12 juillet 2014

Bandung 1955: l'irruption des Damnés de la Terre

Comme les rapports de force, la géopolitique contemporaine évolue cependant très vite : l’hégémonisme impérial privé de son adversaire traditionnel a cru pouvoir renouer avec la politique de la canonnière. Le suprématisme fait visiblement long feu : de l’Irak à  l’Afghanistan, il ne collectionne que les échecs. Le dernier terrain propice aux guerres coloniales asymétriques est l’Afrique. Après la forfaiture de l’ingérence humanitaire en Libye, la guerre éternelle contre le terrorisme islamiste, sponsorisé comme ailleurs par les alliés saoudiens et qatariens de l’Occident, est le prétexte aux interventions néo-coloniales Il s’agit au Moyen-Orient comme en Afrique d’une répartition des rôles entre féodalités du Golfe Persique et occidentaux ; les uns créent le monstre que les autres utilisent au mieux de leurs intérêts...
Où en sommes-nous ?
Michel Peyret
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La Fondation Frantz Fanon a participé à la réunion Bandung 60 ans après, quel bilan ?
 
De Bandung au BRICS : de la décolonisation à la multipolarité
par Omar Benderra
Fondation Frantz Fanon
En hommage à Hocine Ait-Ahmed

La Conférence de Bandung aura été le signal de la résurrection politique des pays colonisés, l’irruption des Damnés de la Terre dans un Forum international dont ils étaient exclus. Et elle fera date. Dans un contexte de guerres de libération et de confrontation entre les deux blocs du Socialisme « Réel » et Occidental, la réunion de peuples désireux de faire entendre leur voix dans le concert des nations témoignait ni plus ni moins que de leur volonté d’émancipation.

Bandung, l’universalité des luttes pour l’émancipation
Pour les Algériens, Bandung est un repère essentiel - un marqueur historique indiscutable - dans la reconnaissance internationale de la Révolution Algérienne et donc dans le processus, encore inachevé aujourd’hui, de reconquête de leur dignité citoyenne. Permettez-moi à l’occasion de cette rencontre de rendre un hommage tout particulier à Hocine Ait Ahmed qui dirigeait la délégation algérienne à la Conférence de Bandung en sa qualité de responsable des relations extérieures du Front de Libération Nationale. Dès avant la réunion, Hocine Ait-Ahmed avait saisi le caractère stratégique de cette rencontre à la fois pour la Révolution Algérienne et pour le devenir du pays : « le Front de Libération Nationale rencontrait les peuples du Sud, constituait sa première alliance mondiale et sortait d’un tête-à-tête bien trop déséquilibré avec l’Etat colonialiste ».
A Bandung, le soutien des pays de ce qu’on appelait alors le tiers-monde à la cause défendue par la délégation du FLN consacrait en effet le caractère universel des revendications du peuple algérien que la propagande colonialiste représentait comme une pure conspiration nassérienne d’inspiration communiste. La diplomatie de la Révolution Algérienne se constituait ainsi sur des principes fondamentaux : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’égalité entre les nations et la solidarité entre les peuples. Ce sont bien ces principes et le rejet de toute appartenance à un bloc ou de toute sujétion à une alliance inégalitaire qui a fondé une diplomatie militante.
Une diplomatie aujourd’hui révolue ou révoquée à laquelle contribua efficacement Frantz Fanon. Pour le psychiatre et le politique, la désaliénation de l’homme et son affranchissement du joug colonial participaient du même mouvement libérateur. C’est « l’esprit de Bandung », en tant que prise de conscience d’une destinée commune, qui donnera naissance à la notion, en métamorphose permanente, de Tiers-Monde et à des alliances politiques pour la défense d’intérêts communs. L’OPEP, avant l’inféodation politique totale de l’Arabie Saoudite, est ainsi une organisation-type dont la création a été inspirée par les idéaux de Bandung, C’est bien cet esprit de fraternité de lutte anticoloniale qui permettra de brandir haut les étendards des peuples de couleur et portera l’internationalisme au pinacle des vertus politiques.

Le retour de la politique de la canonnière
Le monde a évidemment beaucoup changé depuis 1955, le souffle émancipateur des peuples du Sud semble être retombé, le soleil des indépendances a réduit en cendres bien des illusions. Comme le pressentait avec acuité Fanon, les régimes qui ont succédé aux colons se sont souvent avérés impotents, liberticides et corrompus. Sur un plan plus large, la mondialisation spéculative, synonyme d’exploitation et de misère, est l’ordre du jour global d’un libéralisme qui croit s’être débarrassé des idéaux de justice et d’équité avec la dislocation du communisme bureaucratique. Le Mouvement des Non Alignés qui proclame sa filiation avec Bandung mais tributaire de la guerre froide apparait ainsi comme le fruit de contingences politiques. De fait, la disparition du bloc de l’Est a fortement comprimé les marges de manœuvre des pays du Sud et laissé les mains libres à l’unilatéralisme américain secondé par ses vassaux de l’Otan. Le Mouvement des Non-Alignés déjà miné par les graves dissensions nées de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979 n’a plus qu’une existence formelle. Tout comme d’ailleurs l’Assemblée Générale des Nations Unies qui ne pèse plus que d’un poids très relatif face au Conseil de Sécurité, dominé par les puissances occidentales.
Comme les rapports de force, la géopolitique contemporaine évolue cependant très vite : l’hégémonisme impérial privé de son adversaire traditionnel a cru pouvoir renouer avec la politique de la canonnière. Le suprématisme fait visiblement long feu : de l’Irak à l’Afghanistan, il ne collectionne que les échecs. Le dernier terrain propice aux guerres coloniales asymétriques est l’Afrique. Après la forfaiture de l’ingérence humanitaire en Libye, la guerre éternelle contre le terrorisme islamiste, sponsorisé comme ailleurs par les alliés saoudiens et qatariens de l’Occident, est le prétexte aux interventions néocoloniales.
Il s’agit au Moyen-Orient comme en Afrique d’une répartition des rôles entre féodalités du Golfe Persique et occidentaux ; les uns créent le monstre que les autres utilisent au mieux de leurs intérêts. En le soutenant comme en Libye ou en Syrie ou en le combattant comme en Somalie ou dans le Sahel. En perte de vitesse et confronté à l’irrésistible ascension de la Chine et des pays émergents, l’occident n’a plus pour avantage comparatif que ses capacités d’agression. C’est bien le djihadisme inspiré par l’obscurantisme wahhabite qui justifie la création de commandements opérationnels et de bases militaires pour superviser l’Afrique, continent le plus riche en ressources en raréfaction dont les ex-métropoles, déstabilisées par la pression chinoise, souhaitent conserver le contrôle.
Le redéploiement impérialiste avec la complicité du wahhabisme pétrolier s’accompagne d’un cortège de souffrances, d’accroissement sans précédent des inégalités et de confort des dictatures. Cet arbitraire, trop souvent sanglant, suscite l’indignation, nourrit les résistances et forge des solidarités renouvelées. Car l’esprit de Bandung, loin de s’évaporer dans l’histoire en mouvement, demeure vivace dans la mémoire politique des peuples. Il continue d’être porté par des forces sociales agissantes au niveau de nombreux Etats comme à celui de la plupart des sociétés. L’hégémonisme occidental est contesté par les pays émergents et, au sein même des zones d’expansion historiques de l’impérialisme, par des sensibilités qui ne sont pas représentées par les appareils traditionnels, altermondialistes, minorités « visibles », indignés… Le Brics, et d’autres pays émergents, ainsi que le mouvement des forums sociaux mondiaux, celui des Indignés et ses successeurs sont effectivement les héritiers actuels, très divers et parfois contradictoires, de la dynamique enclenchée en Indonésie il y a bientôt soixante ans.

La solidarité renouvelée des Peuples
C’est bien cet idéal solidaire et universel qui irrigue l’œuvre ultime de Frantz Fanon, « Les damnés de la Terre ». Fanon, ambassadeur du FLN en Afrique avait pris la mesure des obstacles qui aujourd’hui encore se dressent face à l’émancipation des peuples et à l’égalité entre les hommes. Dans le chapitre intitulé « les mésaventures de la conscience nationale », Fanon en visionnaire inspiré décrit les dérives des bourgeoisies nationales et leur échec inéluctable. Les luttes pour les indépendances n’ont pas libéré les peuples, seules ont changé les formes d’exploitation et de domination. Les politiques criminelles du FMI et les orientations imposées par la Banque mondiale appliquées par des tyrannies en faillite confirment les conclusions fanoniennes sur le danger d’imiter l’Europe et de reproduire son modèle social et politique. Il s’agit aujourd’hui pour les peuples de découvrir de nouvelles voies et d’inventer d’autres types de relations fondées sur les libertés, le droit et la démocratie.
La bipolarité Est/Ouest construite sur l’équilibre de la terreur a accouché d’une unipolarité arrogante et belliqueuse, convaincue de la supériorité ontologique de ses « valeurs ». Entre marché dérégulé et suprématisme civilisationnel, l’Occident martèle inlassablement qu’il n’existe pas d’alternative à l’ultralibéralisme nourri par l’idéologie néoconservatrice. Les formidables moyens de propagande n’arrivent plus cependant à masquer le caractère oppressif, liberticide et gaspilleur d’une hégémonie prédatrice qui a dévoyé le sens même de la démocratie comme le montre la gestion éhontée des crises spéculatives.
En dépit d’un rapport de forces encore très inégal, de nombreux Etats estiment qu’il y va de leur pérennité que d’exprimer leurs divergences et de proposer face à la dictature des intérêts égoïstes et au militarisme une autre forme de relations internationales fondée sur l’échange et le dialogue. La réunion du groupe des 77 dans quelques semaines dans la Bolivie du Président Morales est un signe du réveil de la conscience des Etats du sud. De la dynamique naturelle vers la multipolarité, traduction d’une démocratie universelle aux antipodes des diktats occidentaux. Il s’agit bien là de la continuité du processus de décolonisation et de désaliénation défendu avec passion et conviction par Frantz Fanon.
L’évolution vers la multipolarité est ainsi portée par de puissants courants politiques au Sud mais aussi relayée au Nord par des forces sociales confrontées aux crises et au démantèlement méthodique des acquis sociaux.

La convergence des luttes au Sud et au Nord
Les premières victimes du dumping social européen sont les populations immigrées originaires du Maghreb et d’Afrique sub-saharienne. Par un effet de retournement de l’histoire, les démocraties occidentales ré-acclimatent les méthodes de gestion coloniales sur leur propre territoire pour contrôler des populations stigmatisées, largement exclues et reléguées dans des périphéries urbaines ghettoïsées. L’exclusion raciale se superpose à l’exploitation de classe. Ces damnés de la terre délocalisés, longtemps passifs et silencieux prennent progressivement conscience de leur état en refusant la fatalité de la relégation politique et de la ségrégation économique. La faillite des appareils traditionnels et la recomposition qu’elle induit sera-t-elle mise à profit par les forces de progrès pour assurer la convergence des fronts démocratiques ? Il s’agit certainement d’un des enjeux politiques principaux de notre temps.
Certes, le chemin est encore long pour remettre à l’ordre du jour un nouveau Bandung que beaucoup espèrent. A l’image des gouvernances africaines, les régimes arabes, à l’exception notable de la Tunisie, forment un continuum de dictatures militaires ou de monarchies soutenues par les puissances impérialistes. Ces pouvoirs ineptes et corrompus sont parfaitement capables d’écraser leurs peuples mais impuissants face au grand jeu géopolitique de redécoupage du Moyen-Orient sur des bases confessionnelles et ethniques.
La crise syrienne et les fragmentations irakiennes n’ont d’autre finalité que d’assurer la pérennité hégémonique d’Israël en diluant la question palestinienne dans le creuset absurde des guerres de religion. A la différence de la plupart des peuples d’Amérique du Sud et d’Asie, l’Afrique et le Monde Arabe ne sont pas vraiment sortis de la longue nuit coloniale. La mystification des « printemps arabes » est la démonstration des énormes capacités d’induction en erreur et de manipulation médiatique occidentale. Ce pouvoir d’articulation permanent du mensonge est l’une des raisons pour lesquelles il est essentiel de poursuivre le travail politique d’analyse et d’étude sur la base du principe de réalité cher à Fanon. Ce travail est le préalable pour renouveler les perspectives, démasquer le discours trompeur des dominants, et réanimer l’esprit de solidarité des peuples, arme décisive pendant la phase des luttes pour les indépendances.
Permettez-moi de conclure en citant encore de mémoire notre frère Hocine Aït-Ahmed : « Bandung nous a permis de mesurer l’extraordinaire puissance de la solidarité entre peuples très divers, de cultures très contrastées, mais qui se sont tous retrouvés dans le même combat pour la dignité. Bandung pour la révolution algérienne a été bien plus qu’une fenêtre sur le monde. Bandung en nous mettant devant l’évidence de l’universalité plurielle des revendications pour la justice a immensément enrichit notre lutte. »

10 juillet 2014

Nettoyage ethnique en cours en Palestine

A l'heure où se développe une agression majeure contre le peuple de Gaza et peut-être se prépare une intervention militaire israélienne au sol, cet article publié le 21/03/2014 sur le site du Figaro éclaire l'enjeu
qui anime le pouvoir de Tel-Aviv.

L'expert indépendant du Conseil des Droits de l'Homme des Nations Unies pour les territoires palestiniens occupés, l'Américain Richard Falk, a une nouvelle fois dénoncé aujourd'hui la politique d'Israël dans ces territoires, affirmant qu'elle présente les caractéristiques de "l'apartheid" et du "nettoyage ethnique".

"La réalité sur le terrain s'aggrave aussi bien du point de vue du droit international que du point de vue du peuple palestinien", a-t-il dit aux journalistes à Genève. Il a notamment accusé Israël "d'efforts systématiques et continus pour changer la composition ethnique de Jérusalem Est", de "recours excessif à la force", de "punition collective" à Gaza, de destructions d'habitations et de construire de plus en plus de colonies.

"Il y a une discrimination systématique sur la base de l'identité ethnique, avec l'objectif de changer la démographie de Jérusalem", a-t-il affirmé, appelant cela une forme "de nettoyage ethnique". Depuis 1996 plus de 11.000 Palestiniens ont perdu leur droit de vivre à Jérusalem, a souligné Falk. "Ce que nous appelons occupation est maintenant de plus en plus compris comme une forme d'annexion, une base pour un apartheid dans le sens où il y a un double système légal discriminatoire", a ajouté Falk.

Le mandat de Richard Falk expire dans quelques jours, après une mission de six ans qui lui a valu de polémiquer vivement et régulièrement avec Israël et ses soutiens, notamment les Etats-Unis et le Canada. Ce professeur emeritus de l'Université de Princeton, âgé de 82 ans, est lui même juif, ce qui lui permet de balayer toutes les accusations d'antisémitisme dont il a fait souvent l'objet. Il considère que ces attaques visent "à dévier la conversation du message vers le messager". 

Il a affirmé que la Cour Internationale de Justice devrait examiner le statut légal de cette occupation prolongée par Israël des territoires palestiniens et il a rappelé que cette cour avait en 2004 déclaré illégale la construction de la barrière par Israël isolant ces territoires occupés en 1967, ce qui n'a pas empêché l'Etat hébreu de poursuivre ses travaux.


http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/03/21/97001-20140321FILWWW00210-israel-l-onu-denonce-un-nettoyage-ethnique.php

7 juillet 2014

La recherche de Dieu, par Roger Garaudy



Le DIEU que nous cherchons n’est pas celui des philosophes, mais celui de JESUS.
Nous ne pouvons connaître de DIEU que ce que nous en a révélé JESUS qui rend visible, par ses paroles et ses actes, le DIEU caché.
JESUS n'a de précédent dans aucune des images que les peuples se faisaient jusque là de DIEU.

1 - Sa vie et sa mort se distinguent radicalement des dieux de puissance (ZEUS brandissant la foudre ou YAHVE "dieu des armées"). Il n'est pas le fils de ces dieux là, ni 1'héritier du « condottiere » DAVID (SAMUEL I et II, Livre des Rois).

2 – Sa vie et sa mort excluent toute extériorité d'un DIEU qui dirigerait "d'en haut" le destin des hommes. Il est pleinement homme comme il est pleinement le DIEU qui se révèle en priorité aux pauvres, aux plus démunis, avec leurs défaites et leurs responsabilités.

3 - Sa vie et sa mort mettent fin à l’idée maudite de "peuple élu propre à toutes les religions tribales, et à leurs dieux "jaloux" et partiaux en faveur de leur peuple et lui donnant la terre et la victoire par le massacre des autres.
Il est révélateur qu'il ne soit fils d'aucun homme particulier: ni chrétien, ni juif, ni musulman, ni chinois. Il est le FILS DE L' HOMME.

***

Sa vie nous permet de rechercher DIEU, le DIEU vivant.
1 ) Le silence de DIEU: le Père.
2 )  Le verbe de DIEU: le Fils.
3 ) La présence de DIEU: 1'Esprit.

Le plan est trinitaire car je pense, comme le Père PANIKKAR, que la Trinité n'est pas exclusivement chrétienne: elle nous aide à entrevoir toutes les dimensions de 1’homme et de DIEU. (Un mystique musulman du XIIème siècle RUZBEHAN de Shiraz l'a formulée ainsi: "DIEU est 1'unité de 1'amour, de 1'amant et de l’aimé .... ").

***

I . LE SILENCE DE DIEU : LE PERE .
Nous ne pouvons rien dire de DIEU tel qu'il est "en soi", mais seulement ce qu'il est" pour nous."II n'est d'approche possible que négative:
- l’apophatisme: pour nous libérer de la "philosophie de l'être" des grecs. DIEU n'est pas un être, mais 1'acte qui fait être.
- la kénose: faire le vide en nous pour laisser toute la place à DIEU, comme 1'écrivait Maître ECKART. (Comme d’ailleurs la sagesse du Tao, 1'ascèse indienne, ou le "fana" des soufis musulmans.)
Vide des désirs partiels ou des volontés fanfaronnes.
- la poésie : DIEU transcendant ne peut être saisi par nos concepts, mais seulement désigné par nos métaphores, nos symboles , nos mythes, comme il ne nous parle, à travers ses messagers que par "paraboles".
La poésie a toujours été le langage des mystiques: de ROUMI ou de IBN ARABI à SAINT-JEAN de la Croix ou à Sainte THERESE d'Avila.
Le danger est de figer le mythe (création des peuples et éternellement présent comme marquant les étapes de 1’humanisation de 1'homme)en une histoire, toujours écrite par les vainqueurs, n' appartenant qu'au passé, et servant à justifier les nationalismes, les colonialisms, les intégrismes, toutes les prétentions de "peuples élus".

II. LE VERBE DE DIEU: LE FILS
Une deuxième approche,dans la recherche de DIEU, est 1'écoute et 1'amour de ses témoins.
D’abord parce qu'elle nous oblige à sortir de notre petit "moi". « Etre pour les autres est 1'unique expérience de la transcendance»  écrivait le pasteur BONHOEFFER. L'amour est ainsi le commencement et la fin de 1'expérience de DIEU.
JESUS incarne, à 1'inverse de tous les dieux de puissance, la descente de 1'amour dans 1'histoire, brisant tous les enchaînements de violence, 1’une cause et 1'autre effet, mais toujours aboutissant au triomphe sur 1'autre, la substitution d'une domination à une autre.
JESUS a toujours refusé d'être le MESSIE que les juifs attendaient: un émule de DAVID. Dans le Royaume qu'annonce JESUS on n'entre pas par la conquête mais par le dépouillement.
Sa résurrection n'est pas un événement du passé qui se serait produit une seule fois par un miracle de régénération cellulaire.
La résurrection, c'est tous les jours: ce n'est pas un miracle de la puissance mais de la foi.
JESUS est vivant, et présent comme un ferment transformateur de la vie, et, pour tous ceux qui croient en lui: " Nous sommes passés de la mort à la vie", écrit JEAN (III, 14).
La résurrection n’appartient pas au passé, comme un événement de la biologie ou de 1'histoire.
Elle n'appartient pas non plus à 1’avenir comme la promesse d'une
"fin des temps" où nous serait garanti un même "miracle" pour ressusciter à notre tour.
La résurrection c'est le présent et la présence: la présence de JESUS vivant.

III. LA PRESENCE DE DIEU: L'ESPRIT.
"Esprit toujours actif, combien je te ressens", écrivait GOETHE.
DIEU non pas conçu comme un être, mais vécu comme une force.
La théologie de la Croix n'est pas une exaltation de la douleur. Ce n'est pas la douleur qui délivre et qui sauve: c'est 1'espérance et 1'amour agissant pour y mettre fin.
La foi en la résurrection c'est le choix d'une forme nouvelle de vie: un engagement pour délivrer "les plus petits d'entre nous", crucifiés aujourd'hui chaque jour comme le fut JESUS.
La théologie de la Croix n'est pas une théologie de la résignation à la pauvreté subie, elle est une théologie de la libération, par le nécessaire sacrifice de la pauvreté voulue.
C'est celle de BOUDDHA né prince et devenu mendiant pour donner 1' exemple de 1'extinction du désir.
C'est celle de SAINT-FRANÇOIS né d'un riche marchand d'Assise et devenu le "poverello" dans un monde où 1' argent commençait à devenir roi.
C'est celle du Coran où DIEU dit: "Quand nous voulons anéantir une cité ... nous faisons les riches détenteurs du pouvoir." (XVII, 16)
C’est celle de JESUS, annonçant un Royaume d'où la richesse est exclue.
C'est celle des Pères de 1'Eglise, nous enseignant tous, comme CLEMENT d’Alexandrie, que "DIEU est devenu homme pour que 1'homme puisse devenir DIEU."(Protreptiques I,9)
C’est celle des théologiens de la libération pour qui la théologie n'est pas une carrière libérale, et luttant pour que chaque homme,  quelle que soit son origine puisse développer pleinement toutes les richesses humaines qu'il porte en lui.
***
Aujourd'hui, après cinq siècles de colonialisme et cinquante ans de règne du FMI les inégalités dans le monde, aggravées par le
"monothéisme du marché", déguisé en « liberté des échanges », se vérifie avec éclat la parole prophétique du Père LACORDAIRE: "Entre
le fort et le faible c'est la liberté qui opprime."
Quand un Président des Etats-Unis proclame: «Il faut créer une zone de "libre-échange " de 1'Alaska à la Terre de feu » et lorsque son Secrétaire d'Etat ajoute: «une zone de libre échange de Vancouver à Vladivostok", c'est le défi d'une volonté de puissance qui ne pose pas seulement un problème économique ou politique, mais théologique:  laisserons-nous crucifier 1' humanité sur cette Croix d'or?

Roger Garaudy
Résumé pour les Claritaires
7 avril 1995
(Document dactylographié)

Changer de verbe pour changer de société !

par Camille Loty Malebranche

Changer de verbe pour changer de société, tel doit être le leitmotiv des opprimés et de tout partisan de leur libération.

Logique et morale sont les valeurs suprêmes du discours social, quand le fleuve verbal de la morale systémique coule à l'estuaire du mensonge comme seule logique pour annihiler l’humain et l’asservir, quand ceux qui usent de la force, pillent, tuent, sont précisément ceux qui dominent, grâce à leurs forfaits, leurs soumis, c’est seulement un chambardement et un nettoyage total du monde pour un nouveau système qui rendra à l’humanité son sens et sa dignité.

Qu'un verbe nouveau projetant et façonnant mentalement un nouveau faciès de la conception du monde socioéconomique et politique à travers de nouvelles valeurs humaines, crée, à ce stade de l’histoire, le nouvel ordre humain de la dignité où primeront le sens profondément transcendant et spirituel de la nature humaine dans une société enfin humaine!


Ainsi nous le dit Camille Loty Malebranche.

A sa façon, bien sûr.

Mais mes lecteurs ont déjà pris l'habitude de le déchiffrer.

Michel Peyret

Article source: Le verbe comme façonnement du monde par les tenants du pouvoir…

6 juillet 2014

Vieil arbre de ma vie


« Sentinelle, que dis-tu de la nuit ?
— Le matin vient. »
Vieil arbre de ma vie,
tronc balafré par la morsure des haches,
noirci de foudre,
feuilles édentées de grêle,
jeunesse en vain fusillée,
et tant de fruits murs jetés à la décharge.
Tout ce passé que je n’échangerais contre aucun autre.
Dans la nuit indifférente,
sarcasme des mesquins,
ricanements des loups.
A contre-nuit
j’ai refusé les routes de la plaine,
à contre-nuit
la transparence des destins.
Et l’arbre n’est pas mort :
une branche fleurit,
rien qu’une branche,
narguant les fossoyeurs.
Fierté d’avoir vécu sur la plus haute terre,
à hauteur de rêve.
En mon ciel natal,
je vais vers ma naissance.
Je ne renaîtrai pas dans le même univers.
Car la voix qui chantait, seule sur la colline,
Éveille des rumeurs dans l’ombre des ravins.
Racines fourmillant
aux souterraines des hémisphères.
Témoin de l’existence des ailleurs,
de l’homme en majesté,
de sa part du divin.
Ma tâche d’écrivain s’achève
avec la joie
d’avoir vécu, mille ans, à contre-nuit,
à l’écoute
du Dieu qui prie en nous
et crie.

3 juillet 2014

Réfractaire, hétérodoxe, imprévisible ?

Tareq Oubrou : « Roger Garaudy était un contestataire »

Le Recteur de la mosquée de Bordeaux revient sur la mort du philosophe Roger Garaudy. Sans faux fuyants, il répond à nos questions. Un sujet brûlant qui enferme les intellectuels et personnalités musulmanes médiatiques de France dans le silence. Tareq Oubrou brise le tabou.

Roger Garaudy vient de disparaître à l’âge de 98 ans. Le connaissiez-vous ? Que retenez-vous de l’homme ?
Objectivement, je ne connais pas la personne, ni ses travaux. Ce que je vais dire est très approximatif, subjectif. Je sais qu’il était un communiste et un philosophe engagé, connu pour le courage de ses idées, ce qui lui a valu des problèmes. D’abord, avec l’appareil dirigeant du parti communiste dont il était membre et qui a fini par l’exclure. Ensuite, il fut définitivement écarté de la scène intellectuelle et médiatique après sa conversion à l’islam. Mais surtout après la publication de son livre  Les mythes fondateurs de la politique israelienne et ses thèses, considérées comme révisionnistes. Il a touché à ce que je considère comme le « deuxième péché originel » en Occident. Néanmoins, Garaudy reste un des grands intellectuels et un des philosophes français sans conteste, abstraction faite de ses convictions et choix politiques avec lesquels on pourrait débattre. Son livre  Appel aux vivants a marqué des générations, pour ne citer que celui-ci. Il a écrit plus de 70 livres et rédigé des milliers d’articles. 

Et le négationnisme ?
Tout en le réfutant, on peut dire que son cas ressemble à celui de Martin Heidegger dont la philosophie continue d’être enseignée en France et dans le monde, sans susciter la moindre interrogation éthique, alors qu’il a adhéré au parti nazi, porté l’uniforme. Ce qui n’était pas le cas de Garaudy. Par conséquent et tout en refusant son excès et sa radicalité caractéristique – notamment ses thèses révisionnistes, pour ne pas dire négationnistes –  la pensée et la philosophie de l’homme méritent d’être lues et relues. Ce que je retiens de lui, c’est qu’il était de tempérament réfractaire, hétérodoxe, imprévisible.

Quels ont été les apports de Roger Garaudy à l’islam ?
Comme dans son rapport avec le communisme et le catholicisme avant sa conversion à l’islam. Il était resté fidèle à lui-même : hypercritique, contestataire. Il se revendiquait, d’ailleurs, comme polémiste et hérétique. Je m’en suis rendu compte quand je l’ai entendu la première fois dans les années quatre-vingt à Bordeaux. J’avais l’impression que c’était l’islam qui s’était converti à Garaudy et non l’inverse.


Etes-vous d’accord avec lui lorsqu’il situe historiquement la décadence de l’islam, son culte du formalisme et le déclin de la pensée critique à l’avènement de la dynastie des Abassides ?
Je ne connais pas ses analyses. En tout cas, une chose est sûre. Il faudrait éviter les anachronismes et juger la période Abasside à l’aune du monde d’alors et non selon notre épistémè occidentale d’aujourd’hui. Il faudrait aussi introduire un peu de relativité pour appréhender l’apogée ou le déclin d’une civilisation car cette démarche diffère selon le repère auquel on se réfère. L’effondrement d’une civilisation comme beaucoup de phénomènes physiques ne peuvent s’expliquer par une seule cause. Pour comprendre le déclin d’une culture par exemple, on doit procéder à une analyse multifactorielle et prendre en compte d’autres paramètres.

Lesquels ?
Des données intellectuelles, économiques, climatiques, géopolitiques, spirituelles. La complexité, comme l’a montré Edgar Morin, est une méthode qui rend les phénomènes historiques plus intelligibles. Elle permet d’échapper au réductionnisme, à la mutilation de la réalité (le monocausalisme). Roger Garaudy était philosophe. Il est logique qu’il s’intéresse à l’aspect qui retient son attention et qui correspond davantage à ses préoccupations immédiates. C’est à dire la Raison telle que beaucoup de philosophes occidentaux l’entendent.

Le considériez-vous comme un Musulman à part entière ou un Musulman entièrement à part ?
Je ne sais pas s’il a changé de religion à la fin de sa vie. S’il est resté musulman, j’aurais plutôt tendance à le considérer comme faisant partie de le deuxième catégorie. De toute façon, il a toujours été intellectuellement et spirituellement solitaire. Tout le monde le savait.

Il ne faisait pas partie de la Uma ?
S’il est mort musulman, il n’ y a pas lieu d’en douter. Garaudy fait partie de la Uma, dans le sens de la communauté spirituelle musulmane : une communauté de foi. Du moins, tant qu’il n’a pas changé de voie officiellement.

Partagiez-vous sa conception de la religion ?
Non.

Vous disiez qu’il était imprévisible et que finalement on savait très peu de choses de lui.
Je l’ai écouté parler de l’islam. J’avais le sentiment qu’il voulait soumettre une vérité transcendantale à l’entendement humain (le positivisme, le rationalisme). Il a essayé de convertir l’islam à sa raison. C’est une impression… Je peux me tromper. Je ne connais pas ses dernières volontés.

Pourquoi les autorités musulmanes ne lui ont-elles pas rendu hommage ? Aucune personnalité de l’Islam de France ne s’est exprimée sur le sujet. Pas même L’UOIF ou le Conseil Français du Culte Musulman.  A quoi attribuez-vous ce malaise, ce plafond de verre ?
Il était devenu infréquentable à cause de son négationnisme, tout simplement. Et vous le savez très bien. Déjà que les autorités et les institutions religieuses ont du mal à effacer cette image antisémite qui est collée aujourd’hui aux Musulmans, vous imaginez bien comment leur hommage aurait été interprété par la société civile et l’opinion publique. A tout cela s’ajoute le fait que ses obsèques n’ont pas respecté le rite musulman puisqu’il a choisi d’être incinéré. C’est une situation assez délicate.

En évoquant sa mémoire,  est-ce que les intellectuels musulmans, les théologiens craignent pour leur carrière, leur notoriété ? En d’autres termes, de disparaître de l’écran ?
Roger Garaudy était un philosophe. Il n’était pas une figure religieuse musulmane. Au nom de quel droit, ces autorités religieuses doivent-elles lui rendre hommage ? A quel titre ? C’est aux philosophes, aux intellectuels de le faire. Pour les autorités religieuses, il était un Musulman ordinaire. Il n’était ni réformiste, ni théologien, ni imam. On a fait la même chose avec Mohammed Arkoun. Ce sont les intellectuels séculiers qui ont salué sa mémoire. Ce n’est pas parce que Garaudy est un converti qu’il doit bénéficier d’un statut particulier. Il y a beaucoup de savants musulmans qui sont morts dans l’indifférence, sans qu’on leur rende un hommage spécifique, d’ailleurs. Cela ne diminue en rien la qualité de la personne. Son mérite, il l’aura auprès de son Seigneur.

Vous dites que la Shoah est en Occident « le deuxième pêché originel de l’humanité » Qu’entendez-vous par là ?
C’est un tabou. Il y a un tel sentiment de culpabilité - et à raison –  à l’égard des Juifs de France suite aux persécutions qu’ils ont subies, que toute discussion même scientifique et historique sur le sujet devient interdite. La loi Gayssot qui condamne le révisionnisme en est la parfaite illustration. Aux Etats-Unis par exemple, Garaudy ne serait pas condamné, ni damné car dans d’autres pays occidentaux, cette loi n’existe pas. C’est là aussi une exception française. Remettre en cause cette question, c’est toucher un point névralgique et tomber sous le coup de la loi. C’est ce qui s’est passé avec lui. Et comme j’aime à dire : ce péché commis à l’endroit des Juifs d’Europe devrait être absous et à n’importe quel prix, pas par les Occidentaux pécheurs mais par d’autres victimes. Les Arabes du Proche-Orient, les Palestiniens en savent quelque chose.

A entendre certains commentaires, l’islam est un tremplin vers le révisionnisme, l’antisionisme et Garaudy en était « l’incarnation ». Adhérez-vous à ce point de vue ?
Je suis tenté de le penser. Sans généraliser, le discours sur l’islam qui se développe actuellement, et notamment chez certains musulmans d’Europe, propose, hélas, une interprétation et une pratique d’un islam des « antis » : anti-occident, anti-chrétiens, anti-juifs, anti-capitalisme…Bien sûr que les gens ont le droit de s’opposer à l’idéologie sioniste et à la politique coloniale d’Israël. Mais la confusion est telle, qu’une variante de l’antisionisme pourrait au fond cacher un anti-judaïsme religieux et un anti-sémitisme raciste. Garaudy, sans le vouloir, est venu renforcer cette perception. C’est quand il est devenu musulman qu’il a révélé ouvertement son anti-sionisme et avec force. Ce qu’il n’a pas fait avec la même acuité quand il était communiste ou catholique. Ce qui laisse entendre que l’islam est une religion qui catalyse ce type de posture. Une idéologie qui mènerait vers l’antisémitisme lequel passerait par l’anti-sionisme et l’anti-judaïsme. Il va de soi que Garaudy n’était pas un antisémite, entendons-nous bien.

« Héros » dans le monde arabo-musulman. Paria en France après avoir été résistant et servi la République. A quoi est du ce contraste ?
Cela s’explique en partie par le malentendu des civilisations, la contradiction et l’opposition des revendications et la différence des perceptions et des mémoires. Ce philosophe était le lieu de ce contraste.

Garaudy, un modèle pour les convertis ?
Non.

Mort dans l’indifférence ou dans le rejet ?
Les deux. Pour certains dans l’indifférence. Pour d’autres, dans le rejet. Mais son œuvre philosophique et intellectuelle, qu’on le veuille ou non, continuera à faire connaître sa pensée.

PROPOS RECUEILLIS PAR PAUL MOFFEN

2 juillet 2014

Justice internationale et lutte contre le terrorisme, par Jacques Vergès



Le samedi 26 janvier 2002 eut lieu au Palais de Luxembourg  le colloque "Justice et politique", organisé par l'association  Démocraties, présidée par le général (cr) Henri Paris. Parmi les intervenants, il y avait notamment le général Paris, le professeur Mario Bettati, maîtres Jacques Vergès et Isabelle Coutant-Peyre.
La revue A contre-nuit, inspirée par Roger Garaudy et à laquelle il collaborait, a publié dans son n°18 (février 2002) un compte-rendu dont nous extrayons l'intervention de Jacques Vergès.

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Jacques Vergès (à gauche) avec Roger Garaudy

Le sujet qui nous est proposé aujourd’hui, est la justice et la politique, spécialement sous l’angle des tribunaux pénaux internationaux et de la lutte contre le terrorisme.
D’abord, j’ai noté dans l’intervention très intéressante du professeur Bettati cette phrase : « Se réclamer de Dieu pour commettre un crime ». Mais si nous regardons l’histoire du monde, c’est toujours au nom d’un idéal qu’on a commis des crimes. C’est le Christ au poing et au nom de sa religion d’amour, qu’anglo-saxons et hispaniques détruisirent les civilisations amérindiennes. C’est au nom de la liberté de navigation en Méditerranée que la France entreprit la conquête d’Algérie. C’est au nom de la liberté de commerce que les Anglais infligèrent à la Chine les trois guerres de l’opium. Aujourd’hui ce n’est plus au nom de Dieu ou de la liberté de commerce -pas encore- qu’on engage des expéditions, c’est au nom des droits de l’homme. Mais ça ne change rien au fond, nous sommes toujours en face de la même situation, on se réclame d’un idéal sur lequel tout le monde est d’accord, enfin, sur lequel il y a un consensus, pour entreprendre des actions qui démentent précisement cet idéal. Et, aujourd’hui on nous dit qu'il ne faut pas qu’il y ait deux poids et deux mesures, qu'il faut que la justice soit impartiale et on nous parle d’un tribunal pénal international.
Il y a quelques années pour le 50° anniversaire du procés de Nüremberg, j’étais invité par la BBC à Nüremberg, dans la salle même où le procès eut lieu. Et le débat était : que pensez-vous d’un tribunal pénal international ? Tous les participants à ce débat nous avons convenu que c’était un beau rêve. Mais, quand on nous a posé la question, est-ce que vous y croyez ? J’ai répondu : "C’est un beau rêve, mais j’ai dépassé l’âge des rêves, des rêveries et je croirai à un TPI lorque je verrai au banc des accusés le général Westmoreland et monsieur Mac Namara et comme accusateurs des Vietnamiens". Mais je sais bien que c’est là un rêve fou et que les tribunaux ce sont toujours de tribunaux où les vainqueurs essayent, en condamnant le vaincu, de justifier leur entreprise, qu’elle soit  fondée ou pas.
Aujourd’hui je voudrais dans cet exposé, qui sera en deux points, montrer dans le premier point, comment la justice est une arme politique et comment elle est manipulée dans ce domaine. Et dans un deuxième point, examiner la gravité de la question du terrorisme aujourd’hui, sous un aspect que certainement vous trouverez inattendu.

Premièrement la répression. Nous avons des tribunaux ad hoc, c’est-à-dire, des tribunaux qui ne sont pas pour tout le monde, qui ne visent que certains et précisément les plus faibles. Les Yougoslaves ont été vaincus et puis les Hutus. Mais, les Hutus qui ont été tués par centaines de milliers dans l’ex-Zaïre, il n’est pas question de procès pour eux. Il est question de crimes commis par les Hutus, il n’est pas question de crimes commis contre les Hutus.
Deuxièmement, le TPI sur la Yougoslavie n’examine que les choses que d’un seul côté. Je m’explique.
Le TPIY a été créé par une décision du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui n’est pas un organe juridictionnel. On ne peut pas déléguer une fonction que l’on n’a pas. D’ailleurs monsieur Koffi Annan dans une une intervention au mois de mai 93 disait très clairement : « La formule idéale aurait été une conférence internationale où les gouvernements participent, signent et ensuite ratifient, à la suite de débats démocratiques dans chaque pays". C’est la formule qui a été utilisée d’ailleurs pour la création de cette fameuse Cour Pénale Internationale à la conférence de Rome.  Mais nous étions pressés dit monsieur Kofi Annan, je ne sais pas ce « nous », première personne du pluriel, qui se cache derriere, mais chacun peut faire des suppositions.
Ce tribunal devait être impartial. Comment fonctionne-t-il ? Et bien je vous dirai une chose qui est étonnante et qui m’a surpris quand je me suis attaché à  étudier son fonctionnement : 14% des fonds du financement viennent des donateurs et parmi ces donateurs vous avez des gens qui n'étaient pas impliqués du tout dans le conflit...comme les USA.... Vous avez des régimes démocratiques que tout le monde peut saluer comme l’Arabie Saoudite et puis, vous avez même des particuliers, des humanistes au grande cœur dont tout le monde connaît l’habileté boursière, tel monsieur Soros. Alors je vous le dis, est-ce que dans une histoire de divorce, de loyer, de prud’homme, vous accepteriez de comparaître devant un juge, dont une partie de la subsistance est assuré par monsieur Soros ou un autre individu de cet acabit ? Manifestement non.
C’est une justice entretenue. Vous savez très bien la distance qui va de la justice entretenue à la justice soumise...nous avons des exemples. L’opinion s’interrogeait -surtout en Angleterre- sur les buts et les moyens de cette guerre. Immédiatement, madame Arbour -qui siègeait dans ce tribunal et dont son pays, le Canada, était membre de la coalition- lança un mandat contre monsieur Milosevic et son gouvernement. Et madame Albright déclare immédiatement : «Cette accusation justifie notre guerre ». C’est-à-dire, la justice est là pour justifier la guerre. Ce tribunal a été fondé en 1993 et prétend s’occuper des faits ayant eu lieu en 1992, ou 1991, c’est ce qu’on appelle une application rétroactive de la loi pénale, ce qui est parfaitement contraire à la déclaration universelle des droits de l’homme, dont la France a connu dans le siècle dernier un exemple, celui des sections spéciales.
Vous vous rappellez l’histoire des sections spéciales. Hitler, à la suite d’un attentat veut faire exécuter des otages et les autorités de Vichy lui disent : « Si ces vous, les Allemands qui les faites, vous tombez dans le cycle attentats-répression-provocation. Laissez-nous, Français, tuer nos otages pour vous, mais permettez-nous de les condamner d’abord -demandèrent les tribunaux spéciaux- de telle manière qu’ils apparaissent à l’opinion française non  pas comme des soldats, mais comme des condamnés de droit commun". Le représentant français expliquait cela à un officier allemand à Berlin, qui étonné lui dit :
-«Dois-je comprendre que vous allez appliquer rétroactivement la loi ? »
Et le représentant du gouvernement de Vichy répondit :
-«C’est exactement cela, major ».
L'officier allemand alors sourit et lui dit :
-« Eh bien, Monsieur, je vous félicite, vous êtes en avance sur nous ».
Voilà un compliment terrible et ce major s'il vivait encore, je me demande ce qu'il dirait aux juges de La Haye.
Donc, naissance illégale, fonds douteux, violation des règles élémentaires de la déclaration universelle des droits de l’homme, mais ce n’est pas tout. Vous l’avez vu dans la presse, il y a aussi des témoins privilégiés, c’est-à-dire, qu'ils peuvent témoigner masqués -c’est pour leur sécurité bien sûr-; mais que puis-je faire, moi accusé, contre un témoin dont je ne vois pas le visage et dont on me cache le nom?. Un témoignage n’a  pas une valeur absolue en soi, un témoignage doit être apprecié en fonction du témoin qu’il porte. Et puis, ce tribunal peut refuser à la défense certains documents. C’est l’affaire Dreyfus.
Alors vous comprendrez comment devant cette institution, on peux s’interroger  : est-ce qu’on a progressé ou bien on a regressé?. Pour l’avocat du barreau de Paris cela évoque deux choses : les sections spéciales et le procès Dreyfus. Voici donc pour la première partie, en résumant, ce que je voulais vous dire sur ce tribunal pénal.
Quelqu’un a dit, enfin dans cette guerre il y a eu des atrocités commises par les troupes de l’OTAN, il faudrait mener une enquête à ce sujet. Eh bien, le procureur a nommé un enquêteur en effet, cet enquêteur c’était un fonctionnaire du ministère canadien de la défense...et évidemment il est revenu en déclarant qu’on ne pouvait rien reprocher aux troupes de l’OTAN. C’est exactement comme si pour enquêter au sujet d’un hold-up, vous demandiez au membre du hold-up de vous dire comment ça s’est passé et s’il y a eu violation de la loi.
Mais ce tribunal pose un autre problème beaucoup plus grave. On vous a dit -j’ai écouté avec beaucoup d’attention Monsieur le professeur Bettati- qu’est-ce que le terrorisme ? Ce sont des actes qui provoquent la mort d’innocents, pour terroriser la population et pour contraindre un gouvernement à céder. Alors, le terrorisme dans certains affaires n’est pas celui qu’on pense.
Je voudrais d’abord vous rappeler que les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, ont existé dans toutes les guerres. Ils étaient collatéraux dans la guerre, en tout cas en Europe. Je ne parle pas des guerres en Afrique, en Asie ou en Amérique qui avaient un caractère complètement différent.
Le grand théoricien de la guerre, jusqu'à la Deuxième guerre mondiale était Clausewitz. Il était un homme de guerre, il était un prussien. C’était également un homme des lumières, d’où une pensée complexe. Clausewitz disait certes, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, mais il y a une dynamique interne à la guerre. La guerre tend à l’extrême et le paradoxe est que lorsque les politiques ont entamé la guerre ils doivent tout faire pour que la guerre n’aille pas à l’extrême. Parce que le but de la guerre c’est paradoxalement, la paix. C’est-à-dire, Clausewitz excluait les actes contre la population civile.
Ses théories ont guidé tous les stratèges européens jusqu'à la Deuxième guerre mondiale. Avant la Deuxième guerre mondiale apparut l’aviation et par là, la tentation de pousser la guerre à l’extrême. Ce sera théorisé par un militaire italien, le général Douhet -un ami de Mussolini- et il va définir ce qu’il va appeler « la guerre absolue »: le pays qui a la supériorité aérienne, doit détruire l’ennemi.
Les Allemands évidemment furent les premiers a appliquer cette théorie très humaine, ce fut Guérnica et après, Rotterdam, 35 000 morts, la garnison capitule le jour même et l’armée hollandaise, le lendemain, capitule à son tour parce qu’elle a peur qu’Utrecht soit détruite comme Rotterdam l’a été.
Lancés dans cette voie, -ce n’est pas la spécialité seulement des régimes fascistes bien qu'ils ont eu l’initiative- les Anglais se ratrappent avec la destruction de Dresden en 1945, où vivaient 600 000 habitants, 1 million parce qu’il y avait 400 000 réfugiés qui fuyaient l’avance soviétique. Dresden qui était démilitarisée n’avait pas de DCA fut bombardée : 135 000 morts.
Mais aux Jeux olympiques des crimes de guerre il y a toujours les champions qui se revèlent, et ces champions vont venir d’au-délà des mers, au-délà de l’Atlantique,  et ce fut Hiroshima et Nagasaki.
Hiroshima et Nagazaki furent détruites alors que le Japon était à genoux et qu'il avait déjà envoyé une délégation pour essayer de négocier à travers Moscou.
Jusque-là vous avez remarqué que la guerre n’a pas complètement changé de caractère. Il y a l’intervention affreuse de l’aviation dont on ne cache pas qu‘elle est là pour terroriser. Mais il y a également un combat au sol. Et l’excuse qu’on se donne c’est que les bombardements de terreur visent à abréger les combats au sol et donc, à épargner la vie de nos soldats. Ce procédé va se continuer au Vietnam et en Iraq, mais en Yougoslavie le retournement complet se fait.
On nous dit : c’est la guerre zéro mort. Il n’y a pas d’engagement au sol, il n’y a que l’aviation côté allié et contre qui l’aviation va engager son action ?  Contre l’armée serbe ? Comme toute armée en temps de guerre, elle a quitté ses casernes se protégeant dans les abris. Tout le monde convient que l’armée serbe a souffert très peu de pertes.
Ces bombardements visaient la population civile. Et alors là, je reviens à la définition du terrorisme : tuer des vies innocentes. Et on tue des vies innocentes quand on supprime l’électricité toute une nuit ou deux nuits sur Belgrade, pendant que des gens opèrent dans des maternités ou dans des cliniques, quand on bombarde des convois de refugiés, manifestement ce sont des vies innocentes.
Deuxièmement, terroriser la population. Mais le fait n’est pas caché, Monsieur O’Shea, ce gentleman que vous avez entendu à l’époque -si distingué, si délicat- disait : « Nous ramenerons la Yougoslavie à l’âge de pierre ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Ca veut dire que c’est la population qui va trinquer. Comme le général Wesney Clark, commandant cette croisade, contre le mal sans doute, disait : « Nous allons détruire tout ce à quoi tient Milosevic ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Et enfin, quand Madame Albright qui parle toujours des droits de l’homme disait : « Au printemps ils mangeront dans ma main ». Qu’est-ce que cela veut dire ?
Et donc, nous avons cette situation -c’est ce que je voulais vous dire- d’une part la répression des TPI est sujette à caution, les fonds sont douteux, le fonctionnement est improvisé et viole les règles les plus simples et le but est de justifier ce que le vainqueur a commis. Mais ce que le vainqueur a fait, je crois qu’il nous faut réflechir : c’est la première fois que la guerre, -la guerre s’accompagnait comme disait Monsieur Bettati de bavures-  mais les bavures n’étaient pas intrinsèques à la guerre. Aujourd’hui le crime contre l’humanité, le génocide et la guerre ne font plus qu’un, à travers cette théorie, la guerre zéro mort.
C’est la réflexion à laquelle je suis parvenu et que je voulais soumettre à votre examen, a vos réflexions.