mise à profit par les forces de progrès pour assurer la convergence des fronts démocratiques ? Il s’agit certainement d’un des enjeux politiques principaux de notre temps.
Certes, le chemin est encore long pour remettre à l’ordre du jour un nouveau Bandung que beaucoup espèrent. A l’image des gouvernances africaines, les régimes arabes, à l’exception notable de la Tunisie, forment un continuum de dictatures militaires ou de monarchies soutenues par les puissances impérialistes. Ces pouvoirs ineptes et corrompus sont parfaitement capables d’écraser leurs peuples mais impuissants face au grand jeu géopolitique de redécoupage du Moyen-Orient sur des bases confessionnelles et ethniques.
La crise syrienne et les fragmentations irakiennes n’ont d’autre finalité que d’assurer la pérennité hégémonique d’Israël en diluant la question palestinienne dans le creuset absurde des guerres de religion. A la différence de la plupart des peuples d’Amérique du Sud et d’Asie, l’Afrique et le Monde Arabe ne sont pas vraiment sortis de la longue nuit coloniale. La mystification des « printemps arabes » est la démonstration des énormes capacités d’induction en erreur et de manipulation médiatique occidentale. Ce pouvoir d’articulation permanent du mensonge est l’une des raisons pour lesquelles il est essentiel de poursuivre le travail politique d’analyse et d’étude sur la base du principe de réalité cher à Fanon. Ce travail est le préalable pour renouveler les perspectives, démasquer le discours trompeur des dominants, et réanimer l’esprit de solidarité des peuples, arme décisive pendant la phase des luttes pour les indépendances.
Permettez-moi de conclure en citant encore de mémoire notre frère Hocine Aït-Ahmed : « Bandung nous a permis de mesurer l’extraordinaire puissance de la solidarité entre peuples très divers, de cultures très contrastées, mais qui se sont tous retrouvés dans le même combat pour la dignité. Bandung pour la révolution algérienne a été bien plus qu’une fenêtre sur le monde. Bandung en nous mettant devant l’évidence de l’universalité plurielle des revendications pour la justice a immensément enrichit notre lutte. »

10 juillet 2014

Nettoyage ethnique en cours en Palestine

A l'heure où se développe une agression majeure contre le peuple de Gaza et peut-être se prépare une intervention militaire israélienne au sol, cet article publié le 21/03/2014 sur le site du Figaro éclaire l'enjeu
qui anime le pouvoir de Tel-Aviv.

L'expert indépendant du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés, l'Américain Richard Falk, a une nouvelle fois dénoncé aujourd'hui la politique d'Israël dans ces territoires, affirmant qu'elle présente les caractéristiques de "l'apartheid" et du "nettoyage ethnique".

"La réalité sur le terrain s'aggrave aussi bien du point de vue du droit international que du point de vue du peuple palestinien", a-t-il dit aux journalistes à Genève. Il a notamment accusé Israël "d'efforts systématiques et continus pour changer la composition ethnique de Jérusalem Est", de "recours excessif à la force", de "punition collective" à Gaza, de destructions d'habitations et de construire de plus en plus de colonies.

"Il y a une discrimination systématique sur la base de l'identité ethnique, avec l'objectif de changer la démographie de Jérusalem", a-t-il affirmé, appelant cela une forme "de nettoyage ethnique". Depuis 1996 plus de 11.000 Palestiniens ont perdu leur droit de vivre à Jérusalem, a souligné Falk. "Ce que nous appelons occupation est maintenant de plus en plus compris comme une forme d'annexion, une base pour un apartheid dans le sens où il y a un double système légal discriminatoire", a ajouté Falk.

Le mandat de Richard Falk expire dans quelques jours, après une mission de six ans qui lui a valu de polémiquer vivement et régulièrement avec Israël et ses soutiens, notamment les Etats-Unis et le Canada. Ce professeur emeritus de l'Université de Princeton, âgé de 82 ans, est lui même juif, ce qui lui permet de balayer toutes les accusations d'antisémitisme dont il a fait souvent l'objet. Il considère que ces attaques visent "à dévier la conversation du message vers le messager". 

Il a affirmé que la Cour Internationale de Justice devrait examiner le statut légal de cette occupation prolongée par Israël des territoires palestiniens et il a rappelé que cette cour avait en 2004 déclaré illégale la construction de la barrière par Israël isolant ces territoires occupés en 1967, ce qui n'a pas empêché l'Etat hébreu de poursuivre ses travaux.


http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/03/21/97001-20140321FILWWW00210-israel-l-onu-denonce-un-nettoyage-ethnique.php

7 juillet 2014

La recherche de Dieu, par Roger Garaudy



Le DIEU que nous cherchons n’est pas celui des philosophes, mais celui de JESUS.
Nous ne pouvons connaître de DIEU que ce que nous en a révélé JESUS qui rend visible, par ses paroles et ses actes, le DIEU caché.
JESUS n'a de précédent dans aucune des images que les peuples se faisaient jusque là de DIEU.

1 - Sa vie et sa mort se distinguent radicalement des dieux de puissance (ZEUS brandissant la foudre ou YAHVE "dieu des armées"). Il n'est pas le fils de ces dieux là, ni 1'héritier du « condottiere » DAVID (SAMUEL I et II, Livre des Rois).

2 – Sa vie et sa mort excluent toute extériorité d'un DIEU qui dirigerait "d'en haut" le destin des hommes. Il est pleinement homme comme il est pleinement le DIEU qui se révèle en priorité aux pauvres, aux plus démunis, avec leurs défaites et leurs responsabilités.

3 - Sa vie et sa mort mettent fin à l’idée maudite de "peuple élu propre à toutes les religions tribales, et à leurs dieux "jaloux" et partiaux en faveur de leur peuple et lui donnant la terre et la victoire par le massacre des autres.
Il est révélateur qu'il ne soit fils d'aucun homme particulier: ni chrétien, ni juif, ni musulman, ni chinois. Il est le FILS DE L' HOMME.

***

Sa vie nous permet de rechercher DIEU, le DIEU vivant.
1 ) Le silence de DIEU: le Père.
2 )  Le verbe de DIEU: le Fils.
3 ) La présence de DIEU: 1'Esprit.

Le plan est trinitaire car je pense, comme le Père PANIKKAR, que la Trinité n'est pas exclusivement chrétienne: elle nous aide à entrevoir toutes les dimensions de 1’homme et de DIEU. (Un mystique musulman du XIIème siècle RUZBEHAN de Shiraz l'a formulée ainsi: "DIEU est 1'unité de 1'amour, de 1'amant et de l’aimé .... ").

***

I . LE SILENCE DE DIEU : LE PERE .
Nous ne pouvons rien dire de DIEU tel qu'il est "en soi", mais seulement ce qu'il est" pour nous."II n'est d'approche possible que négative:
- l’apophatisme: pour nous libérer de la "philosophie de l'être" des grecs. DIEU n'est pas un être, mais 1'acte qui fait être.
- la kénose: faire le vide en nous pour laisser toute la place à DIEU, comme 1'écrivait Maître ECKART. (Comme d’ailleurs la sagesse du Tao, 1'ascèse indienne, ou le "fana" des soufis musulmans.)
Vide des désirs partiels ou des volontés fanfaronnes.
- la poésie : DIEU transcendant ne peut être saisi par nos concepts, mais seulement désigné par nos métaphores, nos symboles , nos mythes, comme il ne nous parle, à travers ses messagers que par "paraboles".
La poésie a toujours été le langage des mystiques: de ROUMI ou de IBN ARABI à SAINT-JEAN de la Croix ou à Sainte THERESE d'Avila.
Le danger est de figer le mythe (création des peuples et éternellement présent comme marquant les étapes de 1’humanisation de 1'homme)en une histoire, toujours écrite par les vainqueurs, n' appartenant qu'au passé, et servant à justifier les nationalismes, les colonialisms, les intégrismes, toutes les prétentions de "peuples élus".

II. LE VERBE DE DIEU: LE FILS
Une deuxième approche,dans la recherche de DIEU, est 1'écoute et 1'amour de ses témoins.
D’abord parce qu'elle nous oblige à sortir de notre petit "moi". « Etre pour les autres est 1'unique expérience de la transcendance»  écrivait le pasteur BONHOEFFER. L'amour est ainsi le commencement et la fin de 1'expérience de DIEU.
JESUS incarne, à 1'inverse de tous les dieux de puissance, la descente de 1'amour dans 1'histoire, brisant tous les enchaînements de violence, 1’une cause et 1'autre effet, mais toujours aboutissant au triomphe sur 1'autre, la substitution d'une domination à une autre.
JESUS a toujours refusé d'être le MESSIE que les juifs attendaient: un émule de DAVID. Dans le Royaume qu'annonce JESUS on n'entre pas par la conquête mais par le dépouillement.
Sa résurrection n'est pas un événement du passé qui se serait produit une seule fois par un miracle de régénération cellulaire.
La résurrection, c'est tous les jours: ce n'est pas un miracle de la puissance mais de la foi.
JESUS est vivant, et présent comme un ferment transformateur de la vie, et, pour tous ceux qui croient en lui: " Nous sommes passés de la mort à la vie", écrit JEAN (III, 14).
La résurrection n’appartient pas au passé, comme un événement de la biologie ou de 1'histoire.
Elle n'appartient pas non plus à 1’avenir comme la promesse d'une
"fin des temps" où nous serait garanti un même "miracle" pour ressusciter à notre tour.
La résurrection c'est le présent et la présence: la présence de JESUS vivant.

III. LA PRESENCE DE DIEU: L'ESPRIT.
"Esprit toujours actif, combien je te ressens", écrivait GOETHE.
DIEU non pas conçu comme un être, mais vécu comme une force.
La théologie de la Croix n'est pas une exaltation de la douleur. Ce n'est pas la douleur qui délivre et qui sauve: c'est 1'espérance et 1'amour agissant pour y mettre fin.
La foi en la résurrection c'est le choix d'une forme nouvelle de vie: un engagement pour délivrer "les plus petits d'entre nous", crucifiés aujourd'hui chaque jour comme le fut JESUS.
La théologie de la Croix n'est pas une théologie de la résignation à la pauvreté subie, elle est une théologie de la libération, par le nécessaire sacrifice de la pauvreté voulue.
C'est celle de BOUDDHA né prince et devenu mendiant pour donner 1' exemple de 1'extinction du désir.
C'est celle de SAINT-FRANÇOIS né d'un riche marchand d'Assise et devenu le "poverello" dans un monde où 1' argent commençait à devenir roi.
C'est celle du Coran où DIEU dit: "Quand nous voulons anéantir une cité ... nous faisons les riches détenteurs du pouvoir." (XVII, 16)
C’est celle de JESUS, annonçant un Royaume d'où la richesse est exclue.
C'est celle des Pères de 1'Eglise, nous enseignant tous, comme CLEMENT d’Alexandrie, que "DIEU est devenu homme pour que 1'homme puisse devenir DIEU."(Protreptiques I,9)
C’est celle des théologiens de la libération pour qui la théologie n'est pas une carrière libérale, et luttant pour que chaque homme,  quelle que soit son origine puisse développer pleinement toutes les richesses humaines qu'il porte en lui.
***
Aujourd'hui, après cinq siècles de colonialisme et cinquante ans de règne du FMI les inégalités dans le monde, aggravées par le
"monothéisme du marché", déguisé en « liberté des échanges », se vérifie avec éclat la parole prophétique du Père LACORDAIRE: "Entre
le fort et le faible c'est la liberté qui opprime."
Quand un Président des Etats-Unis proclame: «Il faut créer une zone de "libre-échange " de 1'Alaska à la Terre de feu » et lorsque son Secrétaire d'Etat ajoute: «une zone de libre échange de Vancouver à Vladivostok", c'est le défi d'une volonté de puissance qui ne pose pas seulement un problème économique ou politique, mais théologique:  laisserons-nous crucifier 1' humanité sur cette Croix d'or?

Roger Garaudy
Résumé pour les Claritaires
7 avril 1995
(Document dactylographié)

Changer de verbe pour changer de société !

par Camille Loty Malebranche

Changer de verbe pour changer de société, tel doit être le leitmotiv des opprimés et de tout partisan de leur libération.

Logique et morale sont les valeurs suprêmes du discours social, quand le fleuve verbal de la morale systémique coule à l'estuaire du mensonge comme seule logique pour annihiler l’humain et l’asservir, quand ceux qui usent de la force, pillent, tuent, sont précisément ceux qui dominent, grâce à leurs forfaits, leurs soumis, c’est seulement un chambardement et un nettoyage total du monde pour un nouveau système qui rendra à l’humanité son sens et sa dignité.

Qu'un verbe nouveau projetant et façonnant mentalement un nouveau faciès de la conception du monde socioéconomique et politique à travers de nouvelles valeurs humaines, crée, à ce stade de l’histoire, le nouvel ordre humain de la dignité où primeront le sens profondément transcendant et spirituel de la nature humaine dans une société enfin humaine!


Ainsi nous le dit Camille Loty Malebranche.

A sa façon, bien sûr.

Mais mes lecteurs ont déjà pris l'habitude de le déchiffrer.

Michel Peyret

Article source: Le verbe comme façonnement du monde par les tenants du pouvoir…

6 juillet 2014

Vieil arbre de ma vie


« Sentinelle, que dis-tu de la nuit ?
— Le matin vient. »
Vieil arbre de ma vie,
tronc balafré par la morsure des haches,
noirci de foudre,
feuilles édentées de grêle,
jeunesse en vain fusillée,
et tant de fruits murs jetés à la décharge.
Tout ce passé que je n’échangerais contre aucun autre.
Dans la nuit indifférente,
sarcasme des mesquins,
ricanements des loups.
A contre-nuit
j’ai refusé les routes de la plaine,
à contre-nuit
la transparence des destins.
Et l’arbre n’est pas mort :
une branche fleurit,
rien qu’une branche,
narguant les fossoyeurs.
Fierté d’avoir vécu sur la plus haute terre,
à hauteur de rêve.
En mon ciel natal,
je vais vers ma naissance.
Je ne renaîtrai pas dans le même univers.
Car la voix qui chantait, seule sur la colline,
Éveille des rumeurs dans l’ombre des ravins.
Racines fourmillant
aux souterraines des hémisphères.
Témoin de l’existence des ailleurs,
de l’homme en majesté,
de sa part du divin.
Ma tâche d’écrivain s’achève
avec la joie
d’avoir vécu, mille ans, à contre-nuit,
à l’écoute
du Dieu qui prie en nous
et crie.