22 décembre 2013

Interpellation de Noël

Interpellation
par Juan ARIAS et Sergio ZAVOLI



LA LIBERTÉ
S'il  fut cloué sur la croix, n'est-ce pas parce qu'il était un homme libre? Sa parole et ses gestes n'étaient ils pas paroles et gestes de l'Esprit dans un monde où la liberté était le privilège de quelques -uns payé par l'esclavage de tous les autres? Peut-il y avoir salut là où il n'y a pas de liberté ? Tel est le  respect jaloux que Jésus porte à l'homme: libre de se sauver, libre de se perdre.
Après des siècles d'anathèmes et de bénédictions, d'honneurs et de tortures, pourquoi le cri de la liberté est-il, encore aujourd'hui, le plus fort? Il est le plus fort là où la violence de quelques-uns s'acharne à vouloir un monde que tous les autres refusent. Il est le plus fort là où les idéologies, les systèmes et les croyances se situent au-dessus de l'homme, en dehors de lui et contre lui, étouffant silencieusement sa voix.
jpg927S'agissant du salut il ne peut y avoir de frontière entre l'Orient et l'Occident. C'est ensemble et partout à la fois que les hommes se sauveront.
Immense est le péché qui dénie à l'homme le droit d'être lui-même: libre de se sauver, libre de se perdre. S'il fut cloué sur la croix, n'est-ce pas parce qu'il était un homme libre? Peut-il y avoir salut là où il n 'y a pas de liberté?

LE POUVOIR
S'il fut cloué sur la croix, n'est-ce pas parce qu'il contestait le pouvoir de l'homme sur l'homme, en un temps où le pouvoir était le privilège de quelques-uns payé par la souffrance de tous les autres?
S'il a contesté d'abord les structures ecclésiastiques de son temps, n'est-ce pas parce qu'elles prétendaient témoigner de la vérité divine alors qu'elles opprimaient la liberté, cette liberté que l'homme tient de Dieu?
S'il a affirmé l'égalité de tous les hommes devant Dieu, peut-on tolérer, vingt siècles après, des croyances, idéologies et utopies qui justifient la souffrance d'un seul homme?
Un même nom désigne tous les maux de notre temps. Ce nom c'est le pouvoir. Le pouvoir peut-il être chrétien? S'il fut cloué sur la croix, n'est-ce pas parce qu'il contestait le pouvoir de l'homme sur l'homme?

L'AMOUR
S’il fut cloué sur la croix, n'est-ce pas parce qu'il prêchait l'amour en un temps où la violence était la règle ?
L'amour: ne rien faire qui lui soit contraire. Ne pas refuser à l'autre cette liberté qui est première. Je ne peux pas te sauver contre ta volonté, mais je peux t’aimer sans réserve.
L'homme de l'ère technique aura-t-il envie de sourire devant une assertion si vieillie, devant un mot tellement usé? L'homme si fier de découvrir la Lune comprendra-t-il le sens profond, l'éternelle durée de cette parole?
Se voir dans l'autre sans réserve, quel qu'il soit. Se rendre identique, se reconnaître avec joie, s'indigner ensemble et vouloir ensemble, nous aussi, renouveler toutes choses! La valeur sacrée que l' homme est en train de redécouvrir n'est-elle pas l'homme lui-même ?
Qui nous appelle si avant?
S'il fut cloué sur la croix, n'est-ce pas parce que, dans l'amour, il proclamait nos droits?

Extrait de : J. ARIAS, E. BALDUCCI, E. CHIAVACCI , R. GARAUDY, M. LÉGAUT, O. DA SPINETOLI, S. ZAVOLI
FACE A JÉSUS.Traductions de l'italien par Jacqueline Touvier. LES ÉDITIONS DU CERF, Paris, 1974
(Photographie crèche: Agnès.R)

19 décembre 2013

Amour et justice




ImageComme attitude à l’égard des autres, l’amour n’est pas le prolongement de la justice, une plus grande justice : il en est le contraire. Au début des Misérables de Victor Hugo, l’évêque de Digne reçoit à sa table l’ancien forçat Jean Valjean, qui lui vole, en partant, ses candélabres d’argent. Aux gendarmes qui ramènent chez lui le voleur, l’évêque déclare : "Je les lui ai donnés." Alors que le policier Javert traquera Jean Valjean pendant toute sa vie. Qui est le juste ? C’est le policier Javert. Alors que l’évêque de Digne a soustrait un voleur à un "juste" châtiment. Car la justice consiste à traiter chacun selon ce qu’il est, c’est-à-dire selon ce qu’il a fait, selon son passé. A chacun son droit, ce qui lui est dû: à l’esclave ce qui est dû à l’esclave, au maître ce qui est dû au maître. Au voleur ce qui est dû au voleur, c’est-à-dire la prison.
Dans une société capitaliste donner au patron ce qui est dû au patron, c’est lui accorder la liberté d’entreprise, même si elle va à l’encontre de l’ouvrier ou du bien public.
L’amour rompt cette règle du jeu, cette règle de l’ordre. C’est pourquoi les hommes d’ordre n’aiment en général pas l’amour. C’est un fauteur de désordre. C’est un pari sur l’avenir d’un homme. Toute une vie peut être subvertie (comme celle de Jean Valjean) par ce pari, par cet acte d’amour qui lui donne l’espace de liberté nécessaire.
Je ne conteste pas la nécessité, dans un ordre donné, toujours historique et relatif, de réaliser la justice, c’est-à-dire cet ordre sous la forme la plus achevée. Il y a la nécessité, et puis il y a les ruptures de cette nécessité. Je demande seulement qu’on admette cette possibilité de rupture, qui s’appelle la foi au delà du concept, l’amour au delà de la justice, la révolution au delà de l’ordre établi.
Une révolution authentique, pour être un changement radical dans les rapports humains, n’est pas seulement le triomphe de la justice mais le triomphe de l’amour.

Roger Garaudy, Parole d’homme, pages 151-152. (Editeur Robert Laffont, 1975)
cité sur le blog Réveil-mutin

17 décembre 2013

Philosophie et mensonge. Un lecteur défend Garaudy contre les outrances de Finkelkraut (1998)



A  La Dépêche du Midi
Pour le courrier des lecteurs

Philosophie et mensonge

J'ai lu dans La dépêche du 8 janvier 1998, en page 4, une déclaration du philosophe Alain
Finkielkraut qui me fait froid dans le dos par sa mauvaise foi et sa volonté de nuire. Je cite :
« Garaudy n'est pas hostile à la politique d'Israël. Il est allergique à Israël et au lobby juif. Il nie la mort des Juifs parce qu'il veut la mort des Juifs ». Cette déclaration est, du début jusqu'à la fin, un tissu de mensonges ; dans son livre « Les mythes fondateurs de la politique israélienne » Roger Garaudy s'exprime point par point exactement dans le sens contraire : il argumente non pas contre les droits du peuple israélien ou contre les Juifs mais contre les pratiques spoliatrices, expansionnistes et totalitaires inspirées par le dogme politique qu'on appelle le sionisme. Mais ce qui me paraît le plus grave, ce qui me porte à réagir, c'est l'ignoble calomnie finale où Roger Garaudy se voit accusé, non seulement de nier la mort des Juifs mais aussi de vouloir leur mort. Je trouve qu'une telle accusation est totalement inadmissible et disqualifie son auteur.

H . F.
Le 12 1 1998


13 décembre 2013

Les riches heures de la lumière



L'objectif  poursuivi  par ce  livre, nous ne le dissimulons pas : montrer qu'il faut changer la perspective de  l'histoire, qu'il n'est plus possible, après la décolonisation, de porter sur elle un regard qui ne soit qu'européen, comme si l'Europe avait été le seul centre d'initiative historique, la seule créatrice de valeurs. Il ne s'agit pas de nier l'apport de l'Occident, mais de combattre le «préjugé classique» selon lequel les Grecs et les Romains, la  tradition judéo-chrétienne et la Renaissance seraient les seules sources de toute culture .

C'est pourquoi nous avons voulu évoquer, par l'image et la parole, les hautes cultures de l'Inde, de la Chine, de l'Islam, de l'Amérique précolombienne, de l'Afrique. Notre principe de sélection des oeuvres et des événements n'est nullement arbitraire, subjectif. Il est commandé par cette question: qu'est-ce qui, dans tout  le passé de l'humanité, est encore capable d'enrichir et de changer nos vies?

12 décembre 2013

En 1973, les Comités d'Initiative Communiste et l'autogestion socialiste

Le CLAS (Comité de Liaison pour l'Autogestion Socialiste) regroupe en 1973 plusieurs organisations parmi lesquelles les CIC (Comités d'Initiative Communiste) créés le 22 janvier 1971 dont les membres les plus connus sont Roger Garaudy, Charles Tillon, Jean Pronteau, Maurice Kriegel-Valrimont, Victor Leduc. 
Voici les thèses publiées par le CLAS en octobre 1973:

10 décembre 2013

Les révolutions doivent intégrer la spiritualité

Il n’y a pas de révolution pure ou immédiate, la révolution est pleine d’étapes médiates avant d’aboutir à ses fins de transformations de la société. Je ne pense pas que l’extrémisme ou la pureté qui prône tout le changement d’un seul coup et sans transition, soient viables pour quelque soit la révolution et sa doctrine ! En regardant l’histoire des révolutions, l’on remarquera que le manque de connaissance des mécanismes de l’appareil d’État à changer, a souvent altéré la portée des mesures de transformation systémique par l’inefficacité et voué les projets des révolutionnaires néophytes à l’échec ou à l’ineffectivité sinon à la perte pure et simple du pouvoir.

5 décembre 2013

Au-revoir camarade Nelson Mandela ! "Que Dieu bénisse l'Afrique !"

Le combattant






Dans "A contre-nuit", revue de l"Association pour le dialogue des cultures inspirée par Roger Garaudy, n°10, juillet-août 2000, pages 35 à 40

Après le combat et la victoire, la réconciliation

4 décembre 2013

Le rêve du cardinal Nicolas de Cues (1401-1464)



Le dernier grand rêve d'universalité fondé sur la fécondation réciproque des cultures et des religions, d'unité symphonique du monde et non pas d'unité impériale de domination, en rupture donc avec l'ethnocentrisme romain puis occidental, fut celui du cardinal Nicolas de Cues (1401-1464) dans son livre : La Paix de la foi, publié en 1453, l'année même de la prise, par les Turcs, de Constantinople, capitale d'une monarchie de tradition romaine, dans un cadre grec.
La victoire turque eut, dans toute l'Europe, un retentissement considérable, car elle apparut comme une victoire de l'Islam sur la chrétienté.
Au lieu de faire appel à de nouvelles Croisades, le cardinal Nicolas de Cues eut l'audace de répondre par la Paix de la foi, fondée sur deux principes fondamentaux de tout véritable dialogue énoncés au chapitre 5 du livre:
1) — "aucune créature ne peut embrasser le concept de l'unité de Dieu"
2) — "il n'y a qu'une seule religion dans la variété des pratiques religieuses."
Il tend ainsi à définir une foi fondamentale et universelle, dont l'unité est masquée par la diversité des cultures dans lesquelles elle s’exprime : "Ce n'est pas une autre foi, mais la même et unique foi que vous trouverez sous jacente chez tous les peuples." (Chap. 4)
Ce n'était pas seulement l'exclusion de la Croisade, mais un changement même du rôle de la mission : au lieu de pratiquer une colonisation culturelle de l'autre, le missionnaire chrétien doit d'abord reconnaître Jésus vivant, présent et agissant dans la diversité des cultes et des cultures.
De là le projet de ce Concile universel de toutes les religions du monde fondant une paix durable entre les peuples par la prise de conscience d'une foi commune respectueuse de la diversité de ses approches, car "avant toute pluralité on trouve l'unité" (ch. 4).
Et d'abord l'unité profonde de l'homme et de Dieu, telle que l'avait conçue l'Eglise d'Orient que Nicolas de Cues avait connue, non seulement par la lecture des Pères grecs mais par l'expérience vécue qu'il avait de la foi orthodoxe lors de son voyage à Constantinople en 1437.
Le premier intervenant, après le grec, dans ce Concile, est un non-chrétien : un indien qui proclame que les hommes "ne sont pas Dieu absolument mais Dieux par participation." (Ch. VII).
Le chaldéen souligne : "l'on voit dans l'essence de l'amour comment l'aimé unit l'amant à l'aimable." (Ch. VIII)
Dès lors, dit Le Verbe dans La Paix de la foi (ch. IX) les Arabes comprendront "qu'admettre la Trinité c'est nier la pluralité des Dieux."
Sur quoi, le Persan ajoute (ch. XI) que "de tous les prophètes Jésus est le plus grand, il lui convient donc... d'être appelé "Verbe de Dieu". C'est ainsi d'ailleurs que l'appelle le Coran" (ch. XII).
Dans sa lettre à Jean de Ségovie, archevêque de Césarée, du 28 décembre 1453, Nicolas de Cues le félicite de se livrer à "l'étude critique du Coran” : "il faut plutôt dialoguer que guerroyer avec eux", et lui-même écrira en 1461, une Cribratio Alchorani, étude critique du Coran où il recherche, sous les formules conflictuelles, ce qui est en accord avec sa propre foi.
Il n'y a dans cette recherche d'une foi fondamentale et première à travers la diversité des religions, nul éclectisme: le cardinal Nicolas de Cues aborde ce dialogue à partir d'une méditation profonde, (dans son livre sur La docte ignorance, 1440), sur la connaissance qui s'oppose à la philosophie grecque de l'être et à la logique d'Aristote, car elle est fondée à la fois sur une conception de l'Un qui n'exclut ni le multiple ni la contradiction, et une conscience aiguë des rapports du fini et de l'infini, de l'homme et de Dieu, dont il avait eu, dit-il, la révélation philosophique au cours de son voyage en Orient en 1437 et 1438.
Contre l'aristotélisme et la logique de l'école, qui régnait de son temps, il formule le principe de la coïncidence des contraires.
La pensée n'est pas pour lui un reflet de l'être, elle est un acte: celui de l'être fini qui s'efforce de penser la totalité de ses relations avec les autres, de prendre conscience qu'il n'est pas, en dehors de ces relations avec les autres et avec Dieu.
Cette méditation spirituelle s'enracine dans une réflexion mathématique sur la notion d’infini : un triangle dont un côté serait infini, serait identique à une ligne droite, de même que dans un cercle qui serait de diamètre infini, chaque segment de la circonférence, courbe dans une figure finie, serait une ligne droite (I, §13). De même un polygone dont on diviserait indéfiniment les côtés deviendrait un cercle.
Ainsi toute choses, pensées en fonction de l'Infini, de Dieu qui est "en acte tout ce qui peut être", sont une dans leur altérité et leur multiplicité. "Les choses visibles sont des images de choses invisibles" (I, §11) et la Docte ignorance n'est autre que la foi, la vision de toute chose en Dieu, c'est à dire dans la plénitude de ses relations avec le tout, et la conscience de son rapport à l'infini. C'est de cette manière que, rejoignant Maître Eckhart, il considère le temps: là encore, si l'on contemple l'histoire du point de vue de l'infini: si l'on voit les choses en Dieu (qui est au delà du temps) le passé et le futur ne sont que des extrapolations du présent; si bien que, comme disait Maître Eckhart, "du point de vue de Dieu, le moment de la création du monde, le moment où je vous parle, et celui du Jugement dernier sont un seul et même instant." (Sermon 9)
En regard de l'infini, l'instant est identique à l'éternité "car l'infini nous fait dépasser complètement toute opposition" (chap. 16), comme la courbure du cercle devient, à l'infini, ligne droite, comme le triangle. Il en est de même pour toute forme et toute ligne : "l'infini est en acte tout ce que le fini est en puissance." (I, chap. 13) "L'infini nous fait dépasser toute opposition" (chap. 16). "Tout est en Dieu et Dieu est en Tout." (II, chap. 3) toute chose est dans toutes les autres et n'existe que par elles.
Tel est "le mouvement de connexion amoureuse qui porte toutes les choses vers l'unité pour former, à elles toutes, un univers" (II, chap. 10).
Nicolas de Cues, dans une formule dont on attribue faussement la paternité à Pascal, dit que "l'organisme du monde a son centre partout et sa circonférence nulle part, parce que Dieu est circonférence et centre, lui qui est partout et nulle part." (II, 12).
Dans la perspective de cette unité des contraires, la mort du Christ est le gage de l'immortalité.
Mais pour nous, dans notre finitude, cette unité du multiple n'est accessible que par images : toute figuration ou définition de Dieu le réduit à nos dimensions de créature finie. Toute théologie est nécessairement négative : tout ce que je peux dire de Dieu est inévitablement une idole. Je ne puis dire que ce qu'il n'est pas : rien de fini au regard de l'infini.
Je ne puis le saisir par concepts. Ainsi "la foi est le commencement de la connaissance intellectuelle" (III, chap. 11) et aussi sa fin puisque la prise de conscience de cette inaccessibilité en fait un postulat (à la fois nécessaire et intellectuellement indémontrable). "Telles sont les vérités qui se révèlent par degrés à celui qui s'élève à  Jésus par la foi. Foi dont la divine efficacité ne s'explique pas." (III, chap. 11)
                            
La Docte ignorance s'oppose à l'ignorance arrogante, comme le fut la philosophie de l'être d'Aristote et comme le seront les philosophies de l'être de Descartes et d'Auguste Comte.
Elle fonde la Paix de la foi, avec sa compréhension de toutes les idolâtries : "les gentils nommaient Dieu de diverses manières, du point de vue de la création finie...tous ces noms sont des perfections particulières... ils le voyaient là où ils voyaient ses oeuvres divines." (I., chap. 25)
Cet universalisme sera détruit, un siècle plus tard, par la deuxième sécession de l'Occident : après la philosophie de l'être qui s'exprimait chez Platon et Aristote, celle qui s'exprima dans la raison technicienne de la renaissance. L'Occident conçut alorsune science ne visant que l'accroissement quantitatif des moyens, et oublieuse de la recherche des fins.

Roger Garaudy 
L'avenir, mode d'emploi, Editions vent du large, 1998, pages 334 à 338