9 janvier 2014

Songes et mensonges de l'Occident



Il ne s'agit nullement de nier les apports de l'Occident. Il s'agit
de leur donner leur place, toute leur place, mais rien que leur place,
et surtout d'ordonner les pouvoirs de la science et des techniques à
des fins conscientes proprement humaines.
Ainsi seulement pourra se poursuivre humainement l'épopée
humaine commencée i l y a trois millions d'années.
Un cosmonaute, foulant le sol de la lune, écrivait à son retour :
« Vue d'ici la terre était belle, lumineuse ; elle était une et pacifique
». Pour la première fois un oeil humain apercevait la terre
dans sa totalité. Sans frontières, dans un espace sans horizon borné.
Parviendrons-nous à la saisir ainsi dans le temps ? Dans l'unité
de son histoire ? Depuis les premières aurores des civilisations,
depuis les premières incandescences de la pensée et de l'amour, jusqu'à
notre espérance et notre projet d'unité humaine.
Il est dès maintenant possible, pour changer fondamentalement
les rapports sociaux :
* De créer une nouvelle croissance qui ne soit plus la croissance
broyeuse des hommes et de leur liberté, une nouvelle croissance
qui ne conduise plus à un prétendu « équilibre de la terreur », principale
menace contre la paix et la sécurité des peuples. Une croissance
non plus quantitative mais qualitative, semblable à celle
qu'une mère rêve pour son enfant et chacun de nous pour ceux
qu'il aime. Une croissance au sens où l'entendait Saint Grégoire de
Nysse lorsqu'il écrivait : « Dieu c'est l'éternelle découverte de l'éternelle
croissance. »
* D'ouvrir l'Europe au monde et d'abord au « Tiers Monde », en
se mettant à l'écoute des autres cultures, car les problèmes posés
par le modèle occidental de croissance sont posés à l'échelle planétaire
et ne seront résolus que par une concertation planétaire avec
les peuples, les cultures et les sagesses de trois mondes. C'est l'une
des conditions primordiales d'une paix véritable, c'est-à-dire sans
injustice et sans domination.
* De transformer radicalement l'éducation en ne lui donnant
plus pour objet d'adapter l'homme aux besoins de l'ordre existant
mais d'inventer le futur : il faut pour cela apprendre à l'enfant que
le monde n'est pas une réalité toute faite, inexorable, mais une
oeuvre à créer.

La première tâche des « intellectuels » est de démasquer le langage
menteur des manuels scolaires, des « médias » qui servent à
l'Occident pour maintenir son hégémonie par les idéologies trompeuses
de leur « modernité ».
Il n'est pas un seul des postulats de cette prétendue modernité
qui ne soit un mensonge.
Et d'abord ceux de la démocratie, de la défense des droits de
l'homme, de la liberté.
La démocratie a toujours été le camouflage d'une minorité, des
propriétaires d'esclaves aux maîtres de la richesse.
Ce que l'on appelle la « démocratie athénienne » au temps de
Périclès et que l'on donne comme exemple, (comme la « mère des
démocraties »), était le gouvernement de 20 000 citoyens libres sur
100 000 esclaves dépourvus de tout droit. Il s'agissait d'une oligarchie
esclavagiste baptisée « démocratie » !
Démocratie pour les maîtres, pas pour les autres.
La Déclaration d'indépendance des États-Unis proclame l'égalité
des droits pour tous les hommes. Après cette déclaration solennelle,
elle maintient l'esclavage pendant plus d'un siècle, et la discrimination
à l'égard des Noirs jusqu'à nos jours.
Démocratie pour les Blancs, pas pour les Noirs.
La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, de la
Révolution française affirme superbement : « Tous les hommes
naissent libres et égaux en droits », mais la Constitution censitaire,
dont elle est le préambule, exclut du droit de vote les 3/4 des
Français parce que leur pauvreté en fait des « citoyens passifs ».
Démocratie pour les riches, pas pour les pauvres.
Il en est de même pour les « droits de l'homme ».
Ils sont inscrits dans la « Déclaration Universelle des Droits de
l'homme » des Nations Unies, en 1948.
Et tous sont des abstractions en contradiction flagrante avec la
réalité. Pour ne retenir que deux exemples :
- que signifie proclamer « le droit au travail » quand le système
engendre des millions de chômeurs et ne cesse d'en accroître le
nombre ?
- que signifie le « droit de vote » lorsque, depuis longtemps, le
billet de banque a supplanté le bulletin de vote ?
Pas seulement parce qu'aux États-Unis, par exemple, i l faut 500
millions de dollars pour mener une campagne électorale pour être
sénateur ou « représentant », mais parce qu'en tous les pays la
richesse permet d'acheter les deux instruments essentiels du pouvoir
: les médias pour manipuler les opinions publiques, et les
industries d'armement, pour les convaincre en dernier ressort.
Cette « Déclaration » est « universelle » !
Tout le monde peut se réclamer des droits de l'homme : l'égalité
est parfaite devant la loi. Le chômeur et le milliardaire ont un droit
égal à fonder un journal ou à créer une chaîne de télévision. Cette
égalité devant la loi est telle qu'il est également interdit à ce milliardaire
ou à ce chômeur de voler un pain : ils seront passibles des
mêmes peines.
Il est d'ailleurs remarquable que ceux qui s'autoproclament
« défenseurs des droits de l'homme » à l'échelle mondiale, par
exemple le G7 (le gang des 7 pays les plus riches du monde) qui
réunit à Lyon (1996) ses dirigeants pour « lutter contre le terrorisme
», soit constitué par les chefs des États les plus « terroristes » du
monde et les pires violeurs des droits de l'homme. Non seulement
par leur passé lointain (le massacre des Indiens d'Amérique, la
Traite des esclaves noirs, le colonialisme en général), mais par leurs
crimes proches, comme les semeurs d'Apocalypse au Viêt-Nam
avec le napalm, les fournisseurs d'argent, d'armes et d'instructeurs
aux tortionnaires du Rwanda et qui sont ainsi responsables de
400 000 morts - les coupables actuels de la mort de 250 000 enfants
de moins de cinq ans dans les hôpitaux (chiffre de l'Organisation
mondiale de la santé) et d'un nombre de même grandeur à l'extérieur
par le maintien de l'embargo en Irak. Et, nous ne le répéterons
jamais assez souvent, ceux dont le modèle de croissance « libéral »
impose au reste du monde l'équivalent de morts d'un Hiroshima
tous les deux jours.

Ces étranges professeurs de morale donnent au monde
l'exemple de « l'intégrisme » le plus radical.
L'intégrisme, c'est la prétention de posséder la vérité absolue et,
par conséquent, de s'arroger le droit (et même le devoir !) de l'imposer
aux autres. L'exemple le plus parfait de l'intégrisme, c'est le
colonialisme, dont le double prétexte idéologique fut d'abord
« l'évangélisation » pour imposer au monde sa propre conception
de la religion, les militaires et les marchands se chargeant du reste,
c'est-à-dire du massacre et de l'exploitation. Puis avec les mêmes
exécutants, quand la religion fut en recul, l'apport au monde de sa
« modernité ».
Quand le colonialisme s'unifia sous la direction de États-Unis, le
« nouvel ordre international » ne fut rien d'autre que la perpétuation
de l'ancien désordre colonial, au nom, désormais, du « libéralisme
économique totalitaire » rendant plus efficace encore la domination
et la décimation du monde, mais par des moyens économiques
(sans exclure la destruction militaire). Après l'abolition de
« l'apartheid » en Afrique du Sud, le sionisme israélien, qui en fut
le meilleur allié, est le dernier représentant du colonialisme classique,
c'est-à-dire racial.
Les autres intégrismes ont été engendrés par une révolte contre
ces intégrismes fondamentaux de l'Occident et de ses complices,
(d'Israël à l'Arabie Saoudite, de l'Iran du Shah au Zaïre de
Mobutu).
La « Révolution culturelle » de Chine fut le premier exemple de
rejet en bloc de l'Occident, avec ses excès (depuis la répression brutale
jusqu'à « Beethoven, musique bourgeoise » !).
L'Iran de Khomeyni a constitué un phénomène semblable de
rejet d'un mode de vie (et aussi de torture et de mort) étranger à sa
culture plusieurs fois millénaire.

Tous les autres « intégrismes » (avec leurs excès, et souvent leurs
archaïsmes), sont des réactions aux intégrismes fondamentaux de
l'Occident pour défendre leur identité. Cette réaction est souvent
passéiste parce qu'en face de l'invasion culturelle elle rêve d'un âge
d'or antérieur à cette agression, et débouche ainsi rarement sur un
véritable projet d'avenir.

Roger Garaudy
Les Etats-Unis, avant-garde de la décadence, pages 107 à 112

8 janvier 2014

Les arts, histoire sainte de l'humanité. Par Roger Garaudy

Marc Chagall, Le soleil rouge-1949 (oeuvre analysée dans " 60 oeuvres qui annoncèrent le futur". RG, p.246)


A chaque moment de fracture de l'histoire un éventail de possibles s'ouvrait 
devant l'homme ; un seul a triomphé et c'est celui-là qu'a enregistré l'histoire.
Les autres possibles n'ont plus d'autres témoins que des
oeuvres qui annonçaient l'avenir. Non seulement celles des mondes
colonisés qui n'eurent, jusqu'à des temps proches, leur place que
dans des Musées d'ethnologie, comme « primitifs », comme les
masques africains ou polynésiens jusqu'au cubisme auquel ils donnèrent
l'éveil, ou aux arts amérindiens qu'admirait Dührer et que
l'évêque Diego De Landa fit brûler en « autodafé » comme impies
lorsqu'il s'agissait de poèmes sacrés, comme le Popol Vuh , détruire
comme idoles lorsqu'ils étaient de pierre, ou que les soudards de
Pizarre fondaient en lingots lorsqu'ils étaient d'or.
Même à l'intérieur de l'Europe le cloisonnement en nations se
répercute à l'école. Il ne permet pas de revivre les oeuvres qui ont
posé le problème du sens de la vie : il faut avoir choisi l'option russe
pour revivre les drames des « Possédés » de Dostoïevski, ou des
Karamazov ou du sublime « Idiot », Jésus ressuscité dans un
monde invivable, comme le Don Quichotte de Cervantes, le chevalier
Prophète qui croyait que l'idéal est plus vrai que le réel. Il
faut avoir choisi l'option anglaise pour revivre les drames de la
« Renaissance » à travers Shakespeare, ou l'allemande pour revivre
le « Wilhelm Meister » de Goethe ou les poèmes d'Hôlderlin.
Même dans la littérature française bien des manuels donnent
autant ou plus de place à Jean Genêt qu'à Romain Rolland , à
Bernanos ou à Mauriac.
Rares sont ceux qui osent crier devant les aberrations du Centre
Beaubourg, le plus médiatisé et le plus visité : le Roi est nu !
Comme le font courageusement le peintre Mathieu ou le professeur
Fumaroli , dénonçant les « marchés de l'art ».
Combien osent dire, pour ne pas se marginaliser, que les « discos
» à 120 décibels s'inscrivent dans l'histoire du bruit et non de la
musique ?
Le XXIe  siècle durera-t-il assez longtemps pour qu'un historien à
l'abri de la mode, de la pensée unique, de la terreur intellectuelle et
de la déréliction, puisse juger notre dernier tiers d u XXe  siècle du
point de vue de la culture comme celui dont la télévision, la pub et
les galeries ont p u faire croire que Nikki de Saint-Phalle était un
sculpteur, Bernard-Henri Lévy un philosophe, que de Kooning
était un peintre ?
Cela devient un attentat, sous prétexte de modernité, lorsque
des enfants vieillots défigurent à Paris la Cour du Louvre, le Palais
Royal ou le Pont-Neuf avec l'appui des ministères de l'anticulture.
La véritable formation esthétique de l'homme doit se faire à
l'école, dès l'enfance. Apprendre à dessiner ou à danser doit avoir
autant de place, pour les premières années, que la lecture, l'écriture,
le calcul et l'usage de l'ordinateur, pour désencombrer les
mémoires et laisser toute sa place à l'esprit créateur au-delà de la
machine. Celle-ci peut exercer, mieux que nous, toutes les
démarches de mémoire et de combinatoire, à l'exception de l'acte
créateur d'assigner à toutes nos actions des fins universelles.
Mais dans sa structure même, l'éducation ne peut se faire ni uniquement
à l'école, n i seulement au début de la vie .
Les développements des sciences et des techniques, des rapports
entre individus et entre peuples à l'échelle d u monde, sont devenus
si rapides qu'un homme qui a aujourd'hui 80 ans est né au milieu
de l'histoire humaine : il s'est passé plus de choses en ce siècle que
dans les 6 000 ans d'histoire écrite. Pour ne retenir qu'un exemple,
u n grand maître de la  médecine, arrivé à cet âge, pouvait me dire :
« Je n'ai pas appris, comme étudiant, 3% de ce que j'utilise aujourd'hui . »
Un physicien du nucléaire de même âge est aujourd'hui contemporain
 de sa science, comme un informaticien de 50 ans est contemporain
de la sienne. Sans parler de ce que les étudiants de 68 appelaient
avec juste raison, dans une pancarte au fronton de la
Sorbonne : « Faculté des lettres et des sciences inhumaines. »
L'école ne peut donc être cantonnée au début de la vie, mais, à
une époque où les besoins proprement humains pourraient être
satisfaits par trois heures de travail par jour, elle devrait être coextensive
à la vie entière pour enfanter des poètes de tous les arts et
répondre à leurs plus hauts besoins de création.
L'apprentissage, depuis les besognes ouvrières de l'industrie jusqu'à
celles des cadres ou des chercheurs, doit se faire là où le savoir faire
est en constante métamorphose : à l'usine, dans les centres de
direction o u de recherche, au front créatif et sans cesse nouveau du
travail humain. L'école telle qu'elle est encore aujourd'hui, est une
institution périmée qui a correspondu aux besoins d'une époque de
l'histoire, mais q u i ne répond plus aux exigences actuelles. La colère
des lycéens et des étudiants, comme la désespérance des enseignants
a cette cause première. Aucune « réforme » du système ne
permettra d'en faire un instrument de formation du futur.
L'initiation à l'acte créateur a son lie d'excellence dans les arts,
lorsqu'ils ne sont, à l'heure de leur décadence, ni reflet du désordre
ambiant, n i révolte négative contre lui .
Il importe de rappeler l'art à sa vocation première : créer des
possibles nouveaux pour l'avancée de l'unité humaine. Il cesse
d'être l'art lorsqu'il perd conscience de cette mission prophétique,
de cet appel à la transcendance de l'humain, à son intériorité solidaire
et créatrice, comme les poètes du Mahabarata, les peintres du
Tao chinois, comme les moines traduisant l'élan mystique par le
dessin et la couleur, comme Roubliew créant l'icône de la Trinité,
comme les bâtisseurs du Temple de Boroboudour, de la mosquée
de Cordoue ou de la cathédrale de Chartres, comme Van Gogh, le
crucifié de la peinture, ou comme les maîtres de l'abstraction
lyrique, comme Manessier ou Mathieu.
Qui nous redonnera en sculpture l'élan de Prométhée dans les
« Esclaves enchaînés » de Michel-Ange ou la concentration sur le
« soi » pour le grand « éveillé vivant » du Bouddha de Mathura ?
Là encore, en dehors de l'école, i l est possible, avec les techniques
de reproduction actuelles, de mettre aux mains de tous,
pour les désintoxiquer d u non-sens et d u néant, les chefs-d'oeuvre
de la peinture de tous les mondes sans en désaccorder les couleurs,
ou ceux de la sculpture de tous les mondes avec les moulages en
résine synthétique qui permettent une précision d u modelé de
l'ordre d u micron.
De telles oeuvres, coûtant le prix d'un repas, sous les yeux, tous
les jours, permettraient de nous désintoxiquer d u déferlement
d'horreurs des « effets spéciaux » et des violences d ' Hollywood sur
nos petits écrans. Ce genre de spectacle détruit l'esprit critique
devant, non le rêve, mais le cauchemar américain, avec les illusions
cupides de ses Dallas ou les épouvantes de ses Dinosaures ou de ses
polars, ou les effets spéciaux de ses « Independance Day », vides de
toute humanité.



 Pages 145 à 149


2 janvier 2014

Liberté, progrès, développement, oui mais lesquels ?

Nous allons publier consécutivement plusieurs extraits du livre de R. Garaudy "Les Etats-Unis, avant-garde de la décadence" sous-titré "Comment préparer le XXIème siècle ?"
________________________________________________________________
Tant que l'on continuera :
* à appeler liberté l'économie de marché sans limite comme seul
régulateur des rapports sociaux,
* à appeler progrès l'accroissement constant des pouvoirs techniques
et scientifiques de domination sur la nature et les hommes,
* à appeler développement l'augmentation aveugle de la production
et de la consommation,

s'aggraveront les inégalités, les exclusions, et les violences qui en
découlent.

* Il n'y a de liberté et de démocratie que lorsque chacun participe
aux décisions dont dépend son destin ;
* Il n'y a progrès que lorsqu'à la jungle des concurrences, des
volontés de puissance, de croissance et de jouissance des individus,
des groupes et des nations, se substitue une communauté véritable,
. c'est-à-dire une communauté où, au contraire de l'individualisme,
chaque membre a conscience d'être personnellement responsable
du destin de tous les autres ;
* Il n'y a de développement que de l'homme. A l'inverse d'un
système engendrant l'accumulation de la richesse à un pôle de la
société, et à l'autre l'appauvrissement matériel et culturel des multitudes,
une société est « développée » lorsqu'elle crée les conditions
économiques, politiques, culturelles et spirituelles pour que
chacun de ses membres dispose au départ de chances égales pour
développer pleinement toutes les possibilités créatrices qu'il porte
en lui.

Roger Garaudy

LES ETATS-UNIS, AVANT-GARDE DE LA DÉCADENCE
 (Comment préparer le 21e siècle)


 Editions Vent du large,
 Paris, 1997, p. 92

On peut acheter ce livre ici
ou là,
pour ne citer que ces deux vendeurs







(La citation de S. Weil est en exergue de l'ouvage cité)

1 janvier 2014

Voeux 2014

En notre temps où l'humanité se reconnaît plus comme animale en rejetant le prédicat humain qui - justement apposé au substantif animal dans le vocable d'animal humain - était gage d'évolution vers la rédemption, la transcendance et la spiritualité, je vous souhaite de retrouver les réflexes naturels de l'élan au divin en dépassant chaque jour les appels sombres de la déchéance infrabestiale qui guette la civilisation autrement et nouvellement mangeuse d'hommes d'aujourd'hui !

Voeux empruntés à Camille Loty-Malebranche