12 mars 2014

Les femmes africaines et les Objectifs du Millénaire pour le Développement (ONU)

Femme, Objectifs du Millénaire pour le Développement et Emergence

« Il appartient aux hommes de prendre conscience, qu’au sens le plus littéral, sans féminisation de la société, l’humanité tout entière ne peut escompter aucun avenir.(1)»
La vision du président de la république est que nous soyons un pays émergent à l’horizon 2020. Nous prenons prétexte de la Journée Internationale de la Femme 2014 pour rappeler cette évidence : sans la participation de la Femme à la vie nationale ce noble objectif, sera un simple vœu pieux. En effet, l’Organisation des Nations Unies s’est fixée d’atteindre en 2015 huit (8) objectifs intitulés les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Pour nous ces OMD sont largement dominés par le souci de l’amélioration de la condition féminine. Sur les 8 OMD que 189 pays se sont fixés pour 2015, 5 objectifs ont un lien direct et indirect avec la condition de la Femme. Notre analyse tentera de montrer comment 5 sur 8 des OMD sont liés à la condition féminine.

OMD 1 : Réduire l'extrême pauvreté et la faim

Dans nos pays PPTE la pauvreté a un visage féminin. Notre conviction est que notre pays doit accentuer, par réalisme et pragmatisme, ses efforts en milieu rural. L’une des spécificités de la réalité féminine africaine rurale est son hégémonie dans la production et la commercialisation des cultures vivrières. L’année 2014 a été dédiée par la FAO « année de l’agriculture familiale » car cette forme d’agriculture nourrie plus de la moitié de l’humanité. Ce qui renforce l’idée d’appui étatique fort aux coopératives de femmes œuvrant dans ce milieu. Nous n’insisterons pas ici sur ce point car ayant fait l’objet de précédentes réflexions.(2) Il y a là lieu de se féliciter de la création du Fonds d’appui aux femme de Côte d’Ivoire mais surtout à souhaiter son extension en dotation et en accessibilité pour les femmes rurales.  
  
OMD 2 : Assurer l’éducation primaire pour tous
L’éducation est le moyen idéal pour atteindre l’émergence. L’éducation des jeunes filles, femme et mère de demain, est donc un impératif catégorique. On pourrait accorder des bourses aux filles dans les régions où ce taux est faible Pour James Wolfensohn président de la Banque mondiale (1995-2005) l’éducation des filles s’apparente à une solution miracle, tant elle favorise le développement sous tous ces aspects : « Elle permet de faire baisser les taux de mortalité infantile et maternelle ; d’améliorer l’éducation de leurs futures enfants, filles comme garçons ; d’obtenir une productivité plus importante et une meilleure gestion de l’environnement. Tout ceci mis bout à bout signifie une croissance économique plus rapide, et surtout, une meilleure redistribution des fruits de la croissance.(3Seule une femme ayant été scolarisée à un certain niveau aura conscience de la nécessité de scolariser ses propres enfants.

OMD 3 : Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes 

Les préjugés quant à la méconnaissance de l’égale dignité qualitative entre l’homme et la femme sont pour beaucoup dans la perception de celle-ci dans nos sociétés. Ce nécessaire changement progressif de mentalité, pour être efficace, se fera dès l’enfance dans la cellule familiale de la fillette et même du jeune garçon. Martin Greeley, de l’Institute of Development Studies, écrit « ...les liens qui existent entre l’égalité des sexes et l’atteinte de tous les OMD sont de plus en plus reconnus. Par exemple, pour l’OMD 4, relatif à la mortalité infantile, compte tenu du rôle des femmes, principales responsables des enfants ; pour l’OMD 7 relatif à l’eau, à l’assainissement et à l’environnement, compte tenu, entre autres, du rôle disproportionné que jouent les femmes dans l’approvisionnement en eau ».

OMD 4 : Réduire la mortalité infantile et post-infantile et OMD 5 : Améliorer la santé maternelle
L’amélioration de la santé maternelle et la réduction de la mortalité infantile et post-infantile sont intrinsèquement liées. La politique de l’accouchement et des soins gratuits pour la mère et l’enfant jusqu’à 5 ans au moins devra être plus poussée afin d’en faire une spécificité de notre système de santé. En Afrique subsaharienne, 1 enfant sur 9 meurt avant l’âge de cinq ans, soit 16 fois plus que la moyenne dans les régions développée (4). Des résultats ont été atteints dans la lutte contre la mortalité infantile mais beaucoup reste à faire en raison des progrès de la médecine. 
L’émancipation des femmes est essentielle pour atteindre les OMD. Car la Femme est le plus court chemin vers l’émergence. Comme le rappelle l’écrivain Venance Konan dans un éditorial « Nous n’émergerons jamais tant que nous n’aurons pas libéré nos femmes… Nous ne pourrons jamais avancer en gardant dans les chaînes de nos traditions cette moitié de notre humanité. » Mais il faut reconnaître que l’atteinte de cet objectif relève aussi de la responsabilité première des élites féminines par leur solidarité et la persévérance dans la sensibilisation pour le changement des mentalités. Il faut donc une volonté et des décisions politiques fortes (cadre juridique) (6) pour concrétiser cette aspiration légitime de la Femme à la Dignité. Car il appartient en premier à celle qui donne la vie aux Hommes de les Changer. 

SOSSIEHI Roche, sur son blog "Penseur d'avenir"(Côte d'Ivoire)

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NOTES :
(1) GARAUDY Roger, Pour l'avènement de la femme, Albin Michel, 1981, p. 176
(2) « La Femme, notre Avenir » Fraternité Matin, N° 14.481 et 14.482 : http://lepenseurdavenir.blogspot.com/2013/03/la-femme-notre-avenir.html ; « La Femme, avenir de notre Démocratie» Fraternité Matin, N° 14.715.  http://lepenseurdavenir.blogspot.com/2013/08/la-femme-avenir-de-notre-democratie.html
(3) DUFLO Esther, Le développement humain, Seuil, 2010, p. 22  
(4) ONU, Rapport OMD 2013, pp. 24-25
(5) KONAN Venance, « Emergence 2020 : sortir de notre histoire », Fraternité Matin, N°14.459, p. 2
(6) Cf.  DAGRY Macaire, « L’émergence de la Côte d’Ivoire en 2020 » Fraternité Matin, N°14.672, p. 3

[Lire aussi du même auteur: http://rogergaraudy.blogspot.fr/2013/08/lafrique-la-femme-africaine-la.html]

10 mars 2014

Los integrismos (a propósito de un libro de Roger Garaudy)

 Recién termino de leer el libro de Roger Garaudy 'Los integrismos. El fundamentalismo en el mundo' (1990). Lo cierto es que me resultó decepcionante en cierto sentido y valioso en otro; y sin duda relevante por el tema que trata.Garaudy trata en su libro de diversas formas de integrismo contemporáneo, o lo que su autor asume que son formas del mismo, entre las cuales se encuentran: el cientificismo positivista, el colonialismo europeo, la revolución bolchevique, la Iglesia romana, las teocracias islámicas, y otros. Y mi decepción proviene de la mirada exclusivamente socio política con que el recientemente fallecido intelectual francés (que en paz descanse) aborda el tema.

8 mars 2014

Roger Garaudy: Teilhard de Chardin, le cri de joie de la nature spirituelle acceptant la matière !



Radio-Canada
30 octobre 1982


Invités: Pierre-Paul Grasset, Jean Guitton, Roger Garaudy, Ernest Kahane,
François Russo, Pierre Emmanuel, Madeleine Barthélemy-Madaule

.
Mireille Lanctôt. Roger Garaudy, on dit que Teilhard a fasciné même les marxistes —dans le fond vous en êtes un — comment expliquer cela?

6 mars 2014

Il y a dialogue et dialogue

Je suis connu, ici ou là, comme un homme de dialogue.
Mais je me refuse à considérer le dialogue comme une nouvelle
stratégie. Certes, dans notre subconscient, nous ne
voulons pas conquérir et nous voulons comprendre. Cependant
on dialogue souvent avec la conviction inconsciente,
profonde, parfois même secrète, que c'est moi qui,
étant disposé à vous écouter et à changer quelques petites
choses en moi, ai raison. Or ce genre de dialogue n'a
rien à voir avec un vrai dialogue, c'est-à-dire celui qui
ne repose pas sur un agenda, celui qui ne connaît pas de
"non negotiable questions", celui dans lequel tout est
susceptible de pouvoir être contesté. Bref, je fais la
différence entre le dialogue dialectique et le dialogue
dialogal.
L'Eglise catholique, au Concile Vatican II, pour la première
fois que je sache, a donné une description positive
et sympathique des autres religions et a (un vrai tour
de force !) décrit en peu de lignes l'indouisme, le judaïsme
et les autres religions. Mais elle n'a pas senti
la nécessité d'inviter, et les Musulmans, et les Indous,
et tous ceux qui représentent le sujet dont elle entendait
parler. Des théologiens catholiques, avec quelques
experts protestants, ont rédige ce texte. Le texte est
magnifique ; c'est une réussite ; mais on n'a pas écouté
l'autre en tant qu'autre.
Assurément le dialogue crée un risque parce qu'on ne sait
pas, au préalable, quel est le résultat du dialogue. De
ce point de vue, je crois que ni le Conseil oecuménique
des églises, ni le Vatican ne sont encore prêts à des
dialogues dont ils craignent que les résultats ne soient
trop révolutionnaires. Mais nous marchons dans la bonne
direction.
Peut-être pourrais-je expliquer ce que j'entends par
dialogue dialectique et dialogue dialogal. Dans le dialogue
dialogal, je ne suis là ni pour convaincre l'autre,
ni pour mettre en lumière mon point de vue, mais pour me
laisser connaître parce que l'autre est essentiel pour la
connaissance même que j'ai de moi. Nous vivons tous dans
le mythe: dans mon premier sutra, quand j'ai fait une
phénoménologie du mythe, je disais ; le mythe est ce en
quoi nous croyons sans croire que nous y croyons. Ou
encore ; ce qui va tellement sans dire qu'on ne le dit
pas. Or j'ai précisément besoin de l'autre pour comprendre
ce sur quoi je m'appuie, et que je vois mal, et qui est
peut-être contestable si l'on se place à un autre point
de vue que le mien.

Extrait de Foi et solidarité des peuples, n°5, avril 1981
Le Centre "Foi et solidarité des peuples" a été créé conjointement en janvier 1976, par le Comité catholique contre
la faim et pour le développement, 1'Institut catholique de Paris et l'Union nationale des Centres d'étude et
d'action sociales. Le Centre Sèvres, le Centre pastoral Halles-Beaubourg et le Secrétariat tiers-monde de la Mission de France en sont maintenant parties prenantes.
 





Dans ce livre figurent notamment 
des textes de Roger Garaudy 
et Raimundo Pannikar






4 mars 2014

Ukraine-Russie: "Il faut avoir le talent intellectuel et la grandeur d’âme de Malek Bennabi ou de Roger Garaudy pour voir les changements du monde...dans cette région du monde"

Russie : Tolstoï, Dostoïevski et Poutine

Par Omar MAZRI


L-emergence-des-BRICS-focus-sur-l-Afrique-du-Sud-et-le-Bresil
« Il faut être un grand homme pour savoir résister même au bon sens.  » écrivait Dostoïevski dans « Les démons ». Nous allons suivre ce conseil et résister au tapage médiatique et à sa « vérité » criarde et obscène sur la Russie et l’Ukraine comme nous avions déjà résisté sur les évidences en Libye et en Syrie. C’est une obligation de santé mentale, de dignité humaine que de refuser l’aliénation ou l’alignement sur un agenda qui n’est pas le nôtre.
A quelqu’un désireux de savoir comment il pouvait démontrer que la Russie détenait l’héritage du Christ, Dostoïevski répondit sans hésiter : « Si l’Occident nous demande quelle grande œuvre nous sommes capables de tirer du trésor de notre esprit, nous nous réclamerons de Tolstoï et de son Anna Karénine ; cela suffira. »
Celui qui a lu les grands romans russes et l’art des auteurs russes de conjuguer les singuliers de la psychologie, du social, du religieux, du paradoxe, du politique, de l’économique et du psychologique à l’universel de la tragédie humaine ne peut parler de la Russie passée ou actuelle avec mépris et arrogance. Oublier la grandeur de la Russie, de son territoire, de ses ressources, de ses peuples, de sa littérature, de sa spiritualité, de ses révolutions, de ses tragédies, de sa peinture, de sa musique, de son histoire, c’est faire preuve d’inculture.
Même l’analphabète qui ne sait lire ni roman, ni poésie, ni Coran, ni Bible, ni livre de recettes de cuisine sait par éducation, par instinct, ou par l’humanité qui l’habite, qu’il ne faut pas mépriser autrui et qu’il ne faut pas s’avancer à juger le passé ou l’avenir d’un homme ou d’un pays sur un fait. Le bon sens dit toujours que les choses sont plus simples et qu’il faut chercher ce qui se cache derrière les embrouilles. Il nous dit aussi que le simplisme réducteur est infantilisant, car il cache un paternalisme qui impose une tutelle. La littérature russe met en scène la confrontation entre le cynisme et l’arrivisme au bon sens populaire. L’Occident n’entent et n’écoute que ses axillaires qu’il a formatés et qui parviennent à le manipuler dans une relation perverse où il est difficile de voir le dominant du dominé, le manipulateur du manipulé. La relation est diabolique.
Les dirigeants occidentaux et leurs cabinets se montrent de plus en plus comme des bureaucrates narcissiques et diaboliques que comme des gouvernants avisés et cultivés. Ils ne connaissent rien, ni de la Russie ni de leurs propres peuples.
Si en Géorgie, en 2008, l’Occident pouvait se montrer « scandalisé » de la réaction de Poutine qui a admirablement manœuvré en faisant mordre au serpent sa propre queue. Aujourd’hui, le tapage médiatique russophobe et le cirque du filousophe de tous les temps ne peuvent cacher l’incurie et l’inculture de l’Occident qui sont en train d’accélérer son déclin devant la résurrection de la Russie et de l’Église orthodoxe.
J’ai écrit, par le passé, sur l’Afghanistan en montrant comment le commandant Messaoud a été monté en héros par BHL pour effacer Qalbu Eddine Hikmatuyar. Les gens avisés, instruits et cultivés savent que les malheurs actuels de l’Afghanistan sont en partie dus à l’administration américaine et à ses alliés arabes et musulmans : l’Arabie saoudite, l’Egypte et le Pakistan. Notre filousophe botuste était le mouharraj médiatique. Les musulmans, habitués aux gesticulations du manipulé impuissant, sont incapables de faire une lecture géopolitique convenable en temps réel, en temps différé ou à postériori. Et pourtant le projet Eurasie est un projet de convergence historique, idéologique, politique, culturel et économique crédible et intéressant pour les peuples musulmans et une partie de l’Afrique, de l’Europe et de l’Asie. Ils préfèrent une guerre civile en Syrie, une destruction de la Libye et une guerre contre l’Iran pour épuiser leurs ressources. Très peu parviennent à faire le lien entre un Empire agonisant et un nouveau monde en émergence dans lequel ils doivent trouver leurs repères et leurs places comme acteurs ou comme partenaires.
Les principaux commandements qui gouvernent la politique américaine sont en train de se vider de leur substance et de leur efficacité. La violence, le dollar, la profondeur stratégique de la mentalité insulaire héritée de l’Empire britannique, la vassalisation, l’idée de grandeur civilisationnelle ne sont pas un dilemme pour la Russie qui sait les contrer avec intelligence et efficacité. Elle montre son savoir-faire comme une voie à suivre.  L’Occident est sans voix et sans voie, car face à lui il y a un projet de civilisation rival, même s’il a les mêmes apparats matérialistes et capitalistes. Les fondements historiques, culturels et spirituels ne sont pas les mêmes. Il ne s’agit pas d’idéaliser la Russie ou de fétichiser son chef, mais de rappeler qu’elle est dans son aire naturelle et que l’Occident joue le rôle d’intrus. Face à l’intrusion, les Russes jouent leurs atouts et le cas échéant ils joueront leur survie.
Il faut avoir le talent intellectuel et la grandeur d’âme de Malek Bennabi ou de Roger Garaudy pour voir les changements du monde et les voir sous cette perspective et dans cette région du monde. Au lieu d’épuiser l’énergie dans un dialogue avec le Vatican qui continue de ne pas reconnaitre Mohamed (saws), le Coran et l’Islam, il aurait été plus intéressant de dialoguer avec les peuples et les Églises orthodoxes d’Orient et de Russie loin des nationalismes exacerbés instrumentalisés par la géopolitique anglo-saxonne.
Les élites occidentales sont en train de se conduire comme les « élites » arabes et musulmanes : des fragments dispersés et mortifères sans projet ni culture que met en mouvement la rente économique et la mégalomanie de celui qui n’a plus les moyens d’entretenir ni sa grandeur ni ses fantasmes sur la grandeur.
La Syrie et l’Iran qui étaient un enjeu stratégique pour la Russie ont, après la Géorgie, permis à Poutine de réveiller l’âme russe et de remettre à l’ordre du jour le projet des poètes et des gouvernants russes : l’Empire russe. Staline et plus tard Gorbatchev et Eltsine sont des accidents de parcours. La Russie a sans doute tiré les leçons de son histoire tragique ainsi que celle de la bataille stratégique sur la Syrie qu’elle a remportée. La prochaine bataille est d’ordre vital : l’espace russe avec sa profondeur culturelle, économique, militaire et historique…
Les incultes de l’Occident vont fatalement se trouver devant la réalité de la géographie, de l’économie, de l’histoire, de l’armée et de la mentalité collective russes. Les incultes de l’Orient doivent se réveiller de leur léthargie et voir qu’au moment où l’Ukraine focalise l’attention, le Liban la Palestine et l’Iran sont la cible réelle de visées de plus en plus inquiétantes. Par ailleurs il n’est ni logique ni juste que les communautés musulmanes et chrétiennes de Syrie soient punies pour leur neutralité.
A quelques années après la guerre de libération nationale alors que ma famille éprouvait de la fierté pour le premier diplômé de la famille dans la filière des mathématiques, j’avais découvert la littérature russe. J’étais tellement fasciné que je ne dormais plus, je séchais mes cours, je ne faisais que lire roman sur roman, auteur sur auteur. J’ai connu des Russes, plus tard, et je les ai cru lorsqu’ils me disaient que lire Tolstoï, Gorki, Tchekhov, Dostoïevski en russe est fascinant.
Lorsqu’on constate l’effarement des médias et des officiels du déploiement silencieux et efficace des Russes en Crimée on ne peut manquer de se rappeler Léon Tolstoï qui disait dans « Guerre et paix » :
« La vérité doit s’imposer sans violence.  »
« Ce n’est pas la violence, mais le bien qui supprime le mal.  »
Notre imaginaire, ce stock d’images mentales de ce qui a été lu, entendu, vu et pensé, nous permet d’imaginer tant pour l’Ukraine que pour la Région, la violence et le bien versus russe et versus occident. Pour l’instant le système est sans imagination. Il est une nouvelle fois mis dans la posture du serpent qui se mord la queue.
Lorsque Poutine réagit aux imbécilités de l’OTAN et de la Maison-Blanche en disant que si la Russie est menacée il transformerait l’Occident en « boule de feux », la presse système tente de le tourner en ridicule. En réalité, elle exprime la peur au ventre du serpent qui se mord la queue chaque fois que sa morsure lui fait mal au point de ne plus sentir le venin qu’il s’est injecté :
« Face à une valse-hésitation entre guerre et paix, les éditorialistes occidentaux estiment que Vladimir Poutine assoit son pouvoir à court terme, mais n’emploie pas une bonne stratégie pour l’avenir. » [...]
Le Russe, qui se croit non seulement le plus proche du message de Jésus, mais le sauveur de l’humanité mise en périls par les démons occidentaux, dit sous la plume de Dostoïevski :
« La peur de l’ennemi détruit jusqu’à la rancune à son égard. »
Les médias qui paniquent sont contents d’annoncer la baisse de la Rouble russe, mais ils sont tellement ignorants et méchants qu’ils ne savent pas que les exportations russes vers l’Allemagne vont augmenter et que l’idiotie américaine d’exclure la Russie du G20 ne fait pas les affaires de l’Allemagne.
Comme toujours la Poire et la Fève sont dans un surréalisme comique qui n’impressionne que les officiels et intellectuels africains et maghrébins. Ils sont dans l’adaptation de la réalité du monde à leur microcosme parisien. Ils se comportent comme Hollywood ou le cinéma français  lorsqu’il a adapté le chef d’œuvre de Tolstoï que Dostoïevski cite comme preuve de la grandeur et de la spiritualité de la Russie : Anna Karénine.
Tolstoï a fait d’un drame humain universel peint comme une fresque psychologique et sociale une affaire de bals, de costumes, de regards langoureux, de fornication, d’adultère. La passion humaine, la quête de l’absolu, le doute, le paradoxe, le changement psychologique, la mise en abime qui se réalise comme une fatalité, les frivolités et l’hypocrisie de l’aristocratie face aux malheurs des humbles que Tolstoï a peints ne peuvent être du gout de la gent lettrée mais inculte  qui hante les salons et les antichambres du pouvoir et de l’opinion publique.
En restant sur une note littéraire sans pessimisme ni optimisme, posons-nous la question sur qui devrions-nous imputer cette image de Tolstoï sur Anna Karénine :
« Elle n’éprouvait plus envers son mari que la répulsion du bon nageur à l’égard du noyé qui s’accroche à lui et dont il se débarrasse pour ne pas couler. »
À quel personnage pourrions-nous imputer, en ces temps de crise, cette sentence qui ouvre le roman de Tolstoï « Anna Karénine » et annonce la tragédie qui s’y joue :
« Je me suis réservé à la vengeance », dit le Seigneur.
Le roman russe est une lecture addictive ! Pour avoir le talent russe il faut baigner dans cet univers où la peinture, la musique, la spiritualité, la logique et le fantastique côtoient la dure réalité de l’existence terrestre, de ses conflits, de ses contradictions… pour raconter l’universel habillé en russe ou habité par un Russe. Il faut comme le disait Tolstoï tremper sa plume dans sa propre chair et son propre sang pour parler de l’humain.

Omar MAZRI 
 www.liberation-opprimes.net

Coup de force occidental en Ukraine



Par Camille Loty Malebranche

Toute raison politique qui fait abstraction des rapports de force par l’obsession d’un empire à vouloir faire du monde entier sa basse-cour nonobstant les situations géopolitiques concrètes de ses cibles, est vouée à l’échec. L’obsession hégémonique sans considération des pôles d’influence n’est que géostratégie grossière et bellicisme inavoué. En relations interétatiques, l’ignorance intransigeante des rapports de force est toujours corruption de la raison politique quelles que soient les arguties et ratiocinations d’idéologues et de propagandistes d’empires qui accusent et dénigrent les autres puissances les empêchant de réaliser leur plan expansionniste de conquête. Et chose pérenne de l’histoire, pousser une puissance mondiale dans des circonstances dont l’acceptation signifierait pour elle de perdre la face, est toujours une déclaration de guerre même si elle est accoutrée de mots et de manières.

Le déferlement de l’impérialisme occidental dans les événements actuels en Ukraine, n’est pas sans nous alerter sur les dangers du bellicisme primitif, de la violence primaire des establishments d’un occident malade de sa raison, fourvoyé en sa rationalité de frénésie hégémonique. Rationalité spectrale, somme toute monstrueuse et tératogène. Rationalité grimaçante à l’heure du déclassement des puissances dudit occident dont la mainmise planétaire successivement colonialiste et néocolonialiste a été quasi totale pendant les cinq derniers siècles de l’histoire. Bellicisme aveugle et sot qui ne changera pas l’ordre de la multipolarité commencée en ce siècle, mais qui mettra inutilement le monde au bord d’hécatombes guerrières évitables.

En aucun cas, la Russie ne saurait accepter le coup de force occidental en Ukraine, à moins de consentir à perdre tout respect militaire, politique ou diplomatique, de renoncer totalement à être une puissance planétaire majeure naturellement dotée de son giron et d’abandonner tout rôle à jouer dans la politique mondiale et tout droit de regard sur les problèmes du monde. Et, disons que, vu le stade actuel de l’histoire où tout est tentative géostratégique de l’occident pour cibler le territoire russe, si moralement tout hégémonie est indue, celle de la Russie sur l’Ukraine tient de l’autodéfense et est donc compréhensible, ce, sans considérer l’aspect des
liens historiques, géographiques voire ethnolinguistiques entre les deux pays. Là, nous sommes loin de la domination étasunienne en Corée du sud ou à Taïwan.



Rationalité d’empire et danger de guerre

Une rationalité d’empire qui n’évolue pas pour ajuster ses ambitions et limites aux exigences de la marche de l’histoire, ne peut que basculer dans l’illégitimité et la provocation contre des puissances de pôles et espaces géopolitiques et économiques étrangers à son emprise.

L’occident ne fait que se pâmer dans la rêvasserie du maintien d’un ordre unipolaire du monde sous son sceptre, alors qu’il devrait s’atteler à consolider sa prépondérance dans l’étendue encore immense de ses patelins, notamment en changeant de méthode vis-à-vis des peuples et États de son giron, qu’il a martyrisés par son colonialo-esclavagisme et son impérialisme barbare et dévorant durant le dernier demi-millénaire.

Alors que la véritable raison politique en relation interétatique, surtout quand il s’agit de puissances militaires égales, est emmétropie, la cécité d’une rationalité fondée sur la cupidité, la rage d’expansion géopolitique, finit par rendre abjecte ladite raison. La folie de règne et la mégalomanie des establishments occidentaux de vouloir être maîtres de la planète à monopoliser - s’érigeant tyranniquement accapareurs des vies et des ressources de la terre entière - est vaine et dangereuse pour le minimum de paix et d’équilibre mondial. Une telle rationalité de prédation internationale sans limite ni retenue, ne fera qu’accroître horreurs et misères en ce vingt-et-unième siècle, tout en y multipliant les risques de conflagrations potentiellement apocalyptiques pour le monde que menace la horde des monstres du délire géostratégique, voraces vampires d’une hégémonie à tout coup férir et sans borne.


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Note de Roger Garaudy à François Mitterrand (1981) sur la renaissance de la culture



1 mars 2014

Où est le diable ? Contre la destruction de l'homme. Sur le réalisme dans l'art




Le mois dernier à Marienbad
Par Roger Garaudy
Les lettres françaises, n°1099, 30 septembre 1965

   L’artiste construit une réalité nouvelle à partir des matériaux empruntés à la réalité humanisée de son temps, et selon des méthodes, des techniques, des lois correspondant au degré de développement de la société. Cela est vrai de l’Iliade, comme d’une mosaïque de Ravenne, des fresques de Piero de la Francesca comme de Macbeth, du Château de Kafka comme du Guernica de Picasso. L’expression de la destruction et la protestation contre elle peuvent donc prendre des formes multiples, et rien n’est plus appauvrissant en esthétique que d’identifier le réalisme avec une seule de ses formes : opposer Balzac à Kafka ou Kafka à Balzac.
   Il est vrai que dans la Comédie humaine ou dans Le rouge et le noir, nous pouvons lire la loi entière d’une époque et nous sentir à tel point, avec les héros, broyés dans l’engrenage d’une société, que la pesée même de ce destin inexorable suscite en nous la révolte contre la destruction de l’homme.
   Avec une technique littéraire semblable, Robert Merle, dans La mort est mon métier, en nous racontant à la première personne la vie du bourreau d’Auschwitz, construit un « modèle » de la tragédie hitlérienne, avec son comportement et sa logique, et appelle en nous la révolte contre le système de la destruction de l’homme.
   Mais n’en est-il pas de même avec le réalisme fantastique de Kafka ? Est-ce que Le Procès, le Château ou La colonie pénitentiaire, ne créent pas de grands mythes révélateurs des forces de la destruction à l’œuvre dans notre société et rendant l’aliénation plus insupportable par la conscience de l’aliénation ? Pour nous rendre plus vivement sensible, ce que nous risquons, dans notre vie quotidienne, de trouver normal simplement parce que c’est coutumier, il nous arrache aux cadres habituels du temps et de l’espace, et l’horreur de la destruction, ainsi isolée, devient plus évidente. Comment pourrions-nous, sans nous mutiler nous-mêmes, exclure du réalisme des œuvres qui nous aident à prendre conscience des réalités les plus profondes et les plus menaçantes de notre époque ? Comment exclure du réalisme une œuvre comme le Guernica de Picasso, le « modèle » le plus saisissant des cruautés et des grandeurs de notre siècle, et par là même le plus formidable cri de colère et d’espoir contre les forces de destruction de l’homme ? Comment parler de « déformation » lorsque Picasso crée une « seconde nature » (pour reprendre l’expression de Goethe, de Marx et de Baudelaire) qui est une « contre-nature » difforme et accusatrice, en même temps que, pour la maîtrise et la majesté de la construction de l’œuvre, il affirme la grandeur de l’homme et sa victoire, comme si Picasso nous disait par la seule forme plastique du tableau : « Regardez, il y a le chaos, mais il existe des forces capables de le surmonter ».
   L’on ne sort pas du réalisme si le temps romanesque n’est plus le temps linéaire, homogène et irréversible de Balzac ou si l’espace pictural se définit par d’autres conventions que celles de la perspective de la Renaissance.
   La lutte contre la destruction peut donc être menée à partir de conceptions profondément différentes de la forme que peut prendre le réalisme à notre époque.
   Mais les réalismes ne se différencient pas seulement par leur forme, mais aussi par leurs perspectives.
   L’ouvrage qui dessine avec le plus de force nos perspectives, Le Capital, de Marx, est un « modèle » scientifique remarquable rendant compte du comportement et de la logique interne du capitalisme au milieu du XIXe siècle, et comme tout « modèle » scientifique valable, il a un caractère prospectif, c’est-à-dire qu’il permet, non seulement de comprendre le comportement et la dialectique interne du système étudié, et d’agir sur lui, mais d’en prévoir des conséquences inaccessibles à l’observation empirique, de discerner, par exemple, les causes de son autodestruction, d’en précipiter le terme et d’élaborer les, grandes lignes d’un autre système d’organisation des rapports sociaux échappant à ces contradictions.
   Jamais le mécanisme de la destruction de l’homme, ou plutôt sa dialectique interne, n’avait été découvert avec autant de puissance et, par là même, même, n’avait été donnée à l’homme une arme plus efficace pour combattre cette destruction.
   Est-ce à dire que désormais seule sera considérée comme réaliste et comme progressiste toute œuvre en laquelle nous pourrons reconnaître, en filigrane, cette perspective, et considérée comme décadente toute œuvre d’où cette perspective est absente ?
   La lutte contre la destruction peut être menée à partir de perspectives qui ne sont pas les nôtres.
   Un écrivain catholique, comme Bernanos, qui dans son Journal d’un curé de campagne avait exprimé le tragique chrétien sous sa forme la plus âpre, est le même homme qui a dénoncé, avec tant de force, la destruction franquiste dans son livre Les Grands cimetières sous la lune. Contre Franco il ne défendait pas la démocratie, car Bernanos était monarchiste. Il ne défendait pas un humanisme, car sa conception mystique du christianisme en était l’antithèse. Il défendait l’honneur de Dieu contre une utilisation politique de la religion. Par là même, il défendait l’honneur de l’homme, son imprescriptible droit de changer la vie et de vivre d’une vie nouvelle.
   Car cette dimension de l’homme a été apportée par le christianisme. Grâce au grand humanisme grec l’homme a pris conscience qu’il était une partie du « cosmos », d’un monde harmonieux et soumis à des lois. Le christianisme a intégré cet humanisme et l’a pourtant brisé en faisant prendre conscience à l’homme – même si c’était sous une forme mystifiée, en en faisant le citoyen d’un autre monde, céleste et non terrestre – que le présent était le moment de la décision, celui qui peut inaugurer un nouvel avenir. « Le christianisme, écrit le grand théologien Karl Rahner, est essentiellement la religion de l’avenir absolu. Le marxisme ne peut pas abandonner cet héritage sans cesser d’être lui-même, sans figer en une conception scientiste du destin ce qui est son essence même : une méthodologie de l’initiative historique, et son humanisme original, qui consiste à créer un « modèle » d’organisation des rapports sociaux, permettant à chaque homme d’être un homme, c’est-à-dire un créateur.
   Cette nécessaire intégration permet d’étendre et d’approfondir la notion du réalisme, car la réalité de l’homme, c’est-à-dire du créateur, c’est non seulement ce qu’il est  mais ce qu’il n’est pas, tous les possibles qu’il pourra réaliser par son acte créateur. Le réalisme peut suggérer et appeler tout cela à la vie . Il y a un réalisme de l’absence. Notre grand poète Reverdy avait fondé son esthétique sur cette réalité de l’absence, et le peintre Paul Klee donnait pour mission à l’art de « rendre visible l’invisible ».  Les plus grands écrivains

chrétiens ont tenté cette entreprise. François Mauriac, lorsqu’il évoque la terrible figure de Thérèse Desqueyroux , nous dit dans son journal : « Si criminelle qu’elle soit, il n’y a pas en elle la seule chose que je haïsse dans un être humain : la suffisance et la satisfaction de soi ». Il suggère ainsi, en n’en montrant que le négatif, ce que pourrait être la présence de ce que les théologiens appellent « la grâce ». Ce réalisme n’est donc pas seulement critique : le philosophe catholique Gilson aime à dire que toute grande œuvre d’art est « un rappel de transcendance ». Il y a là, je crois, à travers le langage et les mystifications de la théologie, une grande vérité qu’un marxiste ne peut ignorer. Sans doute, pour un matérialiste et un athée, la transcendance n’est pas un attribut de Dieu, mais une dimension de l’homme : le pouvoir de dépasser toujours ce que l’on est et de créer son propre avenir. Sartre n’a pas eu tord de tenter la laïcisation de cet apport chrétien de la subjectivité et de la transcendance, même s’il l’a fait d’une manière que nous ne pouvons accepter.
   Nous pouvons donc dire, nous aussi, que toute grande œuvre d’art nous rappelle ce pouvoir créateur, nous ouvre à un avenir possible, nous enjoint de devenir autre chose et plus que nous ne sommes et n’avons été. Pour nous, marxistes, « rappel de transcendance » signifie « réveil de responsabilité », de responsabilité envers l’infini des possibles.
   Cela même nous interdit d’opposer radicalement réalisme critique et réalisme socialiste. Tout grand réalisme critique n’est critique que parce qu’il élève au-dessus de la réalité, ou qu’il suggère à travers elle, l’exigence positive d’une autre vie. Le Soulier de satin, de Claudel, ou L’Annonce faite à Marie, n’ont de sens que par cette réalité toujours absente et toujours nécessaire, qui est l’âme même de l’œuvre et l’appel lancé à l’homme.
   Quand au réalisme socialiste, il ne serait même pas un réalisme s’il n’était pas, en même temps, réalisme critique : l’accord fondamental de l’artiste avec le monde en train de naître ne peut le conduire à un art purement apologétique de « héros positifs » parfois aussi ennuyeux que les « vies des saints » parce qu’ils prétendent apporter des réponses toutes faites, alors que le héros tragique d’Antigone au Fou d’Elsa, est toujours une question et nous contraint à nous poser des questions. L’art d’idéalisation du réel est le contraire même du réalisme. Les oeuvres les plus bouleversantes de l’art soviétique, des Bains de Maïakovski au Don paisible de Cholokov, du Ciel pur de Tchoukraï aux poèmes de Tvardoski, sont grandes précisément par l’exigence critique à laquelle elles font appel, par leur lutte contre la « suffisance » et la « satisfaction de soi » que haïssait Mauriac et qui sont aussi détestables et irréalistes en régime socialiste que partout ailleurs.
   Cette prise de conscience de la diversité des formes et des motivations de la lutte contre la destruction permet seule le dialogue entre tous les écrivains et artistes qui participent à cette lutte, que ce soit au nom de la transcendance de Dieu ou au nom de l’avenir de l’homme.
   Ce dialogue n’a pas une signification seulement tactique : il s’agit d’unir les efforts de tous contre les forces de destruction qui nous menacent, mais il s’agit plus encore de  réaliser cette unité avec la certitude que chacun de nous a quelque chose à apprendre de l’autre, qu’aucun de nous ne peut s’installer dans sa vérité et adopter à l’égard de ceux qui ne la partagent pas une attitude purement pédagogique ou thérapeutique. La réalisation de l’homme total au nom duquel peut se mener le combat contre la destruction exige que nous n’omettions aucune des dimensions de cet homme : je suis convaincu, par exemple, que les marxistes peuvent amener les chrétiens à réfléchir sur la dimension historique de l’homme et sur les conditions de l’efficacité de son action, mais je ne suis pas moins convaincu que les chrétiens peuvent amener les marxistes à réfléchir sur d’autres dimensions de l’homme, celles, par exemple, de la transcendance, de la subjectivité et de l’amour. Lorsque Aragon, dans Le fou d’Elsa, consacre l’un de ses plus beaux poèmes à Saint Jean de la Croix, il nous rappelle cette vérité majeure que le marxisme s’appauvrirait si le sens chrétien de la transcendance et de l’amour lui devenait étranger.
   A notre époque, où les peuples colonisés conquièrent leur indépendance, ce dialogue prend une dimension nouvelle :  l’Occident a cessé d’être le seul centre d’initiative historique et, de nos jours, un humanisme authentiquement universel se doit d’intégrer les valeurs créées dans d’autres aires de civilisation, en Afrique ou en Asie par exemple.
   Les arts plastiques ont ici devancé l’histoire en intégrant à leurs recherches ce que l’estampe japonaise et la peinture Song, ce que les imagiers de l’Amérique pré-colombienne ou de l’Océanie, ce que les sculpteurs noirs, pouvaient leur apprendre dans l’art de rendre visible l’invisible.
   Nul ne saurait aujourd’hui, sans verser dans une nouvelle forme du racisme ou du colonialisme intellectuels, qui sont parmi les pires forces de la destruction de l’homme, prétendre constituer un humanisme authentiquement universel, sans intégrer les apports de la culture de tous les temps et de tous les peuples.







Sur le livre de Garaudy "D'un réalisme sans rivages", lire la préface d'Aragon


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